Le Dictateur

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Le Dictateur

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Charlie Chaplin dans la scène du discours d'Hynkel.

Titre original The Great Dictator
Réalisation Charlie Chaplin
Scénario Charlie Chaplin
Acteurs principaux
Sociétés de production Charles Chaplin Productions
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Drame social/Burlesque
Sortie 1940
Durée 126 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Le Dictateur (The Great Dictator en anglais) est un film américain, de type satirique, réalisé en 1940 par Charlie Chaplin.

Ce film, conçu avant l'entrée en guerre des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale, fut le plus grand succès commercial de Charlie Chaplin[1] et contribua à mobiliser l'opinion publique nord-américaine en faveur des démocraties européennes, à une époque où seule la Grande-Bretagne résistait encore à l'Allemagne nazie. Il est ouvertement inspiré par le régime nazi mis en place par Hitler. Le gouvernement allemand a d'ailleurs protesté officiellement contre sa réalisation et demandé l'abandon de ce projet, que Chaplin a tenu à terminer malgré ces pressions[2]. Le dictateur incarné par Chaplin est largement inspiré par celui-ci, et le personnage de Benzino Napaloni (interprété par Jack Oakie) est inspiré de Benito Mussolini. Bien que le film ait été réalisé au début de la Seconde Guerre mondiale, celui-ci laisse entendre la possibilité d'une nouvelle guerre en Europe, en même temps qu'il rappelle la brutalité du régime nazi.

Le Dictateur présente le nazisme comme un danger mortel pour les communautés juives d'Europe, pour l'humanité entière et pour la démocratie. Cette première satire a marqué la satire anti-hitlérienne postérieure qui se réfère toujours, plus ou moins directement, au film de Chaplin, de Jeux dangereux d'Ernst Lubitsch en 1942 à La Vie est belle de Roberto Benigni en 1997[3].

Synopsis[modifier | modifier le code]

Lors de la Première Guerre mondiale, dans un pays imaginaire nommé la Tomanie et ressemblant beaucoup à l'Allemagne, un soldat maladroit sauve la vie d'un pilote de chasse nommé Schultz. Le soldat et Schultz réussissent à s'enfuir en avion mais celui-ci s'écrase et le soldat est blessé. Devenu amnésique, il passe de longues années à l'hôpital, coupé du monde. Entre temps, la Tomanie est devenue un régime dictatorial et fasciste, dirigé par Adenoïd Hynkel et les Juifs sont persécutés.

Finalement le soldat sort de l'hôpital et reprend son métier de barbier dans sa boutique, qui a été incluse dans un ghetto juif. Le barbier est lui-même juif et peu au courant de l'évolution politique et sociale de son pays, ni du fait qu'il est un parfait sosie du dictateur.

Arrêté lors d'une rafle, il est accusé de comploter contre le régime d'Hynkel et se retrouve en camp de concentration avec Schultz. Tous les deux finissent par s'évader au moment où la Tomanie envahit l'Österlich.

Finalement, les soldats confondent les deux personnages : Hynkel est arrêté comme fugitif tandis que le barbier pris pour le dictateur est contraint de prendre sa place et improviser un discours à la radio. Dans son discours, le barbier défend la liberté de tous les humains, et prône la tolérance, la démocratie et la paix.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Bien que le film soit sorti en France en 1945, le doublage n'a été effectué qu'à sa ressortie sur les écrans en 1968.

Acteurs non crédités :

Galerie[modifier | modifier le code]

Tournage[modifier | modifier le code]

Mis à part la fin du film, celui-ci présente une suite de gags visuels ou de situations drôles, notamment les scènes lorsque le dictateur Hynkel joue avec un globe terrestre gonflable, ou lorsque son homologue de Bactéria (un État imaginaire inspiré de l'Italie fasciste) et lui rivalisent sur la hauteur de leurs sièges respectifs.

La scène du film est celle, où le barbier regarde longuement brûler sa boutique est citée dans plusieurs ouvrages consacrés au langage visuel dans le cinéma.

Lors de ses discours, le dictateur Hynkel s'exprime en anglais mais aussi dans une langue peu compréhensible et très agressive, qui rappelle le ton sur lequel Adolf Hitler prononçait ses discours en allemand. On reconnaît d'ailleurs quelques mots similaires, comme blitzkrieg, freesprachen (pour « liberté d'expression » ; ce terme en fait ne veut rien dire, mais littéralement il signifie « libre parler »), beltn (proche de l'anglais belt, pour ceinture) ou « in der welt » (dans le monde), ou encore mit den Juden (avec les Juifs). D'autres noms n'ont aucun rapport avec le sujet comme Wienerschnitzel qui signifie littéralement « escalope viennoise ».

Toujours dans ce discours, il est fait référence à la Bible et notamment à l'évangile de Luc, chapitre 17 :

« 20 Les pharisiens demandèrent à Jésus quand viendrait le royaume de Dieu. Il leur répondit : Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. 21 On ne dira point : Il est ici, ou : Il est là. Car voici, le royaume de Dieu est au milieu de vous. Luc 17 : 20, 21[4] »

La ressemblance entre Hitler et Chaplin (ils sont nés à quatre jours de différence) furent l'objet de considérations astrologiques à dater de la sortie de ce film.

Le symbole nazi (la croix gammée) n'apparaît à aucun moment dans le film, mais il est remplacé (notamment sur les drapeaux et les brassards) par la double croix, autre évocation du régime nazi. En anglais, double cross renvoie aux notions de trahison ou traîtrise, ainsi qu'à une opération de contre-espionnage à l'initiative des Britanniques durant la Seconde Guerre mondiale.

Les affichages visibles dans le ghetto juif sont en anglais (langue de la production du film) mais aussi en espéranto, afin de ne pas faire clairement allusion à l'Allemagne, et parce que cette langue a été conçue par Ludwik Lejzer Zamenhof, un juif, pour indiquer que le ghetto est bien habité par des juifs.

La gestapo est identifié par une autre police aux services de Hitler : les milices. Des extraits couleurs du tournage, filmés par Sidney Chaplin (le frère de Charlie Chaplin), retrouvés ultérieurement, montrent les pantalons des miliciens d'Hynkel en rouge.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Nominations[modifier | modifier le code]

Accueil public et critique[modifier | modifier le code]

Le Dictateur fut un succès populaire et le plus grand succès de Chaplin. Il fut projeté à Londres pendant la bataille d'Angleterre et nommé aux Oscars.

Il sortit sur les écrans en France en 1945. Il demeure le film de Chaplin ayant eu le plus de succès en salles en France, avec plus de huit millions d'entrées.

Malheureusement, il eut de mauvais débuts. Il fut interdit en Allemagne jusqu'à la fin de la guerre, mais Hitler se le fit projeter deux fois en privé. Aux États-Unis, il eut des mauvaises critiques du fait de la réticence de l'opinion publique à une entrée en guerre.

Aujourd'hui, le film est internationalement reconnu comme un chef-d’œuvre. Il est classé comme meilleur film de tous les temps selon la presse sur le site « Allociné » à égalité avec 31 autres films, dont Les moissons du ciel de Terrence Malick, Les chaussons rouges de Michael Powell et Emeric Pressburger, Il était un père de Yasujiro Ozu, L'Éventail de Lady Windermere d'Ernst Lubitsch, ET l'extra-terrestre de Steven Spielberg, Le Mécano de la « General » de Clyde Bruckman et Buster Keaton, Les poings dans les poches de Marco Bellocchio, El topo d'Alejandro Jodorowsky, In girum imus nocte et consumimur igni de Guy Debord, Mon oncle de Jacques Tati, Voyage au bout de l'enfer de Michael Cimino, Kagemusha, l'ombre du guerrier de Akira Kurosawa, et Aguirre, la colère de Dieu de Werner Herzog, qui ont obtenu la note critique maximale de 5 étoiles.

Accueil en Allemagne[modifier | modifier le code]

Hitler fit interdire le film en Allemagne, mais il s’en procura une copie qu’il se fit projeter en privé à deux reprises[5]. Chaplin, quand il apprit la nouvelle, dit qu'il donnerait n'importe quoi pour savoir ce qu'en avait pensé Hitler[6]. Cependant, Albert Speer, l'architecte d'Hitler, a nié que celui-ci ait jamais vu le film[7]. L'historien britannique Kevin Brownlow pense avoir trouvé des preuves selon lesquelles le Führer aurait vu des projections privées du film[réf. nécessaire].

En pleine guerre, l'initiative de Nikola Radošević, un projectionniste d'une salle de cinéma de Belgrade en Serbie, qui venait de trouver une copie grecque du film, Le Dictateur fut projeté à la place d'un autre film prévu pour cette séance dans la salle de cinéma d'un pays occupé par les Allemands. Pendant 40 minutes, le public regarda le film avec intérêt, jusqu'à ce qu'un SS se trouvant dans la salle tire en direction de l'écran, entraînant une évacuation du cinéma[8].

Controverses[modifier | modifier le code]

Chaplin subit des pressions de la United Artists à propos de ce film politiquement sensible (les États-Unis n'étaient pas encore engagés dans le conflit mondial à cette époque), mais celui-ci sortit néanmoins six mois après la fin du tournage.

Le film fut censuré en Espagne (jusqu'en 1975), en Allemagne (jusqu'en 1945, date de sortie 1958), ainsi qu'en Irlande qui, voulant rester neutre durant le conflit européen, refusait la mention sous quelque forme que ce soit, de la guerre. Dès lors, le film de Chaplin fut censuré au motif qu'il aurait pu provoquer des émeutes[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir la fiche sur le site DVDclassik.com.
  2. Voir la fiche sur le site de l'académie de Besançon.
  3. François Genton, « Le Dictateur et les autres : satire première et satire seconde », Revue de Littérature comparée, octobre-décembre 2007, no 324, pp. 459-472.
  4. Éditions de la Bible sur Wikisource.
  5. Irving Wallace, David Wallace, Amy Wallace, Sylvia Wallace (February 1980) The Book of Lists 2, p. 200.
  6. Trivia for The Great Dictator on IMDb
  7. German source
  8. Le Clochard et le Dictateur, Documentaire, diffusé sur Arte le 25 décembre 2008
  9. Alexandra Slaby, « « Don’t Mention the War ! » : La vie culturelle à Dublin pendant la Seconde Guerre mondiale », Lisa, vol. 4, no 3,‎ 2006, p. 161-174 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]