Héroïne

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Héroïne (homonymie).
Diacétylmorphine
Molécule de diacétylmorphine
Molécule de diacétylmorphine
Molécule de diacétylmorphine
Identification
Nom IUPAC diacétate de (5α,6α)-7,8-didéhydro-
4,5-époxy-17-méthylmorphinan
-3,6-diol
No CAS 561-27-3
No EINECS 209-217-7
Code ATC N02AA09
PubChem 5462328
ChEBI 27808
SMILES
InChI
Apparence poudre blanche (sel acide)
poudre marron (sel basique)
Propriétés chimiques
Formule brute C21H23NO5  [Isomères]
Masse molaire[1] 369,411 ± 0,0201 g/mol
C 68,28 %, H 6,28 %, N 3,79 %, O 21,66 %,
Précautions
Directive 67/548/EEC[2]
Très toxique
T+



SGH[2]
SGH06 : Toxique
Danger
H300, H310, H330, P260, P264, P280, P284, P302, P310, P350,
Données pharmacocinétiques
Métabolisme Désacéthylation rapide en 6-monoacéthylmorphine
Demi-vie de distrib.

3 minutes

Considérations thérapeutiques
Voie d’administration IV, respiratoire, orale
Caractère psychotrope
Catégorie Dépresseur
Mode de consommation
  • Inhalation : prisée ou fumée
  • Injection intraveineuse
  • Ingestion
Autres dénominations
  • Héro
  • Meumeu
  • Marron
  • Came
  • Rabla
  • Blanche
  • Horse
  • Shmack, Jazz, Slow
  • Poudre, Drepou
  • Cassonade, Brown Sugar, Brown
  • Hélène
Risque de dépendance très élevé (physique et psychique)
Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire.

L’héroïne, diamorphine ou diacétylmorphine, est un opioïde semi-synthétique obtenu par acétylation de la morphine, le principal alcaloïde issu du pavot à opium.
Elle est utilisée à des fins médicales, mais surtout de manière illégale dans des cadres d'utilisations récréatives. La tolérance à l'héroïne est importante, et son usage chronique entraîne une très forte dépendance physique (syndrome de sevrage).
L'héroïne est une substance contrôlée au niveau international. Elle figure sur les tableaux I et IV de la Convention unique sur les stupéfiants[3].

Historique[modifier | modifier le code]

Bouteille d’héroïne de Bayer.

Elle est synthétisée pour la première fois à partir de la morphine en 1874 par C. R. Alder Wright[4] travaillant au St Mary's Hospital de Londres, mais son potentiel n'est pas reconnu. Elle est de nouveau synthétisée en 1898 par Heinrich Dreser, un chimiste allemand de l'entreprise pharmaceutique Bayer qui l’exploitera comme médicament pour différentes affections respiratoires dont la tuberculose[4]. On lui donna le nom d’héroïne, du terme allemand heroisch (« héroïque ») parce qu’on pensait qu’elle permettrait de soigner l’addiction à la morphine sans induire d’accoutumance[4], très répandue à l’époque notamment chez les soldats de la guerre de Sécession ou de la guerre de 1870. Ironie du sort, car la morphine elle-même avait été préconisée comme substitut à l'opium. On n’a donc pas prévu que l’héroïne allait devenir l’un des fléaux du XXe siècle. En effet, elle était vendue librement en pharmacie comme pilule antitussive, contre l’asthme, la diarrhée et même comme somnifère pour enfants. À cette époque, la plupart des substances connues (opiacés, cocaïne, etc.) étaient alors en vente libre en pharmacie dans la plupart des pays[5].

L’héroïne devient vite un problème de santé publique et dès 1918, la Société des Nations s’engage dans une campagne contre l’héroïne avançant qu’un produit aussi dangereux doit être supprimé par une action internationale. En 1920, c’est le corps médical américain lui-même qui en demande la prohibition. En 1923, un premier texte international réglemente l’usage d’héroïne même si dès 1925 un sociologue américain Lawrence Kolb souligne que l’héroïne n’est pas criminogène en elle-même mais est consommée majoritairement par des populations appartenant à ces milieux[4].

L’Europe attendra 1931 pour reconnaître à son tour que le peu d’intérêt thérapeutique du produit ne compense pas son coût social[4].

En 1956, son usage médical est totalement interdit aux États-Unis ce qui ouvrira la voie à la Convention unique sur les stupéfiants de 1961[4].

La Convention unique sur les stupéfiants de 1961 porte principalement sur la coca, l’opium, le cannabis et leurs dérivés. L’héroïne sera progressivement interdite dans la plupart des pays à mesure qu’ils adaptent leur législation propre et classée comme stupéfiant. Elle reste très exceptionnellement utilisée dans certains traitements de substitution, sous surveillance médicale stricte[4].

Chimie[modifier | modifier le code]

« Héroïne » est son nom usuel, son nom scientifique étant diamorphine ou encore diacétylmorphine.

Elle est liposoluble.

Synthèse[modifier | modifier le code]

L’héroïne (diacétylmorphine) est un opiacé semi-synthétique obtenu à partir de la morphine, elle-même tirée du latex du pavot (Papaver somniferum). Elle est obtenue par acétylation de la morphine. L’équipement nécessaire à la production est sommaire même si un laboratoire et des compétences minimums sont requises pour obtenir un produit de qualité.

Nombre de laboratoires sont en fait des campements temporaires installés dans les endroits reculés des zones de production[6]

La méthode décrite ci-dessous a été pratiquée par des chimistes clandestins afghans expérimentés face à une équipe de l'autorité fédérale de contrôle des stupéfiants allemands qui a pu observer, détailler et analyser la procédure avec le concours du CNPA (Counter-Narcotics Police of Afghanistan). Le produit obtenu avec cette procédure est du chlorhydrate d'héroïne de couleur blanche à blanc cassé dont l'analyse révèle une composition de 74% de diacétylmorphine, 5.3% de monoacétylmorphine, 0.3% de morphine et 4.4% d'acétylcodéine[7].

L'opium brut est réduit en petits morceaux, celui-ci est dissout dans de gros barils remplis d'eau que l'on a mis à chauffer. La solution est mélangée jusqu'à obtention d'une consistance homogène. Le pH à ce stade est de 8. Les résidus solides flottant à la surface sont retirés. On y ajoute une solution aqueuse de chaux vive qui permettra de convertir la morphine de l'opium en morphénate de calcium soluble dans l'eau. La solution est mélangée pendant une heure ajoutant de temps en temps une solution de chaux afin de rincer l'opium pouvant rester collé aux ustensiles. On complète le mélange avec de l'eau chaude afin de remplir les barils et ceux-ci sont laissés à refroidir et décanter durant la nuit. Une partie des autres alcaloïdes présents dans l'opium dont le principal est la codéine restent dans la solution aqueuse.

Le lendemain matin, une couche de mousse ainsi qu'un film huileux apparait au-dessus de la solution, le pH est alors entre 10 et 12. La solution est siphonnée à l'aide d'un tuyau écartant la couche supérieure d'impuretés. Le liquide est alors filtré à travers des sacs de toile qui seront eux-mêmes pressés pour récupérer le maximum de liquide.

Du chlorure d’ammonium est ajouté dans les barils afin de convertir le morphénate de calcium soluble en morphine-base non-soluble dans l'eau. Ceux-ci sont recouverts alors que la solution est laissée à reposer quelques heures tandis que la morphine-base précipite au fond du récipient. Celle-ci est récupérée par filtrage à travers de fines toiles puis laissée à sécher. Les produits chimiques utilisés au cours des étapes précédentes sont aisément disponibles sous forme de fertilisants. À ce stade, la poudre est de couleur brun clair à foncé provenant des impuretés présentes[8].

La morphine-base est traitée avec de l’anhydride acétique afin obtenir l’héroïne-base. Dans les laboratoires artisanaux, on emploie de grandes marmites en aluminium habituellement destinées à la cuisson du riz[8]. La morphine est recouverte d'anhydride acétique. On remue le mélange jusqu'à ce que la morphine-base soit dissoute puis l'on laisse reposer pendant 45 min. Le pot est recouvert et laissé à chauffer pendant 30 minutes à une température de 85 °C en évitant l’ébullition (d'autres sources indiquent cependant un temps de réaction plus long[9]). Après cette opération, il reste une mixture d’eau, d’acide acétique et de diacétylmorphine (héroïne) dans le récipient. La solution est diluée avec de l'eau chaude puis filtrée afin d'éliminer les éventuelles impuretés solides.

Du carbonate de sodium (cristaux de soude) en solution est versé dans le mélange jusqu'à ce que plus aucun gaz ne se forme, précipitant ainsi l'héroïne-base. Le pH de la solution a ce stade est de 10. L'héroïne-base est alors filtrée puis rincée avec de l'eau chaude. L'opération est répétée une fois de plus, puis l'héroïne-base est disposée dans un nouveau récipient.

À ce stade, l'héroïne-base est brune. Certains laboratoires arrêtent l'opération après ces opérations et le produit obtenu est alors connu sous le nom d'héroïne no 3. Il s'agit d'une héroïne principalement destinée à être fumée, nécessitant l'ajout d'un acide (acide citrique, citron, vinaigre ou acide ascorbique/vitamine C) pour pouvoir être dissoute dans de l'eau pour injection.

Afin de transformer cette héroïne-base en chlorhydrate d'héroïne soluble dans l'eau, celle-ci est dissoute dans une solultion d'acide chlorhydrique. Le pH de la solution est alors entre 7 et 8. Toute l'héroïne-base n'étant pas dissoute, la solution est filtrée à travers une toile.

On ajoute du charbon actif à la solution. On remue avant de laisser reposer 30 minutes. Le charbon actif absorbe les impuretés responsables de la coloration. Cette étape peut être répétée jusqu'à obtention d'une solution bien claire permettant ainsi la fabrication d'une héroïne claire, voir blanche ou légèrement grisâtre. L'héroïne est à nouveau précipitée grâce à une solution diluée d'ammoniaque en convertissant le chlorhydrate d'héroïne en solution en héroïne-base non-soluble. Le pH est alors de 12. Celle-ci est filtrée à travers une toile. Puis une nouvelle fois, l'héroïne-base est transformée en chlorhydrate d'héroïne. Celle-ci est dissoute dans une solution diluée d'acide chlorhydrique contenant une petite quantité d'acétone. La solution est filtrée au travers d'un filtre papier, versée dans un récipient et le liquide est évaporé grâce à un bain de vapeur.

Les étapes de purification sont régulièrement omises. L'héroïne ainsi obtenue est alors de couleur beige à brun foncé. L'héroïne disponible en Europe provient principalement d'Afghanistan et celle-ci est de couleur beige à brune.

L'héroïne est-asiatique, principalement exportée aux États-Unis, est souvent blanche du fait d'un raffinage plus poussé nécessitant l'utilisation d'alcool, d'éther et d'acide chlorhydrique lors de l'étape finale. C'est ce que l'on nomme héroïne no 4.

L'héroïne black-tar, provenant principalement du Mexique doit sa consistance et son aspect à une méthode d'acétylation moins efficace, utilisant de l'acide acétique glacial et différents catalyseurs[10]. Cette variété d'héroïne contient bien souvent des concentrations élevées de 6-Monoacétylmorphine, l'acide acétique n'étant pas à même d'acétyler pleinement la molécule de morphine. À noter que la 6MAM, contrairement à la 3-Monoacétylmorphine est psycho-active.

Un kilogramme de morphine permet d’obtenir 700 grammes d’héroïne[8].

Pharmacologie[modifier | modifier le code]

C’est un dépresseur du système nerveux central[11]. Elle a une action analgésique et sédative comme les opiacés ainsi qu’une puissante action anxiolytique et antidépressive[4].

Métabolisme[modifier | modifier le code]

Dans l’organisme, elle est métabolisée en monoacétylmorphine puis en morphine par le foie[4].

Usage détourné et récréatif[modifier | modifier le code]

Formes[modifier | modifier le code]

L’héroïne pharmaceutique se présente sous la forme d’une poudre blanche très fine, mais dans la rue, elle peut se présenter sous la forme de poudres brunes, beiges ou blanches, plus ou moins fines. Il arrive que le produit soit compressé sous forme de « cailloux » lors de son conditionnement. On trouve également une forme solide ou pâteuse, très impure, produite au Mexique et importée aux États-Unis, le black tar ; son importation en Europe est anecdotique[12]. La couleur et l’apparence du produit dépendent de sa pureté (certaines étapes de la production permettant d’obtenir un produit plus pur et blanc étant omises) mais également des produits de coupe utilisés. La couleur n’est cependant pas une indication fiable pour juger de la qualité, pas plus que la présentation sous forme de « cailloux » : il est très facile de recompresser la poudre après coupage[réf. nécessaire].

Il existe des appellations sous forme de numéros. Celles-ci sont relativement anciennes et désuètes à présent. Elles correspondaient à l'origine aux différentes étapes de fabrication et de purification :

Héroïne no 3[13][modifier | modifier le code]

Aussi désignée sous les termes héroïne brune, brown-sugar, brown, golden brown, brownstone, cassonade ; il s’agit (à l'origine) d’héroïne-base, contrairement aux sels (chlorhydrates et sulfates) celle-ci est traditionnellement produite — afin d’être fumée — et consommée en Asie du sud-est car elle n’est pas soluble dans l’eau bien que certains consommateurs ajoutent du vinaigre ou du citron pour la transformer en sels (acétates et citrates) afin de la rendre soluble et injectable. Celle-ci est occasionnellement mélangée à des produits de coupe (caféine) présentant un point de fusion plus bas facilitant son inhalation lorsqu’elle est fumée. Elle se présente comme une poudre granuleuse de couleur brune à grise. Cette héroïne ne peut être pure en raison d'une étape de raffinement manquante. Ainsi, dans les annales des saisies d'héroïne brune, 25 % correspondant à un héroïne marron puissante, 40 % au maximum.

Héroïne no 4[13][modifier | modifier le code]

Aussi désignée sous le terme d’« héroïne blanche », il s’agit du produit sous forme de sel soluble dans l’eau, en général du chlorhydrate d’héroïne. Elle se présente comme une poudre blanche à beige très fine et légère. Elle est obtenue en poussant plus loin le raffinage de la morphine. Elle est traditionnellement produite dans le Triangle d’or mais aussi au Liban, en Syrie et au Pakistan.

Héroïne no 1 et no 2[modifier | modifier le code]

Ces appellations ne sont pas couramment utilisées. Elles correspondent théoriquement aux produits intermédiaires de la fabrication, l’héroïne no 2 correspondant à la morphine-base.

Héroïne « Black tar ».

Héroïne « Black tar »[modifier | modifier le code]

Une troisième sorte d’héroïne produite au Mexique existe bien que celle-ci soit principalement exportée aux États-Unis : le black tar (goudron noir)[12] C’est une héroïne impure se présentant sous la forme d’une pâte, plus ou moins solide de couleur noire ou brunâtre, à l’aspect plus proche de l’opium que d’une poudre ; ses caractéristiques en font une substance particulièrement utilisée par les fumeurs d’héroïne. C’est une forme impure de la drogue, celle-ci est produite par les paysans mexicains qui n’ont qu’une faible expérience dans la culture du pavot et la production d’héroïne. Ceux-ci omettent nombre d’étapes dans le procédé de fabrication en transformant directement la morphine contenue dans l’opium en héroïne, sans passer par les étapes intermédiaires[12].

Habitudes de consommation[modifier | modifier le code]

L’héroïne se présente sous forme de poudre brune, rarement blanche. Elle est coupée de manière variable (souvent 90 % à 95 %[4]) parfois avec d’autres produits psychoactifs (cocaïne par exemple) ou non, voire toxiques (caféine pour 86 % des échantillons, paracétamol pour 79 %[14]). La composition comme le degré de pureté sont très variables.

L’héroïne peut se consommer par :

  • insufflation (sniff)
  • injection intraveineuse, l’effet apparaît en moins d’une minute et s’estompe au bout de 3 à 5 heures[15] ;
  • inhalation (fumée ou prisée), l’effet analgésique est alors dominant[15] lors des premières prises. Rapidement l’effet psychoactif « apaisant » reste seul recherché.

On parle de « chasser le dragon » ou « faire un alu » : méthode consistant à inhaler les vapeurs d’héroïne, chauffée la plupart du temps sur une feuille d’aluminium par le dessous.

L’injection présente des risques accrus de surdose ou d’infections locales ou systémiques graves. L’héroïne a longtemps été associée à l’injection intraveineuse du fait des ravages sanitaires qu’avait provoqué ce mode de consommation dans les années 1970. L'utilisation des traitements de substitutions comme le Subutex® (buprénorphine) et la méthadone et les campagnes de prévention et d’information sur cet usage qui permettait la transmission d’un certain nombre d’infections via les échanges de seringues (sida, hépatites B et C), ont fait considérablement baisser ce mode de consommation, au point qu’il est considéré comme minoritaire dans les pays occidentaux[16].

Si les risques de transmission infectieuse sont considérablement réduits par la consommation en inhalation prisée, ils restent présents du fait de l’échange des pailles qui transportent le même type d’infections, la tuberculose en plus.

L’héroïne peut être consommée en « descente » de la cocaïne (c’est-à-dire après) pour atténuer les effets angoissants de la diminution de ce produit dans l’organisme ; et parfois en « speed-ball » (cocaïne avec héroïne) afin de compenser les effets dépresseurs de l’héroïne par les effets stimulants de la cocaïne[17].

Effets et conséquences[modifier | modifier le code]

Du fait de leur structure moléculaire relativement proche des endorphines produites par l’organisme, les métabolites de la substance vont se lier au récepteur opiacé-µ. Par ressemblance, les opiacés vont donc se substituer aux endorphines dans les récepteurs, entraînant une euphorie, une analgésie et des effets anxiolytiques.

L’utilisation répétée de la diacétylmorphine aboutit à un certain nombre de changements physiologiques, y compris une diminution des récepteurs opiacés disponibles.

4 à 24 h après la dernière prise de diacétylmorphine les récepteurs sont toujours occupés par les opiacés, mais les effets de la substance perdent en intensité. Les récepteurs ne sont alors plus disponibles pour lier les endorphines, ce qui entraîne des conséquences graves et des effets inverses de ceux recherchés. C’est ce processus qui est responsable de l’accoutumance et de la dépendance physique, où le corps ayant réduit sa production d’endorphines présente des symptômes physiques de manque de cette substance, appelé le syndrome de sevrage aux opiacés. Ce syndrome entraîne des symptômes extrêmement inconfortables, comme la douleur, l’anxiété, l’insomnie et des spasmes musculaires.

Du fait de son fort caractère analgésique, elle peut masquer les douleurs dues aux infections.

En cas de surdose, l’héroïne peut entraîner la mort par dépression respiratoire. Le surdosage étant généralement accidentel et imputé à une dose trop concentrée[11].

Effets psychiques[modifier | modifier le code]

Effets somatiques[modifier | modifier le code]

Ces effets sont suivis d’un état de somnolence.

Effets à court terme[modifier | modifier le code]

  • problèmes gastro-intestinaux[15] ;
  • ralentissement du rythme cardiaque ;
  • baisse de l’amplitude respiratoire[15] ;
  • contractions importantes de la pupille (myosis)[11] ;
  • action antitussive[11] ;
  • hypothermie ;
  • démangeaisons.

Effets à moyen terme[modifier | modifier le code]

  • baisse de l’appétit pouvant entraîner des carences alimentaires voire des problèmes buccodentaires[15] ;
  • constipation[15] et difficultés à uriner ;
  • insomnies ;
  • interruption des menstruations chez la femme ;
  • courbatures.

Effets à long terme[modifier | modifier le code]

Dépendance[modifier | modifier le code]

L’héroïne entraîne une forte accoutumance.

L’arrêt brutal d’héroïne peut provoquer un syndrome de sevrage autrement appelé manque.

La dépendance à l’héroïne peut, de nos jours, être traitée par des médicaments de substitution : méthadone ou buprénorphine (Subutex). Ces substituts sont des opioïdes synthétiques. Ils ralentissent l’apparition des symptômes de sevrage, les repoussant sans pour autant les supprimer. Les effets euphoriques de ces substances sont moindres et leur demi-vie (durée d’action) est plus grande que celle de l’héroïne, permettant ainsi une prise quotidienne unique. La substitution permet également de couper les patients toxicomanes du milieu de la drogue.

La finalité étant le sevrage définitif à court ou long terme en baissant les doses afin d’atténuer graduellement les symptômes de manque.

La prise d’héroïne par voie intraveineuse est considérée comme un mode d’administration addictogène : cela induit une alternance cyclique entre un effet euphorisant rapide et intense, et un état de manque.

L’addiction à l’héroïne est décrite par un processus en trois étapes[18] :

  • La lune de miel : L’usager consomme pour le plaisir. Sa consommation est considérée comme contrôlée. Une tolérance s’installe ainsi qu’une dépendance psychique.
  • La gestion du manque : La dépendance physique apparaît. L’usager consomme pour éviter l’état de manque. Il développe souvent une polyconsommation de gestion du manque (consommation de benzodiazépines, alcool, cannabis, etc.).
  • La galère : Le manque est omniprésent. La dépendance est majeure avec des comportements de perte de contrôle. L’héroïnomane sera alors capable de tout pour financer sa consommation.

Traitements de l’héroïnomanie[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : addiction, toxicomanie et sevrage (toxicologie).

Le traitement de la dépendance à l’héroïne est long et vise à obtenir l’abstinence. Il nécessite souvent une aide extérieure[18].

La première phase de ce traitement passe par un sevrage où un traitement médical aide l’usager à supporter les symptômes du manque. Pour ce faire les usagers passent:

  • soit par un sevrage médicamenteux (mélange de différents médicaments visant à réduire les symptômes du manque) qui est proposé à ceux qui sont le moins "accros" à la substance et qui, de ce fait, durera moins longtemps,
  • soit par un sevrage à la buprénorphine proposé à ceux qui ont eu un parcours plus long dans le cheminement de la toxicomanie, ce traitement de substitution est prescrit par n'importe quel médecin, ce qui peut entraîner des dérives : trafic, marché noir…

Enfin, il y a le traitement à la méthadone, produit de substitution beaucoup plus difficile à se procurer que la buprénorphine, car très contrôlé. Pour suivre un traitement à la méthadone, il faut obligatoirement passer par un centre spécialisé où l'usager devra suivre une procédure stricte passant par différents rendez-vous (en général avec un médecin, un psychologue, et un travailleur social) visant à établir le degré de sa dépendance et à mettre en place son traitement. En général, les sevrages à la méthadone sont les plus longs, cela peut aller de quelques mois à plusieurs années, du fait de la puissante addiction due au produit. Il faut savoir que le manque physique de l'héroïne ne dure pas plus d'une semaine, celui de la buprénorphine le double et pour la méthadone il faut compter un mois voire deux.

Cette aide extérieure peut se manifester de différentes façons: obligation de soins, début de prise en charge sanitaire via une structure de premier plan type site d’injection supervisée, mise en place d’un traitement de substitution, hospitalisation en cure de désintoxication voire post-cure.

Statistiques[modifier | modifier le code]

En France, en 2010, on estime le nombre d’expérimentateurs d’héroïne à environ 500 000[19]. En 2005, on comptait environ 160 000 héroïnomanes dont la moitié suivait un traitement substitutif aux opiacés (buprénorphine, méthadone, etc.).

Selon le rapport de l’OICS du 1er mars 2006 :

  • L’abus d’héroïne est peu répandu en Afrique avec un taux annuel de prévalence de l’abus d’opiacés de 0,2 % (pour la période 2002-2004, chez les individus âgés de 15 à 64 ans), chiffre inférieur à la moyenne mondiale de 0,3 %.
  • En Europe, la prévalence annuelle de l’abus d’opiacés est de 0,8 % (et atteint même 1,7 % en Lettonie).
  • Aux États-Unis, les héroïnomanes représenteraient 0,1 % de la population.
  • L’abus d’héroïne ne pose pas de problème majeur en Amérique du Sud ou en Océanie.
  • En Asie de l’est et en Asie du sud-est, les opiacés restent les principales drogues consommées.
  • Dans les pays d’Asie centrale, la principale drogue donnant lieu à des abus est désormais l’héroïne.

Jargon[modifier | modifier le code]

Vocabulaire[modifier | modifier le code]

Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (août 2010). Pour l'améliorer, ajouter en note des références vérifiables ou les modèles {{Référence nécessaire}} ou {{Référence souhaitée}} sur les passages nécessitant une source.
  • Accrocher, être accro, être en chien, être mal, être en keukeu : le fait d’être dépendant.
  • Alu, taper un alu : voir chasser le dragon : méthode consistant à inhaler les vapeurs d’héroïne chauffée, la plupart du temps, sur une feuille d’aluminium (d'où le nom) par le dessous, ou aussi appelé tache d'où l'expression taper une tache.
  • Fixer, shooter, se faire (ou se mettre) un taquet, se faire un trou, caler, (se) tanker : synonyme d’injecter.
  • Flash : sentiment d’euphorie intense immédiatement provoqué par la prise d’héroïne et plus ou moins intense en fonction du mode de consommation.
  • Héroïnomane, camé, tox : usager d’héroïne.
  • Paille, burette : petit tube permettant l’inhalation de la substance généralement fait en aluminium pour pouvoir consommer ce que la fumée a laissé comme dépôt, ce qui donne un bel aperçu de ce que ce mode de consommation peut faire aux voies respiratoire et aux poumons.
  • Pompe, shooteuse, fix, flute, stylo, sister : seringue.
  • Rails, traces, lignes, pointes, gouttes, tracks, trait, poutre, sentier, poteau  : disposition en petits tas filiformes en vue d’inhalation à l’aide d’une paille.
  • Nourrir le singe : Expression qui désigne un toxicomane prenant de l'héroïne afin d'éviter ou de combler les symptômes liés au manque.
  • Kepa, kep’s, bonbonne, meug, bille, cabane, pochon, packs, enveloppe : petits paquets dans lesquels sont conditionnées les doses destinées au commerce au détail. Ces termes ne sont pas spécifiques à l’héroïne.
  • Shoot, fix, flush, caler : injection.
  • Came, Hélène, keuch, cheval - horse, smack, brune, brown, meumeu, rabla, schnouf, poudre, peuf, meux, marron, ronron, bedi, chocolat : termes d’argot désignant l’héroïne.
  • Piquer du blaze, piquer du zen, plonger, bétonner, comater : piquer du nez. On somnole, l’héroïne fait piquer du nez, on plane.
  • Taper, se mettre une seut (seutra : trace, ligne) : priser (ou plus simplement « sniffer »).

Termes apparentés[modifier | modifier le code]

  • Héroïnomanie : terme composé de héroïne et de manie, du grec mania pour « folie, passion ». Il désigne une toxicomanie à l’héroïne, une consommation régulière et non-contrôlée d’héroïne, amenant un état de dépendance.
  • Héroïnomane : dérivé du précédent, désigne les personnes atteintes d’héroïnomanie.

Production et trafic[modifier | modifier le code]

Article connexe : Trafic de stupéfiant.
Principaux pays producteurs d’héroïne.

Jusqu’au milieu des années 1970, les filières d’acheminement d’héroïne sont tenues par les Français de la « French Connection » qui s’approvisionne en Turquie[20] et la mafia américaine héritière de Lucky Luciano.

Une fois la « French connection » supprimée, c’est la filière asiatique qui reprend le marché avec la Turquie ou l’Albanie comme pays de transit[20].

En France, elle est remplacée dans les années 1980 par la filière nigériane changeant ainsi de pays de transit mais pas de pays producteurs[21].

L’année 2000 vit le commandeur des talibans, le mollah Mohammad Omar, décréter que la culture du pavot, étant anti-islamique, devait cesser, alors que l'Afghanistan était considéré comme premier producteur mondial de pavot à cette date[22].

D’après l’organe international de contrôle des stupéfiants dans son rapport du 1er mars 2006, l’Afghanistan est redevenu le premier producteur mondial de pavot à opium (87 % de la production mondiale), 60 % du produit transite par l’Asie occidentale et 20 % par l’Asie centrale pour rejoindre ensuite essentiellement l’Europe mais aussi l’Amérique du Nord.

Mais c’est en Amérique du Sud notamment en Colombie qu’est produite et transformée près de 60 % de l’héroïne disponible sur le marché américain où elle entrerait en passant par le Mexique.

Une partie de la production licite de pavot à opium d'Inde est détournée pour le marché clandestin et transformée et consommée sur place.

L'Office des Nations unies contre la drogue et le crime estime en 2010 que la surface totale de plantations de pavot dans le monde est passé de 223 000 hectares produisant 8 890 tonnes d'opium en 2007 à 181 000 hectares produisant 7 754 tonnes d'opium donnant 657 tonnes d'héroïne en 2009 mais en 2008, seules 340 tonnes sont effectivement consommées, la Russie étant le premier pays consommateur[23].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Masse molaire calculée d’après « Atomic weights of the elements 2007 », sur www.chem.qmul.ac.uk.
  2. a et b SIGMA-ALDRICH
  3. http://www.incb.org/pdf/forms/yellow_list/48thedYL_Dec_08F.pdf; Liste Jaune : Liste des stupéfiants placés sous contrôle international, « Organe international de contrôle des stupéfiants »
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Denis Richard, Jean-Louis Senon, Marc Valleur, Dictionnaire des drogues et des dépendances, Larousse,‎ 2004 (ISBN 2-03-505431-1)
  5. (fr) L’aspirine : propriétés générales, applications. La somatose. L’héroïne, plaquette publicitaire de l’entreprise Bayer du début des années 1900 vantant les mérités de l’héroïne.
  6. (en)Feasibility Study on Opium Licensing in Afghanistan.
  7. https://www.unodc.org/pdf/research/Bulletin07/bulletin_on_narcotics_2007_Zerell.pdf
  8. a, b et c (en) Erowid - Rhodium Archive - Heroin Manufacture
  9. http://www.erowid.org/archive/rhodium/chemistry/opium.html
  10. http://acs.confex.com/acs/56serm/techprogram/P13571.HTM
  11. a, b, c et d Yasmina Salmandjee, Les drogues, Tout savoir sur leurs effets, leurs risques et la législation, Eyrolles, coll. « Eyrolles Pratique »,‎ 2003 (ISBN 2-7081-3532-5).
  12. a, b et c (en)Interpol "Drug Sub-Directorate - Heroin".
  13. a et b Michel Hautefeuille, Dan Véléa, Les drogues de synthèse, Presses Universitaires de France, coll. « Que sais-je ? »,‎ 2002 (ISBN 2-13-052059-6)
  14. Cinquième rapport national du dispositif TREND, Phénomènes émergents liés aux drogues depuis 2003 ([PDF] téléchargeable).
  15. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Amine Benyamina, Le cannabis et les autres drogues, Solar,‎ 2005 (ISBN 2-263-03904-X).
  16. Drogues, savoir plus risquer moins, comité français d’éducation pour la santé et de la mildt,‎ juillet 2000 (ISBN 2-908444-65-8).
  17. Michel Hautefeuille, Dan Véléa, Les drogues de synthèse, Presses Universitaires de France, coll. « Que sais-je ? »,‎ 2002 (ISBN 2-13-052059-6).
  18. a et b Marie-José Auderset, Jean-Blaise Held, Jean-François Bloch-Lainé, Héroïne, cocaïne… voyage interdit, De La Martinière, coll. « Hydrogène »,‎ 2004 (ISBN 2-7324-2712-8).
  19. François Beck, Romain Guignard, Jean-Baptiste Richard, Maryline Tovar, Stanislas Spilka, Les niveaux d’usage des drogues en France en 2010, Tendances, 2011 ; 76 :1–6.
  20. a et b Alain Labrousse, Géopolitique des drogues, Presses Universitaires de France, coll. « Que sais-je ? »,‎ 2004 (ISBN 2-13-054186-0).
  21. Michèle Diaz, Marc-Eden Afework, La Drogue, Hachette, coll. « qui, quand, où ? »,‎ 1995 (ISBN 2-01-291469-1).
  22. Collectif Liberté Afghanistan.
  23. (fr) Production et consommation d'opium et d'héroïne dans le monde, Ria Novosti 2010

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur le trafic de l’héroïne et les services spéciaux
  • (en) Edward J. Epstein, Agency of fear: opiates and political power in America, G.P. Putman and sons, New York, 1977.
  • (en) Alfred W. McCoy, The politics of heroin in southeast Asia, The Washington Monthly Company, 1972. (ISBN 0061319422)
  • (en) Henrik Krüger, The Great Heroin Coup: Drugs, Intelligence, and International Fascism, Boston: South End Press, 1980. 240 pages (d’abord publié au Danemark sous le titre Smukke Serge og Heroinen en 1976) (ISBN 0896080315)
Sur la consommation dans le milieu rock

Culture populaire[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur le trafic de l’héroïne[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Compendium suisse des médicaments : spécialités contenant Héroïne
  • OFDT (observatoire français des drogues et des toxicomanies), organisme public chargé du recueil, de l’analyse et de la synthèse des données relatives aux substances psychoactives illicites ou réglementées en France