Colisée

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Colisée
Vue extérieure de nuit
Vue extérieure de nuit

Lieu de construction Velia
Date de construction de 70 ap. J.-C. à 80 ap. J.-C.
Ordonné par Vespasien
Type de bâtiment Amphithéâtre romain
Dimensions externes Longueur:187,75 m Largeur:155,60 m Hauteur:50,75 m
Dimensions de l'arène 86 m 54 m 4,5 m
Le plan de Rome ci-dessous est intemporel.
Planrome2b.png
Colisée
Localisation du Colisée dans la Rome Antique (en rouge)
Coordonnées 41° 53′ 26″ N 12° 29′ 33″ E / 41.8905, 12.4926 ()41° 53′ 26″ Nord 12° 29′ 33″ Est / 41.8905, 12.4926 ()  

Géolocalisation sur la carte : Rome

(Voir situation sur carte : Rome)
Colisée

Géolocalisation sur la carte : Italie

(Voir situation sur carte : Italie)
Colisée
Liste des monuments de la Rome antique

Le Colisée, à l'origine amphithéâtre Flavien (Colosseo en italien), est un immense amphithéâtre elliptique situé dans le centre de la ville de Rome, entre l'Esquilin et le Cælius, le plus grand jamais construit dans l'empire romain. Il est l'une des plus grandes œuvres de l'architecture et de l'ingénierie romaines.

Sa construction, juste à l'est du Forum romain, a commencé entre 70 et 72 ap. J.-C., sous l'empereur Vespasien, et s'est achevée en 80 sous Titus. D'autres modifications ont ensuite été apportées au cours du règne de Domitien (81-96)[1]. Le nom d'amphithéâtre Flavien dérive du nom de famille (gens Flavia) des deux empereurs Vespasien et Titus.

Pouvant accueillir entre 50 000 et 75 000 spectateurs[2], le Colisée a été utilisé pour la chasse d'animaux sauvages, les combats de gladiateurs et autres spectacles publics. Il est resté en service pendant près de 500 ans, les derniers jeux se prolongeant jusqu'au VIe siècle. Outre les combats traditionnels de gladiateurs, de nombreux autres spectacles y ont été organisés, tels que des chasses d'animaux sauvages, des exécutions publiques, des reconstitutions de batailles célèbres et des drames basés sur la mythologie romaine. Pour l'inauguration du Colisée, en 80 ap. J.-C., Titus donne une Naumachie dans le Colisée transformé en bassin reconstituant la bataille navale de Corinthe contre Corcyre. Le bâtiment a finalement cessé d'être utilisé au cours du haut Moyen Âge. Il a plus tard été réutilisé pour des usages variés tels que des habitations, des ateliers d'artisans, le siège d'un ordre religieux, une forteresse, une carrière et un sanctuaire catholique chrétien.

Le Colisée est actuellement en état de ruine, en raison des dommages causés par les tremblements de terre et la récupération des pierres, mais il continue à donner la mesure de l'ancienne puissance de la Rome Impériale. Aujourd'hui, il est l'un des symboles de la Rome moderne, une de ses attractions touristiques les plus populaires, et a encore des liens étroits avec l'Église catholique romaine : chaque Vendredi saint, le pape mène une procession aux flambeaux sur un chemin de croix aboutissant à l'amphithéâtre. Le Colisée est représenté sur la pièce de monnaie italienne de 5 centimes d'euro.

Le nom du Colisée

Vue panoramique

Le nom latin initial du Colisée était amphitheatrum Flavium (en français « amphithéâtre Flavien »). Le monument a été construit par les empereurs de la dynastie Flavienne pour offrir aux citoyens des spectacles, d'où son nom d'origine[3]. Ce nom est encore fréquemment utilisé dans les ouvrages spécialisés, mais il est peu connu du grand public. Dans l'Antiquité, les Romains ont parfois évoqué le Colisée sous le nom d'Amphitheatrum Caesareum, dans un contexte poétique[4],[5].

Le nom de Colosseum (du bas-latin colossus qui vient lui-même du grec κολοσσός, « colosse, grande statue[6] ») a longtemps passé pour être dérivé de celui d'une statue colossale de Néron érigée à proximité[1] et initialement ornant l'entrée de la Domus aurea[7]. Cette statue a ensuite été remodelée par les successeurs de Néron en une figure d'Hélios (Sol ou Apollon), dieu du soleil, par l'ajout de la couronne solaire. La tête de Néron a été remplacée à plusieurs reprises par celles de divers empereurs. En dépit de ses liens païens, la statue est restée debout une bonne partie de l'époque médiévale, et était créditée de pouvoirs magiques. Elle fut finalement considérée comme un symbole iconique de la permanence de Rome.

Mosaïque exposée au Colisée
Représentation historique au Colisée de Rome

Au VIIIe siècle, Bède le Vénérable (ca. 672-735) écrivit une célèbre épigramme célébrant la signification symbolique de la statue : Quandiu stabit coliseus, stabit et Roma ; quando cadet coliseus, cadet et Roma ; quando cadet Roma, cadet et mundus ("Tant que durera le Colosse, Rome durera ; quand le Colosse tombera, Rome tombera ; quand Rome tombera, le monde tombera")[8]. Ceci est souvent mal traduit, en se référant au Colisée plutôt qu'au colosse (comme, par exemple, dans le fameux poème de Byron Childe Harold's Pilgrimage) : à l'époque de Bède, le nom masculin coliseus était appliqué à la statue plutôt qu'à ce qui était encore connu sous le nom d'amphithéâtre Flavien.

Le colosse de Néron a fini par tomber, probablement jeté bas en vue de la réutilisation de ses éléments de bronze. Le nom de Colosseum (nom neutre) a été utilisé vers l'an 1000, pour désigner l'amphithéâtre. La statue elle-même a été en grande partie oubliée, et seule sa base survécut, entre le Colisée et le Temple de Vénus et de Rome tout proche[9].

Le nom a été corrompu en Coliseum au cours du Moyen Âge. En Italie, l'amphithéâtre est toujours connu sous le nom de il Colosseo, et d'autres langues romanes en sont venues à utiliser des formes similaires, telles que le Colisée en français, el Coliseo en espagnol, o Coliseu en portugais ou Colosseumul en roumain.

Histoire

Antiquité

Vue extérieure
Vue intérieure
Carte du centre de Rome durant l'Empire romain : le Colisée est dans le coin supérieur droit

La construction du Colisée a commencé sous le règne de l'empereur Vespasien[1], autour de 70-72. L'endroit choisi était un endroit plat au fond d'une vallée basse au fond de laquelle courait un ruisseau canalisé, entre le Cælius, l'Esquilin et le Palatin.

Lors de l'inauguration, près de 9 000 animaux sauvages furent mis à mort. Sous le règne de Trajan, en 107, 11 000 animaux et 10 000 hommes auraient été impliqués durant 123 jours de fête. Côté technique, 2 000 marins étaient employés pour manœuvrer au-dessus du Colisée l'immense velarium qui donnait de l'ombre aux 55 000 spectateurs. Ceux-ci pouvaient alors admirer à la belle saison, et environ six fois par an, le combat des gladiateurs dont l'âge dépassait rarement 22 ans.

Au IIe siècle, la région était densément habitée. Elle avait été dévastée par le Grand incendie de Rome, en 64. À cette occasion, Néron s'était saisi d'une grande partie de la zone pour l'ajouter à son domaine. Il y construisit la magnifique domus aurea devant laquelle il créa un lac artificiel entouré de pavillons, jardins et portiques.

L'aqueduc préexistant de l'Aqua Claudia fut prolongé pour l'approvisionnement en eau de cette zone, et la gigantesque statue de bronze sous le nom de Colosse de Néron fut mise en place non loin de l'entrée de la Domus Aurea[9].

La zone a été transformée par Vespasien et ses successeurs. La statue colossale fut conservée, mais on démolit une grande partie de la Domus Aurea. Le lac fut comblé et le terrain réutilisé pour la construction du nouvel amphithéâtre Flavien. Des écoles de gladiateurs et d'autres bâtiments annexes furent construits à proximité, sur les anciens terrains de la Domus Aurea.

Selon une inscription trouvée sur le site, « l'empereur Vespasien a ordonné que l'on édifie ce nouvel amphithéâtre sur sa propre part de butin ». Il y a lieu de penser que cela se réfère à la grande quantité de trésors saisis par les Romains à la suite de leur victoire dans la Première Guerre judéo-romaine de 70. Le Colisée peut donc être interprété comme un grand monument triomphal construit dans la tradition romaine de célébration des grandes victoires[9].

La décision de Vespasien de construire le Colisée sur le site du lac de Néron peut aussi être vue comme un geste populiste de retour au domaine public d'un quartier annexé par Néron pour son propre usage. Contrairement à beaucoup d'autres amphithéâtres situés à la périphérie des villes, le Colisée fut construit littéralement et symboliquement au cœur de Rome.

À la mort de Vespasien, en 79, le troisième étage du Colisée était achevé. Le dernier niveau fut inauguré par son fils Titus, en 80. Dion Cassius rapporte que 9 000 bêtes sauvages furent tuées lors des jeux inauguraux.

Le bâtiment fut ensuite rénové par Domitien, fils cadet de Vespasien, empereur nouvellement désigné, qui ajouta l'hypogée , réseau de souterrains utilisés pour abriter les animaux et les gladiateurs. Il adjoignit également une galerie tout au sommet du Colisée, destinée à accroître encore le nombre de places.

En 217, le Colisée fut gravement endommagé par un incendie majeur (causé par la foudre, selon Dion Cassius[10]) qui détruisit les étages supérieurs des gradins construits en bois. Il ne fut entièrement réparé que vers 240 et subit d'autres réparations en 250 ou 252, puis en 320. Une inscription enregistre la restauration de diverses parties du Colisée sous Théodose II et Valentinien III (règne : 425-450), peut-être pour réparer les dommages causés par un tremblement de terre majeur, en 443 ; d'autres travaux furent entrepris en 484 et en 508.

L'arène a continué d'être utilisée pour des concours jusqu'au VIe siècle au moins, avec les derniers combats de gladiateurs vers 435. Les chasses aux animaux sauvages se poursuivirent au moins jusqu'en 523[9].

Époque médiévale

Carte ancienne montrant le Colisée enserré dans les quartiers d'habitations

Le Colisée a connu bien des changements au cours du Moyen Âge. Une petite église fut construite à l'intérieur de la structure, à la fin du VIe siècle, et l'arène devint un cimetière.

Les nombreux espaces voûtés, sous les gradins, furent utilisés comme habitations ou comme ateliers, et on relève encore des locataires au XIIe siècle, époque où les Frangipani fortifièrent l'édifice, apparemment pour en faire une forteresse.

Le Colisée eut à souffrir du grand tremblement de terre de 1349 qui provoqua l'effondrement de tout un pan du mur extérieur du côté sud. Une grande partie des pierres fut alors récupérée pour la construction des palais, églises, hôpitaux et autres bâtiments. Les placages de marbre alimentèrent les fours à chaux[9]. Les agrafes de fer ou de bronze scellées au plomb servant à assujettir les pierres furent systématiquement pillées en creusant au burin entre les joints, laissant les innombrables cicatrices (trous) aujourd'hui visibles sur tous les murs intérieurs et extérieurs[11].

Un ordre religieux s'installa dans les ruines au milieu du XIVe siècle, pour s'y maintenir jusqu'à la fin du XIXe siècle[12].

Époque moderne

Intérieur du Colisée, Rome. Thomas Cole, 1832. Le chemin de croix autour de l'arène et la végétation couronnant les murs ont été supprimés à la fin du XIXe siècle.

Au cours des XVIe et XVIIe siècles, les fonctionnaires de l'Église cherchèrent à donner un rôle productif au grand monument à l'abandon. Sixte Quint (1585-1590) envisagea de transformer l'édifice en filature de laine où l'on emploierait les prostituées, mais cette proposition ne fut pas suivie d'effet par suite de son décès[13]. En 1671, le cardinal Altieri autorisa son utilisation pour des courses de taureaux, ce qui provoqua un tollé.

Au début du XVIIIe siècle un moine Carme le père Angiolo Paoli, intervint auprès du pape Clément XI pour préserver ce lieu qui « avait été imprégné du sang des martyrs » et avait été laissé à l'abandon. Le Pape approuva le projet du moine. Le Carme, avec l'aide de quelques volontaires, se transforma en maçon et fit fermer les arcs avec des murs épais, et les portes avec de grosses traverses en fer. À l'intérieur, il érigea trois grosses croix de bois[14].

En 1749, Benoît XIV décida que la politique officielle de l'Église serait de faire du Colisée le lieu sacré où les premiers chrétiens ont été martyrisés. Il interdit l'utilisation du Colisée comme carrière, et consacra l'édifice à la Passion du Christ et fit installer un chemin de croix, le déclarant sanctifié par le sang des martyrs chrétiens qui y périrent. Plus tard furent entrepris divers projets de restauration et de stabilisation : la façade fut renforcée par des étais de brique en 1807 et 1827, et l'intérieur fut restauré en 1831, 1846 et 1930. L'arène fut partiellement fouillée en 1810-1814 et en 1874, puis totalement déblayée dans les années 1930[9].

Architecture

Extérieur

L'extérieur du Colisée, montrant la partie intacte du mur extérieur (à gauche) et la paroi intérieure presque intacte (à droite).
Façade originale du Colisée.
Entrée LII du Colisée, avec chiffres romains encore visibles.

Contrairement aux amphithéâtres antérieurs construits entre deux collines, le Colisée est une structure autonome entièrement construite. Il est de plan elliptique, de 189 m de long et 156 m de largeur, avec une superficie de 6 ha. La hauteur de la paroi extérieure est de 48 m. Le périmètre d'origine mesure 545 m. L'arène centrale est un ovale de 86 m de long et 54 m de largeur, entouré par un mur de 4,5 m de hauteur, qui s'élève jusqu'au niveau des premiers gradins.

La paroi extérieure est estimée à plus de 100 000 m3 de travertin, montés sans mortier, mais solidarisés par 300 t d'agrafes de fer[9]. Cependant, l'ensemble de la structure a subi d'importants dommages au cours des siècles, avec de larges segments effondrés à la suite de tremblements de terre. Le côté nord du mur d'enceinte est toujours debout ; les rampes de brique à chaque extrémité ont été ajoutées au XIXe siècle pour consolider le mur. Le reste de l'actuel extérieur du Colisée est en fait le mur intérieur d'origine.

La partie survivante de la paroi extérieure de la façade monumentale se compose de trois niveaux d'arcades superposés, surmontés d'une plate-forme sur laquelle se dresse un attique de grande hauteur, percé de fenêtres à intervalles réguliers. Les arcades sont encadrées de demi-colonnes doriques, ioniques et corinthiennes, tandis que l'attique est orné de pilastres corinthiens[15]. Chacun des arcs aux premier et deuxième étages était orné de statues, probablement en l'honneur des divinités et des autres personnages de la mythologie classique.

Deux cent quarante mâts étaient dressés en encorbellement autour du sommet de l'attique. Ils soutenaient un vaste auvent rétractable, connu sous le nom de velarium, qui abritait les spectateurs du soleil et de la pluie. C'était une immense toile soutenue d'une structure de cordes en filet, avec un trou au centre[1]. Il couvrait deux tiers de l'arène, en pente vers le centre pour capter le vent et en diriger une brise vers les spectateurs. Des marins, spécialement enrôlés au siège de la marine à Misène et basés à la proche caserne du Castra Misenatium, étaient chargés de la manœuvre du velarium[16]. À noter que les places les plus hautes, où prenaient place les plus pauvres, n'étaient pas protégées du soleil[17].

L'énorme capacité du Colisée rendait indispensable un dispositif d'accès et d'évacuation rapide, pour lequel les architectes mirent au point des solutions similaires à celles que nous connaissons dans nos stades modernes. Quatre-vingts entrées s'ouvraient sur l'extérieur au rez-de-chaussée, dont soixante-seize étaient destinées aux spectateurs ordinaires[1]. Chaque entrée était numérotée, de même que chaque escalier. Le nord de l'entrée principale était réservé à l'empereur et ses proches, alors que les trois autres entrées axiales étaient destinées à l'élite. Les quatre entrées axiales étaient richement décorées de peintures et de reliefs en stuc, dont des fragments nous sont parvenus. Bon nombre des entrées originales extérieures ont disparu avec l'effondrement du mur extérieur, mais les entrées XXIII à LIV survivent encore[9].

Les spectateurs recevaient des billets sous forme de fragments de poterie numérotés qui leur donnaient les instructions nécessaires de section et de rangée de sièges. Ils accédaient à leurs places par des vomitoria (singulier : vomitorium), qui s'ouvraient sur les gradins. Dès la fin des jeux ou en cas d'urgence, l'évacuation ne prenait que quelques minutes.

Gradins

D'après le Lexikon der gesamten Technik (1904) d'Otto Lueger
Vue latérale des gradins du Colisée.

Les spectateurs étaient assis dans un arrangement hiérarchisé qui reflète la nature rigide et stratifiée de la société romaine. Des inscriptions gravées sur les gradins indiquent à quelle catégorie de personnes ils étaient destinés, par exemple equitibus romanis (c'est-à-dire « pour les chevaliers romains »), ou encore pædagogis puerorum (« pour les maîtres d'école »).

Des loges spéciales étaient réservées respectivement au sud et nord à l'empereur et aux Vestales, offrant les meilleures vues sur l'arène. Une large plate-forme ou podium, au même niveau, accueillait les spectateurs de classe sénatoriale, autorisés à apporter leur propre chaise. Les noms de certains sénateurs du Ve siècle sont encore gravés dans la pierre.

Le niveau situé juste au-dessus de celui des sénateurs, connu sous le nom de primum mænianum, était occupé par la classe des chevaliers (ordre équestre : equites, noblesse non sénatoriale). Le niveau suivant, le mænianum secundum, était à l'origine réservé aux simples citoyens romains (les plébéiens) et était divisé en deux sections. La partie inférieure (l'immum) était destinée aux citoyens riches, alors que la partie supérieure (le summum) était dévolue à la classe moyenne. Des secteurs spécifiques étaient attribués à d'autres groupes sociaux : par exemple, les garçons avec leurs tuteurs, les soldats en permission, les dignitaires étrangers, les scribes, les hérauts, les prêtres et ainsi de suite. Certaines zones étaient réservées à des groupes spécifiques. Les sièges de pierre, — et plus tard de marbre — étaient rendus plus confortables par les coussins que chacun apportait pour son propre usage.

Un dernier niveau, le mænianum secundum in ligneis, ("2e étage en bois") fut ajouté au sommet de l'édifice sous le règne de Domitien. Il consistait en une galerie destinée aux pauvres, aux esclaves et aux femmes, avec des places debout ou aménagées succinctement sur des tribunes de bois en pente très raide. Certains groupes étaient totalement exclus du Colisée, notamment les fossoyeurs, les acteurs et les anciens gladiateurs[9].

Chaque niveau, divisé en sections (mæniana) par des passages en courbe et des murets (praecinctiones ou baltei), était subdivisé en cunei, ou portions, et par les allées et les marches des vomitoria. Chaque rangée (gradus) avait ses sièges numérotés, permettant de désigner précisément chaque siège par son gradus, son cuneus et son numéro propre[18].

Arène et hypogée

L'arène du Colisée, montrant l'hypogée.

L'arène mesure 83 × 48 m (280 × 163 pieds romains)[9]. Elle est composée d'un plancher de bois recouvert de sable (le mot latin arena ou harena signifie "sable"), qui couvre une vaste structure souterraine appelée « hypogée » (nom masculin d'origine grecque, littéralement "le sous-sol": hupo (sous) et (la terre)). Il reste peu actuellement de l'arène originale, mais l'hypogée est encore bien visible. Il était constitué d'un réseau à deux niveaux souterrains de tunnels et de cages situés sous l'arène, où gladiateurs et animaux se tenaient prêts avant le spectacle. Quatre-vingts puits verticaux fournissaient un accès instantané à l'arène pour les animaux en cage et les accessoires de scène ; des plates-formes à charnières de plus grandes dimensions, appelées hegmata, permettaient l'accès des éléphants et autres grands animaux. L'hypogée a été restructuré à maintes reprises, et l'on peut distinguer au moins douze différentes phases de construction[9].

L'hypogée était relié par des tunnels souterrains à un certain nombre de points en dehors du Colisée. Les animaux et leurs dresseurs pouvaient rejoindre par un tunnel les écuries situées à proximité, de même que les gladiateurs pouvaient rallier sans peine leur caserne du Ludus Magnus, toujours visible, juste à l'est du Colisée. Des tunnels spéciaux étaient réservés à l'empereur et aux Vestales, afin qu'ils puissent rejoindre leurs loges sans avoir à se mêler à la foule[9].

Des quantités de machines de toutes sortes étaient entreposées dans l'hypogée. Des ascenseurs et des poulies hissaient et descendaient décors et accessoires, ainsi que les animaux en cage jusqu'à la surface de l'arène où ils étaient libérés. Il existe des preuves de l'existence de grands mécanismes hydrauliques permettant d'inonder rapidement l'arène, vraisemblablement par le biais d'une connexion à un aqueduc situé à proximité[9].

Installations annexes

Le Colisée attira dans son orbite toutes sortes d'activités annexes dans le voisinage : en plus de l'amphithéâtre lui-même, de nombreux autres bâtiments implantés à proximité étaient liés aux jeux. Immédiatement à l'est se trouvent les importants vestiges du Ludus Magnus, une école d'entraînement des gladiateurs, reliée au Colisée par un passage souterrain. Le Ludus Magnus avait sa propre arène, qui était elle-même une attraction populaire pour les spectateurs romains. D'autres écoles d'entraînement s'étaient installées dans la même zone, le Ludus Matutinus ("école du matin"), où étaient formés les chasseurs d'animaux, en plus des écoles des Daces et des Gaulois.

À proximité également se tenait l'Armamentarium, comprenant une armurerie pour stocker les armes, le Summum Choragium, où les machines étaient entreposées, le Sanitarium, où l'on soignait les gladiateurs blessés, et le Spoliarium, où les corps des gladiateurs morts étaient dépouillés de leurs armes et évacués.

Sur le périmètre du Colisée, à une distance de 18 m du périmètre, était disposée toute une série de grosses bornes de pierre, dont cinq subsistent du côté est. Diverses explications de leur présence ont été avancées : elles pourraient avoir marqué une frontière religieuse, ou bien une limite extérieure pour le contrôle des billets, ou encore des points d'ancrage pour le velarium[9].

Juste à côté du Colisée se dressait la Meta Sudans, et plus tard vint l'Arc de Constantin.

Les Jeux au Colisée

Pollice verso (« Bas les pouces ! ») par Jean-Léon Gérôme, 1872.

Le Colisée a été utilisé pour accueillir des combats de gladiateurs et d'autres jeux très variés. Les spectacles, appelés munera, ont toujours été donnés par des individus plutôt que par l'État. Ils avaient une forte connotation religieuse, mais démontraient aussi la puissance et le prestige de la famille, auprès de la population qui les appréciait immensément. Un autre type de spectacle très populaire était la chasse aux animaux sauvages, ou venatio, qui faisait appel à une grande variété de bêtes sauvages, principalement importées d'Afrique, telles que rhinocéros, hippopotames, éléphants, girafes, lions, panthères, crocodiles, gnous et autruches. Des batailles et des chasses étaient souvent mises en scène parmi des décors comprenant des arbres et des bâtiments. Ces fêtes prenaient parfois une ampleur exceptionnelle : il est rapporté que Trajan, en 107, a fêté ses victoires sur les Daces par des jeux impliquant 11 000 animaux et 10 000 gladiateurs, durant 123 jours.

Les écrivains anciens rapportent que le Colisée a vu se dérouler, dès les premiers jours, des naumachies, plus communément appelées navalia proelia (reconstitutions et mise-en-scène de combats navals avec de vrais morts).

Il est consigné dans les comptes des jeux inauguraux offerts en 80 par Titus que l'arène remplie d'eau a alors accueilli des courses de chevaux et de taureaux spécialement entraînés à nager. Il est également fait état de la reconstitution d'une très fameuse bataille navale entre les Grecs de Corfou et de Corinthe.

Cela a fait l'objet d'un débat entre les historiens, bien que l'approvisionnement en eau n'eût pas été un problème, de savoir comment on avait pu rendre l'arène suffisamment étanche et trouver assez d'espace pour y faire évoluer des navires de guerre. On peut penser que ces grands spectacles navals avaient lieu dans le volume vide occupé par la suite par l'hypogée, tel que nous le voyons encore aujourd'hui[9].

Des sylvae ou recréations champêtres ont également eu leur place dans les Jeux de l'amphithéâtre. Des peintres, techniciens et architectes s'appliquaient à reconstituer toute une forêt, avec de vrais arbres et arbustes plantés dans le sable de l'arène. Cette forêt apparaissait progressivement peuplée d'animaux introduits tour à tour pour le plus grand plaisir de la foule. Ces scènes pouvaient simplement montrer à la population urbaine les scènes de la nature sauvage, ou bien devenir la toile de fond de chasses ou de scènes illustrant des épisodes de la mythologie.

Occasionnellement, ces décors ont pu être utilisés pour des exécutions dans lesquelles le héros de l'histoire - joué par un malheureux condamné - était tué de la façon dont le relataient les récits mythologiques -, dévoré par des fauves ou d'une autre façon.

Aujourd'hui

Le Colisée aujourd'hui est une attraction touristique majeure de Rome, avec des milliers de touristes chaque année qui paient leur billet pour voir seulement l'arène de l'intérieur, bien que l'entrée pour les citoyens de l'UE soit partiellement subventionnée et que les moins de 18 ans, ainsi que les plus de 65 ans ressortissants de l'UE soient admis gratuitement[19]. Un musée consacré à Éros est situé à l'étage supérieur du bâtiment. Une partie du plancher de l'arène a été reconstituée.

Le Colisée a également été le site de cérémonies catholiques depuis le XXe siècle. Par exemple, le pape Jean-Paul II y a inauguré une nouvelle forme de processions du chemin de croix qui ont lieu chaque Vendredi saint[20],[21].

Variations de température et d'humidité, secousses telluriques, trombes d'eau, pollution urbaine rongeant la pierre, surfréquentation... le Colisée est un géant malade. Chaque année, 500 000 euros lui sont alloués par l'État italien pour parer au plus urgent. Ce qui ne suffit pas pour des travaux plus ambitieux. Sa dernière rénovation ayant coûté 1,7 million d'euros, le site a dû se tourner vers des investisseurs privés pour boucler le budget.

En 2012, le PDG de la marque de chaussures Tod's, Diego Della Valle, propose de financer une restauration du Colisée à hauteur de 25 millions d'euros permettant notamment d'agrandir la surface accessible aux visiteurs de 25 %. Les travaux commencent en décembre 2013[22].

Notes et références

  1. a, b, c, d et e M. Leland Roth, Understanding Architecture: Its Elements, History and Meaning, Westview Press, 1993 ISBN 0-06-430158-3
  2. Description of the Colosseum
  3. / Colosseum.html Willy Logan, La dynastie Flavienne
  4. J. C. Edmondson, Steve Mason, J. B. Rives Flavius Josèphe et la Rome des Flaviens, Oxford University Press, 2005, 114 p.
  5. Le Colisée, Histoire 1
  6. Définitions lexicographiques et étymologiques de « Colosse » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales
  7. Catherine Salles, Et Rome brûla, Larousse, Paris, 2009
  8. Le Colisée, Encyclopédie Catholique
  9. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o Amanda Claridge, Rome: An Oxford Archaeological Guide, Oxford University Press, 1998, p. 276–282 ISBN 0-19-288003-9
  10. Dion Cassius LXXVIII, 25
  11. Pierre Grimal, À la recherche de l'Italie antique, p. 52-58
  12. Norbert Brockman, Encyclopedia of Sacred Places, ABC-CLIO, 2011, p. 108
  13. art. Rome, Encyclopædia Britannica, 2006.
  14. Bienheureux Angiolo Paoli (1642-1720)
  15. Archibald Ian Richmond, Donald Emrys Strong, Janet DeLaine, Le Colisée, The Oxford Companion to Classical Civilization, Oxford University Press, 1998
  16. Charles T. Downey, The Colosseum was a skydome ?
  17. Claire Bommelaer, « Les dessous du Colisée », Le Figaro, vendredi 11 juillet 2014, page 33.
  18. Samuel Ball Platner, complété et révisé par Thomas Ashby, A Topographical Dictionary of Ancient Rome, Oxford University Press, 1929.
  19. The Colosseum.net : The resourceful site on the Colosseum
  20. Joseph M. Champlin, The Stations of the Cross With Pope John Paul II Liguori Publications, 1994, ISBN 0-89243-679-4
  21. Vatican Description of the Stations of the Cross at the Colosseum
  22. Richard Heuzé, « Diego Della Valle, mécène patriote », in Le Figaro, encart Culture, samedi 28 / dimanche 29 décembre 2013, page 36.

Annexes

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Bibliographie

  • Pierre Grimal, À la recherche de l'Italie antique, Hachette, 1961
  • Giuseppe Lugli, L'amphithéâtre Flavien, le Colisée, Rome, Bardi, 1971
  • Filippo Coarelli, Guide archéologique de Rome, Hachette, 1998 (ISBN 2012354289)

Articles connexes

Liens externes