Ruy Blas

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Ruy Blas
Sarah Bernhardt (1844-1923)dans le rôle de la reine d'Espagne en 1872.
Sarah Bernhardt (1844-1923)
dans le rôle de la reine d'Espagne en 1872.

Auteur Victor Hugo
Genre Pièce de théâtre
(Drame romantique)
Nb. d'actes 5 actes
Date de la 1re représentation en français 8 novembre 1838
Lieu de la 1re représentation en français Salle Ventadour
Compagnie théâtrale Troupe du Théâtre de la Renaissance

Ruy Blas est une pièce de théâtre en cinq actes de Victor Hugo créée par la compagnie du théâtre de la Renaissance dans la salle Ventadour, le 7 novembre 1838.

Personnages[modifier | modifier le code]

  • Ruy Blas, valet de Don Salluste
  • Don Salluste de Bazan, marquis de Finlas. Personnage sombre, peu scrupuleux et très attaché à son honneur
  • Don César de Bazan, comte de Garofa, cousin de Don Salluste, et parfaite antithèse de ce dernier
  • Don Guritan
  • Le comte de Camporeal
  • Le marquis de Santa-Cruz
  • Le marquis del Basto
  • Le comte d'Albe
  • Le marquis de Priego
  • Don Manuel Arias
  • Montazgo
  • Don Antonio Ubilla
  • Covadenga
  • Gudiel
  • Doña Maria de Neubourg, reine d'Espagne
  • La duchesse d'Albuquerque, Camerera Mayor
  • Casilda, suivante de la Reine
  • Un laquais, un alcade, alguazils, pages, dames, seigneurs, conseillers privés, duègnes, gardes, huissiers de chambre et de cour

Résumé[modifier | modifier le code]

Six personnages de Victor Hugo par Louis Boulanger,
Musée des beaux-arts de Dijon.
Don Ruy Gomez - Don César de Bazan - Don Salluste
Hernani - Esméralda - Saverny

Ruy Blas est un drame romantique en cinq actes, et en vers (alexandrins) où des personnages soumis à un destin fatal tentent vainement d'y échapper. L'action se déroule dans l'Espagne de la fin du XVIIe siècle, sur plusieurs mois. Le héros de ce drame romantique, Ruy Blas, déploie son intelligence et son éloquence, tant pour dénoncer et humilier une oligarchie accapareuse des biens de l'État que pour se montrer digne d'aimer la reine d'Espagne. Mais cette voix du peuple, éprise de justice, éclairée par l'amour, est prisonnière d'une livrée de valet et d'un maître attaché à perdre la réputation de la reine en lui donnant « son laquais pour amant »[1].

Acte I - Don Salluste[modifier | modifier le code]

Un grand d'Espagne, don Salluste de Bazan, disgracié par la reine pour avoir séduit et refusé d'épouser une de ses filles d'honneur, veut se venger. Comme son cousin, don César de Bazan, noble dévoyé sous le nom de Zafari mais resté chevaleresque, refuse de l'aider (scène 2), il le fait enlever et lui substitue Ruy Blas, son valet, qui vient de se révéler à ses yeux ancien compagnon de misère du bohème Zafari. Cet homme du peuple, intelligent et rêveur, aime la reine en secret. Don Salluste, caché derrière la porte, vient d'apprendre ce secret, qu'il découvrait à son vieil ami Zafari (scène 3). Il décide de l'utiliser à son profit : quand don Salluste l'engage à se faire aimer de la reine, Ruy Blas n'a pas la force de refuser (scène 4).

Acte II - La reine d'Espagne[modifier | modifier le code]

La jeune femme du roi Charles II s'ennuie, loin de son Allemagne natale. Le formalisme de l'étiquette, l'indifférence d'un mari déjà vieux à trente ans lui pèsent (scène 1). Or, sur un banc du parc, chaque jour, un inconnu dépose un bouquet de ses fleurs préférées, et il vient d'y laisser une lettre (scène 2). Elle a l'émotion d'identifier l'épistolier en la personne de "Don César" (Ruy Blas), qui lui apporte, de la part du roi, un laconique billet de chasse. Le trouble de Ruy Blas devant son idole enfin approchée va jusqu'à la syncope (scène 3). Grâce à la lettre apportée et à une blessure à la main, elle reconnaît Ruy Blas comme étant son adorateur secret. Don Guritan, amoureux lui aussi de la reine et inquiet de l'idylle naissante, provoque Ruy Blas en duel. La reine, pour sauver son jeune adorateur, envoie le vieux soupirant porter une cassette à son père, l'électeur de Neubourg.

Acte III - Ruy Blas[modifier | modifier le code]

Devenu Premier ministre par la faveur de la reine, Ruy Blas veut faire réagir ses collègues qui pillent l'État (scène 2). Il mérite ainsi l'aveu d'amour et le baiser de sa souveraine (scène 3). Mais tandis qu'il remercie Dieu de son bonheur (scène 4), don Salluste vient lui rappeler sa condition et son rôle ; Ruy Blas comprend que don Salluste a monté toute cette machination pour exercer la plus cruelle des vengeances sur la reine.

Acte IV - Don César[modifier | modifier le code]

Ruy Blas est en état de choc, il ne comprend pas très bien le stratagème de Don Salluste. Il pense cependant à protéger la Reine à laquelle il fait envoyer par un billet l'ordre de ne pas sortir. Il sort de scène et va prier.

Retour en scène du vrai Don César, déguisé en Zafari, qui se réfugie par hasard dans le logis de Ruy Blas. Il est habillé de haillons et revêt un beau manteau trouvé (déguisement donné à Ruy Blas par Salluste). Il reçoit à son nom (en réalité pour Ruy Blas) une grosse somme d'argent, puis un rendez-vous avec une dame inconnue. Il joue le jeu et accepte les deux. Don Guritan, s'étant rendu compte de la supercherie de la reine et étant revenu d'Allemagne pour défier Ruy Blas qu'il pense être Don César, tombe sur le vrai Don césar qui semble se moquer de lui en soutenant son identité. Cette querelle débouche sur un duel, remporté par César. Salluste fait arrêter Don César pour le meurtre de Don Guritan et doit hâter sa vengeance contre la Reine.

Acte V - Le tigre et le lion[modifier | modifier le code]

Ruy Blas a perdu sa confiance, et veut se suicider par l'empoisonnement. Il craint les ruses de Don Salluste qui veut se venger de celle qu'il aime. La Reine qu'il n'attend pas (mais qui viendra par un billet adressé par Don Salluste) vient le voir. Salluste ayant organisé le rendez-vous, vient surprendre les deux amants. Il propose un marché à la Reine : ou bien il dévoile publiquement sa liaison avec celui qu'elle prend pour don César, ou bien elle signe une lettre adressée au roi par laquelle elle renonce à son mariage et à la couronne. Ruy Blas, poussé à bout, révèle alors sa vraie identité à la Reine, humilie Salluste et le tue avec sa propre épée. Dans un premier temps, la Reine ne peut pas accepter cet amour, puis lorsqu'elle se rend compte que Ruy Blas est en train de s'empoisonner, elle le reconnait sous le nom de Ruy Blas et lui pardonne. Mais Ruy Blas, ayant avalé la fiole de poison, meurt à genoux dans les bras de la reine.

Analyse[modifier | modifier le code]

Ruy-Blas est l’exemple même du drame romantique :

Mélange des genres 
  • Don Salluste, personnage froid, ambitieux, fourbe, méfiant, mais très intelligent et très bon comédien, agit dans l’ombre pour mettre au point une machination machiavélique, ce qui est du domaine du mélodrame.
  • Ruy-Blas, valet devenu grand seigneur, appartient au mélodrame par sa situation sociale et à la tragédie par la noblesse de ses sentiments.
  • Don César, grand seigneur déchu, appartient à la fois à la tragédie par sa droiture et à la comédie par ses aventures et sa philosophie de l’existence.
  • La pièce s’achève par la mort du héros, comme dans la tragédie classique.
  • Le langage des héros est noble et soutenu, donc tragique ; celui de César et de personnages secondaires (par exemple, la duègne) est familier, comme dans la comédie.
  • Certains jeux de scène ou situations sont caractéristiques de la comédie et même de la comédie burlesque (la reine se cache derrière une tenture pour épier ; César pénètre dans la maison par la cheminée, puis il enivre un laquais et le corrompt avec une bourse d’argent).
  • Refus de la règle classique de l’unité de temps par vraisemblance : l’action se déroule sur plusieurs mois, alors que le temps réel de la pièce est de moins de deux heures.
  • Complexité de l’intrigue avec imbrication d’épisodes anecdotiques qui sont contraires à la règle classique de l’unité d’action.
  • Non-respect de l’unité de lieu, troisième règle classique du bon goût théâtral.
Rôle de l’Histoire 
  • Insertion de l’action dans un contexte historique avec le souci de la précision et de l’authenticité.
  • Recherche de la « couleur locale » pour donner l’illusion de la réalité, contrairement à la tragédie, qui situe généralement l’action dans une Antiquité de convention.
  • Décors visant à la reconstitution historique de la Cour espagnole du roi Charles II.
Esthétique d’opéra ou de fresque 
  • Costumes et décors somptueux.
  • Grandes tirades lyriques, véritables morceaux de bravoure (« Bon appétit, Messieurs… »).
  • Scènes de la vie à la Cour inspirées par les tableaux de Velázquez.
  • Evocations épiques (le peuple espagnol, évoqué par la métaphore du lion blessé).
  • Richesse verbale des tirades de César, aux expressions clinquantes et même grotesques.
Idéalisme et pathétique 
  • Les héros sont les porte-parole de l’auteur pour promouvoir un idéal de justice sociale : défense des droits des pauvres, respect des faibles.
  • Souci d’atteindre un public populaire et de l’élever, au contraire de la tragédie classique, qui s’adressait à un public aristocratique cultivé (élitisme).
  • Passion amoureuse sincère, pure dans ses intentions, généreuse dans ses actions, mais vouée à l’échec par l’égoïsme et les préjugés de la société, donc éminemment pathétique.

Victor Hugo affirme, dans la préface de la pièce, qu'il veut plaire à trois sortes de spectateurs : les femmes, les penseurs et la foule, dont il définit les désirs. La foule réclame de l’action, les femmes, de la passion, les penseurs, une peinture de caractères qui permette la méditation sur la condition humaine. Seul le drame peut satisfaire ces spectateurs aux exigences si différentes, car il « tient de la tragédie par la peinture des passions et de la comédie par la peinture des caractères ».

Création et accueil[modifier | modifier le code]

Publiée en 1838 l'œuvre parachève l'appartenance de Victor Hugo au mouvement romantique. Elle a été représentée pour la première fois le 8 novembre 1838 par la compagnie du théâtre de la Renaissance dans la salle Ventadour. La pièce a reçu un accueil critique des milieux conservateurs qui y voyaient une mise en cause du gouvernement de Louis-Philippe.

Distribution lors de la création de la pièce[modifier | modifier le code]

Le 8 novembre 1838 par la troupe du théâtre de la Renaissance dans la salle Ventadour, Ruy Blas fut interprété par les acteurs suivant :

  • Ruy Blas : M. Frédérick Lemaître
  • Don Salluste de Bazan : M. Alexandre Mauzin
  • Don César de Bazan : M. Saint-Firmin
  • Don Guritan : M. Féréol
  • Le Comte de Camporeal : M. Montdidier
  • Le Marquis de Santa Cruz : M. Hiellard
  • Le Marquis del Basto : M. Fresne
  • Le Comte d'Albe : M. Gustave
  • Le Marquis de Priego : M. Amable
  • Don Manuel Arias : M. Hector
  • Montazgo : M. Julien
  • Don Antonio Ubilla : M. Felgines
  • Gudiel : M. Alfred
  • Covadenga : M. Victor
  • Un Laquais : M. Henry
  • Un Alcade : M. Beaulieu
  • Un Huissier : M. Zelger
  • Un Alguazil : M. Adrien
  • Doña Maria de Neubourg, Reine d'Espagne : Mme L. Beaudouin
  • La Duchesse d'Albuquerque : Mme Moutin
  • Casilda : Mme Mareuil
  • Une Duegne : Mme Louis
  • Un Page : Mme Courtois

Mises en scène notables[modifier | modifier le code]

La pièce est reprise en 1841, toujours avec Frédérick Lemaître dans le rôle de Ruy Blas. Sous le Second Empire, la pièce est interdite, et il faut attendre 1872 pour une nouvelle représentation, où Sarah Bernhardt accapare la vedette dans le rôle de la reine. En 1879, la pièce entre à la Comédie-Française. Depuis cette date, la pièce a été représentée plus d'un millier de fois.

Postérité[modifier | modifier le code]

Ruy Blas a inspiré des compositeurs et connu plusieurs adaptations, sous le même titre ou sous un titre différent, au théâtre, à l'opéra, au cinéma ou à la télévision :

Le personnage de Don César de Bazan a quant à lui donné naissance, à partir de la pièce écrite par Dumanoir et Adolphe d'Ennery pour Frédérick Lemaître (1844), à d'autres œuvres dans des genres aussi variés comme Maritana, opéra de William Vincent Wallace (1845) ou Don César de Bazan, opéra-comique de Jules Massenet (1872) et à de nombreux films ou téléfilms.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hervé Dumont, Ruy Blas », Cinéma et Histoire / Histoire et Cinéma
  2. La tirade « Bon appétit, messieurs ! » par Gérard Philipe et interview de Jean Vilar sur le site de l'ina (Écouter en ligne)
  3. Présentation, photos et vidéo sur le site culturebox de francetv.fr (Lire, voir et écouter en ligne)

Lien externe[modifier | modifier le code]

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