Histoire de l'Irlande

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Saint Patrick, évangélisateur de l'Irlande.

L'histoire de l’Irlande commence avec les premières traces d’habitations humaines, aux environs de 8000 av JC, quand des chasseurs-cueilleurs venant de Grande-Bretagne et d’Europe continentale s'installent sur l'île. Quelques traces archéologiques de cette période sont visibles, mais ce sont leurs descendants et les nouveaux arrivants du Néolithique (particulièrement originaire de la péninsule ibérique), qui furent responsables des principaux sites du Néolithique comme Newgrange. À la suite de l’arrivée de Saint Patrick et d’autres missionnaires chrétiens dans la première partie du Ve siècle, le christianisme supplanta la religion païenne à partir de 600.

À partir d’environ 800, plus d’un siècle d’invasions vikings ont fait des ravages dans la culture monastique et dans les différentes dynasties régionales de l’île, mais ces institutions se sont montrées suffisamment fortes pour survivre et assimiler les envahisseurs. L’arrivée de mercenaires normands sous le commandement de Richard de Clare dit « Strongbow », 2nd comte de Pembroke, en 1169, marque le début de plus de 700 ans d’implication directe des Normands puis par la suite des Anglais en Irlande. Le royaume d'Angleterre ne cherchera pas à obtenir le contrôle complet de l’île avant la Réformation anglaise, quand le manque de loyauté des vassaux irlandais fut l’élément déclencheur d’une série de campagnes militaires entre 1534 et 1691. Cette période fut également marquée par une politique de colonisation de l’Angleterre qui conduisit à l’arrivée de milliers d’Anglais et d'Écossais, protestants, en Irlande. Alors que la défaite militaire et politique de l’Irlande gaélique devenait plus claire au début du XVIIe siècle siècle, l’émergence de la religion comme nouveau facteur de division se ressentait. À partir de cette période, les conflits liés à la religion devinrent un thème majeur de l’histoire de l’Irlande.

Le renversement, en 1613, de la majorité catholique dans le Parlement d'Irlande se réalisa principalement à travers la création de bon nombre de nouvelles municipalités, toutes dominées par des protestants. À partir de la fin du XVIIe siècle, les catholiques, qui représentaient 85 % de la population, furent bannis du Parlement. Le pouvoir politique était totalement détenu par les colonisateurs britanniques tandis que la population catholique souffrait de privations économiques et politiques. En 1801, le Parlement irlandais fut supprimé, l’Irlande étant intégrée dans le Royaume-Uni de Grande-Bretagne par l’ « Acte d'Union ». Les catholiques furent encore interdits de siéger au nouveau Parlement jusqu’à l’émancipation atteinte en 1829, sous condition que les plus pauvres, les plus radicaux et les indépendantistes soient interdits de vote.

Le Parti parlementaire irlandais s’efforça à partir des années 1880 d’obtenir un gouvernement autonome à travers un mouvement parlementaire constitutionnel qui aboutit finalement sur le « Home Rule Act » en 1914, mis en suspens par la guerre. En 1922, après la guerre d’indépendance irlandaise, les 26 comtés du sud de l’Irlande se détachent du Royaume-Uni pour devenir l’État Libre d’Irlande, puis l'Irlande après 1948. Les 6 comtés restants au nord-est, connus sous le nom d’Irlande du Nord, ont été touchés par des conflits sporadiques entre nationalistes (catholiques) et unionistes (protestants). Ce conflit éclata au cours des « Troubles » à la fin des années 60, pour aboutir sur une paix difficile 30 ans plus tard.

La Préhistoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de l'Irlande primitive.

Ce que l’on sait de l’Irlande pré-chrétienne vient de quelques références dans la littérature romaine, de la poésie et des mythes irlandais, et de l’archéologie. Les premiers habitants de l’île, au mésolithique, arrivèrent après –8000, quand le climat devint plus hospitalier à la suite du retrait des glaciers polaires. L’agriculture fit son apparition aux environs de –4000, conduisant à l’établissement d’une culture néolithique, caractérisée par l’apparence de poteries et de pierres polies, de maisons en bois rectangulaires et de tombes mégalithiques, dont certaines forment d’immense monuments tels que les tombes de Newgrange, Knowth et Dowth. Newgrange démontre notamment un certain intérêt pour l’astronomie. 4 types de tombes mégalithiques ont été identifiés : portal tombs, court tomb, passage tomb et wedge tomb. Dans le Leinster et le Munster les hommes étaient enterrés dans de petites structures en pierre, appelés cists, sous des monts de terre, et étaient accompagnés par des poteries décorées caractéristiques. Cette culture a apparemment prospéré, et l’île est devenue plus densément peuplée. À la fin du Néolithique de nouveau type de monuments se développèrent

Le bouleversement des populations mésolithiques attesté vers 4000 av. J-C semble davantage résulter d’une mutation socio-économique interne plutôt que d'un apport extérieur de nouveaux venus[réf. nécessaire]. Le mode de vie évolue progressivement vers l'agriculture et l'élevage. La population vit dans des maisons rectangulaires en bois et utilise des outils en pierre polie et des poteries. C'est alors qu'on érige des dolmens à vocation funéraire (long barrows). Vers 2100 av. J.C, de nouveaux arrivants indo-Européens (Proto-Celtes) originaires du Nord-Ouest de l'Europe, introduisent progressivement leur hiérarchie sociale, leur religion et la langue pré-celtique. Toutefois, ils n'auraient pas été plus de quelques milliers.

L'âge du bronze commence autour de 2000 av. J.-C, lorsque du cuivre est allié avec de l'étain pour produire des objets en bronze. La période voit la production d'ornements complexes d'or, des armes et des outils et d'importants tumulus ronds (round barrows). C'est de cette époque que date l'exploitation de mines de cuivre dans les régions de Cork et Kerry et d'or dans le Wicklow.

Les Celtes[modifier | modifier le code]

L'Âge du fer commence vers 700 av. J.C avec l'arrivée des Celtes en Irlande en provenance de Grande-Bretagne. Ils partagent un certain nombre de traits culturels communs avec les autres peuples celtes du centre et de l'ouest de l'Europe.

La structure de la société celtique reprend le schéma de la structure sociale tripartite des Indo-européens au sommet de laquelle on trouve une classe sacerdotale composée des druides, des bardes et des vates. Les druides ont en charge la religion, le sacrifice, la justice, l’enseignement, la poésie, la divination ; les bardes sont spécialisés dans la poésie orale et chantée et doivent faire la louange, la satire ou le blâme ; les vates sont des devins qui se consacrent plus particulièrement à la divination et à la médecine. En Irlande, les filid (bardes) deviennent les membres les plus influents de la classe sacerdotale, dont une des prérogatives est de conseiller le roi. Dans la civilisation celtique, le rôle du roi est non seulement de mener la guerre, mais surtout de redistribuer les richesses et de dire la justice, inspirée par les druides. Longtemps, ces rois n’ont été que des chefs au pouvoir incertain et aux successions problématiques. La deuxième classe de la société est celle des guerriers et la troisième est celle des producteurs, artisans, agriculteurs et éleveurs.

Ces clans fusionnent progressivement pour constituer quatre royaumes (ou provinces) : l’Ulster, le Leinster, le Munster et le Connacht (Connaught). Au début du Ve siècle, un Ard ri Érenn (roi suprême d’Irlande) étend son pouvoir sur toute l’île, il siège à Tara capitale de Meath. Les autres rois lui doivent le «  boroma  », tribut payable en bétail – son non-paiement entraîne des guerres dont la mythologie se fait l’écho, tout autant que les razzias.

Les Romains, qui occupent la Britannia (Grande-Bretagne actuelle), n'occupent jamais l'Irlande (qu'ils appellent Hibernia), peuplée de populations trop difficilement assimilables et trop loin du cœur de l'Empire.

La christianisation[modifier | modifier le code]

Croix celtique à Knock

La christianisation de l’Irlande marque la fin de la civilisation celtique, du moins en ce qui concerne sa mythologie, car la structure de la société s’est maintenue, avec une classe sacerdotale prédominante. Les circonstances exactes de l’introduction du christianisme dans l’île sont mal connues, d’autant que les textes relatifs à son initiateur, saint Patrick sont largement hagiographiques.

Saint Patrick[modifier | modifier le code]

Fils d’un fonctionnaire britto-romain, Padraig est né en 390 en un lieu incertain de l’île de Bretagne. En 405, il est victime d’une razzia de Gaels et est emmené comme esclave en Irlande, sous le règne du Ard ri Érenn, Niall Noigiallach. Pendant six années de captivité, passées à surveiller les troupeaux, sa foi en Dieu s'affermit et une fois évadé, il poursuivit ses études théologiques en Gaule. Les dates de son retour en Irlande sont incertaines (entre 432 et 490 selon les différentes thèses) mais la conversion de l’île serait intervenue sous le règne du roi Loegaire, fils de Niall. Patrick est souvent décrit en train de discuter avec les druides et tenter de les convaincre que sa foi en Dieu est plus puissante que la « magie druidique ». La légende rapporte aussi qu’il a fait fuir tous les serpents et explique le principe de la Trinité par la feuille de trèfle (le concept de triades était très répandu dans la mythologie celtique).

La conversion du pays s'est faite pacifiquement par des filid devenus les porteurs de la nouvelle religion. Initialement romain, le rituel s’est celtisé, favorisant un monachisme qui deviendra une référence en Europe. Clonard, Clonmacnoise, Glendalough deviennent d'importants centres spirituels. L’église d’Armaght est fondée vers 445. Le VIe siècle voit la fondation du monastère de Bangor (en 558) par Comgall et celui de l’île d’Iona par Colomba, qui deviennent la base de départ de l’évangélisation de l’Écosse. Ce n’est qu’au VIIe siècle que le synode de Whitby (664) rejette la liturgie irlandaise au profit de la liturgie romaine.

Les Vikings[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de l'Irlande (795-1169).
Un « drakkar » viking (knarr).

Au VIIIe siècle, la croissance démographique et des guerres de succession entraînent des peuples scandinaves, Norvégiens et Danois, à sortir de leurs territoires. Les Varègues partent vers l’est et fondent en Russie des embryons d’États, les Vikings (du norrois fara í víkingu : partir en expédition et víkingar qui désigne ceux qui partent) déferlent sur les îles Britanniques à l’Ouest et le continent au Sud.

Sur le plan intellectuel, l'Irlande vit alors un âge d’or par le dynamisme de ses institutions religieuses, mais sur le plan politique, l’île est divisée entre près de cent cinquante tuatha (les clans), chacun dirigé par un (roi). Ces chefs sont eux-mêmes assujettis au roi d’une des cinq provinces (Ulster, Connacht, Munster, Leinster et Meath). Le Ard rí (roi suprême) est plus un titre honorifique qu’une réelle autorité.

C’est alors que les Vikings surgissent dans l’île. Les premières expéditions attestées datent de 795. Les Vikings brûlent l’église de l’île de Lambay ainsi que les monastères d’Inisbifin et d’Inismurray, qui subira un nouvel assaut en 807. Dès 812, les raids se concentrent sur la côte ouest, puis sur les rivages de la mer d'Irlande. Au début des années 820, le tour de l’île est accompli. Pendant une quarantaine d’années, les Vikings multiplient les raids et le razzias, privilégiant les monastères, plus riches en trésors. Durant les années 830, ils remontent les fleuves et ravagent l’intérieur des terres. En 836, ils empruntent la rivière Shannon et pillent le Connaught. L’année suivante, deux flottes d’une soixantaine de « drakkars » chacune reconnaissent la Liffey et la Boyne ; les territoires sont ensuite systématiquement ravagés, les habitants massacrés. Nombreux sont les exemples de leurs méfaits. L’hiver 840-841 marque une étape, puisque pour la première fois les Vikings passent la saison dans l’île et s’installent dans des places fortifiées qui deviennent aussi des lieux de commerce : Dublin, Annagassan, puis par la suite, Wexford, Cork, Limerick, etc. Ce sont autant de bases retranchées qui permettent des expéditions vers l’intérieur, dont le point culminant semble être l’année 845, à tel point que l’on parle d’invasion. Les rois celtes peuvent parfois les contenir et les assiéger.

L'Irlande médiévale[modifier | modifier le code]

L’Irlande médiévale voit la montée en puissance de deux grands rois : Brian Boru au Sud et Mael Sechnaill au Nord. Le premier étend son influence sur le Munster et s'empare de la ville viking de Limerick tandis que le second, devenu roi de Tara, remporte la bataille de Tara en 980 sur les Vikings et assiège avec succès la ville de Dublin.

Ces deux rois cherchant à étendre leurs aires d’influence entrent bientôt en conflit, qui voit le triomphe de Brian Boru en 1002 avec la soumission de Mael Sechnaill sans qu'aucun combat n'ait eu lieu. Brian Boru se déclare alors roi suprême d’Irlande, non sans opposition, personne n’ayant jamais réellement exercé de pouvoir sur l’ensemble de l’île. C’est ainsi que le roi du Leinster, Mael Morda, s’allie avec les Vikings contre Brian Boru. Ce conflit culmine lors de la bataille de Clontarf en 1014, remportée par Brian Boru mais lors de laquelle il trouve la mort, assassiné par un Viking en retraite alors qu’il se trouvait sous sa tente. Clontarf marque donc la fin de deux ères : celle de la terreur occasionnée par les Vikings et celle du premier roi suprême d’Irlande. Dès lors, les Vikings se soumettent aux rois d’Irlande et ne gardent qu’un peu d’autonomie dans leurs villes côtières de Dublin, Waterford, Limerick, Wexford et Cork. Ils seront progressivement assimilés dans la population gaélique. La succession de Brian Boru sera difficile, de nombreux rois se la disputant. C’est finalement son principal rival, Mael Sechnaill qui lui succède jusqu’à sa mort en 1022.

Sous la couronne anglaise[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Invasion normande de l'Irlande.
Aughnanure, Château du clan des O'Flaherty dans le comté de Galway

Par la suite, de nombreux rois locaux se disputeront l’autorité. L’un d’entre eux, Diarmait MacMurrough, roi de Leinster chassé d’Irlande, part chercher secours auprès du roi Henri II d'Angleterre. Il rencontre celui-ci en 1166 en Aquitaine. Celui-ci voit dans les vœux de loyauté du roi de Leinster une occasion de conquérir l’Irlande. Toutefois, trop occupé à ce moment par la guerre contre la France, il ne peut se permettre d’envoyer des troupes en Irlande et offre à MacMurrough la possibilité de demander de l’aide à un de ses vassaux pour reconquérir son royaume. C’est ainsi que MacMurrough conclut un marché avec le roi normand Richard FitzGilbert de Clare, dit « Strongbow ». Celui-ci était disposé à l’aider à retrouver son rang en Irlande à condition d’obtenir la main de la fille ainée de MacCullough et ainsi de devenir son héritier au trône. Le premier débarquement normand eut lieu en 1167 mais c’est en 1169 que débarqua le gros des troupes. Ils eurent tôt fait de défaire les principaux rois irlandais et d’étendre leur influence sur la côte Est de l’Irlande. Le roi Henri II, considérant le développement d’un royaume normand indépendant en Irlande comme un danger pour l’Angleterre intervint en 1171, débarquant avec une imposante armée et instituant son fils cadet John comme seigneur d’Irlande.

Au cours du XIVe siècle, l’influence normande fut fortement diluée par une recrudescence de la culture gaélique. Pour contrecarrer la gaëlicisation des populations normandes en place, les statuts de Kilkenny sont votés en 1366 au parlement irlandais. Par exemple, ces lois interdisent aux Normands le port de vêtements irlandais traditionnels ou l’usage de la langue irlandaise, de façon à séparer les deux populations. Toutefois, ces statuts ne seront jamais réellement appliqués et le phénomène d’assimilation des Normands à la population locale se poursuit. Progressivement, l’aire de domination normande se réduit aux alentours de Dublin, sans que l’Angleterre, trop occupée par la Guerre de Cent Ans contre les Français, ne puisse intervenir.

Face aux échecs des tentatives d’application de la loi anglaise, la solution de confier le gouvernement de l’Irlande aux chefs anglo-irlandais est privilégiée par l’Angleterre.

Mais en 1494, la couronne anglaise déclare sa domination sur toute l'île par la loi Poynings qui soumet le parlement irlandais à une totale obéissance à l’Angleterre. L’opposition irlandaise reste toutefois forte, notamment par le biais de la dynastie des Fitzgerald, comtes de Kyldare, qui a une très grande influence.

En 1541, Henri VIII prend le titre de roi d'Irlande. La colonisation par les confiscations de terres se développe alors (Plantations en Irlande). Henri VIII, en conflit religieux et politique ouvert avec la Papauté, souhaite également réformer l’Église irlandaise. Cependant les mesures législatives entreprises pour convertir les Irlandais ont peu de résultat, ceux-ci restant attachés au catholicisme et associant anglicanisme et protestantisme avec l’impopulaire administration anglaise et ses mesures répressives.

En 1595, une révolte est entamée contre les Anglais, menée par Hugh O'Neill, comte de Tyrone qui s’est allié avec les principaux chefs d’Ulster, partie de l’Irlande qui échappe toujours au contrôle anglais. Après quelques succès significatifs, O’Neill sera finalement défait par les troupes envoyées par la reine Élisabeth I et perdra la guerre de Neuf Ans. Ne trouvant aucun moyen de lutte efficace contre l’envahisseur et essuyant le refus de l’Espagne de les aider militairement de manière significative, les principaux comtes gaéliques décident de quitter le pays.

La fuite des comtes et l'émigration vers la Barbade des années 1630[modifier | modifier le code]

En septembre 1607, les comtes embarquent avec leur famille sur un bateau à destination de l'Europe continentale. Cet épisode de l’histoire irlandaise est connu sous le nom de « Fuite des comtes ». Les Irlandais, privés de leurs dirigeants, se retrouvent à la merci de la couronne anglaise qui intensifie les confiscations de terres et les plantations, notamment en Ulster, conduisant à une arrivée massive de colons de confession protestante.

Les paysans privés de terres sont pour une bonne partie d'entre eux obligés de devenir des engagés (indentured servants) qui fuient vers l'Amérique, où plutôt vers la seule colonie américaine alors accessible pour un Irlandais, la petite île de la Barbade, à l'extrémité orientale des Antilles, découverte à la fin des années 1620 et qui compte 37 000 habitants blancs à la fin des années 1630, pour la plupart des Irlandais travaillant à la culture du tabac. Plusieurs milliers d'entre eux vont ensuite fuir l'île et s'implanter discrètement un peu partout dans la Caraïbe et devenir des boucaniers, appelés aussi Irois. Ils peuplent en particulier l'île française de Marie-Galante.

La première révolution anglaise[modifier | modifier le code]

Carte d'Irlande datant de 1716

Une grande révolte éclate en 1641, année de la Première Révolution anglaise. Les Irlandais ont alors profité de la situation confuse pour tenter de recouvrer leur indépendance mais se heurtent à Oliver Cromwell en 1649 lors des massacres de Drogheda et Wexford, après que Cromwell eut réussi à mater les rébellions dans la New Model Army. Cromwell débarque à Dublin (durant l'été 1649) avec ses soldats, les « Côtes de Fer » et organise un véritable massacre. Selon les sources, entre le tiers et la moitié de la population de l'île est massacrée[réf. nécessaire]. Après sa défaite, l'Irlande est soumise à l'autorité et aux lois de l'Angleterre et les terres du nord du pays sont confisquées et attribuées à des colons venus d'Écosse et d'Angleterre.

Jacques II, roi catholique chassé du trône de l'Angleterre protestante, tente de reprendre pied en Irlande et y est défait, en 1690, lors de la bataille de la Boyne, le sort de l'Irlande s'aggrave encore. En 1695, Guillaume III interdit aux Catholiques d'enseigner et promulgue des « lois pénales » anti-catholiques.
En 1697, le parlement irlandais adopte la loi bannissant des représentants du clergé catholique et en 1699 il vote plusieurs lois restreignant les exportations de laine d'origine irlandaise.

Devenue reine, Anne de Grande-Bretagne créée, en 1704, une loi favorisant la propriété foncière au profit des colons britanniques et une autre exigeant des autorisations d'exercices pour les prêtres Catholiques.
En 1709, une nouvelle loi oblige les prêtres Catholiques à prêter serment d'allégeance à la couronne d'Angleterre.
En 1713, Jonathan Swift devient doyen de la cathédrale Saint-Patrick de Dublin et publiera en 1726, une œuvre satirique; Les Voyages de Gulliver.

Lors de la première année de son règne, en 1715, George Ier doit faire face au soulèvement jacobite en Irlande puis, en 1717, à l'exode presbytérien d'Ulster vers les colonies américaines.
Le 26 mars 1720, le Parlement de Grande-Bretagne vote une loi, déclarant le droit du Parlement de Grande-Bretagne de légiférer pour l'Irlande et nier la juridiction d'appel de la Chambre des Lords irlandaise. Cette loi est connue sous le nom de Dépendance de l'Irlande sur la Loi de la Grande-Bretagne de 1719 (en) L'hiver 1739-1740 est particulièrement froid et long. Ceci engendrera un première grande famine de 1740 à 1741.

La guerre ouverte pour une réelle indépendance[modifier | modifier le code]

La société des patriotes irlandais s’est radicalisée et s’est transformée en une société secrète à la suite de son interdiction. Leur programme était plus radical : « renverser la tyrannie gouvernementale, briser les liens qui attachent l’Irlande à l’Angleterre, conquérir une réelle indépendance, et enfin oublier les particularismes religieux. Les patriotes irlandais cherchèrent l’alliance de la France, en guerre avec l’Angleterre depuis 1793. Des contacts ont été établis entre le gouvernement français et le directoire exécutif des irlandais unis. Ce fut Theobald Wolfe Tone qui fut le véritable artisan de l’alliance franco-irlandaise. Réfugié à Paris, il a harcelé les ministres et fini par les rallier à sa cause. Le général Lazare Hoche fut chargé de monter l'Expedition d'Irlande (1796). Une armée de 15 000 hommes embarqués sur quarante deux vaisseaux est sortie de la rade de Brest le 15 décembre 1796. Mais elle fut dispersée par la tempête. À cause des éléments naturels, et aussi de la mauvaise volonté des officiers, une occasion favorable a été irrémédiablement gâchée. Affolés par les menaces de débarquement, les groupes protestants réactionnaires ont multiplié les abus et les provocations en formant de nombreuses milices (Wrekers et Peep O’day boys). De plus entre mars 1796 et avril 1797, presque la totalité de l’Irlande est placée sous la loi martiale. La presse contestataire est interdite, et les principaux dirigeants sont arrêtés. Les troupes anglaises du général Lake ont désarmé les Irlandais en commettant de nombreuses exactions (meurtres, tortures, incendies). De leur côté, les patriotes irlandais préparent une insurrection générale.

Article détaillé : Rébellion irlandaise de 1798.

En 1798, une dénonciation permit au gouvernement de décapiter l’organisation révolutionnaire, et une dizaine de chefs sont arrêtés. C’est dans ce climat de violence et de méfiance que débute l’insurrection générale le 23 mai 1798.
Le 30 mai, les rebelles Catholiques s'emparent de Wexford et massacrent les loyalistes, puis, le 5 juin ils font un nouveau massacre de protestants à Scullabogue (en). Le 21 juin, les insurgés sont écrasés par des forces anglo-irlandaises à la bataille de Vinegar Hill. La rébellion de juin 1798 a échoué car le mouvement était désorganisé et la plupart des chefs des Irlandais Unis étaient en prison. Ce nouveau soulèvement est nourri aussi bien par l'émancipation des États-Unis que par l'exemple de la Révolution française (il est commémoré par la chanson The Wind That Shakes the Barley).

Caricature illustrant la charge des chasseurs français à bataille de Castlebar.

C’est le moment que choisit le directoire pour monter une nouvelle expédition, analogue à celle de 1796. Le 6 août 1798, une petite escadre pris la mer avec un millier d’hommes à son bord, sous le commandement du général Humbert. Débarqué le 22 août à Killala, le corps français est engagé le 24 août à Ballina puis le 27 aout, à Castlebar, ou les forces françaises et les rebelles irlandais l’emportèrent sur une force de 6 000 Britanniques dans ce qui fut plus tard surnommé la « course de Castlebar » pour se moquer de la vitesse et la distance que les Anglais parcoururent dans leur fuite.
Une éphémère République de Connaught a été déclarée après la victoire et John Moore (irlandais), chef de la Mayo Irlandais-Unis a été déclaré son président.
Après la victoire de Collooney, le 5 septembre, les troupes rebelles et françaises sont encerclées, le 8 septembre, à Ballinamuck obligeant le corps expéditionnaire français du général Humbert à capituler le 15 septembre.
Le 16 septembre un nouveau corps expéditionnaire, commandée par le général Hardy fort de 3 000 hommes, part de Brest et est intercepté et battue, le 12 octobre, par la Royal Navy près de l'île de Toraigh dans la baie du Donegal.
En novembre, Wolfe Tone fut reconnu, fait prisonnier, jugé à Dublin devant la cour martiale, et condamné à mort par pendaison. La veille de l’exécution, il se trancha la gorge avec un canif et agonisa toute une semaine avant d’expirer le 19 novembre 1798.

La répression fut terrible et, le 1er août 1800, la Grande-Bretagne proclama un « acte d'union » unissant totalement l'Irlande au nouveau Royaume-Uni.

Des patriotes irlandais participent aux guerres napoléoniennes, au côté de la Grande Armée dans une Légion irlandaise.

Émigration et révolte[modifier | modifier le code]

Les Îles britanniques en 1843, alors Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande.
Article détaillé : Grande famine en Irlande.

Le XIXe siècle est marqué par une émigration massive des Irlandais (plusieurs millions) en direction de l'Amérique, émigration accrue par les conséquences de la terrible famine qui sévit en Irlande entre 1846 et 1848. Cette famine est d'ailleurs l'objet de controverses : les nationalistes irlandais considérant que c'est délibérément que la couronne britannique a laissé les Irlandais mourir de faim.
Nouvelle famine en 1879 (en). La population irlandaise diminue de moitié entre le début des années 1840 et la fin du XIXe siècle.

Limerick vers 1900.

Mais à la fin du XIXe siècle, le mouvement pour l'indépendance reprend de la force, les élus irlandais au parlement britannique s'en font l'écho. Une suite de réformes agraires commence à restituer des terres aux Irlandais. En 1905, le Sinn Féin indépendantiste est fondé. De son côté, James Conolly fonde le premier journal socialiste irlandais : Workers' Republic. Des syndicats irlandais se développent.

En 1912, le Home Rule est voté, donnant une autonomie relative à l'île. Néanmoins le pouvoir suspensif de la Chambre des Lords puis le déclenchement de la Première Guerre mondiale l'empêcheront d'être mis en œuvre.

En 1916, sous la direction de l'Irish Republican Brotherhood, du Sinn Féin et de l'Irish Citizen Army de James Conolly, éclate l'insurrection de Pâques 1916 à Dublin, qui proclame la République au nom de Dieu et des générations disparues. Elle est écrasée au bout d'une semaine. Mais le Sinn Féin en retire une popularité accrue : il remporte triomphalement les élections de décembre 1918, constitue un parlement irlandais (le Dáil Éireann) et proclame l'indépendance. Le pouvoir britannique dissout le parlement. Un nouveau soulèvement éclate, qui va durer trois ans.

L'Irlande pendant la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Après l'indépendance[modifier | modifier le code]

Le 6 décembre 1921, des négociations entre le gouvernement britannique et les dirigeants nationalistes irlandais aboutissent au traité de Londres, qui fait de l'Irlande, amputée de six comtés de l'Ulster, un dominion au sein de l'empire britannique, l'Irish free state, qui se dotera d'une constitution en octobre 1922. La partition de l'île s'est faite sur des critères économiques, l'Ulster étant la région la plus développée à l'époque ; elle comprend 6 comtés, dont 2 avec une faible majorité catholique. Ce traité est ratifié de peu par le Dáil Éireann en décembre 1921, mais est rejeté par une large majorité. Cela entraîne la Guerre civile d'Irlande qui dure jusqu'en 1923, opposant les adeptes d'une poursuite de la lutte pour obtenir l'indépendance complète de l'île et les partisans du compromis de 1921.

Durant ses premières années, ce nouvel État est gouverné par les vainqueurs de la guerre civile. Cependant, en 1932, Fianna Fáil, le parti des opposants au traité, dirigé par Éamon de Valera, remporte les élections (il restera au pouvoir jusqu'en 1948). En 1933, De Valera, devenu président du conseil, fait abolir le serment au souverain du Royaume-Uni.

En 1937, il fait adopter une nouvelle constitution qui renomme l'État en Éire ou en anglais Ireland et en français, Irlande (preface to the Constitution). Un traité conclu en 1938 avec le Royaume-Uni, lui laissant ses bases navales en Irlande, entérine cette indépendance. L'Irlande reste neutre durant la Seconde Guerre mondiale, interdisant même officiellement au Royaume-Uni l'usage militaire de ses ports et aéroports.

En février 1948, le parti Fine Gael remporte les élections. Le gouvernement de coalition qu'il constitue avec le parti travailliste proclame la République d'Irlande, le 18 avril 1949, quittant le Commonwealth.

Dans les années 1960, l'Irlande connait un changement économique majeur par suite des réformes du Taoiseach (Premier ministre) Seán Lemass et du ministre des Finances T. K. Whitaker. En 1968, le ministre de l'Education, Donnchadh O'Malley, rend l'enseignement secondaire gratuit. Au début des années 1960, l'Irlande demande son admission dans la Communauté économique européenne, mais, parce que 90 % de ses exportations étaient destinées au marché du Royaume-Uni, elle ne fait rien pour y entrer jusqu'à ce que le Royaume-Uni le fasse en 1973.

Les problèmes économiques mondiaux des années 1970, aggravés par une mauvaise politique économique des gouvernements suivants, dont celui de Premier ministre Jack Lynch, entraînent une stagnation de l'économie. Les troubles en Irlande du Nord découragent les investissements étrangers. La livre irlandaise, ou Punt, créée en tant que monnaie véritablement séparée de la livre anglaise en 1979, est dévaluée lors de sa création. Toutefois, les réformes économiques des années 1980, aidées par les investissements de la Communauté européenne, conduisent à l'émergence de l'un des taux de croissance économique les plus élevés du monde avec une immigration massive (en particulier de personnes en provenance d'Asie et d'Europe orientale) comme caractéristique de la fin des années 1990. Cette période sera connue comme celle du « Tigre celtique » et servira de modèle de développement économique dans les États de l'ancien bloc de l'Est qui rejoignent l'Union européenne au début des années 2000. La valeur des propriétés est multipliée par un facteur compris entre quatre et dix entre 1993 et 2006, en partie à cause du boom économique.

La société irlandaise adopte également une politique sociale relativement libérale au cours de cette période. Le divorce est légalisé, l'homosexualité dépénalisée, alors que l'avortement dans des cas limités est autorisé par la Cour suprême irlandaise. De graves scandales, sexuels et financiers, touchent l'Église catholique irlandaise, coïncidant avec une diminution généralisée de la pratique religieuse dont une fréquentation de la messe divisée de moitié en vingt ans. Une série de tribunaux créés dans les années 1990 sont chargés d'enquêter sur les malversations présumées des politiciens, du clergé catholique, des juges, des hôpitaux et de la Garda (police).

Le 12 juin 2008, un référendum organisé sur le traité de Lisbonne recueille une majorité de non pour des raisons multiples, basées surtout sur la nouvelle puissance économique du pays. Mais celui-ci est frappé peu après de plein fouet par la crise économique de 2008 et un nouveau référendum récolte 58 % de oui.

En 2013, l'Irlande quitte la tutelle mise en place en 2010 par le FMI et l'UE à la suite de la bulle immobilière de 2007. Le chômage a diminué de 3,2 % en un an mais reste à 12,8 %[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Florentin Collomp, « L'Irlande s'affranchit de l'aide financière de l'UE », in Le Figaro, encart « Économie », samedi 14 / dimanche 15 décembre 2013, page 20.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bibliographie de l'Irlande.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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