Dolmen

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Dolmen de la Draille, Viols-le-Fort (Hérault).

Un dolmen est une construction mégalithique préhistorique constituée d'une ou plusieurs grosses dalles de couverture (tables) posées sur des pierres verticales qui lui servent de pieds (les orthostates). Le tout était originellement recouvert, maintenu et protégé par un amas de pierres et de terre nommé tumulus. Les dolmens sont généralement interprétés comme des monuments funéraires ayant abrité des sépultures collectives [1],[2],[3].

Les dolmens européens ont été construits entre la fin du Ve millénaire av. J.-C. et la fin du IIIe millénaire av. J.-C., ceux d'Extrême-Orient au Ier millénaire av. J.-C..

Description[modifier | modifier le code]

Éléments structuraux d'un dolmen

Dans leur état actuel de dégradation, les dolmens se présentent souvent sous l'apparence de simples tables. Ils ont longtemps pu faire penser à des autels païens, mais il s'agit bien de chambres sépulcrales et de galeries de tumulus (buttes artificielles), dont la partie meuble (remblai) a été érodée au cours des siècles. Leur architecture comporte parfois un couloir d'accès qui peut être construit en dalles ou en pierres sèches. La chambre sépulcrale, aux formes variables (rectangulaire, polygonale, ovale, circulaire...), peut aussi être précédée d'une antichambre. Dans certains dolmens, l'entrée présente une porte taillée dans une ou plusieurs dalles verticales.

La morphologie des dolmens peut varier en fonction des régions ; ainsi observe-t-on, par exemple en Loire-Atlantique, des dolmens dont le couloir central dessert plusieurs chambres, de part et d'autre, formant ainsi un ou deux transepts et compliquant notablement le plan de la sépulture.

En Bretagne, en région parisienne et dans d'autres pays, dans certains dolmens démesurément longs, la chambre et le couloir ont la même largeur et se confondent. Ils sont recouverts de plusieurs tables et sont appelés « allées couvertes ». La complexité et l'importance des monuments peuvent être telles que certains tumuli recouvrent plusieurs dolmens, comme le grand cairn de Barnenez (Finistère, France) qui couvre onze sépultures à couloir, les unes mégalithiques, et d'autres avec voûtes de pierres sèches, en encorbellement

À l'opposé, la région des Cévennes est riche en tombes du genre coffre, souvent en dalles de schiste et pierres sèches, sans couloir, et sous un cairn assez bas, parfois réunis en nombre dans une nécropole de crête.

Les dolmens de plan simple (sans couloir) abondent dans tout le sud de la France avec plusieurs milliers d'unités.

Types de dolmens[modifier | modifier le code]

Le dolmen angevin, ou dolmen à portique, orienté à l'est[4].

Le dolmen angoumoisin, à chambre carrée, ou rectangulaire.

Le dolmen languedocien, orienté à l'ouest, ou au sud-ouest.

Le dolmen à coin (en).

Étymologie[modifier | modifier le code]

« Dolmen », une étymologie sans doute bretonne. Ici, le dolmen de Crucuno, dans le Morbihan.

Il semble que Théophile Malo Corret de La Tour d'Auvergne soit le premier à avoir utilisé le terme « dolmen », dans son ouvrage Origines gauloises. Celles des plus anciens peuples de l’Europe, puisées dans leur vraie source ou recherche sur la langue, l’origine et les antiquités des Celto-Bretons de l’Armorique, pour servir à l’histoire ancienne et moderne de ce peuple et à celle des Français, publié entre 1792 et 1796. Le terme « dolmen » est repris par Pierre Jean-Baptiste Legrand d'Aussy (1737-1800) qui propose une interprétation différente de la fonction du dolmen, en y voyant, non plus une table de sacrifice ou un autel comme le pensait Malo Corret, mais bien une sépulture.

Le 25 février 1799, Legrand d’Aussy fait, à l’Institut National des Sciences et Arts, une lecture de son ouvrage, Des sépultures nationales, publié par la suite en 1824 :

« M. Coret, parlant d’une de ces tables que je ferai connaître bientôt, et qu’on voit à Locmariaker, dit qu’en bas-breton on l’appelle dolmin. Je saisis de nouveau cette expression, qui, comme les deux précédentes, m’est nécessaire. Dans un sujet totalement neuf, et dont par conséquent le vocabulaire n’existe pas, je suis forcé de m’en faire un ; et quoique, par mon droit, je fusse autorisé à créer des mots, je préfère néanmoins d’adopter ceux que je trouve existants, surtout quand ils me donnent, comme le bas-breton, l’espoir de représenter les anciennes dénominations gauloises. J’adopte donc le mot dolmine, et je vais l’employer pour désigner les tables dont je parle. »

Le terme semblerait forgé à partir des mots bretons : t(d)aol (apparenté au latin tabula), « table », et men, « pierre ». Cependant, on dit généralement « liac’h ven »[5], « liaven », « lieven » ou « leven » dans les composés.

Certains dictionnaires étymologiques avancent que ce terme aurait été forgé outre-manche, à partir du cornique tolmen, qui aurait désigné à l’origine un cercle de pierres ou une pierre trouée[6].

Dans son ouvrage La vraie langue celtique et le cromlech de Rennes-les-Bains (paru aux éditions Pomiés en 1886), l'abbé Boudet, curé de Carcassonne, proposa que le terme « dolmen » dériverait d’une langue celtique, de to dole, distribuer, et main, essentiel. Cette étymologie fantaisiste ne tient évidemment pas la route, car les termes cités sont en langue anglaise et non celtique.

Fonction[modifier | modifier le code]

Éléments structuraux du dolmen du Lamalou, Hérault, France

Les dolmens étaient des sépultures collectives à caractère réutilisable. Cela explique que, dans certains dolmens, on ait pu découvrir les restes humains de plusieurs centaines d'individus et du mobilier de périodes différentes (Néolithique, âge du cuivre, du bronze, du fer, ou même périodes plus tardives). Un peu à l'image de nos caveaux familiaux, les dolmens pouvaient servir bien plus longtemps qu'aujourd'hui et, il est sûr, que certaines tombes ont dû servir durant des siècles.

L'expression « sépulture collective » n'implique pas forcément qu'il s'agisse d'un tombeau pour tous : au vu de la quantité d'ossements parfois assez faible découverte dans des sépultures de grande taille — monuments prestigieux —, on se demande si certaines n'étaient pas réservées à un groupe de privilégiés de la communauté.

L'interprétation, comme tombeau, ne doit peut-être pas être généralisée. Certains dolmens n'ont pas livré de restes humains de type sépulcral, mais cela peut être une conséquence de phénomènes taphonomiques, de l'érosion, de pillages, de fouilles anciennes peu méthodiques, ou de fouilles clandestines. Lors de son ouverture, le dolmen sous tumulus de Mané-er-Hroeh, à Locmariaquer ne contenait pas de restes humains[7].

Quant au tumulus, il n'avait pas qu'une utilité protectrice de la chambre funéraire, mais sans doute aussi une fonction de signalisation, voire d'ostentation : un grand tumulus, parementé, imposait sa masse au visiteur, devait inspirer le respect du lieu et conférer un prestige certain à la communauté qui l'avait érigé.

Par ailleurs, plusieurs trouvailles archéologiques (offrandes, autel, allées, etc.) font penser que ces monuments funéraires ont pu avoir une fonction religieuse. Même bien après la grande période d'érection des mégalithes en Europe, les peuples celtes les ont, semble-t-il, parfois utilisés à des fins religieuses, mais n'en sont pas pour autant les constructeurs, comme l'affirmèrent les premiers chercheurs celtomanes des XVIIIe siècle et XIXe siècle, qui rattachaient systématiquement les mégalithes aux Gaulois et aux Bretons.

Localisation[modifier | modifier le code]

Carte schématique de l'implantation des mégalithes en France. Les zones de couleur verte (Bretagne, Vendée, Limousin, Quercy, Causses, Languedoc, Ardèche) et orange (Corse) marquent les régions de forte implantation de dolmens, menhirs et cromlechs. Les autres zones sont pourvues en monuments mégalithiques, mais de façon nettement moins importante.

Cinquante mille dolmens auraient été recensés dans le monde dont vingt mille en Europe. Ils étaient très nombreux dans certaines régions de France et, si certains ont disparu, il en reste plus de 4 000, disséminés dans une soixantaine de départements. Pour schématiser l'implantation des dolmens en France, on peut partir de l'ouest du pays, avec la Bretagne, puis en descendant par le Poitou, pour ensuite rejoindre, plus au sud, les causses du Quercy et de l'Aveyron et, enfin, arriver en bord de mer Méditerranée, au Languedoc (voir carte), et en Roussillon ( Campoussy - Arboussols, etc ...). Ils sont nombreux en Aveyron (1 000 dolmens), Bretagne, Quercy (800 dolmens), Ardèche (800 dolmens dans ce seul département), Poitou-Charentes et le Languedoc-Roussillon (au moins 700 dolmens). La Provence en compte une centaine.

On en trouve aussi en Irlande, au Pays de Galles avec, notamment, les « portal dolmens » ou « passage graves », dans les comtés anglais du Devon et de Cornouailles. Au Portugal, on recense les sites spectaculaires du Haut-Alentejo, près de la ville d'Evora. Dans le sud de l'Espagne, les sites remarquables d'Antequera, qui comptent parmi les dolmens les plus imposants et les plus anciens au monde.

En Belgique, où l'on recense 120 vestiges de dolmens et de menhirs, tels ceux d'Oppagne et de Barvaux-sur-Ourthe, les mégalithes du domaine de Wéris, près de Durbuy (dont le dolmen de Weris et les menhirs et cromlechs qui ont subsisté dans la même région), ainsi que des sépultures en grotte sous rocher, les Blancs Cailloux de Mousny-lez-Ortho, les pierres levées de Neerwinden et de Manderfeld, la tombelle de Tourinnes-Saint-Lambert[8],[9], et jusque dans une commune bruxelloise, avec le Tomberg, tumulus détruit au XVIIIe siècle, mais dont il existe des traces de l'inventaire des objets qu'il contenait.

En Scandinavie, en Allemagne du Nord et aux Pays-Bas, ces vestiges sont appelés hunebed ou hunegraf. L'Afrique du Nord et l'Inde contiennent de tels vestiges et, plus modestement, la Syrie, l'Éthiopie et la Crimée (Ukraine). En Tunisie, la nécropole à dolmens du Djebel Gorra, située près de la petite ville de Thibar, sur la route qui mène à Téboursouk, présente deux à trois cents sépultures mégalithiques bien reconnaissables.

La Corée recèle, à elle seule, 30 000 dolmens, de différents types, élevés durant le Ier millénaire av. J.-C., et selon des techniques évolutives. On en trouve également au Japon, mais de période beaucoup plus récente. Les dolmens sont absents des continents américain et australien[réf. nécessaire].

Galerie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Roger Joussaume, Des dolmens pour les morts, éditions Hachette, 1985.
  • Gwenc’hlan Le Scouëzec & Jean-Robert Masson, Bretagne mégalithique, éd. Seuil, 1987 (ISBN 978-2-02-009823-6).
  • Jean Markale, Dolmens et Menhirs: la civilisation mégalithique, ed. Payot & Rivages, 1994, illustrations Môn Rigole (présentation sur Google Book)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Petit lexique du mégalithisme de Jean Arnal, sur Persée.
  2. R. Joussaume, J. Leclerc et J. Tarrête, « Dolmen », in : A. Leroi-Gourhan, Dictionnaire de la Préhistoire, Paris, éd. PUF, 1988, pp. 325-326.
  3. R. Joussaume, « Dolmen », in : D. Vialou, La Préhistoire - Histoire et dictionnaire, Paris, éd. Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2004, p. 540.
  4. Mégalithes en Anjou
  5. Louis Le Pelletier, 1752, Dictionnaire de la langue bretonne, nouvelle édition en 1975, Rennes, Bibliothèque municipale.
  6. Définitions lexicographiques et étymologiques de « dolmen » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales .
  7. Gwenc’hlan Le Scouëzec & Jean-Robert Masson, Bretagne mégalithique, Paris, Seuil, 1987, p. 207 (ISBN 2020098237).
  8. 120 dolmens et menhirs en Gaule belge, Willy et Marcel Brou (sous le patronage du Touring-Club de Belgique, 1973)
  9. Nos pierres et leurs légendes, Willy et Marcel Brou, Ed. Techniques et Scientifiques, Bruxelles, 1979

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]