Vate

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Le vate, dans la société celtique protohistorique est un membre de la classe sacerdotale, au même titre que les druides et les bardes. Le vate est un devin, il s’occupe plus particulièrement du culte, de la divination et de la médecine. Les femmes participent à cette fonction de prophétie (telles les Gallisenae de l’Île-de-Sein).

Leur nom uati-[1] (latin vatis, grec ouateis) est un mot d’origine gauloise, qui désigne un devin, un prophète, un oracle. Il correspond au gallois gwawd, et à l’irlandais fàith. La racine *uat- a également donné le germanique Wotan (Odin chez les Scandinaves). Le mot se retrouve chez Strabon (IV, 4, 4), Pline (Histoire naturelle XXX, 13), Lucain (Pharsale I, 448), Ammien Marcellin (XV, 9) et, avant lui, Timagène. Le verbe vaticiner (du latin vaticinari) est de la même famille.

La société celtique[modifier | modifier le code]

Les sources grecques et romaines, complétées et enrichies par les récits mythologiques irlandais du Moyen Âge, nous ont révélé la structure de la société celtique. Conformément au schéma de l’idéologie tripartite des Indo-Européens, telle qu’elle a été développée par Georges Dumézil, celle-ci se compose de trois classes aux fonctions bien définies :

  • La classe sacerdotale qui possède le savoir et fait la loi ; elle administre le sacré et le religieux
  • La classe guerrière qui gère les affaires militaires sous le commandement du roi
  • La classe des producteurs (artisans, agriculteurs, éleveurs, etc.) qui doit subvenir aux besoins de l’ensemble de la société et en priorité ceux des deux autres classes.

La classe sacerdotale[modifier | modifier le code]

  • le mot druide est un terme générique qui s’applique à tous les membres de la classe sacerdotale, dont les domaines d’attribution sont la religion, le sacrifice, la justice, l’enseignement, la poésie, la divination, etc. Une première catégorie s’occupe plus particulièrement de la « théologie ».
  • le barde est spécialisé dans la poésie orale et chantée, son rôle est de faire la louange, la satire ou le blâme (voir geis et glam dicinn).
  • le vate est un devin, il s’occupe plus particulièrement du culte, de la divination et de la médecine. Les femmes participent à cette fonction de prophétie (telles les Gallisenae de l’Île-de-Sein).

Le rôle du vate[modifier | modifier le code]

Appartenant à la classe sacerdotale, le vate est un druide (de « dru-wid-es » qui signifie « très savants »[2]) qui, dans la hiérarchie, appartient à la troisième spécialité, aux côtés des « théologiens » et des bardes. Ses fonctions sont donc obligatoirement religieuses pour des domaines qui de nos jours relèvent du profane. Le vate avait en charge les domaines de la divination, de la voyance et de la médecine (magique, sanglante et végétale). Ses pratiques divinatoires et prophétiques s’apparentent à une forme poétique (récitations, incantations).

Le Néo-druidisme contemporain, créé au XVIIIe siècle, reprenant les trois spécialités de l’Antiquité, a transformé le mot vate en ovate (irlandais oibid, gallois ofydd, breton oviz), suite à une erreur de compréhension du nom grec d’Ovide.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Xavier Delamarre, Dictionnaire de la Langue gauloise, page 307, éditions Errance, Paris, 2003, (ISBN 2-87772-237-6).
  2. Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux, Les Druides, pages 31, 425 et suivantes, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », Rennes, 1986, (ISBN 2-85882-920-9)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul-Marie Duval, Les Dieux de la Gaule, Paris, éditions Payot,‎ février 1993, 169 p. (ISBN 2-228-88621-1)
    Réédition augmentée d'un ouvrage paru initialement en 1957 aux PUF. Paul-Marie Duval distingue la mythologie gauloise celtique du syncrétisme dû à la civilisation gallo-romaine.
  • Albert Grenier, Les Gaulois, Paris, Petite bibliothèque Payot,‎ août 1994, 365 p. (ISBN 2-228-88838-9)
    Réédition augmentée d'un ouvrage paru initialement en 1970. Albert Grenier précise l’origine indo-européenne, décrit leur organisation sociale, leur culture et leur religion en faisant le lien avec les Celtes insulaires.
  • Christian-J. Guyonvarc'h, Magie, médecine et divination chez les Celtes, Bibliothèque scientifique Payot, Paris, 1997 (ISBN 2-228-89112-6).
  • Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux :
    • Les Druides, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », Rennes, 1986 (ISBN 2-85882-920-9) ;
    • La Civilisation celtique, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », Rennes, 1990 (ISBN 2-7373-0297-8) ;
    • Les Fêtes celtiques, Rennes, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire »,‎ avril 1995, 216 p. (ISBN 9782737313158)
      Ouvrage consacré aux quatre grandes fêtes religieuses : Samain, Imbolc, Beltaine, Lugnasad.
  • Philippe Jouët, Aux sources de la mythologie celtique, Yoran embanner, Fouesnant, 2007 (ISBN 9782914855372).
  • Venceslas Kruta, Les Celtes, Histoire et Dictionnaire, éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins » , Paris, 2000 (ISBN 2-7028-6261-6).
  • Claude Sterckx, Mythologie du monde celte, Paris, Marabout,‎ octobre 2009, 470 p. (ISBN 978-2-501-05410-2).
  • Consulter aussi la bibliographie sur la mythologie celtique et la bibliographie sur la civilisation celtique.
  • Gwenc'hlan Le Scouëzec, Les Druides, – volume 1 : Des origines à l'Empire romain, Éditions Beltan, 2001, (ISBN 2-95164-540-6)
  • Anonyme, Le Dialogue des deux Sages présenté et annoté par Christian-Joseph Guyonvarc'h, Bibliothèque scientifique Payot, Paris, 1999, (ISBN 2-228-89214-9)