Leinster

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : Navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Leinster (homonymie).
Leinster
Image illustrative de l'article Leinster
Image illustrative de l'article Leinster
Administration
Pays Drapeau de l’Irlande Irlande
Type Province
Démographie
Population 2 295 123 hab. (2006)
Densité 116 hab./km2
Géographie
Coordonnées 53° 20′ 52″ Nord 6° 15′ 35″ Ouest / 53.347778, -6.259722 / 53.347778; -6.25972253° 20′ 52″ N 6° 15′ 35″ O / 53.347778, -6.259722 / 53.347778; -6.259722  
Superficie 19 774,23 km2

Le Leinster (en irlandais Laighean, en latin Lagenia) est une des quatre province traditionnelles de l'Irlande. Recouvrant la partie orientale de l'île, son territoire, sur lequel se dresse l'omphalos qu'est Tara et se déroule la millénaire Fête de Tailti, a pour pôle urbain la métropole irlandaise, Dublin. Il est aujourd'hui divisé en douze comtés :


Sommaire

Démographie[modifier]

Le Leinster est de loin la province la plus peuplée d’Irlande. La renaissance économique irlandaise a fait croître Dublin, ses banlieues (notamment Dún Laoghaire, Fingal, South Dublin qui ont été érigées en comtés), et d’autres villes avoisinantes (Bray, Drogheda). La population de la province lors du recensement de 2006 était de 2 295 123 habitants (2 105 449 habitants en 2002, soit un accroissement de 9,0%).

Évolution démographique
1659 1821 1831 1841 1851
153 534 1 757 492 1 909 713 1 974 181 1 672 738
1881 1911 1961 1981 2011
1 278 989 1 162 044 1 332 149 1 790 521 2 501 208

Histoire[modifier]

Préhistoire[modifier]

Article connexe : [[Préhistoire de l'Irlande]].

Le néolithique ne se distingue pas dans le Leinster de celui du reste l'Irlande mais les vestiges de la civilisation mégalithique qui s'y trouvent témoignent d'un centre religieux et commercial de premier ordre:

Le Leinster présentent aussi des sites secondaires:

Premier Royaume du Leinster[modifier]

Antiquité héroïque (76-407)[modifier]

Les traditions recueillies au XVIIe siècle rattache la fondation du Leinster à la légende du roi aux oreilles de cheval Labraid Loingsech[1], qu'un manuscrit du XIIe siècle situe trois cents ans avant J.-C.[2]. Arrière petit fils du Roi Suprème d'Irlande Huon le Grand spolié par son grand oncle, il revient d'exil[3] avec l'armée du Munster, reconquiert son héritage grâce à la magie de la harpe du barde Craiftine, puis accomplit sa vengeance en assassinant son grand oncle au cours d'un festin. L'étymologie fantasque des premiers celtisants explique le nom du Leinster, « Laighin » en gaélique, par les fers de lance, « láigne »[4], de l'armée de reconquête du prince Labraid[1].

Les généalogies des familles souveraines du Leinster distinguent trois peuples[5] :

  • le peuple du Laigin proprement dit, qui a donné son nom au Leinster,
  • les Gáilióin, envahisseurs conduits par le légendaire Slane dans l'actuel Wexford[6],
  • les Domnannéens, habitant au nord de la future province, autour de l'aber Malahide, anciennement nommé « Inber Domnann »[6].

Au temps de Domitien, le Laigin, vaicu en 76 à la bataille d'Achal, cède le territoire de Tara, érigé en capitale, au légendaire roi Túathal, qui fut peut être le prince armé, selon Tacite, en 81 par le général Agricola pour reconquérir son trône irlandais.

En 367, sous le règne de Valentinien et son dauphin Gratien, les « Scots », terme qui désigne alors les guerriers d'Irlande, montent une expédition contre la Bretagne. Ils sont repoussés par le général Théodose mais seize ans plus tard, un général espagnol, Maxime, célébré par la légende de Macsen Wledig, poursuit l'attaque contre Rome après avoir été acclamé empereur par les légions de Bretagne. La légende rapporte qu'il le fait à partir de la cité de son beau père, Segontium, actuel Caernarfon et alors importante garnison de la légion Victrix, la plus occidentale de l'Empire. Cette cité est située dans un territoire appelé aujourd'hui Lleyn, dont l'étymologie Legin renvoie à celle du Leinster. L'archéologie révèle effectivement un certain nombre d'inscriptions oghamiques disséminées à partir des côtes occidentales de la Grande-Bretagne[7].

La légende des saints (408-458)[modifier]

La mission conduite contre le pélagianisme par Palladius, fils du Préfet des Gaules Exuperantius et diacre de l'évêque d'Auxerre Saint Germain, est un semi échec. Débarqué en 431 à Hy-Garchon, lieu dit de la future Wicklow, il y est mal accueilli par le roi du Leinster Nath Mac Garchon[8], fondent trois églises, à Tigroney près de l'actuelle Arklow, à Killfinn, vraisemblablement près de Glendalough, à Donard, puis repart l'année même avec deux de ses quatre compagnons Augustin et Benoît, laissant toutefois à Clonard Sylvestre et Solin diriger la mission. Saint Patrick, figure quasiment mythologique plus ou moins confondue avec Palladius [9], arrive en Irlande l'année suivante par Dublin et s'établit dans un premier temps à Donaghmore.

Les hagiographies tardives illustrent l'évangélisation du Leinster par les figures obscures des Saints :

Selon une tradition entretenue par maintes légendes, le prince Eochu fonde au début du Ve siècle la première dynastie historique du Leinster, celle des Kinsella, en vengeant son père et assassinant le Roi Suprème d'Irlande du moment, Niall aux neuf otages, l'ancêtre des O'Neill et de nombreux souverains d'Ulster. En 458, son frère, champion converti par Saint Patrick, libère son pays du « boroma »[11], le tribut instauré en 76 par le mythique roi Túathal au profit de la fonction de Roi Suprème d'Irlande exercée par les O'Neill.

Asiles monastiques (459-650)[modifier]

À la suite de Saint Finien, fondateur de l'abbaye de Clonard, Saint Colomba fonde les monastères de Durrow et de Kells en 553 et 554 dans un contexte sanglant d'expansion des O'Neill qui voit émerger, en la personne d'Áed Dibchine, une nouvelle dynastie régnante, les Uí Máil, ancêtres des O'Tighe. Sous le règne du fils de ce dernier, une nouvelle génération de moines, qu'ils furent sublimés ou inventés par leurs hagiographes, crée dans le Leinster des institutions qui illumineront le Haut Moyen Age:

Guerres de clans (650-810)[modifier]

Au VIIe siècle, les Colmán et les Slane, deux branches des O'Neill, soumettent ceux qui désormais seront appelés Déisi de Tara et repoussent vers l'est, au-delà des monts de Wicklow, les O'Enechglais. Dans la partie nord du Laigin conquise, ils constituent à leur profit les royaumes de Meath et de Brega.

Au VIIIe siècle, peut être après avoir expulsé les Déisi, les O'Dowling, branche cadette qui régente le territoire autour de Kildare abandonné par les mêmes O'Enechglais, chassent les Kinsella de la vallée de la Liffey vers le sud et la vallée du Slaney, dans l'actuel Wexford, et se déchirent en deux clans rivaux, les O'Fealy et les O'Muiredaig, ancêtres des O'Toole, revendiquant chacun la suprématie sur le Leinster. Dans le même mouvement, les Kinsella chassent les Uí Bairrche de Carlow d'une part plus en aval dans la vallée du Barrow, d'autre part vers la côte est[12].

En 744, durant les années de quasi guerre civile du règne de Cellach, Saint Máelruain fonde l'abbaye de Tallaght et y accueille le culdee de Clonenagh, Saint Óengus, au terme de sa campagne de réformation. En 806, les pères en lutte contre le paganisme interdisent les Jeux Tailtiques.

Invasions vikings[modifier]

La rébellion de l'Ossory (811-871)[modifier]

À la faveur des rapines exercées depuis 795 par les vikings à partir de l'île Lambay, tel le sac de Tallaght en 811 ou le rapt de Howth en 821[13], puis à partir du port de Wicklow, le fort de Dublin fondé par Thorgils en 841 ou celui de Waterford établi en 853, les Kinsella annexent au Leinster le royaume voisin d'Ossory en 848[14].

Son souverain déchu, Cerball mac Dowling, assassine en 853 le taoiseach des Kinsella. Il ravage en 858 leur territoire aux côtés du norvégien Imar puis, en 859, celui du Meath de concert avec Amlaíb Conung. Il participe à des expéditions danoises puis s'allie au roi O'Neill Áed Findliath pour envahir deux fois, en 870 et 874, le Leinster défendu par Muiredach mac Brain. Vainqueur en 870 à la bataille de Dunboyke, il favorise les norvégiens de Dublin qui tuent en 871 le roi du Leinster Ailill mac Dowling. Les églises, dont le monastère de Glasnevin, les abbayes de Finglas, Clondalkin et Glendalough ainsi que le centre religieux et politique de Naas, sont brûlées.

Les prédations du Royaume de Dublin (872-997)[modifier]

Bannière « terroriste » du grand marchand d'esclaves Olaf Kvaran, dit Olaf le Rouge, fils de Sihtric l'Aveugle et père de Sihtric « à la Barbe de soie ».

En 917, les vikings conduits par Sihtric l'aveugle, roi de Dublin, tue les six cent hommes de l'armée du Leinster ainsi que leur roi Augaire mac Aililla à la bataille de Confey, près de Leixlip. En 946, Olaf le Rouge fils de Sihtric pille les abbayes de Clonmacnoise et de Kilcullen. En 951, Gothfrith, autre fils de Sihtric, pille Kells, où il rançonne trois cents otages, Donaghpatrick, Ardbraccan, Carnaross, Kilskeer et d’autre églises du Meath.

En 970, Olaf, de retour, pille de nouveau l'abbaye de Kells. En 971, quelques descendants des « étrangers noirs » installés sous le règne de Ragnall par Ottir à Waterford brûlent le monastère de Saint Mullin. En 979, le tout nouveau roi du Leinster Dómnall « Le Louche » est capturé et emmené en otage à Dublin. Il est libéré l'année suivante à la suite de la victoire remportée à Tara sur Olaf par le chef des Colmán, Malachie le Grand. Trois ans plus tard, celui ci envoie le fils et successeur d'Olaf, Gluniarian, qui est aussi son demi frère, piller Glendalough pendant que de son côté il ravage le Leinster et vainc le même Dómnall « Le Louche », cette fois appuyé par les vikings d'Ivarr de Waterford, pilleur de Kildare l'année précédente.

Gluniarian lui même est assassiné en 989 par un certain Colbain retenu en esclavage. En 995, son frère Sigtryggr Barbesoie, désormais neveu du roi « évangélisateur » de Norvège, Olaf Tryggvason, par le remariage de sa tante, la reine de Dublin Gyda, pille Kells et Donaghpatrick. Deux ans plus tard, il récidive à Kells et Clonard.

Article connexe : Saga de Njáll le Brûlé.

La sujétion au Leath Moga (997-1014)[modifier]

Marche de Brian Boru,
publiée au XVIIIème siècle.

Entre temps, en 996, Malachie le Grand, roi de Meath devenu Roi Suprème d'Irlande, s'allie à son rival Brian Boru pour conduire les représailles contre Dublin. En 997, Brian Boru, prétendant issu des Petits Déisi alliés au O'Neill et ancêtre des O'Brien, annexe le Leinster au Munster ainsi qu'une partie du Connaught, unifiant tout le sud de l'Irlande dans ce qui constitue, face à la puissance des O'Neill, la « moitié de Moga ».

A la suite de la Bataille de Glenmama et de son entrée dans Dublin le 1 janvier 1000, il s'empare de l'or de Barbesoie et du Royaume de Dublin. Il prétend dès 1002[14] au titre de Roi Suprème d'Irlande. L'année suivante, il destitue les Uí Dúnchada[15], branche des O'Dowling à l'origine des Fitz Dermot, en déposant le roi du Leinster Donchad. Le remplacement de ce dernier par Máel Mórda mac Murchada pour incarner la résistance à l'hégémonie de Brian Boru consacre la branche rivale au sein de la lignée des O'Dowling, les O'Fealy, ancêtres des O'Byrne.

Les relations entre Mael Morda et Brian Boru, maître effectif et contesté de toute l'Irlande à partir de 1008, empirent et ce dernier répudie la princesse du Leinster Gormflaith en 1010. Assassiné dans les derniers mouvements de sa victoire de Clontarf le Vendredi saint 1014, il est inhumé à Dublin.

L'esclavage (1015-1041)[modifier]

Après une épidémie de peste qui ravage le Leinster en 1015, les pillages de Barbesoie et les représailles qui s'ensuivent reprennent :

  • campagne de Meath en 1017,
  • massacre et rafle de Kells en 1018,
  • razzia de Delgany en 1021,
  • coup d'arrêt contre une coalition à la bataille navale de la Boyne en 1022,
  • raid de Staholmock et bataille de Lickblaw en 1027,
  • massacre de Ardbraccan en 1035.

Une course aux otages des plus lucratives se développe pendant un quart de siècle. Dublin, première cité d'Irlande à frapper monnaie, devient un important marché aux esclaves où prospère l'artisanat de luxe et le Leinster un réservoir de peuplement de l'Islande.

Restauration des Kinsella[modifier]

Surgissement de la modernité (1042-1166)[modifier]

Le chef des Kinsella, Dermot « fils du Bouvier », ayant réussi à chasser les vikings de Waterford en 1037, reprend aux O'Dowling le titre de roi du Leinster en 1042, à la mort du roi Murchad, puis annexe en 1052 la Dublin viking occupée depuis 1046 par le roi des Îles Margad Ragnaldson et assujetti Man en 1061.

En 1148, son arrière petit fils, le roi Dermot Mac Murrough, qui a massacré sept ans plus tôt tous les opposants politiques, introduit la réforme grégorienne, par laquelle l'église tend à s'affranchir des clans, propriétaires héréditaires des bénéfices ecclésiastiques, et à instaurer un ordre social nouveau basé sur l'autorité romaine d'évêques citadins et non plus le prestige des abbés missionnaires. Les cisterciens installés par Malachie O'Mongoir dans la grande abbaye de Mellifont absorbent les savigniens de l'abbaye de Dublin et s'implantent à Bective et à Baltinglass.

Quatre ans plus tard, le synode de Kells crée pour le Leinster, dans le prolongement du synode de Ráth Breasail, un diocèse unique réunissant l'église norse de Dublin et l'abbaye de Glendalough. La règle augustinienne, déjà présente chez les arrousiens de Trim, est imposée avec le chant grégorien par l'abbé puis archevêque Laurent O'Toole à l'abbaye Sainte Marie construite dans la capitale du roi Dermot, Ferns. Suivront les prieurés arrousiens de la cathédrale de la Sainte Trinité et de Toussaints à Dublin, l'abbaye victorine Saint Thomas Beckett martyre, constuite dans un franc alleu de Dublin, l'abbaye des augustines Grâce Dieu réservée à la noblesse, celle de Selskar...

Invasion normande (1167-1175)[modifier]

Chassé de son trône en 1166, le roi Dermot récupère celui ci quatre ans plus tard lors du siège de Wexford avec l'aide de barons normands qu'il marie et possessionne dans le Leinster, en particulier:

À sa mort en 1171, ces barons, inférieurs en nombre mais supérieurs par leur chevalerie moderne et unis derrière l'un des leurs devenu gendre du défunt roi, Richard de Clare, font face à un soulèvement général au cours duquel les O'Byrne détruisent Kilkenny. Leur suzerain Henri Plantagenêt se saisit de l'occasion pour intervenir militairement et imposer par le Traite de Windsor sa suzeraineté à l'Irlande.

Article connexe : Chanson de Dermot et du comte.

Le Leinster anglo normand[modifier]

L'ordre Plantagenêt (1176-1314)[modifier]

Clare se voit confirmer le titre de Lord du Leinster et octroyer celui de « vice roi d'Irlande ». Le Leinster devient le pôle de la domination normande en Irlande. Une architecture en pierre se substitue aussitôt aux édifices religieux et militaires construits en bois. Une zone d'exclusion, le Pale, est constituée sur une large part de son territoire. Le Parlement d'Irlande, qui ne traite pas les affaires qui relèvent des brehons, siège dans son ressort, initialement à Castledermot en 1264, puis le plus souvent à Drogheda, à Kilkenny en 1366, et après 1455 à Dublin. Les nouveaux maîtres, tel Geoffroy de Joinville, gèrent leurs domaines en rupture avec les règles claniques et conservent des fiefs familiaux dans tout l'empire Plantagenêt. Ils y circulent et s'y marient, entrainant immigration et émigration de tout un personnel militaire, administratif et religieux.

Dès 1189, Guillaume Le Maréchal, comte Maréchal d'Angleterre et nouveau Seigneur de Leinster, inaugure à Ross l'architecture des mottes. Sa très jeune épousée, Isabelle de Clare, héritière du roi Dermot libérée par ce mariage de sa prison de la Tour de Londres, reconstruit Kilkenny en 1192. En 1204, le justiciaire d'Irlande Meiler Fitz Henry, qui peine à gérer les querelles entre barons se disputant le reste de l'Irlande, fait construire le château de Dublin. A l'automne 1208, récemment démis de ses fonctions, il brûle Old Ross en l'absence du Maréchal mais il est défait par Isabelle. Le couple régnant multiplie les inaugurations d'abbayes. Le Leinster se couvrira peu à peu d'établissements bénedictins, franciscains, dominicains : le Prieuré Noir, le prieuré Saint Malachie de Carlingford... En 1311, une université est ouverte à Dublin.

Résistance des Bruce et des Kavanagh (1315-1477)[modifier]

Malgré leur défaite à Innermallan puis celle de Roger Mortimer à Kells en 1315, les normands Jean de Bermingham, comte de Louth, et Edmond Butler arrêtent trois ans plus tard la carrière indépendantiste d'Édouard Bruce, descendant de Brian Boru et cadet du roi d'Ecosse, à Faughart sur la frontière nord du Pale.

En 1390, Art le Grand, descendant du fils aîné du dernier roi du Leinster indépendant, après avoir été spolié en application des Statuts de Kilkenny pour avoir contracté un mariage « inter racial », restaure avec le soutien de ses alliés O'Toole la souveraineté de la lignée des Kavanagh, issue des Kinsella, sur le Leinster. En 1401, à l'occasion du renversement d'Henri II, il refuse l'hommage à Henri de Lancastre et obtient en 1409, après des années de guérilla, une reconnaissance de l'état de fait sous la forme d'une amnistie.

Cette indépendance insurrectionnelle devient insoutenable quand, en 1442, les anglais tuent Muirceartach, petit fils et héritier présomptif d'Art le Grand. Le père de Muirceartach, Donnchad, abdique treize ans plus tard.

Le Leinster géraldin (1478-1535)[modifier]

En 1478, le roi Edouard d'York confie à un Fitz Gerald, Garret Mor, la charge de Lord Deputy. Puissant comte de Kildare voisin du Pale, il est plus à même qu'un Lord lieutenant anglais et absent de mener les affaires. Arrêté lors de la bataille de Stoke à la tête d'une armée de quatre mil cinq cents irlandais dans une tentative de restaurer la maison d'York sur le trône d'Angleterre, il reste en sursis jusqu'à une disgrâce au cours de laquelle son successeur, Édouard Poynings, initie la « reconquête Tudor de l'Irlande » en promulguant, en 1495, les Statuts de Drogheda. En juillet, les Fitz Gerald repousse le siège de Waterford conduit par Perkin Warbeck, prétendant au trône des York, à l'instigation de leur ennemi juré, le comte de Desmond. L'année suivante, Garret Mor, revenu en grâce, reçoit à Dublin un triomphe royal.

La politique de son fils et successeur, Garret Og, lequel a été élevé en tant qu'otage à la cour d'Henri Tudor, est celle de la répression contre les fiefs constitués sur de grandes domaines inaccessibles dont l'autonomie est assurée par de véritables armées claniques, ceux des O'More à Leix en 1514, des O'Toole à Imaal en 1516.

Peu après son arrestation en 1534, son fils, Thomas le Soyeux, investit Dublin avec cent quarante cavaliers, fait poursuivre l'archevêque et Chancelier John Alen par deux tueurs à gages qui l'assassinent, puis se réfugie au château de Maynooth. Là, la garnison reçoit du nouveau Lord Deputy, « Guillaume le Canonneur », le « Pardon de Maynooth », c'est-à-dire que tous les survivants sont exécutés par pendaison. Le comte de Kildare lui même est arrêté plus tard et pendu en 1537 à Tyburn avec cinq de ses oncles.

La dictature Tudor (1536-1570)[modifier]

L'année suivante, le Garde des Sceaux Gerald Aylmer, de concert avec le nouveau Chancelier John Alan, entame par l'abbaye Saint Wolstan de Celbridge le processus de confiscation des quelques quatre cent monastères irlandais, premier acte juridique imposant la Réforme. En août 1539, la Ligue Géraldine, réunissant les principaux clans d'Irlande pour la restauration dans ses droits de Gerald FitzGerald, demi frère encore adolescent de Thomas de Kildare, tente un raid contre le Pale et est écrasée à Monaghan[16].

La répression militaire, commencée sous le gouvernement de Grey, continue sous celui de Saint Léger, contre les Kavanagh, les O'Byrne, les Fitz Patrick. Doublée d'une politique de « renonciation et restitution », elle aboutie à la disparition de la tanistrie et permet par là l'exercice direct de la souveraineté par Henri VIII. En 1556, le nouveau Lord lieutenant Thomas Radclyffe choisit le Leinster pour inaugurer, au nom de la catholique Reine Mary, le système des plantations en créant la colonie de peuplement Maryborough, qui entérine la spoliation du domaine des O'More commencée en 1548 sous le gouvernement d'Edward Bellingham, redouté seigneur du « Château Noir ».

L'excommunication de l'héritière d'Henri VIII, Elisabeth, prononcée par le Pape en 1570 et promulguée par la bulle Regnans in Excelsis exacerbe, spécialement dans le Pale et les comtés voisins, l'antagonisme entre vieux Anglais et Gaëls d'un côté, nouveaux Anglais anglicans de l'autre, et fixe dans la naissance, par le baptême, l'appartenance ou non à la catégorie d'ennemi potentiel de l'état.

Le Leinster dans les guerres d'extermination[modifier]

De la rébellion de Glenmalure à la guerre de religion (1571-1593)[modifier]

En 1572, le sénéchal du Wexford conduit dans les Monts Wicklow une expédition punitive au cours de laquelle seize villages sont brûlés. En représaille, Fiach Mac Hugh O'Byrne, complice de l'évasion des Rebelles de Desmond du fort de Dublin en 1569, harcèle depuis Glenmalure les villages du comté avec quatre cents hommes. Cinq ans plus tard (ou plus tôt, selon les sources) Francis Cosby, l'un des soldats-colons de Maryborough agissant sur les ordres du Lord lieutenant Henry Sidney désireux d'éliminer une aristocratie qui est au cœur de la résistance, utilise le prétexte d'une montre pour perpétrer le Massacre de Mullaghmast, sans pour autant mettre un terme à la guérilla des O'More.

Suivez moi jusqu'à Carlow,
chanson publiée en 1899 pour célébrer la bataille de Glenmalure sur un air qui y aurait été joué.

Ceux-ci rejoignent en juillet 1580 à Glenmalure la résistance reconduite par Fiach Mac Hugh avec cette fois les Kavanagh, les O'Toole et l'anglais James Eustace, rallié par catholicisme. Creon Mac Murrough, descendant légitime d'Art le Grand, est proclamé roi du Leinster. La coordination avec la Rebellion de Desmond négociée début août à Baltinglass par Nicholas Sanders, un prêtre proche du cardinal Allen et de la Ligue stipendié par Philippe II d'Espagne pour le compte du neveu du Pape promis au trône d'Irlande, ne produit que quelques expéditions sans lendemain dans la vallée du Barrow. Le 25 aôut, une part des six mil hommes du Lord Deputy Arthur Grey sont repoussés dans un défilé à la Bataille de Glenmalure. Au terme d'une retraite difficilement protégée par l'arrière garde du capitaine Stanley, huit cent d'entre eux auront péris dans des embuscades. Les troupes de Fiach O'Byrne incendient les maisons anglaises du Wexford mais leur chef ne sait pas exploiter l'avantage acquis.

Aussitôt Grey répond par une persécution aveugle au cours de laquelle de nombreux vieux Anglais, jusqu'alors fidèles, sont pendus comme traitres dans la campagne du Wexford. L'agitation ainsi suscitée dans les alentours de Dublin oblige Grey à rappeler les troupes de Stanley dans les frontières du Pale. Plusieurs « praemunire », dont la « Dame Mairesse » Margaret Ball, subissent le martyre dans la prison de Dublin ou montent à l'échaffaud dans la prière. En 1592, l'un des tortionnaires[17], le Chancelier Adam Loftus, fonde dans les locaux confisqués du Prieuré Toussaints le Collège de la Trinité de Dublin.

La Guerre de neuf ans dans le Leinster (1594-1603)[modifier]

Durant la Guerre de Neuf Ans, les deux mil premiers hommes du corps expéditionnaire de Robert Devereux débarqués à à Dublin le 15 avril 1599, passent leur revue à Drogheda et défilent à Kilkenny tenu par Thomas Butler. Pour faire face à l'Ulster, cinq mil hommes sont disposés sur la frontière du Pale, mais pour sa campagne contre le Desmond insurgé, Robert Devereux ne bénéficie plus de l'appui direct des dix-huit chefs du Meath et de Fingal ralliés par le 13ème comte de Kildare, William Fitz Gerald, tous péris noyés lors de la traversée. Parti le 9 mai de Dublin à la tête de deux mil cinq cent fantassins et trois cent cavaliers pour la plaine du Curragh, il prends de là Athy où il subit le harcèlement des O'More puis retourne à Kilkenny après avoir essuyé de légères pertes dans sa descente vers Cashel au « Défilé des Plumes ». Sa liaison avec la base de Dublin qu'assure son sénéchal Henry Harrington est coupée quand le 29 mai celui ci est assailli dans les Monts Wicklow par les O'Byrne conduits par Phelim Mac Feagh.

De retour dès le 22 juin de sa vaine expédition dans le Munster avec un effectif réduit de plus de la moitié, Devereux incendie la côte du Leinster au cours d'une retraite périlleuse. Il essuie un lourd revers contre un millier d'O'Byrne en franchissant la rivière Clonnough au sud d'Arklow et atteint Dublin le 2 juillet au bout de huit semaines de campagne. Une seconde expédition par Maryborough et Philipstown aboutit à un affrontement laborieux au Capitaine Richard Tyrell, une nouvelle retraite vers Dublin et ce qu'un détracteur, le Secrétaire d'Etat Robert Cecil, dénonce être le plus désastreux de tous les faits d'armes anglais en Irlande. Reparti le 1er septembre de Kells avec trois mil sept cents fantassins et trois cents cavaliers pour l'Ulster, Robert Devereux revient à Drogheda trois semaines plus tard avec le même résultat.

En 1600, son successeur, Montjoie, commence par investir Maryborough attaqué par les O'More puis part à la conquête de l'Ulster par le défilé qui en protège le Leinster. C'est la bataille de la Passe Moyry. Il signe trois ans plus tard à Mellifont une paix humiliante pour toutes les parties, les anglais voyant les vaincus traités avec honneur, ceux-ci voyant gaélique, bardes et brehons proscrits. Le chef du sept des Kavanagh, Domhnall Mac Murrough dit L'Espagnol, à cause de son exfiltration vers l'Espagne via Wexford organisée quand il était enfant, en 1568, par le corsaire Thomas Stukley, reçoit une pension et obtient la reconnaissance de ses titres sur ses terres des Monts Marches Noires, au nord Enniscorthy. En échange, il renonce à la transmission du titre de roi. C'est la déposition du dernier roi du Leinster.

Le Leinster dans l'impasse politique des Stuarts (1604-1640)[modifier]

En 1606, le comté de Wicklow est érigé comme une colonie face au six cent vingt kilomètres carrés fortifiés des O'Byrne, où pas un shérif ne peut opéré.

Image de l'état de la société leinstéroise et reflet de la déliquescence du pouvoir, en mai 1609 une partie de tennis disputée dans le monastère dissous Saint Thomas Beckett entre le jeune pair Ranelagh et l'intriguant Howth, homme détesté du Deputé anti récusants Arthur Chichester, dégénère en une échauffourée entre Nouveaux et Vieux Anglais qui fait un mort. En 1610, sous le règne d'un Jacques Stuart à court d'argent, une seconde plantation est créée au détriment des Kavanagh dans le nord du comté de Wexford. En 1621, le roi réclame, en tant qu'héritier des comtes de Clare, la presque totalité des terrains du Haut Ossory et se fait des ennemis des Fitz Patrick, barons du Haut Ossory, en y implantant en 1626 une troisième plantation.

Après avoir échoué à faire bannir les prêtres, le Député Falkland, homme de paille de l'affairiste Buckingham, se livre à une concurrence délétère dans la captation des charges et des revenus afférents avec le Chancelier Loftus. L'inculpation de celui ci en 1628 pour avoir conspiré durant leurs assizes avec les O'Byrne échoue et par là même l'établissement d'une quatrième plantation sur le territoire de ceux-ci. Les affaires du Leinster, parallèlement à celles liées à la colonisation de l'Ulster et du Connaught, deviennent le prétexte de la tyrannie. Le remplaçant de Falkland, Strafford, après avoir déçu les espoirs de « Grâces » placés en la reine Henriette de France, fait arrêté par le shérif de Dublin tout parlementaire papiste récalcitrant, et condamné par la sinistre Chambre du Château, cour de justice où triomphe l'arbitraire, Francis Annesley pour avoir défendu la cause des O'Byrne, Adam Loftus pour avoir favorisé les Fitz Gérald.

La destruction du Leinster (1641-1660)[modifier]

Le Leinster est un des principaux champs de bataille de la Guerre de onze ans. Le complot de 1641 est déjoué à Dublin et les insurgés conduits par le sixième vicomte de Gormanstown échouent devant Drogheda mais le général rallie de nombreux soutien à l'intérieur du Pale. Dans le sud-est, une armée est levée par Richard Butler mais est battue à Kilrush par celle de son cousin loyaliste James Butler. Après la sèvère défaite infligée par les six canons de ce dernier à New Ross en 1643, l'armée du Leinster conduite par Thomas Preston, fils cadet du défunt vicomte de Gormanstown, remporte en 1645 le siège de Duncannon. En 1646, les Confédérés, dix-huit mille hommes impossibles à nourrir, échouent dans le siège de Dublin et l'armée du Leinster est détruite l'année suivante au Mont Dungan par celle des Parlementaires conduite par Michael Jones.

Deux ans plus tard, Olivier Cromwell profite du massacre par Michael Jones de quatre mille assiégeants au cours de la bataille de Rathmines pour débarquer dans le port de Ringsend préservé, dans le but d'unir définitivement l'Irlande à l'Angleterre. Au cours de sa conquète, les quinze mille vétérans de son « Armée d'un genre nouveau » ruine le pays (un contemporain, William Petty, estime à 40 % la diminution de la population[18]), semant la peste bubonique, notamment dans le Leinster par trois opérations en deux ans:

Le colonel John Hewson organise la famine dans les comtés de Wicklow et Kildare, et le colonel Cork dans celui de Wexford. Les Montagnes de Wicklow et les reliefs difficiles d'accès, tels la tourbière d'Allen ou les drumlins, deviennent des zones de maquis pour les « tories » contre lesquels le général Henry Ireton conduit en juin 1650 une vaine expédition punitive. En avril 1651, un décret déclare le comté de Wicklow zone de guerre, autorisant le tir à vue sur tout suspect ainsi que la confiscation de son bétail et de ses biens[19]. En mai 1652, John Fitz Patrick, chef confédéré de la résistance du Leinster, rend les armes avec ses homologues du Munster et du Connaught à Kilkenny. L'Acte de colonisation exclue les catholiques du Parlement mais reconnait aux combattants leurs statut de militaire et les autorise à partir servir dans des armées étrangères qui ne sont pas en guerre avec la République. Un grand nombre part en Espagne et en France.

Bibliographie[modifier]

Références[modifier]

  1. a et b G. Keating, Foras Feasa ar Éirinn 1.29-1.30
  2. Livre de Leinster: "Orgain Denna Ríg"
  3. Trad. R. A. Stewart Macalister, Lebor Gabála Érenn: The Book of the Taking of Ireland, V, p. 275-277, Irish Texts Society, 1956.
  4. Dictionary of the Irish Language based mainly on Old and Middle Irish materials, L 26-18, Royal Irish Academy, Dublin, 2012.
  5. Dáibhí Ó Cróinín, Ireland, 400-800, in dir. Dáibhí Ó Cróinín, A New History of Ireland, vol. 1, pp. 182-234, 2005.
  6. a et b Lebor Gabála Érenn §49
  7. S. Fergusson, Ogham Inscriptions in Ireland, Wales, and Scotland, David Douglas, 1887.
  8. P. F. Moran, St. Palladius in The Catholic Encyclopedia, vol. XI, Robert Appleton Company, New York, 1911.
  9. O'Rahilly, The two Patricks, Dublin 1942.
  10. V. Rice, G. Rev, Christianity in Slane, Slane History & Archaeology Society, Slane, [s.d.].
  11. S. McAirt & G. McNiocaill, The Annals of Ulster, p. 46, 458:1, DIAS, Dublin, 1983.
  12. Duffy, Seán (2005). Medieval Ireland: An Encyclopedia. New York: Routledge. p. 271. ISBN 0-415-94052-4.
  13. S. McAirt & G. McNiocaill, The Annals of Ulster, p. 276, 821:3, DIAS, Dublin, 1983.
  14. a et b Annales des quatre maîtres.
  15. Annales d'Inisfallen, AI 1003.5.
  16. C. Lennon, Sixteenth-century Ireland - the Incomplete Conquest p.151, Gill & Macmillan, 1994.
  17. J.A. Froude, History of England from the Fall of Wolsey to the Death of Elizabeth, vol. XI, ch. 27, p. 264, Longmans, Green & Co., Londres, 1870.
  18. J. Kenyon & J. Ohlmeyer, The Civil Wars, p. 278, Oxford, 1998, ISBN 0-19-866222-X.
  19. J. Scott-Wheeler, Cromwell in Ireland, Dublin 1999, ISBN 978-0-7171-2884-6.

Articles connexes[modifier]