Ard rí Érenn

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Le Ard rí Érenn désigne, dans la mythologie celtique et l’histoire médiévale de l’Irlande, le souverain qui règne sur la totalité de l’île. Ard rí signifie « roi suprême » (parfois traduit par « Haut roi ») et « Érenn » provient de la déesse Ériu, véritable personnification du pays.

L’époque mythique[modifier | modifier le code]

Les sources littéraires relatives à l’histoire mythique de l’Irlande nous décrivent une île divisée en coíceda (« provinces » littéralement « cinquième »). Soit idéalement, quatre royaumes le Connaught, le Leinster, le Munster, l’Ulster et un cinquième royaume au centre; Mide où siège le Ard rí Érenn, et dont la capitale est Tara.

Les rois des quatre « provinces » doivent s’acquitter d’un impôt appelé boroma, qui est constitué de bétail. Le non paiement de cette taxe est un prétexte à des expéditions guerrières comme le raconte le Forbuis Droma Damhghaire (le Siège de Druim Damhghaire) dans lequel le ard rí Cormac Mac Airt envahit le Munster.

La souveraineté chez les Celtes est associée à une fonction économique, qui est la juste redistribution des richesses. Le roi Bres, qui règne un temps sur les Tuatha Dé Danann est considéré comme un mauvais roi, à cause de son avarice ; le druide Coipre, par une satire, le contraint à se retirer.

Les temps historiques[modifier | modifier le code]

Les Ard rí étaient traditionnellement intronisés sur la colline de Tara. La Lia Fáil (photo) était supposée crier le nom du roi légitime lorsque celui-ci posait son pied sur elle.

Un descendant de Conn Cétchathach, Niall Noigiallach mort en 405 ap. J.-C. selon la date traditionnelle relevée dans les Annales des quatre maîtres mais que la critique moderne tend à reporter vers 450 ap. J.-C., est considéré comme le premier l'Ard rí Érenn mi-légendaire mi-historique.

À l’exception des règnes de son neveu Dathí mac Fichra († 428), qui fut peut-être incorporé rétroactivement dans les listes d'Ard rí Érenn[1] et de celui du fils de ce dernier Ailill Molt († 483), les descendants de Niall Noigiallach occupèrent de façon continue le trône de Tara et monopolisèrent le titre prestigieux bien que dénué de pouvoir réel d’Ard rí Érenn jusqu’en 1022.

Plusieurs dynasties O'Neill revendiquèrent en effet Niall Noigiallach comme ancêtre :

Après les règnes son fils Lóegaire mac Néill († 463) et de son petit-fils Lugaid mac Lóegairi († 508) ainsi que celui de son arrière-petit-fils Túathal Máelgarb mac Cormac Caech mac Coirpre († 544) le titre d’Ard rí Érenn fut porté par les descendants de Niall établis dans le Nord de l’Irlande et dans le royaume de Mide.

À la suite de la conquête du nord et de l’ouest de l’Ulster par deux des fils de Niall, Éogan et Conall Gulban se créèrent les dynasties du Cenél nEógain en Tir-Eogain et du Cenél Conaill en Tir-Conaill.

À la même époque dans le royaume de Mide les descendants de Conall Criamthan, autre fils de Niall, constituèrent à l’est le Síl nÁedo Sláine qui régna sur le royaume de Brega et à l'ouest le Clan Cholmáin qui occupa la région de Mide.

Les Ard rí Érenn O'Neill des lignées du Sud et du Nord alternèrent sur le trône de Tara de manière assez régulière bien qu’après le règne de Cinaed mac Iragalach (724-727), les descendants d’Aed Slainé, le Síl nÁedo Sláine, en aient été exclus à l’exception notable de Conghalach Cnogba (944-956) au Xe siècle et qu'aucun membre du Cenél Conaill n'ait porté ce titre après Flaithbhertach (727-734).

Le dernier Ard rí Érenn à avoir été intronisé dans ce cadre fut Mael Seachlainn II Mór mac Domnaill de Meath issu du Clan Cholmáin. Écarté du pourvoir par Brian Boru en 1002, il reprit son titre sans contestation à la mort de Brian jusqu’à son propre décès en 1022.

Le titre fut ensuite disputé en quasi permanence entre :

Le dernier Ard rí Érenn fut Ruaidri mac Toirdhealbach Ua Conchobair qui renonça de facto à son titre en faveur d’Henri II d'Angleterre au traité de Windsor en 1175 et mourut retiré dans un monastère en 1198.

Deux des chefs de la résistance irlandaise contre les Anglo-Normands, Brian Ua Neill tué en 1260 et l’Écossais Edubard Briuis, tué en 1318, tentèrent en vain de rétablir ce titre symbolique mais prestigieux lors de leurs combats pour l'indépendance de l'Irlande.

Liste des rois selon le Baile Chuind Chétchathaig[modifier | modifier le code]

Le Baile Chuinn Chétchathaig (La frénésie de Conn Aux cent Combats) est un texte rédigé vers 700 ap. J.-C. qui contient une liste de rois de Tara, très différente de celle que l’on peut établir à partir des entrées des Annales d'Ulster ou des Annales des quatre maîtres ces dernières n'ayant été mises en forme définitivement qu'un millénaire plus tard !

On estimait généralement que les cinq derniers rois étaient fictifs car la liste semble avoir été établie à l’époque de Fínnachta Fledach. Certains rois ne sont pas clairement identifiables d’autres déplacés chronologiquement.

Dans ses études récentes Edel Bhreathnach avance l'hypothèse que dans sa forme actuelle du poème date peut être d'un peu plus tard. Alors que les rois qui suivent Fínsnechta étaient auparavant considérés comme de rois futurs fictifs, Edel Bhreathnach suggère que ces données sont en fait historiques jusqu'au premier quart du VIIIe siècle et elle propose des hypothèses d'identifications de ses souverains.

Nom Identification Notes
Non nommé Conn Cétchathach Le texte évoque une vision prophétique de Conn sur les rois ses successeurs.
Art Art Mac Cuinn Connachta;
Mac Con macc aui Lugde Loígde Lugaid mac Con Érainn-Corcu Loígde (Dáirine (en))
Corbmac Cormac Mac Airt Connachta-Ui Neill
Corpre Cairbre Lifechair Connachta-Ui Neill
Fiechri Fiachrae Cássan Airgíalla (Cruithni)-Ind Airthir
Dáire Drechlethan Dáire Doimthech, Dáire Barrach ou Dáire mac Cormaic Corcu Loígde, Laigin-Uí Bairrche ou Connachta-Ui Neill
Fécho Fíachu Sraiptine; Connachta-Uí Neill;
Muiredach Tirech Muiredach mac Fiachach Connachta-Uí Neill;
Crimthand Crimthann mac Fidaig Eóganachta;
Níell Niall Noigiallach Connachta-Uí Neill;
Loígaire Lóegaire mac Néill Uí Neill-Cenél Loegairi;
Corpri Coirpre mac Néill Uí Neill-Cenél Coirpri ; († vers 485/500),
Ailill Ailill Molt Connachta-Uí Fhiachrach; († vers 482),
Lugid Lugaid mac Lóegairi Uí Neill Cenél Lóegairi († vers 507 ou 513),
Mac Ercéni Muirchertach Mac Ercae Uí Neill Cenél nEógain († vers 534),
Óengarb Túathal Máelgarb Uí Neill–Cenél Coirpri ((† vers 544),
Aíd Áed Sláine mac Diarmato († 604), ou Áed Dub mac Suibni († 588) Uí Neill ou Cruithni Dál nAraidi; Roi semble-t-il mal placé
Aíd Olláin Áed Uaridnach (Áed Allán mac Domnaill) († 612) ou Áed mac Ainmerech († 598) Uí Neill Cenél nEógain ou Ui Neill Cenél Conaill et mal placé.
Diermait Diarmait mac Cerbaill Uí Neill († 565),
Feáchno Fiachnae mac Báetáin († 626), ou peu être Fiachnae mac Demmáin († 627) ou Fiachnae mac Feradaig, père de Suibne Menn Cruithni Dál nAraidi ou Dál Fiatach ou Uí Neill Cenél nEógain.
Suibne Suibne Menn Uí Neill Cenél nEógain († 628),
Oengus Óengus mac Colmáin Bec Uí Neill Clan Cholmáin († 621),
Domnall Domnall mac Áedo Uí Neill Cenél Conaill mort en († 642),
Blathmac and Diarmaid petits-fils de ? Blathmac mac Áed Sláine et de Diarmait Ruanaid mac Áed Sláine Uí Neill Síl nÁedo Sláine, (tous deux † 665).
Snechta Fína Fínnachta Fledach Uí Neill Síl nÁedo Sláine († 695), La liste a été composée sous son règne ; quatre ou cinq rois fictifs suivent Finnachta
Niell  ? Niall mac Cernaig Sotail († 701) Uí Neill Síl nÁedo Sláine
Flann Asail  ? Flann mac Áedo meic Dlúthaig († 714) Uí Neill Síl nÁedo Sláine
Furbaide  ? Murchad Midi mac Diarmato († 715) Uí Neill Clan Cholmáin
Cailech/Glúnshalach  ? Fergal mac Máele Dúin († 722), ou Fogartach († 724) Uí Neill Cenél nEógain/Uí Neill Síl nÁedo Sláine
aue Coircc  ? Cathal mac Finguine († 742) Eóganachta Glendamnach.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. T.W Moody, F.X. Martin, F.J. Byrne A New History of Ireland Oxford Unibersity Press réédition de 2011 (ISBN 9780199593064) p. 191


Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Edel Bhreathnach, The Kingship and landscape of Tara Editor Four Press Courts Dublin (2005) (ISBN 1851829547) (en)
  • Paul-Marie Duval, Les Dieux de la Gaule, Paris, éditions Payot,‎ février 1993, 169 p. (ISBN 2-228-88621-1)
    Réédition augmentée d'un ouvrage paru initialement en 1957 aux PUF. Paul-Marie Duval distingue la mythologie gauloise celtique du syncrétisme dû à la civilisation gallo-romaine.
  • Albert Grenier, Les Gaulois, Paris, Petite bibliothèque Payot,‎ août 1994, 365 p. (ISBN 2-228-88838-9)
    Réédition augmentée d'un ouvrage paru initialement en 1970. Albert Grenier précise l’origine indo-européenne, décrit leur organisation sociale, leur culture et leur religion en faisant le lien avec les Celtes insulaires.
  • Christian-J. Guyonvarc'h, Magie, médecine et divination chez les Celtes, Bibliothèque scientifique Payot, Paris, 1997 (ISBN 2-228-89112-6).
  • Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux :
    • Les Druides, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », Rennes, 1986 (ISBN 2-85882-920-9) ;
    • La Civilisation celtique, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », Rennes, 1990 (ISBN 2-7373-0297-8) ;
    • Les Fêtes celtiques, Rennes, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire »,‎ avril 1995, 216 p. (ISBN 9782737313158)
      Ouvrage consacré aux quatre grandes fêtes religieuses : Samain, Imbolc, Beltaine, Lugnasad.
  • Philippe Jouët, Aux sources de la mythologie celtique, Yoran embanner, Fouesnant, 2007 (ISBN 9782914855372).
  • Venceslas Kruta, Les Celtes, Histoire et Dictionnaire, éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins » , Paris, 2000 (ISBN 2-7028-6261-6).
  • Claude Sterckx, Mythologie du monde celte, Paris, Marabout,‎ octobre 2009, 470 p. (ISBN 978-2-501-05410-2).
  • Consulter aussi la bibliographie sur la mythologie celtique et la bibliographie sur la civilisation celtique.