Oratoire de Gallarus

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52° 10′ 26.72″ N 10° 21′ 11.87″ O / 52.1740889, -10.3532972

Oratoire de Gallarus, vue de trois quarts avant.

Situé sur le territoire du petit village de Baile na nGall sur la Péninsule de Dingle, dans le comté de Kerry, en Irlande, l'oratoire de Gallarus (en anglais Gallarus Oratory) est un petit bâtiment en pierre présenté par l'antiquaire Charles Smith, lors de sa « découverte » en 1756, comme église paléochrétienne du VIIe siècle mais dont la date a été remontée au XIIe siècle par l'archéologue et historien Peter Harbison en 1970. Sa fonction d'origine demeure cependant obscure, bien qu'on associe l'édifice généralement à la religion, en tant qu'église, monument funéraire ou abri pour pèlerins. Il constitue, au début du XXIe siècle, l'un des sites touristiques les plus connus de la péninsule de Dingle.

Origine de la désignation[modifier | modifier le code]

L'archéologue et historien irlandais Peter Harbison, qui mentionne l'existence de plusieurs interprétations quant à l'origine de l'appellation irlandaise de l'édifice, Gall Aras, s'aventure à proposer pour sa part le sens, « peu grammatical » mais « peut-être le plus simple », de « la maison ou l'abri pour étranger(s) » (The House or Shelter for Foreigner(s)). Il pense ne pas trop s'égarer en voyant dans ces étrangers « les pèlerins venant de l'extérieur de la péninsule »[1].

On donne aussi l'appellation en irlandais Séipéilín Ghallarais, c'est-à-dire « l'église de la place des étrangers ».

Architecture[modifier | modifier le code]

Le fenestron à arc tiercé en plein cintre dans le pignon arrière (2007).
L'embrasure intérieure de l'entrée : deux lauses trouées, non visibles à cause du contrejour, sont fichées au-dessus du linteau (2007).

L'édifice, de plan rectangulaire, est formé de quatre encorbellements de pierre, deux longs (servant de gouttereaux), deux courts (servant de pignons), opposés deux à deux, jouant le double rôle de mur porteur et de voûtement. Au sommet de l'édifice se trouve une rangée de dalles qui viennent faire la liaison entre les deux gouttereaux et terminent de couvrir l'espace intérieur. Intérieurement, l'édifice mesure 4,65 m de long sur 3,10 m de large et a une hauteur de flèche de 4,25 m.

Le matériau employé est du « grès brun provenant des falaises de la côte, qui se taille aisément et a une grande résistance » [2].

La maçonnerie est non pas en pierres sèches mais en pierres taillées (en parement, sur leurs faces de lit et leurs faces de joint) et assemblées avec une fine couche de mortier de chaux (non visible en parement)[3]. Les pierres ont été disposées avec un léger angle vers l'extérieur, empêchant l'infiltration de la pluie, technique qui a permis de conserver l'intérieur hors d'eau et en bon état. L'emploi d'un mortier de liaison se confirme par des traces blanchâtres aux interstices entre les pierres, à l'intérieur de l'édifice[4].

L'unique pièce est éclairée par une petite fenêtre réservée dans le pignon Est et terminée par un arc cintré à trois voussoirs (ou tiercé) à l'embrasure intérieure, et à deux voussoirs à l'embrasure extérieure. Le fenestron a vue sur le port de Ard na Caithne (anciennement Smerwick).

L'entrée, qui s'ouvre dans le pignon Ouest, est surmontée d'un double linteau. Dans son embrasure intérieure, deux pierres trouées sont fichées dans la maçonnerie au-dessus de l'arrière-linteau pour accueillir un système de fermeture. Une illustration publiée dans le guide vert « Irlande » de chez Gallimard[5], suggère, pour la fermeture, un abattant en bois articulé dans de grosses charnières en bois fixées dans les pierres trouées au-dessus du double linteau. Ce dispositif hypothétique s'oppose au système de fermeture classique de la porte intérieure, placée dans l'embrasure et articulée sur des gonds fichés dans un des côtés.

On ne note à l'intérieur aucun foyer avec conduit de cheminée, aucune niche ou placard mural, aucun banc en pierre, c'est-à-dire aucun des aménagements indispensables à l'habitation humaine.

Interprétations quant à l'usage et la date[modifier | modifier le code]

L'inventeur (au sens de « découvreur ») de l'oratoire de Gallarus est un certain Charles Smith en 1756[6]. Il est à l'origine de l'interprétation du bâtiment comme étant une église paléo-chrétienne, construite au VIIe, correspondant à une periode de colonisation isolée de cette zone, bien qu'il n'existe aucun document qui en mentionne l'existence à une époque aussi haute. Deux siècles et demi plus tard, cette interprétation est toujours celle livrée au grand public.

La présence de la petite fenêtre d'allure romane dans le pignon arrière, a fait dire à Peter Harbison (en 1970) que la date de construction était peut-être plus tardive : « la date de construction de l'oratoire de Gallarus est controversée mais elle pourrait être aussi basse que le XIe ou le XIIe siècle »[7],[8].

Une troisième interprétation voit dans l'édifice une chapelle funéraire privée bâtie dans un cimetière. Elle s'appuie sur les dires du second « découvreur » du site, le Dr Richard Pococke, lequel rapporte ainsi la tradition orale concernant le bâtiment au milieu du XVIIIe siècle : « Près de cet édifice, on fait voir une tombe dont la croix comporte une tête, on l'appelle la tombe du Géant; selon la tradition, Griffith More fut enterré là, et comme on appelle l'édifice chapelle, il est probable qu'il fut édifié par lui ou sa famille sur le lieu de leurs sépultures »[9]. L'éventualité que l' « oratoire » de Gallarus soit tout simplement une chapelle funéraire privée du XVIIe siècle, éclaire d'un jour nouveau la morphologie et l'architecture de l'édifice. Avec pour seules ouvertures l'entrée à linteau droit dans le pignon ouest et le fenestron à couvrement cintré dans le pignon est, la bâtisse se conforme effectivement au stéréotype de la traditionnelle chapelle de cimetière[10]. Cette interprétation est renforcée par les dimensions intérieures de l'édifice : à peine 14,4 mètres carrés.

De petites saignées exploratrices furent conduites par T. Fanning en novembre 1970 pour le compte du Ministère des travaux publics irlandais : elles n'ont livré aucune trouvaille ni trace de caractéristiques ou d'activités susceptibles d'éclairer la période de construction et l'usage de l'oratoire[11].

Mais son nom, censé faire référence aux « étrangers », et son mode de construction, destiné à résister aux vents violents, suggèrent aussi un abri pour les pèlerins. Pour Peter Harbison (en 1994), il s'agirait alors d'un complexe compact lié à la vénération des saints, comparable aux sites fouillés de ce type que l'on rencontre dans la péninsule voisine d'Iveragh[12].

Légende moderne[modifier | modifier le code]

Selon une légende moderne, une personne arrivant à sortir de l'oratoire par la petite fenêtre, aurait son âme lavée de tous ses péchés.[réf. nécessaire]

Visite[modifier | modifier le code]

Le centre historique lié à ce site est payant (comme pour beaucoup de sites historiques en Irlande).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Peter Harbison, Pilgrimage in Ireland : The Monuments and the People, Syracuse University Press, 1995, 224 p., p. 77 : « Various suggestions have been made to explain the Irish name, Gall Aras. If slightly ungrammatical, perhaps it is simplest to take it as meaning something like 'The House or Shelter for Foreigner(s'); we might not go too far wrong in seeing the foreigners as being those pilgrims who had come from outside the Peninsula. »
  2. (en) Charles Smith, Antient and Present State of the County of Kerry, Dublin, 1956, p. 191 : « The stone is a brown free-stone, brought fromm the cliffs of the sea shore, which cuts readily and is very durable. »
  3. (en) Peter Harbison, « How old is Gallarus oratory ? A reappraisal of its role in early Irish architecture », dans Medieval Archeology, n° 14, 1970, pp. 34-59.
  4. (en) H. G. Leask, Irish Churches and Monastic Buildings, vol. I, Dundalk, 1955, p. 22 : « Though Gallarus is built without mlortar as a structural medium, mortar in not entirely absent from the building ; very fine lime mortar has been found filling the internal joints here and there  : an internal pointing to the stonework. It has also been observed filling small hollows in the inner faces of the vault, faces which were brought to a fair smooth finish with pick or punch by the builders ».
  5. Section « Les sites monastiques », p. 92.
  6. (en) C. Smith, Antient and Present State of the County of Kerry, Dublin, 1756, p. 191.
  7. (en) Peter Harbison, Homan Potterton, Jeanne Sheehy, Irish art and architecture from prehistory to the present, Thames & Hudson, 1978, p. 68 : « The date of the building of Gallarus Oratory is a matter of dispute, but it could be as late as the eleventh or twelfth century. »
  8. Peter Harbison, « How old is Gallarus oratory ?, op. cit.
  9. (en) P. O. Maidin, 'Pococke's tour of south and south-west Ireland in 1758', in Journal of the Cork Historical and Archaeological Society, LXIV (1959), 35 ff., particularly 43, letter 14 : « Near this building they show a grave with a head at the cross of it and call it the tomb of the Giant; the tradition is that Griffith More was buried there, & as they call'd [it] a chapel, so probably it was built by him or his family at their burial place. »
  10. L'« oratoire » de Gallarus (Comté de Kerry, Irlande) : église primitive du haut Moyen Âge ou chapelle funéraire privée du XVIIe siècle ?, in L'Architecture vernaculaire, t. 18, 1994, pp. 45-47, en part. p. 45.
  11. Peter Harbison, How old is Gallarus oratory, op. cit., pp. 57-58) : « Finally it should be mentioned that minor trial cuttings carried out by T. Fanning at Gallarus in November 1970, on behalf of the National Monuments Branch of the Office of Public Works, preparatory to drainage works on the site, yielded no finds or evidence of features or activity which might shed light on the period of construction and use of the oratory. ».
  12. (en) Peter Harbison, « Early Irish Pilgrim Archaeology in the Dingle Peninsula », dans World Archaeology, n° 26, 1994, p. 90-103, spécialement p. 97.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]