Pacte de famille

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Le terme de pacte de famille désigne, dans l'histoire européenne, une série d'accords entre différentes branches d'une maison régnante, en général pour ne pas se nuire entre elles, ou en assurer l'hégémonie. Ils se concluent en général quand une famille royale se trouve à la tête de plusieurs territoires dont les intérêts sont susceptibles d'entrer en conflit. C'est un élément fondamental de la politique dynastique des grandes maisons à l'époque moderne. Les deux plus célèbres sont ceux qui ont existé au XVIe siècle entre les deux principales branches de la maison de Habsbourg, puis au XVIIIe siècle entre les différentes branches régnantes de l'« auguste maison de Bourbon » comme le dit l'article XXI du « Pacte » de 1761. Dans la version espagnole, l'expression est : « las Ramas de la Sangre de Bourbon ». Dans aucun des pactes de famille conclus entre la France et l'Espagne au XVIIIe siècle il n'est question de « Maison de France » pour désigner les souverains espagnols et français.

Habsbourg[modifier | modifier le code]

Le pacte de famille au sein de la Maison de Habsbourg correspond à un ensemble d'accords tacites et généralement secrets établis entre les deux rameaux issus de Maximilien Ier et de Marie de Bourgogne. Leurs deux petits-fils se trouvèrent en effet héritiers d'un nombre de territoires écrasant, qui le rendait impossible à gérer seul. Dès la première génération, on s'accommoda donc d'un partage d'influence : Charles, l'aîné, était l'empereur en titre et régnait directement sur la partie la plus précieuse de l'héritage (Flandres, Espagne, Italie), tandis que Ferdinand se voyait confier la régence dans l'Empire. Pour lui assurer les moyens de sa politique, Charles lui confia dès 1521 les revenus des duchés autrichiens, tandis que Ferdinand obtenait grâce à sa sœur Marie les couronnes de Bohême et de Hongrie. Le pacte devait assurer la collaboration de ces deux branches. Un système complexe de mariages croisés devait assurer la cohésion de l'ensemble.

Le point central de ce pacte était la succession impériale : comme héritiers de la branche aînée, les descendants de Charles Quint avaient un droit qu'ils estimaient incontestable à l'Empire, mais de fait, c'était la branche issue de Ferdinand qui y régnait pratiquement et avait consenti au plus de sacrifices pour l'Empire. À la mort de Charles, Ferdinand devait donc faire élire le fils de Charles, Philippe II d'Espagne comme roi des Romains, lequel ferait élire son cousin Maximilien comme roi des Romains quand la couronne impériale lui serait échue. L'alternance devait ainsi se prolonger perpétuellement entre branche cadette et branche aînée. Le comportement de Charles vis-à-vis de ses neveux, ainsi que la morgue dont avait fait preuve le prince Philippe lors de sa venue en Allemagne à la fin des années 1540 n'incitèrent en rien les princes de l'Empire à donner satisfaction à l'Empereur. Une coalition finit par éconduire les princes espagnols au motif déjà souvent employé que des Welches n'avaient pas vocation à commander aux Allemands.

Il ne resta du pacte qu'une forme d'accord de mariages croisés et de non agression.

France (1761)[modifier | modifier le code]

Il s'agit de l'alliance entre différentes branches des Bourbons. On peut noter l'alliance France-Espagne comme celle signée durant la Guerre de Succession de Pologne (7 novembre 1733, 1er Pacte de Famille) ou celle signée durant la guerre de Succession d'Autriche, par le Traité de l'Escurial (25 octobre 1743 : 2e Pacte de Famille) pour contrer Georges II, traditionnelle, mais aussi des pactes de famille élargis aux Bourbons italiens.

C'est aussi le traité[1] signé le 15 août 1761, à l'instigation du duc de Choiseul, entre les rois de France, d'Espagne et le duc de Parme, et ainsi nommé parce que tous les contractants appartenaient à la famille des Bourbons, avait pour but de prévenir, par l'union des forces françaises, espagnoles et parmesanes, la supériorité de la marine anglaise. Ce traité n'eut pas tous les résultats qu'on en espérait : le roi des Deux-Siciles refusa d'y accéder du fait de sa minorité (qui prit fin en 1767) et de la prudence du conseil de régence dirigé par Tanucci. Signé en pleine guerre de Sept Ans, une convention secrète prévoyait l'entrée en guerre de l'Espagne le 1er mai 1762 si la paix n'était pas faite[2]. L'Espagne anticipa son entrée dans le conflit dès janvier 1762.

Du reste, les événements de 1789 le rendirent caduc, et c'est véritablement la déclaration de guerre de la France à l'Espagne (7 mars 1793) qui y met fin. On notera en outre que l'article XXVII consacré aux préséances (sujet de vieilles disputes entre la France et l'Espagne) stipule : « Il a été convenu aussi que si par quelque acte fortuit, des ministres des deux couronnes arrivent précisément en même temps dans une cour, autre que celles de famille, le ministre du souverain chef de la maison précédera à ce titre le ministre du souverain cadet de la même maison. »

Cette disposition, totalement inutile si l'aîné des Bourbons était systématiquement roi de France, indiquait clairement la possibilité qu'un Bourbon de la branche cadette régnât sur la France, tandis qu'un Bourbon de la branche aînée régnait sur l'Espagne, ce qui revenait à reconnaître la validité des renonciations de Philippe V au trône de France.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

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Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Pacte de famille » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie,‎ 1878 (Wikisource)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Archives du Ministère des Affaires Étrangères, Correspondances Politique Espagne, Volume 533, Pacte de Famille du 15 août 1761 folios 270 – 285
  2. Jean Bérenger et Jean Meyer, La France dans le Monde au XVIIIe siècle, Sedes 1993, p. 27