Cecil Rhodes

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20° 25′ S 28° 28′ E / -20.417, 28.467

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TRH
Cecil John Rhodes
Image illustrative de l'article Cecil Rhodes
Fonctions
6e Premier ministre de la colonie du Cap
17 juillet 189012 janvier 1896
Prédécesseur John Gordon Sprigg
Successeur John Gordon Sprigg
Biographie
Date de naissance 5 juillet 1853
Lieu de naissance Bishop's Stortford, Hertfordshire,
Angleterre,
Flag of the United Kingdom.svg Royaume-Uni
Date de décès 26 mars 1902 (à 48 ans)
Lieu de décès Muizenberg,
Cape Colony flag.png Colonie du Cap
Nationalité Britannique
Diplômé de Oxford
Profession Homme d'affaires
Résidence Le Cap

TRH Cecil John Rhodes (5 juillet 1853 - 26 mars 1902), était un homme d'affaires et un homme politique britannique, fondateur de la British South Africa Company et de la compagnie diamantaire De Beers, premier ministre de la colonie du Cap en Afrique du Sud (1890-1896) et fondateur de la Rhodésie en l'honneur duquel elle fut baptisée. Il est le créateur de la Bourse Rhodes décernée à des élèves méritants pour poursuivre des études à l'université d'Oxford.

Sa devise personnelle « So much to do, so little time… » (Tant de choses à faire, si peu de temps…) est restée célèbre.

Biographie[modifier | modifier le code]

Cecil Rhodes enfant.

Cinquième fils du pasteur Francis William Rhodes (18071878) et de Louisa Peacock Rhodes (18161873), sa seconde épouse, Cecil John Rhodes est né le 5 juillet 1853 en Angleterre. La fratrie compta en tout neuf garçons (dont deux morts en bas âge) et trois filles (dont l'une née du précédent mariage du révérend Rhodes).

Enfant brillant mais affligé d'une santé fragile, Cecil Rhodes n'a que 17 ans en 1870 quand, pour soigner son asthme[1], il interrompt ses études à Oxford pour rejoindre son frère Herbert établi comme fermier au Natal en Afrique du Sud où le climat lui était plus favorable.

Cecil Rhodes travaille d'abord dans les champs de coton de son frère dans sa ferme de la vallée d'Umkomanzi. Il en supervise la gestion après qu'Herbert Rhodes, ayant entendu parler de la découverte des premiers diamants à Kimberley, est parti y tenter sa chance en mars 1871. Cecil Rhodes le rejoint néanmoins en octobre et commence, non par prospecter, mais par vendre du matériel et des denrées alimentaires aux mineurs.

Un homme d'affaires doué et ambitieux[modifier | modifier le code]

Doué pour les affaires, il réalise alors ses premiers profits, tirés de la vente de matériels et de denrées alimentaires, avec lesquels il rachète progressivement les concessions minières à des prospecteurs qui ne trouvent rien et qu'il rassemble en une concession unique. C'est à cette époque qu'il rencontre Charles Rudd, auquel il confie ses intérêts financiers à Kimberley en 1873 quand Rhodes retourne une première fois en Angleterre pour compléter ses études au Oriel College à Oxford. Il se lie aussi d'amitié avec Leander Starr Jameson avec qui il va également partager de nombreux intérêts financiers.

À partir de 1885, toutes les mines de diamants de la région de Kimberley lui appartiennent à quelques exceptions près. En mars 1888, après avoir triomphé de son unique rival, Barney Barnato, Rhodes forme l'entreprise De Beers Consolidated Mines contrôlant 90 % de la production mondiale de diamants. Il investit également dans la Niger Oil Company au côté de Charles Rudd et fonde Rhodes Fruit Farms dans le district viticole de Stellenbosch où il achète plusieurs fermes dont notamment les domaines viticoles de Rhone et Boschendal.

Premier ministre de la Colonie du Cap[modifier | modifier le code]

Cecil Rhodes, un homme d'affaires doué et un Premier ministre habile.

En 1876, Rhodes était retourné une seconde fois en Angleterre pour terminer ses études à Oxford. Influencé par les cours de John Ruskin qui renforcent son attachement à la cause de l'Empire britannique, il rencontre de futurs associés en affaires tels Rochefort Maguire et Charles Metcalfe et devient membre d'une loge maçonnique[2].

De retour en Afrique du Sud, tout juste 28 ans et à peine diplômé, il se faisait élire en 1881 comme député de Barkly-West à l'assemblée législative du Cap avec l'appui des nationalistes Afrikaners de l'Afrikaner Bond, le parti de Jan Hofmeyr. Barkly West était une circonscription rurale à majorité boer, difficile a priori pour un anglophone. Elle lui reste cependant acquise jusqu'à son dernier souffle de vie. En politique intérieure (britannique), Rhodes soutient le parti libéral en Angleterre mais aussi Charles Stewart Parnell et l'Irish Parliamentary Party du moment qu'ils acceptent de demeurer dans l'Empire britannique. En politique intérieure sud-africaine (colonie du Cap), il soutient l'égalité entre le néerlandais et l'anglais dans l'enseignement public.

En 1890, il est élu premier ministre de la colonie du Cap alors qu'au même moment, il est nommé directeur de la British South Africa Company (BSAC), société qu'il a fondée, et dont il se sert pour revendiquer et coloniser au nom de la couronne britannique les territoires situés au nord du fleuve Limpopo.

En tant que premier ministre, il fait voter des lois favorables aux mines et aux industriels, comme le Glen Grey Act qui incite les populations noires à quitter les zones rurales pour s'établir près des zones urbaines afin d'y rechercher du travail, et devenir ainsi un réservoir de main d'œuvre à bon marché pour les magnats miniers.

Un bâtisseur d'empire[modifier | modifier le code]

L'Afrique britannique du Caire au Cap selon Rhodes.
Le premier comité directeur de la British South Africa Company avec de gauche à droite et de haut en bas :
1er rang : Horace Farquhar, Albert Grey et Alfred Beit
2e rang : le comte de Fife, Cecil Rhodes et le duc d'Abercorn
3e rang : Lord Gifford, Herbert Canning et George Cawston

Dans les années 1880, la personnalité politique et économique la plus influente d'Afrique australe est Cecil Rhodes. Globalement, son ambition est de favoriser l'impérialisme britannique en Afrique du Sud. Ses rêves impériaux ne se limitent pas à cette seule région. Son ambition impériale englobe le Moyen-Orient, les côtes de la Chine et du Japon, l'océan Pacifique et l'Amérique du Sud[3]. Il entreprend de faire de ses rêves une réalité à commencer par le sud de l'Afrique. Son ambition politique est d'ailleurs de repeindre celle-ci aux couleurs du Royaume-Uni et dès son élection au parlement du Cap en 1881, il envisage l'annexion de territoires permettant de relier l'ensemble des possessions africaines de l'Empire britannique et de créer une liaison ferroviaire allant du Caire au nord au Cap au sud. Cette ambition est cependant directement entravée par la présence des républiques boers et des possessions matabélées au nord du fleuve Limpopo.
Rhodes n'est toutefois pas un ennemi des Afrikaners avec qui il collabore étroitement au Cap via l'Afrikaner Bond. Ainsi défend-il régulièrement la cause des républiques boers car le fondement de son système philosophique est l'unité de la race germanique, anglo-saxonne, appelée selon lui à diriger le monde. Les Boers sont ainsi intégrés dans sa vision du monde dominée par l'Empire britannique. Il souhaite en conséquent la mise en place d'une fédération d'Afrique du Sud comparable à celle du Canada, mais les dirigeants des républiques boers n'en veulent pas. La construction de la ligne de chemin de fer reliant le Transvaal à la baie de Delagoa en territoire mozambicain, est un frein au rêve fédéral de Rhodes, car elle permet à la République sud-africaine enclavée de ne plus être dépendante de la colonie du Cap.

Le fait que le bassin du Limpopo-Zambèze n'ait pas été attribué à une quelconque sphère d'influence lors de la conférence de Berlin de 1884-1885 complique par ailleurs les ambitions de Rhodes. Dès 1885, dans un article du Times, il incite le gouvernement britannique à établir un protectorat sur le Matabeleland, situé au nord du Transvaal. En 1887, depuis la colonie du Cap, Cecil Rhodes commence à faire campagne pour l'annexion du Matabeleland et du Mashonaland par le Royaume-Uni en faisant pression sur plusieurs hauts responsables coloniaux dont le haut-commissaire pour l'Afrique du Sud, Hercules Robinson et Sidney Shippard, l'administrateur britannique du territoire du Bechuanaland. Grâce à De Beers et à Gold Fields of South Africa, la société d'extraction aurifère qu'il créée avec Charles Rudd, Cecil Rhodes a maintenant les moyens financiers de faire de son rêve d'un empire africain une réalité. Il a encore néanmoins besoin d'une charte royale pour qu'il puisse administrer des territoires au nom du Royaume-Uni via une compagnie à charte et à cette fin, doit présenter à Whitehall une concession, signée par un souverain local, lui accordant des droits de prospection exclusifs dans les territoires qu'il espère annexer[4]. Rhodes vise le bassin du Limpopo-Zambèze alors dominé politiquement depuis le Matabéléland par le roi Lobengula. Mais ce sont cependant les Boers de la République sud-africaine du Transvaal (ZAR) qui sont les premiers à obtenir des succès diplomatiques avec le Roi des Matabélés. Alerté par ce rapprochement diplomatique qui contrarie l’expansionnisme britannique, Cecil Rhodes dépêche dès novembre 1887, à la cour de Lobengula, ses propres représentants afin de discréditer les Boers. Parmi eux, le missionnaire John Smith Moffat doit convaincre le roi d'être plus favorable aux intérêts britanniques et de s'opposer aux Boers. Le 11 février 1888, Lobengula accepte finalement l'accord britannique. Le document que paraphe Lobengula proclame que les Matabélés et les Britanniques sont en paix, que Lobengula négocie exclusivement avec les Britanniques et que le roi ne vendra ou ne cédera aucune partie du Matabeleland ou du Mashonaland. À la suite de la signature de ce document, Rhodes peut maintenant négocier une concession et désigne Charles Rudd pour mener le groupe des négociateurs britanniques auprès de Lobengula. Le 13 octobre 1888, celui-ci, en échange de fusils et d'une rente, « concède » aux commanditaires de Rudd des droits miniers sur les territoires du Matabeleland, au sud du fleuve Zambèze, paraphant alors l’annexion de son royaume (195 000 km2) mais aussi celui du Mashonaland sur lequel il ne règne pas en totalité. Pour Rhodes, cette concession est « tellement gigantesque, que c'est comme donner toute l'Australie à un homme[5] ». Inquiet cependant à l'idée de s'être fait flouer, Lobengula décide de suspendre la concession et envoie une délégation en Angleterre, munie d'une lettre et d'un message oral, à destination de la reine Victoria[6].

Rhodes passe alors plusieurs mois du printemps 1889 à rassembler des soutiens à sa cause dans le West End, la Cité de Londres mais aussi dans les propriétés rurales de l'aristocratie foncière. Il parvient ainsi à rallier des personnalités influentes comme Harry Johnston et à recevoir celui de la presse britannique pour la création d'une compagnie à charte dans le centre-est de l'Afrique. Le 29 octobre 1889, près d'un an jour pour jour après la signature de la concession Rudd, la nouvelle compagnie de Rhodes, la British South Africa Company (BSAC ou « Compagnie britannique d'Afrique du Sud »), reçoit officiellement la charte royale de la part de la reine Victoria[7] garantissant la légitimité de la concession par la Couronne britannique. La charte, accordée pour une durée de 25 ans, donne à la BSAC l’autorisation d’exploiter la concession et lui attribue tous les pouvoirs similaires à ceux des compagnies d'Afrique de l'Est, du Niger et de Nord-Bornéo. La zone d'opération de la BSAC est cependant définie de manière extrêmement vague : elle a le droit d'opérer au nord du Bechuanaland et du Transvaal et à l'ouest du Mozambique portugais mais les limites septentrionale et occidentale ne sont pas indiquées. La Compagnie est enfin rendue responsable du maintien de la paix et de l'ordre dans ses territoires et a non seulement ainsi l'autorité pour entretenir des forces de police mais aussi pour missions d'abolir l'esclavage, d'interdire la vente d'alcool aux autochtones et de protéger les traditions locales.

Le fondateur de la Rhodésie[modifier | modifier le code]

Statue de Cecil Rhodes au Cap.

Cecil Rhodes capitalise la BSAC à hauteur d'un million de livres (environ 630 millions de livres de 2012[8]) et utilise ses autres sociétés pour investir dans sa nouvelle entreprise. De Beers et Gold Fiels investissent respectivement 200 000 et 100 000 £ tandis que Rhodes apporte personnellement 45 000 £. Finalement, près de la moitié du capital de la Compagnie est détenu par ses principaux responsables (Rhodes, Beit, Rudd et leurs associés)[9].

En juillet 1890, Rhodes devient Premier ministre de la colonie du Cap grâce au soutien de l'Afrikaner Bond et annonce que son premier objectif est l'occupation du bassin du Limpopo-Zambèze[10]. En quelques mois, sa Compagnie constitue la Pioneer Column (ou colonne de pionniers) composée d'une centaine de volontaires qui a pour mission d'occuper et de commencer le développement du Mashonaland.

Le 6 mai 1890, au nom de l’Empire britannique, pour Cecil Rhodes et pour la Reine Victoria[11], ces pionniers quittent de Kimberley, en direction du Matabeleland, menés par le major Frank Johnson et le célèbre explorateur Frederick Courtney Selous, escortés par des policiers. À chaque pionnier la BSAC attribue 12 km2 de terres et 15 droits de prospection en récompense de ses services[12]. Après avoir contourné le centre des territoires de Lobengula, ils fondent Fort Victoria (27 juin 1890) et Fort Charter avant de s'arrêter sur le site de la future capitale, Fort Salisbury (nommé d'après le premier ministre britannique), le 12 septembre 1890 où ils hissent le drapeau du Royaume-Uni[13].

En 1891, Cecil Rhodes rachète la concession de l'homme d'affaires hambourgeois, Eduard Lippert, que celui-ci avait conclu avec Lobengula pour administrer le commerce, frapper de la monnaie et fonder des banques dans le territoire de la BSAC et sur des terres du Mashonaland, situées sur la bordure extérieure. Rhodes récupère notamment des droits fonciers exclusifs accordés pour un siècle par Lobengula, y compris la permission de fonder des fermes et des villes et de lever des impôts[14]. Si Lobengula pensait conclure avec un concurrent de la BSAC, il ne réalise la tromperie, et la cession du contrat à Rhodes, qu'en mai 1892[15]. Le royaume matabélé affaibli coexiste alors difficilement avec les implantations de la BSAC dans le Mashonaland et au nord du Zambèze. Le 13 août 1893, Lobengula refuse d'accepter le paiement qui lui était dû dans les termes de la concession Rudd. Après quelques escarmouches [16], la chimurenga ou première guerre anglo-matabélée (en)) éclate en octobre 1893. Très vite, grâce à leur puissance de feu, les troupes de la BSAC progressent tandis que les Matabélés subissent une grave défaite à la bataille de la Shangani (25 octobre 1893). Le Kraal royal ndébélé de Bulawayo est incendié par Lobengula, obligé de s'enfuir. Ses terres sont partagées par la BSAC qui accorde 3 000 morgens, 20 titres aurifères et une partie du bétail aux colons de Fort Victoria. Quant aux autres chefs tribaux matabélés, ils acceptent à l'unanimité la paix avec la BSAC.

Les négociations d'armistice entre Rhodes et les chefs Ndébélés le 21 août 1896 dans les collines de Matopos
Tombe de Cecil Rhodes dans les collines de Matopos (actuel Zimbabwe)
Inscription funéraire signifiant « Ci-gît Cecil John Rhodes »
Statue de Cecil Rhodes devant l'université du Cap.
Statue de Cecil Rhodes à Kimberley.
Rhodes Cottage Museum à Muizenberg.
Statue de Cecil Rhodes alors située sur Main street à Bulawayo
Portrait de Rhodes en fronton de sa maison à Oxford.

Le nom de Rhodésie, qui était utilisé depuis 1892 par la plupart des premiers colons pour désigner les possessions de la BSAC, est officialisé par la compagnie de Rhodes en mai 1895 et par le Royaume-Uni en 1898[17]. Plus particulièrement, les territoires jusque là divisés en Zambézie du Nord et Zambézie du Sud en amont et en aval du fleuve Zambèze, sont baptisés Rhodésie du Nord et Rhodésie du Sud en l’honneur de Rhodes (le nom faillit être celui de Cecilia, en l’honneur de la marquise de Salisbury).

En janvier 1896, constatant la faiblesse de l’armée de la BSAC après l’échec du raid Jameson sur le Transvaal, les Ndébélés déclenchent la « seconde Chimurenga » (rébellion ou guerre de libération) pour protester contre les conditions de vie imposées par les Britanniques. La situation ressemble ainsi souvent au far-west américain, les africains remplaçant les indiens. Les districts isolés du Matabeleland sont évacués par les colons retranchés dans les enceintes de Bulawayo, Gwelo, Belingwe et Tuli qui sont vite assiégées. En juin, le Mashonaland est à son tour gagné par la révolte. La route Salisbury-Umtali est coupée par les rebelles shonas. Assiégés dans leurs villes, les colons rhodésiens plaident alors auprès de Cecil Rhodes pour qu'il mette en œuvre une politique d’extermination des autochtones. Il refuse mais sous la pression du gouvernement de Londres, il vient en personne et seul au milieu des monts Matobo afin de négocier un armistice avec les chefs ndébélés le 21 août 1896. Deux mois plus tard, la paix est signée : les Ndébélés récupèrent une partie de leurs terres et un certain degré d’autonomie sur leurs affaires intérieures mais de leur côté, les Shonas continuent de résister. Rhodes est tenté d’accepter la proposition de paix du chef shona Makoni mais le haut commandement britannique s’interpose, résolu à exiger une reddition sans condition. Celle-ci intervient finalement après la pendaison des principaux dirigeants, Kagubi et Nehanda, le 27 avril 1898.

Tenant en estime les Ndébélés, Cecil Rhodes se déclare prêt à pratiquer une politique humaniste et libérale de coopération loyale. Lord Grey, un autre administrateur de la BSAC, est quant à lui convaincu de la capacité des Shonas à moderniser leur économie et ne les juge nullement serviles ou stupides comme les lui avaient décrits les colons[18] mais ces derniers, opposants irréductibles à l'assimilation, empêcheront de telles politiques de se réaliser.

L'opposition avec les Boers[modifier | modifier le code]

Après la défaite de Lobengula, les territoires au nord du fleuve Limpopo étant sous domination britannique, l'ambition de Rhodes de relier Le Caire au Cap reste contrarié par l'existence des républiques boers, totalement affranchies du Royaume-Uni. La république sud-africaine du Transvaal riche en or et dirigée par Paul Kruger est convoitée à la fois par l'homme d'affaires et par l'impérialiste Cecil Rhodes. Désapprouvant les méthodes de gouvernement de Kruger et sa politique vis-à-vis des uitlanders (les étrangers anglophones), son souhait est de voir renverser le vieux patriarche et d'installer au Transvaal un gouvernement favorable aux intérêts britanniques et aux intérêts des grands groupes miniers. Prétextant du refus de la république boer d'accorder le droit de vote aux centaines de milliers de résidents étrangers venus s'établir à Johannesburg, le docteur Leander Starr Jameson, confident de Rhodes, organise en 1895 une expédition punitive contre le Transvaal, en fait une tentative de coup d'État. Ce « raid Jameson » est un fiasco qui débouche sur la mise en cause de Cecil Rhodes puis sa démission en 1896 de son poste de Premier ministre, alors que son propre frère, Frank Rhodes, est inculpé au Transvaal pour haute trahison.

Durant la deuxième Guerre des Boers, Rhodes est retranché à Kimberley durant le siège de la ville où il organise la résistance. Sa santé fragile l'oblige néanmoins à s'éloigner des affaires politiques.

Une mort précoce[modifier | modifier le code]

Cecil Rhodes se retire à Muizenberg près du Cap où, âgé de 49 ans, il meurt d'un cancer le 26 mars 1902.

Après des funérailles nationales au Cap où son corps est exposé dans l'enceinte du parlement, sa dépouille est transportée par train jusqu'en Rhodésie du Sud via des arrêts marqués à Kimberley et Mafeking. Il est enterré le 10 avril 1902 près de Bulawayo sur les Monts Matopo, après la lecture d'un poème spécialement écrit en son honneur par Rudyard Kipling et salué par des centaines de guerriers Ndébélés qu'il avait combattus quelques années auparavant[19].

Sur sa tombe figurent ses simples mots : « Ci-gît Cecil John Rhodes ».

Un mythe impérial[modifier | modifier le code]

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Rhodes est resté dans l'imaginaire britannique et sud-africain comme l'archétype de l'homme d'affaires impitoyable, un impérialiste nationaliste mais aussi et peut-être surtout comme un visionnaire.

Sa vie fit naître des légendes, inspira des hagiographies[réf. souhaitée], mais suscita aussi des anathèmes[réf. souhaitée]. Son homosexualité ne fut révélée, puis confirmée, que très tardivement au cours du XXe siècle[réf. souhaitée]. Son charisme, son appétit, son tabagisme, son obsession pour les bains et les rasages ainsi que son penchant pour la boisson faisaient partie de ses caractéristiques notoires.

Bien que riche, il ne vivait pas dans un luxe ostentatoire. Sa propriété de Groote Schuur était néanmoins somptueuse. Il la légua à l'État sud-africain.

Parallèlement, il légua sa fortune à un fonds chargé de la gestion d'une bourse permettant aux meilleurs étudiants américains, anglais et allemands d'aller étudier à Oxford.

Héritage[modifier | modifier le code]

La Rhodésie du Nord est devenue la Zambie en 1964.

La Rhodésie du Sud, plus communément appelée Rhodésie à partir de 1964, a proclamé unilatéralement son indépendance en 1965 afin notamment de préserver la domination politique et économique de la minorité blanche. Le pays a finalement été rebaptisé Zimbabwe lors de sa seconde indépendance en avril 1980. Les nouvelles autorités se sont par la suite appliquées à effacer du paysage les traces emblématiques de la période coloniale en commençant par la toponymie et les effigies de Rhodes.

  • En mai 1980, le portrait de Cecil Rhodes est retiré de la salle de réception de Government House et envoyé au National Gallery de Salisbury.
  • En juillet 1980, sa statue située sur Jameson avenue est déboulonnée quelques heures avant la visite officielle du président mozambicain Samora Machel et remisée aux archives nationales. Les demandes de députés conservateurs britanniques pour la récupérer et l'ériger à Salisbury en Angleterre n'ont pas eu de suite.
  • La statue de Rhodes située sur Main street à Bulawayo est également retirée de l'espace public et déplacée au National Museum de la ville. Son wagon personnel, conservé en état, est exposé au musée des chemins de fer de Bulawayo, centre du Zimbabwe.
  • En 1984, le parc national Rhodes-Matopos, où est située sa tombe, est renommé Parc national de Matobo. Sa tombe constitue un des hauts lieux touristiques du pays. Elle demeure en l'état malgré les menaces récurrentes du président Robert Mugabe de renvoyer sa sépulture au Royaume-Uni.

En dépit de l'éradication globale du nom de Rhodes de la toponymie locale, une voie nommée Cecil Rhodes Drive a été préservée dans le quartier de Newlands à Harare.

Si le nom et les symboles de Rhodes ont été retirés de l'espace public de Zambie et de Zimbabwe, son nom et son effigie sont toujours célébrés en Afrique du Sud et en Angleterre.

  • Le Cap est la ville qui rend le plus hommage à Cecil Rhodes où il est honoré en de multiples endroits :
    • sa statue en bronze, érigée en 1910, domine Company's Garden au centre-ville,
    • le Rhodes Memorial (1906-1911) est un ensemble monumental de style temple grec ancien, comprenant un buste de Rhodes, qui fut inauguré en 1912. La statue physical energy est également un hommage à Rhodes, à l'homme et au visionnaire. On accède au monument par Rhodes Drive,
    • Rhodes Building au centre du Cap,
    • les terrains qu'il a légués sur Devil's Peak sont devenus le campus de l'université du Cap alors que sa maison de Groote Schuur, en ville, est devenue la résidence officielle du président d'Afrique du Sud,
    • sa statue sculptée par Marion Walgate accueille depuis 1934 les étudiants à l'entrée de l'université du Cap,
    • le cottage où il est décédé à Muizenberg est un musée.
  • À Kimberley, une statue équestre de Rhodes (1907) domine une place du centre-ville.
  • L'université Rhodes, fondée en 1905, près de Grahamstown porte toujours son patronyme.
  • La station de ski de Rhodes, dans le Cap-Oriental, a été baptisée également en son honneur.
  • À Mafeking, sa statue a été retirée de l'espace public dès le début des années 1980 alors que la ville était intégrée dans le bantoustan indépendant du Bophuthatswana.

Rhodes a légué également la bourse scolaire Rhodes qui permet aux étudiants les plus méritants de poursuivre leurs études à l'université d'Oxford. Parmi les bénéficiaires de cette bourse figure notamment le président américain Bill Clinton.

Cecil Rhodes figurait en 56e position sur la liste des 100 plus grands sud-africains de tous les temps, réalisée en 2004 parmi la population d'Afrique du Sud.

Culture populaire[modifier | modifier le code]

Le personnage de Cecil Rhodes apparait dans des films à caractères historiques, des romans et des œuvres de fiction. On peut relever notamment parmi ceux-ci :

  • Rhodes of Africa (1936), un film de l'Autrichien Berthold Viertel où le personnage de Rhodes est interprété par l'acteur américain Walter Huston ;
  • Le Président Krüger (1941), un film anti-britannique de l'Allemand Hans Steinhoff ;
  • La Grande Œuvre du temps (Great Work of Time) (1989), un livre de science-fiction britannique écrit par John Crowley où Cecil Rhodes est décrit comme étant à l'origine d'une société secrète ;
  • L'alliance de James A. Michener, un roman historique sur l'Afrique australe (1980) ;
  • Rhodes: The Life and Legend of Cecil Rhodes (1996), une série télévisée britannique produite par David Drury et écrite par Antony Thomas. Elle raconte la vie de Cecil Rhodes, particulièrement sa relation avec la princesse Catherine Radziwill. Le personnage de Rhodes est interprété par Martin Shaw et par son fils Joe Shaw. Le film ne cache pas l'homosexualité de Cecil Rhodes ;
  • L'Œil du faucon (1980), À la conquête du royaume (1981), La Troisième Prophétie (1982), trois livres écrit par Wilbur Smith dans le cadre de sa saga consacrée aux Ballantyne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Henri Wesseling, dans son ouvrage Le Partage de l'Afrique (Denoël, 1991), met en doute les problèmes de santé de Rhodes.
  2. (en) FAMOUS FREEMASONS. A Talk to our less senior Brethren
  3. Henri Wesseling, ibid, p. 393-394
  4. Keppel-Jones 1983, p. 58-59.
  5. Rotberg 1988, p. 264.
  6. Davidson 1988, p. 150-152.
  7. Rotberg 1988, p. 284-285.
  8. Valeur calculée en part de PIB (relative share of GDP) avec le site Measuring Worth.
  9. Rotberg 1988, p. 285-286.
  10. Davidson 1988, p. 183.
  11. Doris Lessing, Rires d’Afrique, Albin Michel, 1992, p. 19 (un peu d’histoire)
  12. Galbraith 1974, p. 143-153.
  13. Keppel-Jones 1983, p. 163-172.
  14. Galbraith 1974, p. 274-276.
  15. Davidson 1988, p. 212-214.
  16. Davidson 1988, p. 223-224.
  17. Galbraith 1974, p. 308-309.
  18. Roland Pichon, Le drame rhodésien, Idoc-France, 1975, p. 49-51
  19. (en) South Africa Magazine, 12 avril 1902

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Biographies[modifier | modifier le code]

  • (en) Gordon Lesueur, Cecil Rhodes the Man and His Work, Ed. BiblioLife, 2009
  • (en) Paul Maylam, The cult of Rhodes: remembering an imperialist in Africa, Ed. David Philipps, Claremont, Afrique du Sud, 2005
  • Jean-Louis Escudier, Edmond Bartissol 1841-1916, CNRS éditions, 2000, ISBN 2-271-05798-1
  • Apollon Davidson, Cecil Rhodes and His Time, Moscow, Éditions du Progrès,‎ 1988 (1re éd. 1984) (ISBN 5-01-001828-4)
  • (en) Robert I. Rotberg, The Founder: Cecil Rhodes and the Pursuit of Power, Oxford, Oxford University Press,‎ octobre 1988, 1e éd. (ISBN 978-0-19-504968-8)
  • (en) Arthur Keppel-Jones, Rhodes and Rhodesia: The White Conquest of Zimbabwe, 1884-1902, Montreal, Québec et Kingston, Ontario, McGill-Queen's University Press,‎ 1983 (ISBN 978-0-7735-0534-6)
  • (en) John S. Galbraith, Crown and Charter: The Early Years of the British South Africa Company, Berkeley, Californie, University of California Press,‎ 1974 (ISBN 0-520-02693-4)
  • (en) C.J. Lockhart & C.M. Woodhouse, Rhodes, Ed. Hodder & Stoughton, Londres, 1963
  • (en) Felix Gross, Rhodes of Africa, Ed. Cassell, Londres, 1956
  • André Maurois, Cecil Rhodes, Ed. Collins, Londres, 1953
  • Pierre Dukay, Le Napoléon du Cap : Cecil Rhodes, Ed. Jules Talllandier, Paris, 1933

Liens externes[modifier | modifier le code]