Barbaresque

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Jean-Léon Gérôme 008.jpg

Barbaresque est un terme tombé en désuétude au XIXe siècle qui désignait les pirates opérant dans le bassin méditerranéen après la conquête musulmane qui fit de la Méditerranée un vaste lac musulman.

La durée de leur activité en mer Méditerranée est telle qu'elle peut être décrite depuis les premiers temps de l'Islam, alors associée à la conquête musulmane sur le continent européen, qui, une fois la péninsule ibérique prise, se prolonge par des incursions en Septimanie jusqu'à des prises de villes en Provence.

C'est par la seconde phase de l'ère coloniale que les puissances européennes vont mettre fin aux raids des pirates barbaresques, opérant depuis des cités de la côte sud de la Méditerranée, entre temps passées sous domination ottomane.

Terminologie[modifier | modifier le code]

Ce terme est à la fois un adjectif et un nom. Il est tombé en désuétude à la suite de la disparition du phénomène et des personnages qu'il évoque. Il avait initialement trait aux pays autrefois désignés sous le nom de Barbarie (Afrique du Nord)[1].

Le terme Barbaresque a trois sens distincts: géographique, historique et démographique. Sur le plan géographique, il correspond approximativement à l'aire du Maghreb actuel, connue sous le nom de côte des Barbaresques ; sur le plan historique, les siècles barbaresques recouvrent la période ottomane qui, pour l'Algérie par exemple, court de 1516, année de l'arrivée des frères Barberousse à Alger, à 1830 ; sur le plan démographique, le barbaresque désigne aussi bien les corsaires et marins originaires de cette aire géographique que les habitants du Maghreb.

Ce terme peu précis est péjoratif, à l'instar du terme sarrasin qui désignait aussi bien, au Moyen Âge européen, les arabes que les Berbères d'Espagne. Il évoquait la réalité du sort très peu enviable fait aux chrétiens qui tombaient entre les mains des pirates lors des razzias et finissaient leurs vies comme esclaves ou dans les bagnes d'Alger ou de Tunis. Voir aussi l'article Vocabulaire des croisades.

Premiers temps de l'Islam[modifier | modifier le code]

Combat d'un vaisseau français et de deux galères barbaresques, huile sur toile de Théodore Gudin.

Enclaves de Provence[modifier | modifier le code]

Deux ports de Provence sont pris par les pirates[réf. souhaitée] barbaresques, qui mènent ensuite des razzias sur les côtes alentour. Ils en seront finalement chassés par des soulèvements populaires locaux provenant de l'intérieur des terres.

Majorque[modifier | modifier le code]

Le port est un grand repaire pour les pirates, qui pilleront à plusieurs reprises les côtes de Provence. Ce sont les Catalans menés par Jacques Ier d'Aragon (Jaume primer el Conqueridor selon le nom pratiqué par l'historiographie catalane), qui prend l'île lors de la Conquête de Majorque. Commence alors l'époque de la domination de la couronne catalano-aragonaise, geste qui les mènera en Sardaigne, Sicile, puis Naples et enfin à la fondation de deux duchés (Athènes et Néopatrie) par des mercenaires expulsés par le roi de Sicile après la prise de l'île, les Almogavares[2].

Sicile[modifier | modifier le code]

Leur domination prend fin avec l'arrivée des Normands qui y fondent un royaume les tolérant ; s'y réalise un transfert entre les deux peuples notamment amenant des progrès considérables dans le domaine cartographique[3].

Maghreb[modifier | modifier le code]

Les ports de Ceuta et Melilla grouillent de barbaresques avides de richesses. L'Occident chrétien assimile alors les lieux à la côte des barbaresques, gardant en mémoire l'image laissée par les Vandales à Carthage auprès des historiographes chrétiens rentrés à Byzance.

Ces villes joueront un rôle jusque la fin de la Reconquista, puisque les potentats qui y régnaient étaient fréquemment en guerre contre les Nasrides de l'émirat de Grenade. Les alliances stratégiques ne tiennent aucun compte de l'affrontement binaire auquel on pourrait penser de façon simpliste : les Grenadins s'allient aux Gênois pour livrer bataille à ces deux villes, qui sont coalisés aux Castillans pendant les périodes d'interruption du lien de vassalité entre les Nasrides et le roi de Castille et d'Aragon.

Ces deux villes sont aujourd'hui une enclave de l'Espagne en territoire marocain, comprenant une zone frontalière spécifique.

Période ottomane[modifier | modifier le code]

Régence de Tunis en 1573.

Devenues bases de départ des caravanes de captifs pour les sérails, les cités du Sud de la Méditerranée sont depuis passées sous domination ottomane du fait du développement de l'empire turc sur le monde arabo-musulman. Ces cités, principalement Alger, Tunis, Bizerte et Tripoli, deviennent les derniers foyers de piraterie pratiquée par les musulmans en Méditerranée, et ce jusqu'au XIXe siècle. Le développement économique de ces cités lié à l'activité de piraterie sur une très longue durée peut d'un certain point de vue les assimiler à des kleptocraties opérant sur le bassin méditerranéen.

Incursions au-delà de la Méditerranée[modifier | modifier le code]

Les pirates naviguent parfois bien au-delà du Détroit de Gibraltar:

  • De nombreuses fois au début du XVIe siècle, la Corse est victime de raids[4]. C'est au cours de l'un d'entre eux que sera enlevé Pietro Paolo Tavera, le futur Hasan Corso.
  • En 1625, des corsaires attaquent les côtes de l'Angleterre et la Cornouaille[5].
  • En 1575, Miguel de Cervantès, le futur auteur de Don Quichotte, est enlevé à 27 ans par une escadre algérienne aux ordres du renégat albanais Mami Arnaute. Il sera détenu pendant cinq ans à Alger. Un roman d'Olivier Weber, Le Barbaresque, relate cette captivité et les évasions manquées de Cervantès[6],[7].
  • L'Islande est pillée en 1627 par le renégat hollandais Jan Janszoon alias "Mourad Rais"[8].
  • L'Irlande en 1631 est la proie d'une attaque dirigée par le renégat Jan Janszoon.

Réaction occidentale[modifier | modifier le code]

Plan d'Alger au XVIe siècle

Au tout début du XVIe siècle, Khayr ad-Din Barberousse, amiral de l'Empire ottoman, est utilisé par François Ier dans sa lutte contre l'Italie[9]. Cependant, suite à l'échec de cette politique et à la Bataille de Lépante, les puissances européennes sont progressivement confrontées à l'impossibilité de naviguer en Méditerranée, soit à cause de rançonnement des marchandises, ou bien à cause de la prise d'esclaves, parfois rachetés.

Aussi, de nombreuses batailles navales ont lieu comme la Bataille du cap Celidonio en 1608 suivie d'une autre en 1616, la Bataille de Valona en 1638, le Bataille de Cherchell en 1665, la Bataille de Bougie en 1671. En France, Colbert entreprend de les combattre méthodiquement à partir de 1662.

Parallèlement, des ordres religieux comme les Trinitaires ou l'Ordre de Notre-Dame-de-la-Merci, déjà fondés depuis plusieurs siècles, tentent de racheter des esclaves chrétiens[10], aide qui s'intensifiera sous Louis XIV[11], libérant des centaines prisonniers après parfois des décennies de captivité. Mais l'immense majorité reste captive: 600 000 à 1 000 000 au Maghreb sur la période 1530-1640 selon deux témoins de l'époque (Emanuel d'Aranda et le père trinitaire Dan)[12].

Cette période prendra fin avec la prise de contrôle hégémonique des puissances européennes correspondant à la seconde phase de l'ère coloniale, au cours de laquelle ces pays installent sur les pays du Maghreb une tutelle coloniale.

Associés à ces opérations militaires, les États-Unis connaissent deux épisodes de leur histoire militaire navale dénommés :

Ces opérations restent dans la mémoire comme un des premiers faits d'armes du corps des Marines

Barbaresques célèbres de la période ottomane[modifier | modifier le code]

Parmi les plus célèbres pirates barbaresques, on compte plusieurs renégats, dont le calabrais Uluç Ali Paşa au XVIe siècle et le vénitien Ali Bitchin au XVIIe.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir aussi l'article berbères
  2. Il craignait les exactions, avec raison
  3. voir la biographie d'Al Idrissi
  4. L’avancée ottomane en Méditerranée occidentale au seizième siècle Le Sultan Sélim, entouré de vizirs et d’amiraux qui pour la plupart ne sont pas turcs (Bosniaques, Albanais et Grecs renégats notamment) a pour objectif, d'une part de chasser Venise de Chypre et de la Crête après avoir mis fin en 1522 à la présence des chevaliers de Saint Jean à Rhodes (installés depuis à Malte), d'autre part de déstabiliser à partir d'Alger les routes commerciales dans le bassin occidental mais également se procurer des esclaves pour ses galères.
  5. Roger Coindreau, Les corsaires de Salé, Eddif, 2006, p.132
  6. http://www.babelio.com/livres/Weber-Le-barbaresque/225550 Le Barbaresque
  7. http://www.evene.fr/livres/livre/olivier-weber-le-barbaresque-44424.php
  8. La piraterie barbaresque en Méditerranée: XVI-XIXe siècle, Roland Courtinat
  9. Les Barbaresques, la course et la guerre en Méditerranée XIVe-XVIe siècle, Jacques Heers En 1535, l'empereur Charles Quint en personne dirige une expédition pour venir au secours du bey musulman de Tunis, menacé par les corsaires turcs d'Alger...Tunis devient pour quelques années un protectorat de l'empereur. Le roi de France, quant à lui, ne renonce pas à ses ambitions italiennes. En 1543, au terme de bizarres tractations, Barberousse promet à François Ier l'appui de ses hommes pour de nouvelles attaques dans la péninsule. En attendant, il obtient de s'établir à Toulon. C'est ainsi que pendant les longs mois de l'hiver 1543-1544, les habitants du port et de ses environs vont devoir cohabiter avec... 30 000 corsaires musulmans de toutes origines.
  10. Voyage dans les états barbaresques de Maroc, Alger, Tunis et Tripoli, ou Lettres d'un des captifs qui viennent d'être rachetés par Mrs les Chanoines réguliers de la Sainte-Trinité, 1785
  11. Voyage pour la rédemption des captifs aux royaumes d'Alger et de Tunis, 1720
  12. Henry Laurens, John Tolan, Gilles Veinstein, L’Europe et l’islam : quinze siècles d’histoire, Éditions Odile Jacob, 2009, p216

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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