Vol 103 Pan Am

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Vol Pan Am 103
Image illustrative de l'article Vol 103 Pan Am
Boeing 747 après l'explosion (images de synthèse).

Cible Boeing 747-100 N739PA de la Pan American World Airways
Coordonnées 55° 07′ 16″ nord, 3° 21′ 19″ ouest
Date
19:01 (GMT)
Type Explosion et désintégration en vol
Armes bombe (attentat)
Morts 270 victimes :
  • 248 passagers
  • 11 membres d'équipage
  • 11 villageois
Blessés 1

Géolocalisation sur la carte : Écosse

(Voir situation sur carte : Écosse)
Vol 103 Pan Am
B747 de Pan Am accidenté, N739PA
Mémorial Lockerbie.

L'attentat du vol Pan Am 103 a eu lieu le contre un Boeing 747-100 (Immatriculé Clipper Maid of the Sea) de l'ancienne compagnie américaine Pan American World Airways, qui assurait la liaison LondresNew York. Il explosa au-dessus du village de Lockerbie en Écosse et causa la mort de 270 personnes (259 passagers et membres d'équipage, ainsi que onze villageois).

Déroulement[modifier | modifier le code]

Débris du vol

Le à 18 h 30, le vol 103 de la Pan Am décolle de l'Aéroport de Londres Heathrow. Il vole vers le nord, en suivant son plan de vol. À 19:01 GMT, l'avion commence à se désintégrer au-dessus de la ville de Lockerbie en Écosse. Une partie de l'avion, comprenant un gros morceau du fuselage, une aile et deux réacteurs, s'écrase sur plusieurs maisons et tue onze habitants de Lockerbie. Les cadavres des 259 victimes de l'explosion encombrent tellement la morgue que le gymnase de la ville est réquisitionné par la police.

La découverte de traces de vêtements dans le troisième réacteur de l'avion écarte rapidement la piste de l'explosion accidentelle. Le médecin légiste remarque qu'aucune victime n'a de débris dans le corps, ce qui indique que la bombe était particulièrement bien dissimulée. Les analyses ont permis de retrouver les traces de produits ayant servi à la création de la bombe.

L'enquête mène en premier lieu vers un homme à Helsinki qui a menacé de faire exploser le vol de la Pan Am : il s'avère que c'est une blague douteuse. Un autre homme est soupçonné pour avoir raté l'avion alors que ses bagages avaient continué le voyage, mais il fut ensuite innocenté.

Au début la CIA soupçonne le groupe pro Palestine « FPLP-CG » d'être le commanditaire de l'attentat. Les Allemands, à la suite de l'opération « Feuilles d'automne », arrêtent 17 suspects en possession de détonateurs altimétriques et de plastic. Mais deux membres du groupe s'échappent d'Allemagne avec une bombe.

Au bout de trois mois d'enquête, 90 % des débris de l'avion étaient retrouvés. Les enquêteurs concluent que la décompression est due à une explosion violente et que le 747 s'est écrasé à 700 ou 800 km/h. Un conteneur de bagages semble avoir été endommagé par une explosion. Un agent du FBI est formel : la bombe était dans ce conteneur 4041, elle-même dans une valise qui provenait de Malte. Les indices montrent qu'un pantalon acheté dans un magasin à Malte est retrouvé dans l'avion. Un homme avait acheté dans ce même magasin des vêtements et un parapluie.

Après identification des détonateurs, le FPLP-CG est disculpé de cet attentat. Un des 20 minuteurs de la marque suisse MEBO, vendu à la Libye a été retrouvé sur le lieu du crash de l'avion[1]. Les enquêteurs font le rapprochement entre l'attentat de Lockerbie et l'attaque sur Tripoli en 1986 qu'avait lancée le Président Ronald Reagan, qui aurait supposément tué Hana Kadhafi, la fille adoptive de Mouammar Kadhafi.

À la suite de 10 ans de boycott par l'ONU, Kadhafi renvoie deux Libyens accusés (Abdelbaset Ali Mohmed Al Megrahi et Al Amin Khalifa Fhimah) aux Pays-Bas pour un procès devant trois juges écossais, qui a eu lieu entre mai 2000 et janvier 2001[2]. Le premier est condamné à la prison à vie assortie d'une peine de sûreté de 27 ans. Cependant, le 20 août 2009, atteint d’un cancer de la prostate, il est libéré, officiellement pour raisons médicales[3],[4].

Commanditaires présumés[modifier | modifier le code]

Les soupçons de la communauté internationale se sont initialement portés sur la Syrie, l'Iran, ainsi que des groupes dissidents palestiniens. Pourtant, petit à petit, la Libye de Mouammar Kadhafi se retrouve accusée de l'attentat et se voit sommée de livrer deux de ses ressortissants, contre lesquels un mandat d'arrêt international est délivré en 1991 : ils sont accusés d'avoir envoyé une mallette contenant une bombe de Malte à Francfort, puis à Londres (Heathrow) où la mallette aurait ensuite été placée sur le vol Pan Am 103.

Lors de la révolte libyenne de 2011, plus particulièrement le , dans une interview accordée au quotidien suédois Expressen, l’ex-ministre libyen de la Justice Mustafa Abdel-Jalil, démissionnaire de son poste le 21 février et opposant au régime, affirme : « Kadhafi a donné personnellement ses instructions au Libyen Adbelbaset Ali al-Megrahi »[5].

La communauté internationale condamne la Libye[modifier | modifier le code]

En 1992, malgré les doutes à cette époque, les États-Unis et la Grande-Bretagne ont obtenu gain de cause au Conseil de sécurité des Nations unies qui, le , exige que la Libye extrade les deux suspects vers les États-Unis ou la Grande-Bretagne. Le Conseil de sécurité exige également que la Libye coopère avec la France dans l'enquête sur un autre attentat contre un avion de la compagnie française UTA au-dessus du Niger, qui avait provoqué la mort de 170 passagers et membres d'équipage, et pour lequel un juge français suspecte quatre libyens d'avoir posé une bombe à bord de l'appareil.

À la suite du refus libyen d'extrader ses ressortissants, le Conseil de sécurité adopta la Résolution 748 le prévoyant la suspension du trafic aérien vers et à partir de la Libye ainsi que l'interdiction de toute vente d'armes à ce pays. Des sanctions supplémentaires sont ajoutées dans la Résolution 883 qui est adoptée le  : les avoirs libyens à l'étranger devraient être gelés (y compris les revenus pétroliers qui représentent 96 % des exportations) et l'exportation vers ce pays de matériaux destinés à l'industrie pétrolière et gazière seraient interdits. De plus, les bureaux à l'étranger de la compagnie aérienne libyenne devraient également être fermés et l'aide à l'aviation civile libyenne (vente de pièces détachées, formation de pilotes, etc.) interrompue.

Ainsi, le Conseil de sécurité de l'ONU s'aligne sur le régime de sanctions déjà prévu par les États-Unis.
Ces mêmes États-Unis vont, par la suite, encore plus loin en adoptant une loi de sanction à l'encontre de l'Iran et la Libye, qui prévoit des mesures contre toute instance coopérant avec ces deux pays (alors que les investissements étrangers dans l'industrie pétrolière et gazière de l'Iran et de la Libye se chiffrent à 40 millions de dollars par an).

La Libye coopère avec la communauté internationale[modifier | modifier le code]

En 1998, soutenu par Nelson Mandela – alors président de l'Afrique du Sud – la Libye et la communauté internationale trouvent un accord concernant le jugement des deux accusés libyens. Le procès a finalement lieu aux Pays-Bas à Camp Zeist, une ancienne base militaire américano-néerlandaise, sous la direction de juges écossais et selon la législation de ce pays.

En 1999, dès la livraison des deux suspects libyens, les sanctions imposées par le Conseil de sécurité des Nations unies sont suspendues.

Le , un jury de trois juges écossais déclare coupable un des inculpés, Abdel Basset Ali Megrahi, et le condamne à la prison à vie. L'autre inculpé, Lamen Khalifa Fhimah, est acquitté et rentre le jour suivant en Libye.

Le 23 septembre 2003, les avocats de Megrahi ont fait appel de la décision auprès de la Scottish Criminal Cases Review Commission (en) (SCCRC) pour la révision du jugement (à la fois de la sentence et de la culpabilité). Après six ans d'enlisement et d'inertie, en janvier 2007, la SCCRC annonça qu'il publierait sa décision sur l'affaire Megrahi à la fin du mois de juin 2007[6], décision qui fut de renvoyer l'affaire devant la High Court of Justiciary, laquelle se montra toute aussi inerte que la SCCRC pendant que par ailleurs, plusieurs témoins révélaient avoir participé à l'attentat à l'instigation de la CIA. Al Megrahi est libéré le officiellement pour raisons de santé et rentre en Libye, accueilli en héros. Il meurt le des suites d'une longue maladie[7].

En août 2003, dans le contexte des négociations sur les divers contentieux américano-libyens, la Libye accepte de payer 10 millions de dollars de compensation à chacune des 270 familles des victimes soit un total de 2,7 milliards de dollars, tout en persistant à nier sa culpabilité. Dès le mois de septembre, les sanctions de l'ONU à son égard sont définitivement levées.

Doutes sérieux[modifier | modifier le code]

En août 2005, un ancien haut responsable de la police écossaise désirant rester anonyme, ayant participé à l'enquête, affirme que la CIA aurait « écrit le scénario » accusant la Libye. Il affirme que la pièce à conviction décisive, un fragment de circuit intégré du détonateur, a été « fabriquée » et « déposée » par des agents de la CIA qui enquêtaient sur la tragédie[8].

Un nouveau coup de théâtre vient conforter cette hypothèse deux ans plus tard (juillet 2007), quand l'ingénieur suisse en électronique Ulrich Lumpert reconnaît avoir fourni à la police écossaise le fragment de « retardateur », présenté comme trouvé sur les lieux du crash par la justice écossaise[9]. Lumpert, qui travaillait pour la société fabriquant ce composant, avait également expertisé cette pièce à conviction lors du procès. Il a attendu que le délai de prescription soit passé pour minimiser les risques encourus pour faux témoignage[10].

En octobre 2007, on apprend que le commerçant maltais Tony Gauci (en), principal témoin à charge, se serait vu offrir une enveloppe de 2 millions de dollars, à la demande des inspecteurs chargés de l'enquête, en échange du faux témoignage ayant permis la condamnation à perpétuité d'Abdel Basset al-Megrahi[11]. Une révision du jugement a été accordée à Abdel Basset al-Megrahi par la commission écossaise des révisions, celle-ci reconnaissant qu'il aurait pu être victime d'une erreur judiciaire. En 2007, l'ancien diplomate britannique Patrick Haseldine (en) adresse une pétition de 80 signatures au Premier ministre, Gordon Brown, pour lui demander de soutenir auprès de l'ONU l'idée d'une enquête sur la mort du commissaire de l'ONU pour la Namibie, Bernt Carlsson (en) dans l'attentat de Lockerbie[12].

Selon Yves Bonnet, ancien directeur de la DST (contre espionnage français), cet attentat aurait été commis sous l'inspiration et le financement de l'Iran pour discréditer Kadhafi[13]. Mais le principal mobile de l'Iran aurait été la vengeance après la destruction de l'Airbus iranien du vol 655 d'Iran Air ayant fait 290 morts, soit 30 de plus qu'à Lockerbie, par les missiles tirés d'un navire de guerre américain, l'USS Vincennes, et dont le président George Bush père a déclaré que "il ne s'excuserait jamais"[14]. L'ayatollah Khomeini avait promis, à cette occasion, à l'Amérique "une pluie de sang"[15].

La télévision publique britannique, Channel 4, a révélé de nouvelles informations, le 20 décembre 2013. Selon son rapport, des hauts responsables syriens ont affirmé que le Front Populaire de Libération de la Palestine – Commandement Général (FPLP-CG), dirigé par Ahmed Jibril, était derrière l'attentat de Lockerbie en 1988[16]. Depuis près de deux décennies, la responsabilité de l'attentat a été placée sur la Libye. Maintenant, une transcription d'un entretien de 2001 avec un membre de la CIA, le Dr Richard Fuisz, dans un palais de justice aux États-Unis, expose la culpabilité de l'organisation terroriste palestinienne. Fuisz a affirmé que durant les années 1990-1995, entre 10 et 15 responsables militaires syriens lui ont dit que le FPLP-CG basé en Syrie était responsable. Selon son témoignage, les responsables syriens étaient en contact constant avec le leader de l'organisation, Jibril, et qu'il était le cerveau derrière l'attentat[17].

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

Film[modifier | modifier le code]

Roman[modifier | modifier le code]

  • Les Fantômes de Lockerbie, série SAS no 197, éditions Gérard de Villiers, 2013 (ISBN 978-2-360-53300-8).
  • Le numéro 3758 de la Revue des deux Mondes, paru en juillet-août 2014, a pour principal sujet d'étude et de réflexions la série SAS ; elle porte le titre : « G. de Villiers : enquête sur un phénomène français ». Un article de Robert F. Worth, « Le romancier qui en savait trop », initialement publié dans The New York Times du , indique en page 48 de la revue :

    « J'ai demandé à de Villiers ce qu'il en était de son prochain roman et ses yeux se sont illuminés. « Je reviens sur une vieille histoire », dit-il. « Lockerbie ». Le livre est fondé sur l'hypothèse que c'était l'Iran et non la Libye qui était responsable du fameux attentat contre l'avion de ligne en 1988. Les Iraniens se sont beaucoup démenés pour convaincre Muammar al-Kadhafi d'endosser la responsabilité de l'attaque, perpétrée pour se venger du fait qu'un avion de ligne iranien avait été abattu par des missiles américains six mois plus tôt, raconte de Villiers. Il s'agit là d'une théorie du complot de longue date encore non avérée, mais lorsque je suis rentré aux États-Unis, j'ai appris que de Villiers n'avait peut-être pas tout à fait tort. J'ai parlé à un ancien agent de la CIA, qui m'a dit que « les meilleures sources de renseignement » sur l'attentat de Lockerbie indiqueraient l'implication de l'Iran. C'est un sujet de controverse intense à la CIA et au FBI, m'a-t-il dit, en partie parce que les preuves contre l'Iran sont classées secret défense et ne peuvent pas être présentées au tribunal, mais de nombreuses personnes à l'agence pensent que c'est l'Iran qui a orchestré l'attentat. »

Victimes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La société suisse de Zurich, MEBO : « Meister & Bollier » du nom des deux associés, Edwin Meister et Edwin Bollier((en) « The trouble of a Swiss firm: Meister et Bollier and The Lockerbie-crash or Why Hard Cases Make Bad Business » (consulté le 3 septembre 2009))
  2. Source reportage Discovery Channel
  3. (fr) « Lockerbie : Megrahi, libéré pour raison de santé en 2009, pourrait vivre dix ans », sur www.lexpress.fr (consulté le 7 juillet 2010)
  4. (fr) « Lockerbie : Abdelbaset Ali Mohamed Al-Megrahi est libre », sur www.20minutes.fr (consulté le 7 juillet 2010)
  5. Libye : Kadhafi a personnellement ordonné l’attentat de Lockerbie (ex-ministre libyen de la Justice)
  6. (en) SCCRC ruling by the end of June 2007
  7. Lockerbie : le Libyen Megrahi est mort, Le Figaro, 20 mai 2012.
  8. Luc de Barochez, Lockerbie : doutes sur l'implication de la Libye, Le Figaro, 30 août 2005.
  9. Attentat de Lockerbie : le témoin suisse se rétracte, site rfi.fr, 28.08.2007.
  10. Lockerbie: Un témoin capital affirme avoir menti, Pierre Prier, site Le Figaro, 27.08.2007.
  11. (fr) Lockerbie : la CIA aurait payé un témoin, Pierre Prier, sur le site figaro.fr, le 04.10.2007.
  12. (en) Patrick Haseldine, « Petition support calls for a United Nations Inquiry into the death of UN Commissioner for Namibia, Bernt Carlsson », Number10.gov.uk, (consulté le 9 septembre 2009)
  13. TV5 Monde, Yves Bonnet : la réalité sur Kadhafi a souvent été distordue. 1er septembre 2009.
  14. (en) 22 years later, no apology for IR655 - Russia Today, 2 juillet 2010
  15. (fr) L'autre piste de Lockerbie, celle de la Syrie et de l'Iran, par Pierre Prier, sur le site figaro.fr, le 21.08.2009
  16. (en) « Secret CIA testimony identifies real Lockerbie mastermind », sur channel4.com, (consulté le 18 février 2013)
  17. (en) Jon Swaine, « CIA held Syrian militants responsible for Lockerbie bombing », sur telegraph.co.uk, Daily Telegraph, (consulté le 18 février 2013)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Documentaire[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Vidéos[modifier | modifier le code]