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Vol Korean Air Lines 007

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Vol Korean Air Lines 007
HL7442, le Boeing 747 de Korean Air Lines impliqué dans l'accident, photographié à l'aéroport international de Zurich en mai 1980.
HL7442, le Boeing 747 de Korean Air Lines impliqué dans l'accident, photographié à l'aéroport international de Zurich en .
Caractéristiques de l'accident
Date
TypeAbattu par un missile air-air
CausesErreur de navigation de l'équipage ; survol d'une zone appartenant à l'URSS, interdite pour les compagnies des pays du bloc occidental
PhaseCroisière
SitePrès de l'île Moneron, à l'ouest de l'île de Sakhaline, URSS
Coordonnées 46° 34′ 00″ nord, 141° 17′ 00″ est
Caractéristiques de l'appareil
Type d'appareilBoeing 747-230B
CompagnieKorean Air Lines
No  d'identificationHL7442
Lieu d'origineNew York
Lieu de destinationSéoul
Passagers246
Équipage23[1]
Bilan
Morts269
Blessés0
Survivants0

Géolocalisation sur la carte : Union soviétique
(Voir situation sur carte : Union soviétique)
Vol Korean Air Lines 007
Géolocalisation sur la carte : Japon
(Voir situation sur carte : Japon)
Vol Korean Air Lines 007
Géolocalisation sur la carte : oblast de Sakhaline
(Voir situation sur carte : oblast de Sakhaline)
Vol Korean Air Lines 007

Le , le Boeing 747 effectuant le vol Korean Air Lines 007 reliant New York à Séoul via Anchorage dévie de sa route prévue et entre dans un espace aérien soviétique interdit. Il est abattu par un avion de chasse Soukhoï Su-15 de la défense aérienne soviétique à proximité de l'île Moneron. Aucun survivant n'est retrouvé parmi les 269 passagers et membres d'équipage.

L'incident est l'un des moments les plus tendus de la guerre froide et conduit à une escalade du sentiment anti-soviétique, en particulier aux États-Unis. L'Union soviétique nie d'abord avoir connaissance de l'incident, mais admet plus tard avoir abattu le Boeing coréen, affirmant que l'avion était en mission d'espionnage. Le Politburo déclare qu'il s'agit d'une provocation délibérée de la part des États-Unis pour tester la préparation militaire de l'Union soviétique. La Maison-Blanche accuse de son côté l'Union soviétique d'entraver les opérations de recherche et de sauvetage. Les autorités soviétiques dissimulent des preuves aux enquêteurs de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), parmi lesquelles les enregistreurs de vol de l'avion coréen. Celles-ci sont communiquées huit ans plus tard, après la dislocation de l'Union soviétique. Bien que l'enquête de l'OACI, rouverte à cette occasion, ait conclu que le Boeing 747 coréen s'était égaré accidentellement, diverses théories du complot sont avancées.

Avion et équipage

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L'appareil impliqué dans l'accident, ici à l'aéroport international de Düsseldorf en octobre 1976, alors qu'il opérait pour Condor.

L'appareil assurant ce vol était un avion gros-porteur de type Boeing 747-230B, immatriculé HL7442 (numéro de série 20559/186), fabriqué en 1972.

Ce vol est effectué par le commandant de bord Chun Byung-in (45 ans), le copilote Son Dong-hui (47 ans) et l'officier mécanicien navigant Kim Eui-dong (31 ans). Le commandant totalise 10 627 heures de vol à son actif, dont 6 618 heures sur Boeing 747. Le copilote cumule 8 917 heures de vol, dont 3 411 heures sur 747. L'officier mécanicien navigant Kim totalise 4 012 heures de vol, dont 2 614 heures sur 747.

Reconstitution du vol

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Trajectoires prévue (tireté) et réelle (trait plein) du vol 007.

Le vol 007 de Korean Air Lines relie la ville de New York, aux États-Unis, à Séoul, en Corée du Sud. Il décolle de l'aéroport international John-F.-Kennedy le avec 246 passagers et 23 membres d'équipage[1] à son bord. Après avoir refait le plein de carburant à l'aéroport international d'Anchorage en Alaska, il redécolle en direction de Séoul à 13 heures UTC (3 heures locales) le 1er septembre.

Le vol KAL 007 se dirige d'abord vers l'ouest puis infléchit sa trajectoire vers le nord en direction de Gimpo, l'aéroport de Séoul, ce qui le fait passer beaucoup plus à l'ouest que les vols habituels (suivant prétendument un cap magnétique de 245°), survolant la presqu'île du Kamtchatka puis la mer d'Okhotsk en direction de l'île de Sakhaline, violant ainsi une portion importante de l'espace aérien soviétique.

Un vol KAL avait déjà violé l'espace soviétique précédemment : en avril 1978, un chasseur soviétique avait tiré sur un avion coréen (vol 902 Korean Air Lines) qui avait survolé la presqu'île de Kola et l'avait forcé à faire un atterrissage en catastrophe sur un lac gelé. L'étude des causes de cet incident avait été compliquée à la suite du refus des Soviétiques de remettre les boîtes noires de l'appareil. D'autres avions commerciaux avaient déjà commis des erreurs de cet ordre, mais pas dans l'espace aérien soviétique.

Un intercepteur soviétique Soukhoï Su-15 Flagon.

Alors que le vol 007 survole le territoire de l'Union soviétique, des chasseurs Su-15 Flagon et MiG‑23 Flogger de la force de défense antiaérienne soviétique, le prenant vraisemblablement pour un avion espion américain Boeing RC-135 qui faisait une mission dans le secteur, sont envoyés pour l'intercepter. À 18 h 26 UTC, l'un des deux Su-15 de la base aérienne de Dolinsk-Sokol (en) procède au lancement de deux missiles air-air K-8 en direction de l'avion de ligne qui vole à environ 10 600 mètres d’altitude. Après l'explosion des missiles, l'équipage du KAL 007 effectue une descente d'urgence en spirale, en raison de la dépressurisation rapide de la cabine de passagers. L'appareil s'abîme en mer, à environ 55 kilomètres au large de l'île Moneron, tuant toutes les personnes à bord. Les premières affirmations selon lesquelles l'avion aurait été forcé d'atterrir sur l'île de Sakhaline sont rapidement démenties, notamment par Moscou. Au Japon, il est annoncé le que la veille au matin vers h 30 l'amiral Shizuka Hazahsi, commandant du navire de pêche, Chidori Maru no 58 et ses hommes ont vu l'avion prendre feu en vol et ont fait un récit détaillé de leur témoignage[2].

Nationalités des victimes par nombre

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Nationalité Passagers Équipage Total
Drapeau de la Corée du Sud Corée du Sud 82 23 105
Drapeau des États-Unis États-Unis 62 0 62
Drapeau du Japon Japon 28 0 28
Drapeau de Taïwan Taïwan 23 0 23
Drapeau des Philippines Philippines 16 0 16
Drapeau de la colonie britannique de Hong Kong Hong Kong britannique 12 0 12
Drapeau du Canada Canada 8 0 8
Drapeau de la Thaïlande Thaïlande 5 0 5
Drapeau de l'Australie Australie 2 0 2
Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni 2 0 2
Drapeau de la République dominicaine République dominicaine 1 0 1
Drapeau de l'Inde Inde 1 0 1
Drapeau de l'Iran Iran 1 0 1
Drapeau de la Malaisie Malaisie 1 0 1
Drapeau de la Suède Suède 1 0 1
Drapeau de la République socialiste du Viêt Nam Vietnam 1 0 1
Total 246 23 269

Passagers notables

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Larry McDonald de la John Birch Society, cousin du général Patton[réf. nécessaire] et Jessie Pharr Slaton (en) de la Michigan Women's Hall of Fame[3] figuraient sur ce vol.

L'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) conduit deux enquêtes sur l'incident : la première juste après et la seconde en 1992, après que l'administration Eltsine a remis à la Corée du Sud les boîtes noires du Boeing. Les deux concluent que la violation de l'espace aérien soviétique était accidentelle. Le pilote automatique avait été paramétré sur sa limite ouest en mode guidage ou était passé en guidage inertiel lorsqu'il était hors de portée du verrouillage. C'est pourquoi l'appareil est resté sur le guidage magnétique constant choisi lorsque l'avion avait quitté Anchorage. Il est établi que l'équipage n'avait ni remarqué cette erreur, ni effectué par la suite les vérifications qui l'auraient révélée, en raison d'un « manque de conscience de la situation et de coordination dans le poste de pilotage »[4].

Conséquences

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Réponses politiques

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Dans une allocution télévisée retransmise le depuis le bureau ovale, le président des États-Unis Ronald Reagan condamna l'attaque, la qualifiant de « massacre des Korean Air Lines », de « crime contre l'humanité [qui] ne doit jamais être oublié » et d'« acte de barbarie… [d'une] brutalité inhumaine »[5]. Le jour suivant, l'Union soviétique admet avoir abattu le vol KAL 007, affirmant que les pilotes ne savaient pas qu'il s'agissait d'un avion civil lorsqu'il a violé l'espace aérien soviétique. La presse américaine se fait l'écho d'appels à la guerre contre l'URSS[6]. Un rapport de la National Security Agency (NSA) confirme la méprise des Soviétiques[7].

L'attaque jette un nouveau froid sur les relations entre les États-Unis et l'Union soviétique. Le , le président Reagan ordonne à la Federal Aviation Administration (FAA) de révoquer la licence d'Aeroflot pour les vols depuis et vers les États-Unis. Par conséquent, les vols Aeroflot vers l'Amérique du Nord n'étaient plus disponibles que vers le Canada ou le Mexique. Le service de l'Aeroflot vers les États-Unis n'est pas rétabli avant le . Par ailleurs, vers le , en raison du refus des gouverneurs de l'État de New York et du New Jersey de délivrer les autorisations de routine pour le vol d'Andreï Gromyko de se poser, le ministre des Affaires étrangères soviétique ne peut se rendre à la session des Nations unies tenue annuellement à New York, pour la première fois depuis sa nomination à ce poste en .

L'ambassadeur américain auprès de l'Organisation des Nations unies (ONU) Jeane Kirkpatrick commissionne une présentation audiovisuelle au conseil de sécurité de l'ONU dès les premiers jours qui suivirent l'annonce des faits, utilisant les enregistrements des conversations radio soviétiques et une carte de la route de l'avion pour décrire l'attaque comme sauvage et injustifiée.

Conséquences diplomatiques

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Cet incident se produit en pleine crise des euromissiles, quelques mois avant l'installation en Grande-Bretagne des premiers missiles américains, Pershing II et de croisière (-).

En 1984, le maréchal Nikolaï Ogarkov est destitué de ses fonctions de chef d'état-major, parce qu'il symbolise la confrontation avec les États-Unis.

Changements techniques

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À la suite de cet accident, Ronald Reagan annonce que la technologie GPS sera ouverte pour des usages civils[8].

La route aérienne R20 (que le vol 007 était supposé suivre) est fermée après l'accident car jugée trop près de l'espace aérien soviétique (28 kilomètres au point le plus proche). Les vols sont redirigés vers la route R80, qui passait à plus de 280 kilomètres. La route R20 est cependant rouverte un mois plus tard.

Des radars militaires sont utilisés pour étendre la zone de surveillance des vols à partir d'Anchorage et pouvoir ainsi prévenir un avion qui dériverait trop de sa route prévue ou entrerait dans l'espace aérien soviétique.

Enfin, le pilote automatique dans le cockpit est équipé d'un voyant lumineux indiquant si celui-ci est enclenché ou non.

Couverture médiatique

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Les journalistes Serge Halimi et Pierre Rimbert portent un regard critique sur l'attitude de la presse américaine, pointant du doigt un traitement à géométrie variable en comparaison de leur couverture de la destruction par les États-Unis du vol 655 Iran Air [vol civil abattu par un tir de missile en 1988, faisant 290 morts[9]

Dans une étude comparée des deux évènements publiée en 1991, le professeur de science politique Robert M. Entman relève que « dans le cas de l’attaque soviétique, le cadrage général choisi par les médias américains insistait sur la banqueroute morale et la culpabilité de la nation à l’origine du tir, alors que, dans le second cas, il minorait la culpabilité et mettait l’accent sur les problèmes complexes liés à des opérations militaires dans lesquelles la technologie joue un rôle-clé »[9].

Controverses

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Cet incident est l'objet d'une « guerre de communication » entre Soviétiques et Américains, chacun présentant une version contradictoire.

Accusations d'espionnage

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Les Soviétiques réagissent aux accusations occidentales en répondant que le Boeing 747 avait tenté d'accomplir une mission d'espionnage ou une provocation dans leur espace aérien. Cet argument est présenté en détail par le maréchal Nikolai Ogarkov, chef d'état-major de l'Armée rouge, dans une conférence de presse donnée le et couverte par la presse du monde entier. Parlant devant une immense carte montrant l'intrusion du vol KAL 007 dans l'espace aérien soviétique, Ogarkov affirme sans ménagement que « c'était une opération délibérée et entièrement planifiée par les services des renseignements ». Cette version est reprise en plus fort le par Iouri Andropov dans une déclaration publique relayée par les médias soviétiques. Il explique que l'avion avait été utilisé dans une vaste opération de provocation sophistiquée destinée à obtenir une augmentation des crédits militaires, et qualifie l'administration Reagan d'aventuriste, militariste et dangereuse[10].

Accusations de désinformation

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Le président Reagan qualifie ces théories de propagande soviétique.

Par la suite, plusieurs articles défendant la théorie que le vol 007 participait bien à une mission d'espionnage ont été accusés d'être des œuvres de désinformation soviétiques.

Au début de l'année 1984, un auteur du nom d'Akio Takahashi (apparemment un pseudonyme) publie un livret au Japon accusant les États-Unis d'utiliser des avions civils dans un but d'espionnage. Une des affirmations était que le vol 902 Korean Air Lines avait été coordonné pour avoir lieu au même moment où deux satellites d'écoute électronique « Ferret-D » passaient au-dessus de la zone concernée ; ces accusations furent aussitôt reprises par la presse soviétique. Les satellites incriminés étaient appelés 1974-085-3 et 1978-029-3. Or le système de désignation international des satellites utilise des noms formés de l'année de lancement, du numéro de lancement, et d'une lettre pour les différents satellites d'un unique lancement. Les véritables noms de ces satellites sont 1974-085B et 1978-029B. « B » est la deuxième lettre de l'alphabet latin, mais la troisième de l'alphabet cyrillique. Cela laisse supposer que la désignation a été traduite du russe vers le japonais. Par ailleurs, les satellites américains ferret ne portent pas de nom de classes et « Ferret-D » est une désignation soviétique[11],[12].

Un article publié sous le pseudonyme « P. Q. Mann » à l'été 1984 dans la revue britannique Defence Attaché[13] donne une forte répercussion aux accusations d'espionnage. Elle reprend l'accusation que des vols civils étaient utilisés pour déclencher des alertes de la défense aérienne soviétique, et ajoutait que dans le cas du vol 007, la navette spatiale Challenger avait également été utilisée pour écouter les communications soviétiques depuis l'espace. (En réalité, la navette spatiale n'était pas en position de capter des signaux émis du territoire soviétique, caché par la courbure de la Terre.) Dans cet article, une source donnée est un numéro du magazine Spaceflight daté du «  ». En fait cette revue est mensuelle et l'auteur de l'article a probablement pris l'indication « numéro 7 » pour une indication du mois (juillet), ce qui laisse supposer que l'auteur est un mauvais anglophone. Quelques jours après la parution de l'article de Defence Attaché, les Izvestia en ont publié un résumé, dans lequel ils citent « P. Q. Mann » comme affirmant que tous les astronautes à bord de Challenger étaient des officiers militaires supérieurs. Cette affirmation ne figure pas dans l'article de « Mann » ; il est possible que les Izvestia fassent référence à un brouillon d'avant publication. Korean Air Lines intente un procès à la revue britannique, qui n'essaya même pas de se défendre devant les tribunaux : Defence Attaché paye des dommages substantiels aux Korean Air Lines hors cour et désavoue l'article de « P. Q. Mann »[12].

Sur les tirs de sommations

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Guennadi Ossipovitch témoigne en 1991, à une période où la fin de l'URSS l'autorise à parler librement, des circonstances l'ayant conduit à tirer sur un appareil non identifié. Selon lui, à 8 000 mètres il reçut l'ordre de grimper à l'altitude de la cible et de l'abattre, avant de recevoir un contre-ordre lui disant de forcer l'avion de ligne à atterrir. Le pilote dit se rappeler ne pas avoir réussi à identifier le type d'appareil[14]. N'ayant pu entrer en contact radio avec l'avion inconnu, il dit avoir scrupuleusement suivi les procédures d'avertissement selon le protocole international : se placer de façon que l'équipage de l'avion comprenne les manœuvres d'interception, faire clignoter ses feux, balancer les ailes alternativement à gauche et à droite, faire une sommation en lâchant une rafale de balles traçantes — dans ce cas précis une rafale d'obus car le pilote soviétique ne possédait pas de balles traçantes. L'avion n'aurait pas obtempéré mais aurait tenté de fuir en réduisant sa vitesse, le pilote soviétique l'aurait alors abattu d'un missile mais n'éprouve toujours aujourd'hui aucun remords affirmant que c'était un avion d'espionnage qui aurait survolé cette zone d'après celui-ci[15] et aurait même été payé une fois sa mission terminée selon une autre version[16].

Théories alternatives

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Comme à l'occasion de tout désastre sérieux, des théories du complot, des enquêtes indépendantes contestataires ont émergé. Certaines reprennent les accusations initialement lancées par les Soviétiques que l'appareil était en mission d'espionnage. Quelques-unes vont jusqu'à mettre en cause la version communément admise des circonstances dans lesquelles l'appareil fut abattu — lieu et horaire —, la nationalité soviétique du tireur et du missile ; d'autres se demandèrent s'il fut réellement abattu, et supposèrent que des passagers survécurent. Les théories sont si nombreuses qu'un journaliste a dit que « seuls l'heure de départ d'Anchorage et le nombre de passagers à bord accordent tout le monde »[17],[18].

Des auteurs ont publié des livres qui semblaient donner substance à certains détails des allégations, comme le fait que d'après David Pearson la route suivie par le KAL 007 « traverse des zones de tests de missiles soviétiques, survole plusieurs grands radars à commande de phase, et passe à proximité des bases sous-marines soviétiques à Petropavlovsk »[19] et que, à quinze minutes derrière le vol KAL 007, se trouvait un autre avion civil (le vol KAL 015) qui relayait les messages du KAL 007 à la tour de contrôle. Il se trouve qu'au même moment un satellite américain passait en mer d'Okhotsk procurant à la CIA et au Pentagone une moisson de renseignements sur les codes de défense soviétique qui n'ont pas manqué de s'actionner au moment du passage de l'avion[20]. D'autres auteurs ont analysé les parties du plan de vol qui ont été rendues publiques et ont conclu que l'avion a dû effectuer des manœuvres délibérées, ce qui discrédite la théorie selon laquelle l'avion serait resté sur pilote automatique[21]. Par ailleurs l'équipage de l'avion de ligne disposait, au départ d'Anchorage, des cartes de plans de vol dans lesquelles les régions indûment survolées par KAL 007, apparaissaient comme "zones interdites"[22]. En 1985, dans Black Boxes, « un soviétologue, fort hostile à l'URSS, Alexander Dallin, concluait que l'avion avait peut-être été volontairement dérouté »[23].

Théorie de l'innocence soviétique

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Michel Brun et John Keppel s'expriment à la fin des années 1980 sur le sujet. M. Brun est un ancien marin et aviateur, et travaille à Tokyo pour le « Fund for Constitutional Government (en) » (association à but non lucratif visant à sensibiliser le public américain sur la conduite des affaires par son gouvernement) depuis cinq ans en 1990[24]. M. Keppel, qui travaille alors également pour le Fund for Constitutional Government, est un ancien diplomate américain en URSS et Corée du Sud de 1947 à 1957, ainsi qu'un ancien directeur adjoint du département d'État[25]. Keppel travaille sur le sujet pour le « Found » depuis le crash, et son enquête de neuf ans, tout comme les documents et confidences réunis par Brun les ont amenés à renverser complètement la problématique des responsabilités et du dénouement de la tragédie. Pour eux, non seulement l'avion de ligne était intentionnellement présent dans une mission d'espionnage ou de provocation, mais il ne fut pas abattu par la chasse soviétique.
Installé à Tokyo, Brun il aurait reçu de nombreuses confidences d'officiels japonais[26]. Keppel quant à lui donne une conférence à Harvard sur le sujet à la fin de son enquête[27]. Avec un argument nouveau M. Brun a expliqué que la présence intrusive de l'avion à Kamtchatka ne pouvait s'expliquer par une erreur de navigation : alors que l'équipage a toujours dit aux tours de contrôle qu'il était sur la bonne route, il ne pouvait pas ne pas apercevoir les lumières des villes survolées, alors qu'il aurait dû normalement se trouver au-dessus de la mer[26].

Critique de la théorie de l'innocence soviétique

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À l'occasion du quarantième anniversaire de la tragédie, Nicolas Bernard estime que la thèse de M. Brun et relève de la théorie du complot, Brun ayant, selon lui, soigneusement écarté tous les éléments de nature à réfuter leur théorie [28].

Bibliographie

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  • (en) James Bamford, The Puzzle Palace : A Report on America's Most Secret Agency, Harmondsworth, Middlesex New York, N.Y., U.S.A, Penguin Books, , 655 p. (ISBN 978-0-14-006748-4).
  • (en) Jeffrey St. John, Day of the cobra : the true story of KAL flight 007, Nashville, T. Nelson, , 254 p. (ISBN 978-0-8407-5381-6).
  • (en) Thomas Maertens, « Tragedy of Errors », Foreign Service Journal,‎ , p. 25-31 (lire en ligne, consulté le )
  • (en) Richard Rohmer, Massacre 007 : the story of the Korean Air Lines flight 007, Sevenoaks, Coronet, , 213 p. (ISBN 978-0-340-36447-5).
  • (en) Alexander Dallin, Black box : KAL 007 and the superpowers, Berkeley, University of California Press, , 130 p. (ISBN 978-0-520-05515-5, lire en ligne).
  • (en) Franz A Kadell (préf. Charles M. Lichenstein), The KAL 007 massacre, Alexandria, Western Goals Foundations, , 341 p. (OCLC 12876384).
  • (en) Oliver E Clubb, KAL flight 007 : the hidden story, Sag Harbor, NY, Permanent Press, , 174 p. (ISBN 978-0-932966-59-9).
  • (en) R. W. Johnson, Shootdown : Flight 007 and the American connection, New York, N.Y., U.S.A, Viking, , 335 p. (ISBN 978-0-670-81209-7, OCLC 13121523).
  • (en) Seymour M. Hersh, “The Target Is Destroyed” : What Really Happened to Flight 007 and What America Knew About It, New York, Random House, , 282 p. (ISBN 978-0-394-54261-4) (réédition Vintage, 1987 (ISBN 0-394-75527-8)).
  • (en) James Gollin et Robert Allardyce, Desired track : the tragic flight of KAL 007, Findlay, Ohio, American Vision, , 99 p., 2 volumes (x, 229; 99 pages) (ISBN 1-883868-01-7 et 978-1-883-86801-7).
  • (en) David E. Pearson, KAL 007 : the cover-up, New York, Summit Books, , 462 p. (ISBN 978-0-671-55716-4).
  • Alvin Snyder,
    • « The Truth about Korean Airlines Flight 007 », Washington Post, .
    • (en) Alvin A. Snyder, Warriors of disinformation : American propaganda, Soviet lies, and the winning of the Cold War : an insider's account, New York, Arcade Pub, , 321 p. (ISBN 1-55970-389-X), chap. 4 (« The Five-Minute Tape Gap »), p. 43-72.
  • (en) Michel Brun (trad. Robert Bononno), Incident at Sakhalin : The True Mission of KAL Flight 007, New York, Four Walls Eight Windows, , 326 p. (ISBN 1-56858-054-1).
  • (en) Bert Schlossberg, Rescue 007 : the untold story of KAL 007 and its survivors, Princeton, NJ, Xlibris Corp, , 209 p. (ISBN 978-0-7388-5774-9, présentation en ligne)
  • (en) William Grady, Understanding the Times, vol. 1 : How Satan Turned America From God, Knoxville, TN, Grady Publications, Inc, , 972 p. (ISBN 978-0-9628809-3-3), chap. 15 (« KAL 007 »), p. 504-570.

Culture populaire

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Album et chanson

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  • Le musicien Gary Moore a composé un titre Murder in the Skies (Meurtre dans les cieux), inclus dans son album de 1983, Victims of the Future, qui décrit de manière lyrique cette tragédie. Les Jazz Butcher (en) ont également une chanson dans leur album de 1984, Scandal in Bohemia, au sujet du vol KAL 007, intitulée President Reagan's Birthday Present (Le cadeau d'anniversaire du président Reagan).
  • Le groupe de heavy metal allemand Pänzer a fait une reprise de Murder in the Skies.
  • Côté français (et francophone), le groupe de ska-rock La Souris Déglinguée (aussi appelé LSD) a publié en 1997 un album intitulé Granadaamok, dans lequel figure la chanson Dans le ciel de l'U.R.S.S. ; on peut notamment y entendre le couplet puis le refrain suivants :
Parce qu'ils avaient survolé le ciel de l'U.R.S.S.
À bord d'un avion civil de la Corée du Sud
237 passagers, stewards, pilotes et hôtesses
Ont été homicidés à haute altitude
Dans le ciel d'un empire criminel
Dans le ciel de l'URSS

Ouvrages où est fait mention de cet accident

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  • Georges Sokoloff, La Puissance pauvre, History, 2014.
  • Luc Mary, On a frôlé la guerre atomique, History, 2018.
  • Christian Roger, Piloter ses rêves: De la Patrouille de France au Boeing 747, Biography & Autobiography, 2018.
  • Maud Qussard, Stratégies d’influence et guerres de l’information, PUR, 2019.

Bande dessinée

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  • Le titre de l'un des poèmes du recueil de l'auteur Janet McAdams The Island of Lost Luggage (L'Île des bagages perdus) fait référence à l'accident.
  • Le roman Le vol 007 ne répond plus (collection « SAS »), de Gérard de Villiers, fait explicitement référence à l'accident en fin de récit et montre un choix délibéré du gouvernement soviétique d'abattre l'avion afin qu'un transfuge russe ne puisse pas passer à l'Ouest.
  • Richard Kerlan, dans son roman d'espionnage Sukhoï, se sert de cette tragédie pour couvrir une opération d'exfiltration de savant russe.
  • Dans le roman Sakhalin Breakout de Jack Hild (no 18 de la série SOBs [Soldiers of Barrabas]), des mercenaires américains doivent s'infiltrer en territoire soviétique afin de connaître la raison pour laquelle le Boeing coréen a été abattu.

Film et série TV

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  • Dans la série Deutschland 83, épisode 6, l'incident est traité.
  • Dans le film de 1991, True Colors, John Cusack joue un personnage qui affirme que ses parents étaient à bord du vol KAL 007 (« cet avion coréen qui a été abattu »).
  • History Channel a diffusé une série, intitulée Secrets of the Black Box, qui relatait cet incident et d'autres.
  • L'accident a fait l'objet d'un épisode dans la série télé Air Crash nommé « Tensions au-dessus de la Russie » (saison 9 - épisode 5).
  • L'incident est traité dans l'épisode 7 de la 2ème saison de la série For All Mankind.

Téléfilms et documentaires

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Deux téléfilms traitant de l'accident ont été produits :

  • En 1988, Shootdown, joué par Angela Lansbury, John Cullum, et Kyle Secor, est basé sur le livre du même nom écrit par R. W. Johnson, au sujet des efforts de Nan Moore (Lansbury), la mère d'un passager, pour obtenir des réponses de la part des gouvernements américain, soviétique et sud-coréen ; il a été diffusé plusieurs fois en France sur TMC.
  • En 1989, Coded Hostile (Tailspin – Behind the Korean Airliner Tragedy aux États-Unis, intitulé en français Le vol 007 ne répond plus et Absence radar) est un docudrama britannique de Granada Television réalisé par David Darlow détaillant les actions du renseignement et du gouvernement américains. Il suit essentiellement le reportage de l'affaire qu'en a fait Seymour Hersh dans son livre The Target Is Destroyed[29].
  • Autre documentaire: Secrets of the Black Box: KAL 007. The History Channel, 2005.
  • Dans Phantom Doctrine sorti en 2018, la destruction du vol KAL 007 est l’objet de la quatrième mission. Dans ce scénario, une organisation secrète projette la destruction de l'avion dans le but de convaincre le gouvernement américain d'autoriser l'usage civil du GPS. Le joueur doit alors essayer de couper les transmissions entre la station de contrôle au sol et les intercepteurs soviétiques.

Conclusion de l'enquête

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35 ans après ce drame, les familles des victimes attendent toujours des réponses à leurs questions, l'enquête étant close en 2008[30].

Notes et références

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  1. a et b Et 6 employés qui n'étaient pas en service comptés en tant que passager
  2. Rapport de l'OACI 1993, témoignages oculaires p. 5 ; Brun 1995, p. 27 ; Nicolas Bernard, « Vol 007 de la Korean Airlines : l’aviation soviétique abat un avion de ligne... et désinforme à tout va », Conspiracy Watch, 30 août 2023, note 43
  3. (en) Carrie Sharlow, « Michigan Lawyers in History - Jessie Pharr Slaton » [PDF], sur michbar.org, (consulté le )
  4. [PDF]« Fin de l'enquête de l'OACI sur le vol 007 de Korean Air Lines », communiqué de presse de l'OACI, 16 juin 1993.
  5. (en) « Address to the Nation on the Soviet Attack on a Korean Civilian Airliner », Ronald Reagan Presidential Library : « ... Korean airline massacre... », « This crime against humanity must never be forgotten... », « It was an act of barbarism... », « ... we shouldn't be surprised by such inhuman brutality ».
  6. Time, 18 septembre 1983, cité par Pierre Grosser, La Guerre froide, documents photographiques, la Documentation française, 2007, p. 48-49 ; R. W. Johnson, Shootdown : Flight 007 and the American Connexion, Viking Penguin, 1986 ; Shootdown, téléfilm, 1988.
  7. Nate Jones et J. Peter Scoblic (trad. Peggy Sastre), « La semaine où le monde a frôlé l'apocalypse nucléaire », sur Slate, (consulté le ).
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  9. a et b Serge Halimi et Pierre Rimbert, « Si tu veux la guerre, prépare la guerre », sur Le Monde diplomatique,
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  12. a et b (en) James E. Oberg, « The Sky’s No Limit to Disinformation », Air Force Magazine, vol. 69, no 3,‎ , p. 52-56 (lire en ligne [PDF])
  13. (en) P. Q. Mann [pseud.], « Reassessing the Sakhalin Incident », Defence Attaché, no 3,‎ (lire en ligne [PDF])
  14. « La fin du vol KAL007 », sur Hist'Aero (consulté le ).
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  22. Nicole Bernheim, Les années Reagan, Paris, Stock, 1984
  23. Georges-Henri Soutou., La guerre froide 1943-1990, Paris, Fayard, coll. « Pluriel », , 1103 p. (ISBN 978-2-8185-0127-6 et 2-8185-0127-X), p. 921.
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  28. Nicolas Bernard, « Vol 007 de la Korean Airlines : l’aviation soviétique abat un avion de ligne... et désinforme à tout va », Conspiracy Watch,‎ (lire en ligne, consulté le )
  29. (en) Walter Goodman, « 'Tailspin' Is Longer on Docu Than on Drama », New York Times,‎ (lire en ligne, consulté le )
  30. « Le mystère du vol KE007 persiste 35 ans plus tard », sur radio-canada.ca, (consulté le ).

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Articles connexes

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Liens externes

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