Notaire

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Notaire
Milano - San Maurizio - Affreschi - Foto Giovanni Dall'Orto 14-Aug-2004 - 03.jpg
Un notaire, fresque de l’Église San Maurizio à Milan.
Appellation
Notaire
Secteur d'activité
Niveau de formation
France
master en droit (5 ans) plus stage en alternance de 4 ou 5 semestres et soutenance d'un rapport (3 ans environ).
Québec
baccalauréat en droit (3 ans) et une maîtrise en droit notarial[1]
Professions voisines
huissier de justice, commissaire-priseur, mandataire liquidateur judiciaire, avocat
Codes
CITP
IDEO (France)
ROME (France)
K1901

Le notariat est l’un des métiers du droit dans les pays de droit romano-civiliste. Le notaire est juriste de droit privé et officier public, nommé par l’autorité publique, chargé d’instrumenter les actes juridiques civils, dits actes notariés, de juridiction non-contentieuse pour lesquels la forme authentique est prescrite par la loi ou requise par les parties (comparants). La profession de notaire remonte au haut Moyen Âge dans les pays de l’empire byzantin.

De nombreux équivalents existent dans le monde et il existe des associations internationales de notaires. Les actes des notaires du droit commun sont également reconnus en 1961 par la Convention de la Haye supprimant l'exigence de la légalisation des actes publics étrangers. Dans les pays de droit de type Common law (Royaume-Uni, États-Unis, le Commonwealth) et des pays scandinaves (Danemark, Finlande, Islande), la fonction du notaire est de préparer des documents qui seront utilisés dans d'autres pays du monde mais ne sont pas exécutoires faute d'être authentiques.

Dans le monde[modifier | modifier le code]

L'Union internationale du notariat (nouvelle dénomination de l’Union internationale du notariat latin (UINL))[2] regroupe les notaires des cinq continents (et non plus comme auparavant ceux du type latin), fondé sur le droit romano-civiliste. La profession de notaire a été créée dans de nombreux pays dans un passé récent, par exemple en Europe de l'Est après la fin des régimes communistes, en Afrique et en Asie, le Conseil supérieur du notariat français (CSN) a notamment récemment participé à l’installation d’un notariat en Chine.

La profession de notaire dans les pays de common law connaît plusieurs variantes chacune sous le nom de public notary ou notary public. La plus répandue est celle de l’avocat-notaire pour qui son ministère d’officier public est accessoire, subordonné et le monopole se réduit à :

  • l’authentification (légalisation, copies collationnées, attestations diverses) ;
  • la passation d’actes relatifs au transport maritime : charte-partie, contrat de prêt à la grosse sur corps ou facultés, rapport de mer ou de surestaries, compromis d’avarie commune ;
  • la passation d’actes simples destinés à l’étranger : certificat de vie, certificat de conformité ou d’existence (pour société), certificat d’immatriculation (à un registre public), certains actes de notoriété (d’état civil), protêt et procurations.

À Londres seul exerce, à titre exclusif, un notariat libéral – appelé scrivener notaries – spécialisé en droit privé international : succession transfrontalière, sociétés et transport maritimes, adoptions internationales, cession immobilière, affaires bancaires et trusts. En Amérique du Nord anglophone la charge notariale n’est qu’une fonction ministérielle non-juriste limitée à l’authentification (légalisation, copies conformes, reconnaissance d’écriture et de signature) mais aux fins de droit interne.

Le notariat libéral de type français subsiste au Québec ainsi que, d’une moindre mesure, en Louisiane où le corps notarial n’est pas obligatoirement juriste mais qui comprend plus qu’une moitié[3] de l’avocature. Quant aux notaires louisianais non-juristes, il leur est imposé des conditions d’accès supplémentaires : un examen professionnel, la territorialité et la fourniture d’une caution.

En Europe[modifier | modifier le code]

Seing manuel d’un notaire espagnol, 1712.
Pannonceau de notaire (Europe) avec devise, Saint-Aulaye, Dordogne, France.

Vingt pays européens possèdent un système proche du système notarial français : Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Espagne, Estonie, Grèce, Hongrie, Italie, Lettonie, Liechtenstein[4], Lituanie, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République tchèque, Roumanie, Slovaquie et Slovénie et certains cantons suisses.


Allemagne[modifier | modifier le code]

En Allemagne, la profession de notaire est exercée par près de 8 000 juristes. Ce sont des officiers publics nommés par l'État, mais le notariat connaît deux modalités principales : le notariat libre et le notariat fonctionnaire. Dans à peu près deux tiers du pays les notaires libres exercent leurs fonctions à titre exclusif ; dans les autres régions l'exercice est conjoint à la profession d'avocat (avocat-notaire). Il existe aussi des notaires-fonctionnaires pour des raisons historiques dans le Bade-Wurtemberg (legs du système impérial). Ils sont tous soumis aux mêmes règles professionnelles. C'est le droit fédéral qui détermine les règles de procédure, de déontologie et les émoluments ; ils sont identiques partout en Allemagne[5].

C'est le ministre de la justice du Land respectif qui choisit les notaires selon le principe de la sélection du meilleur candidat parmi plusieurs candidats qualifiés[6].

Belgique[modifier | modifier le code]

En Belgique, l’accession à la charge notariale se faisait selon une procédure qui facilitait la succession héréditaire. Une réforme a permis de mettre en place une procédure transparente. Pour être notaire, il faut réussir six années d’université : une maitrise en droit de cinq ans et une année complémentaire en notariat. Après avoir travaillé trois ans comme clerc (le « stage légal »), les diplômés en notariat ont le droit de présenter le concours qui se tient chaque année. Un quota d’admis néerlandophones et francophones est déterminé par la loi, ils portent alors le titre de « candidat-notaire ». Quand un notaire cède son étude, seul un candidat-notaire peut la reprendre, l’attribution étant contrôlée par les autorités notariales de la province concernée[réf. nécessaire].

Espagne[modifier | modifier le code]

En Espagne, les notaires sont sélectionnés sur concours. La charge est attribuée gratuitement selon l’ordre de classement

En France[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Notaire en droit français.
Panonceau de notaire.

Au 1er janvier 2019, il y a 13 292 notaires en France dont 47 % de femmes, ayant 47 ans en moyenne. Mi-2012, 56 000 personnes travaillent dans 5 900 études, soit 9,5 personnes en moyenne. Ils réalisent sept milliards d'euros de chiffre d'affaires : 49 % d'actes immobilier, 26 % d'actes de succession, 14 % d'actes de crédit, 7 % de conseil et 4 % de négociation immobilière. Ils rédigent quatre millions d'actes et voient transiter 600 milliards d'euros par an[7]. Les notaires sont en France des officiers publics, nommés par décision du Garde des Sceaux. Ils sont à ce titre investis d’une délégation de puissance publique. Le notaire éclaire le consentement des parties et a le pouvoir de conférer un caractère authentique à tous les actes qui lui sont demandés. Il assure également la conservation des minutes.

Les notaires participent à l'exercice de l'autorité publique. Le Conseil constitutionnel relève que « s'ils participent à l'exercice de l'autorité publique et ont ainsi la qualité d'officier public nommé par le garde des sceaux, les notaires titulaires d'un office exercent une profession libérale et n'occupent pas des « dignité, places et emplois publics » au sens de l'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 »[8].

L'authenticité attachée aux actes signés devant un notaire permet à ce dernier d’émettre un titre exécutoire chaque fois que les parties requièrent ses services de leur propre initiative. Ce titre permet de saisir un débiteur (emprunteur, locataire, etc.) défaillant sans avoir à entamer une procédure judiciaire au préalable.

Le recours à un notaire est nécessaire pour conclure un contrat de mariage, procéder à une vente immobilière (en raison de la publicité foncière) ou à une donation, constater une mutation immobilière après décès, prendre une hypothèque, etc.

Suisse[modifier | modifier le code]

En Suisse, le notariat est présent dans les cantons romands et le Tessin. La réglementation de la profession est du ressort du droit cantonal : l'exercice peut être ainsi conjoint à la profession d'avocat (avocat-notaire) comme en Valais, soumis à un numerus clausus comme à Fribourg ou avec des tâches plus ou moins étendues. Dans les cantons alémaniques, le notaire est un fonctionnaire intégré à l'administration.

Au Québec[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Notariat au Québec.

La profession notariale, au Québec, est semblable, pour l’essentiel à son correspondant français. Elle en diffère toutefois sur deux points : la formation des jeunes notaires et la considération sociale de la profession.

Le Québec étant une province bijuridique, le droit romano-civiliste y côtoie la common law. Les notaires sont donc en concurrence avec les avocats, sur certains secteurs, tout en bénéficiant des prérogatives notariales traditionnelles, notamment le monopole de la rédaction des hypothèques immobilières et des contrats de mariage. Sur ces points et sur plusieurs autres, les avocats et les notaires sont en opposition. Les avocats désirent voir restreindre le monopole sectoriel des notaires.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Chambre des notaires du Québec , Devenir notaire
  2. Site officiel de l’Union Internationale des Notariats : (es) (it) (en) (fr) (de) uinl.org
  3. Vernon Valentine Palmer et Harry Borrowski, « Louisiana », dans Mixed Jurisdictions Worldwide: The Third Legal Family, 2e éd., s. la dir. de Vernon Valentine Palmer, Cambridge, Cambridge University Press, 2012 (1re éd. 2001), p. 298.
  4. « Liechtenstein schafft Anwaltsnotariat », sur www.liechtenstein-business.li (consulté le 21 janvier 2019)
  5. « Notaires allemands | Bundesnotarkammer », sur bnotk.de (consulté le 22 janvier 2019)
  6. « Accès à la profession et contrôle disciplinaire | Bundesnotarkammer », sur bnotk.de (consulté le 22 janvier 2019)
  7. « Le notariat en chiffres », Conseil supérieur du notariat,
  8. Communiqué de presse - Conseil constitutionnel, consulté le 27 janvier 2015

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Histoire
  • Jean-Paul Barrière, « Notaires des villes et des champs : les origines sociales d’une “profession” au XIXe siècle », dans Le Mouvement social, 1997, no 181, p. 71-102
  • Collectif, Le notaire, entre métier et espace public en Europe : viiieXVIIIe siècle, sous la dir. de Lucien Faggion, Anne Mailloux et Laure Verdon, Aix-en-Provence, Publications de l'université de Provence, 2008.
  • Collectif, Le notariat en Belgique : du Moyen Âge à nos jours, sous la dir. de Claude Bruneel, Philippe Godding et Fred Stevens, Bruxelles, Crédit communal de Belgique, 1998.
  • Ole Fenger, Notarius publicus : le notaire au Moyen Âge latin, Århus, Aarhus University Press, 2001.
  • Jean Hilaire, La Science des notaires : une longue histoire, Paris, PUF, 2000.
  • Hélène Saradi, Le notariat byzantin du ixe au xve siècles, Athènes, Université nationale d'Athènes, 1991.
  • Jean-Yves Sarazin, Bibliographie de l’histoire du notariat français (1200-1815), Paris, Lettrage-Distribution, 2004, 650 p., préface de Robert Descimon.
  • Μathias Schmoeckel et Werner Schubert (dir.), Handbuch zur Geschichte des Notariats der europäischen Traditionen, Baden-Baden, Nomos, 2009.
  • André Vachon, Histoire du notariat canadien, 1621–1960, Québec, Presses de l'Université Laval, 1962.
Exposés
  • Laurence de Charette et Denis Boulard, Les Notaires : enquête sur la profession la plus puissante de France, Paris, éditions Robert Laffont, 2010, 298 p.; (ISBN 978-2-221-11464-3)
  • Ezra N. Suleiman, Les Notaires : Les pouvoirs d’une corporation, Seuil, 1987, 359 pages
Profession
  • Christian Bastard de Crisnay, Petits et grands secrets d'un notaire, Paris, éd. L'Archipel, 2012, 220 pages (ISBN 978-2-8098-0704-2)
  • Collectif, L’avenir du notariat, sous la dir. de Mustapha Mekki, Paris, LexisNexis, 2016.
  • Collectif, Notaires : La plume et le sceau, sous la coordination de Marion Martin-Suhamy, Issy-les-Moulineaux, Prat Éditions, 2010.
  • Valerie Gomez-Bassac et Estelle Pidoux, Droit notarial, 2e éd., Paris, Foucher, 2014.
  • Michel Mooser, Le droit notarial en Suisse, 2e éd., Berne, Stämpfli, 2014.
  • Pierre Pepin et Sevgi Kelci, Spicilèges déontologiques, conférence prononcée le 8 novembre 2008, Congrès du Québec
  • Jean-François Pillebout, Droit professionnel notarial, Paris, LexisNexis, 2009.
  • Jean-Paul Poisson, Notaires et société, travaux d’histoire et de sociologie notariales, Préface de Georges Dumézil, présentation par Pierre Chaunu, Paris, Economica, 1985, 736 pages.
  • Léon Raucent (dir.), Notariats d'Europe, du Québec et du Zaïre, t. 1, Bruxelles, Bruylant, 1991.
  • Jean Rioufol et Françoise Rico, Le Notariat, Presses universitaires de France, collection Que sais-je ?
  • Jean-Yves Sarazin, « L’Historien et le notaire, acquis et perspectives de l’étude des actes privés de la France moderne », dans Bibliothèque de l’École des chartes, 2002, no 160, fasc. 1
  • (nl) Christian de Wulf, Notarieel familierecht en familiaal vermogensrecht : Het opstellen van notariële akten, Waterloo, Kluwer, 2011, 1374 pages.
    • Traduction française : La rédaction d’actes notariés : Droit de personnes et droit patrimonial de la famille, traduit par Yves Laurent, Waterloo, Kluwer, 2013, 1392 pages.