Melchior de Polignac

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Melchior de Polignac (homonymie).

Melchior de Polignac
Image illustrative de l’article Melchior de Polignac
Portrait par Rosalba Carriera
Biographie
Naissance
Lavoûte-Sur-Loire (France)
Décès (à 80 ans)
Paris
Cardinal de l’Église catholique
Créé
cardinal
in pectore
par le pape Clément XI
Titre cardinalice Cardinal-diacre de S. Maria in Portico
Cardinal-prêtre de S. Maria in Via
Cardinal-prêtre de S. Maria degli Angeli
Évêque de l’Église catholique
Consécration épiscopale par le
pape Benoît XIII
Archevêque d'Auch

Ornements extérieurs Cardinaux.svg
Blason famille Polignac.svg
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Melchior de Polignac, né à Lavoûte-sur-Loire, près du Puy-en-Velay, le et mort à Paris le , est un prélat, diplomate et poète français néolatin. C'est le premier personnage qui distingue la maison de Polignac[1], l'une des plus anciennes de la noblesse française dont la généalogie remonte par filiations probables à la fin du IXème siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et éducation[modifier | modifier le code]

Melchior de Polignac naît le au château de Lavoûte-sur-Loire, comme fils du vicomte Louis-Armand XIX de Polignac, Gouverneur du Puy, et de sa troisième femme, Jacqueline Grimoard de Beauvoir du Roure. Cadet de famille, il est destiné à l'Église. Il fait ses études au collège de Clermont, tenus par les Jésuites.

L'échec de la mission de Pologne[modifier | modifier le code]

En 1691, il commence sa carrière diplomatique. Remarqué à la Sorbonne par le cardinal de Bouillon, celui-ci le prit comme conclaviste lors de l'élection du pape Innocent XII (février à juillet 1691). A son retour, ses talents de négociateur le firent désigner par le roi en 1693 comme ambassadeur de France à Varsovie. Afin de lui permettre de faire face aux dépenses de sa nouvelle charge, le roi le nomma abbé commendataire de l’abbaye de Bonport. L’abbé atteignit Copenhague le 12 juillet 1693 où il se coordonna avec M de Bonrepaus, l'ambassadeur de France dans ce pays, puis gagna Dantzig où il arriva le 25 juillet.

La signature d'une paix particulière entre la Pologne et l'empire Ottoman (1693-1696)[modifier | modifier le code]

La question qu'il avait à résoudre en priorité, outre la nécessité de resserrer les liens entre la Pologne et la France, était celle de tenter d'amener les Polonais à la signature d'une paix particulière avec les Turcs. La diversion représentée par la menace ottomane sur les terres de l'Empire favorisait trop les vues de Louis XIV à l'encontre la Maison d’Autriche pour que ce dernier, en pleine guerre de la Ligue d'Augsbourg, ne cherche pas à affaiblir la coalition organisée par l'empereur pour lutter contre les raids incessants de l'empire ottoman sur les territoires relevant de sa couronne. Mais, le roi de Pologne, Jean III Sobieski était lié dans une alliance offensive et défensive contre les Turcs par le traité de Linz signé en 1684 avec l’Autriche et la République de Venise . Ce pacte impliquait qu’il ne pouvait traiter indépendamment. L'abbé tenta de convaincre la reine qui était française [2] de l'intérêt de cette paix pour le royaume, mais le roi tergiversa pendant trois ans et sa mort à la fin du printemps 1696 vint enterrer l’espoir de cette paix déjà fortement compromise par ses hésitations et la duplicité des Turcs.

L'élection d'un candidat français à la couronne de Pologne (1696-1697)[modifier | modifier le code]

En 1696, Louis XIV proposa au prince de Conti [3] de se porter candidat au trône de Pologne laissé vacant et qui devait faire l'objet d'une élection par la noblesse de ce pays. A la mi-juillet 1696, l’abbé de Polignac reçut une délégation de la noblesse conduite par le Grand Trésorier Jérôme Lubomirski [4] qui marqua nettement le choix d'une grande partie des primats pour une candidature française. Il rendit compte à Louis XIV en ses termes : « On dit que si la nation ne voulait aucun des trois princes, et si elle persistait dans la ferme et constante résolution d'exclure ainsi tous les piastes, il faudra par nécessité recourir aux princes étrangers entre lesquels la faction dont je parle choisit de préférence à tout autre et désire ardemment le prince de Conti [5] ». Toutefois, l’abbé ne cachait pas dans ses courriers à Versailles que l’argent était le principal nerf de la guerre dans cette recherche de ralliements à la candidature française. L’abbé de Châteauneuf, envoyé en renfort par Versailles qui se méfiait de son ambassadeur à la suite de rapports défavorables à son action qui lui vinrent de Pologne, fit cause commune avec l’abbé de Polignac. Les deux abbés envoyèrent une dépêche au prince de Conti dans laquelle ils le suppliaient de hâter son départ.

Pendant que Louis XIV et son candidat hésitaient, l’Électeur Frédéric Auguste de Saxe dévoila sa candidature à trois mois de la date des élections. Il s'agissait d'un adversaire dangereux pour le clan français animé par l'abbé de Polignac car, ayant bien préparé son affaire, celui-ci possédait à la fois de l’argent et des troupes prêtes à rentrer en Pologne avec l'appui de la Russie et de l'Autriche qui ne souhaitaient pas que la France s'immisce dans les affaires polonaises. La diète d'élection, réunie les 25 et 26 mai 1697, proclama élu le prince de Conti le 27 au soir. Mais dans la nuit qui suivit, les partisans de l'électeur de Saxe qui avaient distribué de l'argent pour favoriser leur candidat pendant la diète, firent proclamer élu ce dernier par une minorité de seigneurs polonais en dehors du champ réservé à l'élection, le Kolo, ce qui affectait d'illégalité ce vote. L'abbé prévint Versailles en ces termes : « Voilà, Sire, ce que nous avons fait malgré l'opposition de trois généraux et l'infidélité d'un quatrième. Enfin, Monseigneur le prince de Conti est élu par les trois-quarts de la république et l'autre quart par pur désespoir a élu un autre prince que l'on ne pouvait prévoir.» Le 1er juillet, il se justifiait en ajoutant : « Vous voyez en quel état sont les affaires de Pologne. S'il [Conti] avait été ici ou dans le voisinage et si les millions de la République avait été comptants comme nous l'avions toujours demandé, la double élection ne se serait pas faite ou du moins elle n'aurait pas duré au lieu que présentement, nous nous trouvons avec un titre incontestable sans argent et sans roi, pendant que l'Électeur est aux portes avec des troupes et l'assistance de tous les États voisins au Royaume, intéressés à le soutenir [6] ». En effet, fort de cette élection douteuse, l'Électeur de Saxe pénétra en Pologne avec ses troupes et alla se faire couronner à Cracovie par ses partisans.

S'étant enfin décidé à partir, escorté par l’escadre de Jean Bart [7], le prince de Conti arriva au large de Dantzig le 26 septembre. Ses premières paroles aux envoyés polonais venus l'accueillir furent pour se plaindre que sa cause avait été mal présentée et qu'il souhaitait rétablir la vérité. Il descendit deux fois à terre pour rencontrer ses partisans. L’assemblée de la noblesse de Haute Pologne déclara légitime l’élection du prince de Conti, demanda à son concurrent saxon de quitter le territoire, mais l’Électeur refusa de se plier à cette exigence. Le 17 octobre, la diète de confirmation proclama à nouveau roi le prince français. Mais, elle fut obligée de lever séance devant l'approche des troupes de l'Électeur. Le général saxon Brandt, à la tête d'une troupe assez nombreuse, effectua un raid sur les environs de Dantzig. Le prince de Conti, dépourvu de troupes et menacé par les raids saxons et par la crainte du retour des glaces dans le Sund, décida de repartir avec l’escadre de Jean Bart.

L'abbé de Polignac victime de la raison d'État[modifier | modifier le code]

L'abbé de Polignac, sur ordre du roi, a payé de quelques années d'exil à Bonport l'échec de la diplomatie française dans cette tentative de s'immiscer dans les affaires de Pologne pour embarrasser l'Autriche qui, associée à l'Angleterre, menait depuis une dizaine d'années la guerre aux frontières du royaume de France. Mais était-t-il le seul coupable ? Dans son Histoire de la marine française où il a traité de l’affaire de Pologne. Eugène Sue a fait valoir que, nonobstant la raison d’Etat qui a manifestement prévalu dans la conclusion française de cette affaire et que de nombreux historiens ont repris à leur compte en répétant « l’accusation portée par Louis XIV contre M. de Polignac », et en le rendant «  responsable et solidaire du mauvais succès du prince de Conti », on peut également conclure que « M. de Polignac n’eut aucun tort dans cette affaire : qu’il assura au contraire l’élection de M. le prince de Conti ». En effet, ce dernier n'y a-t-il pas aussi une part de responsabilité en raison de son peu d'enthousiasme à s'éloigner de la cour laissant ainsi toute latitude aux manœuvres d'Auguste de Saxe pour s'emparer par un coup de force de la couronne qui aurait du lui échoir ? Et Louis XIV, lui même, n'a-t-il pas fait preuve de légèreté en s'engageant dans cette opération d'influence sans avoir la possibilité de donner à l'abbé les moyens financiers qui lui aurait permis de contrer les libéralités financières grâce auxquelles Auguste de Saxe a pu se constituer un parti acquis à sa cause à la veille de l'élection? La question reste pendante.

Le deuxième séjour à Rome[modifier | modifier le code]

Rentré en grâce en 1700, il est élu à l'Académie française en mai 1704. En 1706, sur l'intervention de son ami le marquis de Torcy, secrétaire d’État aux Affaires étrangères, qui souhaitait l'éloigner des perfidies de la cour afin de le préserver, il fut désigné comme auditeur de Rote et rejoignit Rome où il resta jusqu'en 1709, tenant informé le roi des multiples affaires qui agitaient la ville sainte et notamment de l'ingérence de plus en plus préoccupante des Allemands dans les affaires de la péninsule. Outre ses activités à la Rote, il lui fut également demandé de profiter de ses relations avec le Saint Père pour encourager celui-ci à maintenir sa condamnation de la doctrine janséniste tout en se gardant de trop interférer dans les affaires de l'église de France dont une partie soutenait les jansénistes À la suite du décès de Charles-Maurice Le Tellier en 1710, il obtint la charge de grand-maître de la Chapelle royale qu'il conservera jusqu'en 1716[8]. C'est grâce à sa générosité qu'en 1712, alors qu'il est auditeur de la Rote romaine, que l'Église Saint-Louis-des-Français à Rome est restauré[9]; il fait ajouter une nouvelle aile, qui comprend la fameuse Galerie des Rois.

La négociation réussie de la paix d'Utrecht[modifier | modifier le code]

A la fin de l'été 1709, il est rappelé de Rome par Louis XIV qui a en tête de l'associer au maréchal d'Huxelles comme plénipotentiaire aux entretiens préliminaires à la signature d'une paix générale à la guerre dite de la Succession d'Espagne qui allaient se tenir à Gertruydenberg, petite localité des Provinces-Unies. Il y restera de mai à juillet 1710 mais cette négociation n'aboutit pas en raison notamment de l'intransigeance hollandaise. En janvier 1712, il est l'un des négociateurs français des traités d'Utrecht (1713) en compagnie du maréchal d'Huxelles et de Nicolas Mesnager. Bien que second par ordre protocolaire de ce trio, il en était en réalité le plus expérimenté. Leurs adversaires ne s'y étaient pas trompés puisqu'ils écrivaient : « I Believe, I told, your Lordship, once before that M de Polignac is really most in the secret of his court » [10]. Alternant souplesse et fermeté, l'abbé de Polignac et ses alter ego surent utiliser avec intelligence les divisions du camp adverse et la victoire magistrale de Denain, remportée en 1712 sur le prince Eugène par le maréchal de Villars, pour amener en avril 1713 à la signature d'un traité de paix qui préservait relativement les intérêts de la France. Créé cardinal in pectore le 18 mai 1712 par le pape , sa nomination fut rendue public le 30 janvier 1713. Désormais, auréolé du succès d'Utrecht, richement doté par le roi qui le fit en 1713 abbé commendataire de l'abbaye de Corbie et invité régulièrement à participer à ses séjours à Marly, le cardinal fut un personnage reconnu de la cour et consulté fréquemment sur les grands dossiers de politique étrangère ou religieuse. Impliqué par le roi dans la résolution du conflit né au sein de l'église de France entre les jansénistes soutenus par l'archevêque de Paris, le cardinal de Noailles, et les partisans de la Bulle Unigenitus qui condamnait-ceux ci, il n'arriva pas à convaincre les parties adverses et manqua d'y perdre son crédit. La mort du roi, en août 1715, lui permit de quitter habilement ce champ de bataille. En juin 1715, il est doté de l'abbaye d'Anchin, De grandes perspectives de carrière s'offraient alors à lui. Malheureusement, il s'opposa à la politique pro-anglaise du Régent et de son principal ministre, le cardinal Dubois. Sans doute, par fidélité à Louis XIV, mais surtout influencé par ses relations avec la duchesse du Maine,(étant son amant) qui cherchait à se venger de l'écartement de son mari du pouvoir par le Régent, il s'engagea à son côté dans le soutien à la cause des princes légitimés et il se laissa imprudemment impliquer dans Conspiration de Cellamare à la fin de 1718[11]. Ce complot fomenté par l'Espagne visait à éloigner le régent du pouvoir, pour le remplacer par le petit-fils de Louis XIV, devenu en 1701 roi d'Espagne sous le nom de Philippe V. Il fit alors à nouveau l'objet d'une mesure d'exil, cette fois dans son abbaye d'Anchin, car il ne pouvait être arrêté en raison de sa qualité de cardinal [11].

Le troisième séjour à Rome[modifier | modifier le code]

Melchior de Polignac Copie par atelier Rigaud

Il fut ordonné prêtre en 1722, reçut le titre de cardinal-diacre en septembre 1724, puis de cardinal-prêtre de S. Maria in Via en novembre 1724. Toutefois, dès la mort du régent et son remplacement par le duc de Bourbon, il fut rapidement remis en selle par le nouveau pouvoir et envoyé en Italie afin de participer au conclave de 1724 . Il concourut alors efficacement à l'élection de Benoît XIII. Il demeura ensuite à Rome comme chargé d'affaires de la France auprès du Saint Siège jusqu'en 1732. Au cours de cette ambassade, il eut à s'occuper de nombreuses affaires, notamment de celle du renvoi en Espagne de l'infante Marie-Anne-Victoire qui, âgée de 3 ans, avait été fiancée à Louis XV. Il fut également rattrapé par le dossier du conflit entre les jansénistes et les partisans de la Bulle Unigenitus. Il eut enfin à favoriser l'obtention du chapeau de cardinal à l'abbé de Fleury, évêque de Fréjus, ancien précepteur du roi et successeur duc de Bourbon dans la charge de premier ministre. En 1725, il inaugura l'escalier monumental de la Trinité-des-Monts conçu par Francesco de Sanctis et Alessandro Specchi[12]. Le 19 mars 1726 Benoît XIII vint consacrer dans l'église Saint-Louis-des-Français le cardinal de Polignac, préconisé archevêque d'Auch; le Pape eut pour assistant dans cette cérémonie les cardinaux Ottoboni et Gualtieri[13]. En dehors de ces travaux diplomatiques, son ambassade lui permit de donner libre cours à sa passion pour les antiquités romaines. Il entreprit des recherches dans Rome, participa à la découverte de sculptures antiques et ainsi se constitua une collection qu'il transporta ensuite à Paris pour l'installer dans son hôtel de la rue de Varenne. Protecteur de l'académie de France [14], il fut aussi un ambassadeur fastueux et il s'investit dans son rôle de représentation en donnant de grandes fêtes. Les plus connues furent celles qui eurent lieu pour le mariage de Louis XV et, en 1729, pour la naissance du Dauphin. En 1730, il participa à nouveau à l'élection du successeur de Benoit XIII, le pape Clément XII qui n'était pas son candidat. Durant les deux dernières années de son ambassade, il eut encore à s'occuper des suites de l'affaire de la Bulle Unigenitus, mais affaibli physiquement et ayant compris qu'il n'était plus appuyé par le cardinal Fleury, il demanda son retour en France.

Retour à la cour et mort à Paris[modifier | modifier le code]

Rentré en France en 1732, il consacre ses dernières années à l'administration de l'archidiocèse d'Auch auquel il avait été nommé en 1726. En 1733 il est fait commandeur de l'ordre du Saint-Esprit par le roi Louis XV. Une autre préoccupation dans ses dernière années lui vient de son frère, le vicomte de Polignac, qui avait épousé la fille de la cousine germaine de Madame de Maintenon et avait de grands besoins d'argent. En 1717, ce frère avait été emprisonné à Vincennes en raison d'un mémoire en faveur des princes légitimés qu'il avait signé. Melchior de Polignac meurt le 20 novembre 1741 et est inhumé à l'église Saint-Sulpice, sa paroisse à Paris.

Portrait[modifier | modifier le code]

Selon Saint-Simon[modifier | modifier le code]

Le duc de Saint-Simon qui ne l'aimait pas dresse un portrait de l'abbé de Polignac vers la fin de 1705 dans lequel l'esprit caustique du mémorialiste transparaît :

« Il me semble que c’est le dernier des grands prélats de l’Église gallicane qui fasse profession d’éloquence en latin comme en françois, et dont l’érudition soit très-étendue. Il n’y a plus que lui qui, ayant pris place parmi les honoraires dans l’Académie des belles-lettres, entende et parle le langage des savants qui la composent. Il s’exprime sur les matières d’érudition avec une grâce et une noblesse qui lui sont propres. La conversation du cardinal est également brillante et instructive. Il sait de tout, et rend avec clarté et grâce tout ce qu’il sait ; il parle sur les sciences et sur les objets d’érudition comme Fontenelle a écrit ses Mondes, en mettant les matières les plus abstraites et les plus arides à la portée des gens du monde et des femmes, et les rendant dans des termes avec lesquels la bonne compagnie est accoutumée à traiter les objets de ses conversations les plus ordinaires. »

— Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, Mémoires[15]

L'homme de lettres[modifier | modifier le code]

Il est élu en 1704 membre de l'Académie française au siège de Bossuet. Il y devient l'un des principaux acteurs de l'exclusion de l'abbé de Saint-Pierre. Il est également élu membre de l'Académie des sciences en 1711 et de l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres en 1717.

Il fréquenta les salons littéraires et les fêtes des Grandes Nuits de Sceaux de la duchesse du Maine, dans le cercle des chevaliers de l'Ordre de la Mouche à Miel, au Château de Sceaux.

Il est notamment l'auteur d'un poème latin de plus de dix mille vers, Anti-Lucretius (1745), traduit en français en 1749 par Jean-Pierre de Bougainville, secrétaire perpétuel de l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres, puis traduit en vers français en 1786 par François-Joseph Bérardier de Bataut. C'est une critique des idées religieuses de Pierre Bayle et de ses disciples, qui joua un certain rôle dans la lutte philosophique. Polignac a rédigé ce texte dans les années 1694, après son retour de Pologne, dans son abbaye de Bonport.

Voltaire, dont les compliments sont rares envers les hommes d'Église, le considère comme un éminent latiniste, dans son Siècle de Louis XIV, publié en 1751.

« L'abbé de Polignac était aussi bon poète latin qu’on peut l’être dans une langue morte ; très éloquent dans la sienne ; l’un de ceux qui ont prouvé qu’il est plus aisé de faire des vers latins que des vers français. Malheureusement pour lui, en combattant Lucrèce, il combat Newton. »

— Voltaire, Catalogue de la plupart des écrivains français qui ont paru dans le Siècle de Louis XIV, pour servir à l’histoire littéraire de ce temps

Le diplomate[modifier | modifier le code]

De ses premiers pas à Rome en 1690, quand il doit répondre de l'assemblée du clergé de France de 1682, Melchior de Polignac se distingue comme un fin diplomate. Ayant acquis une immense réputation grâce à son Anti-Lucrèce, dont il ne livrait pourtant que des bribes, il est considéré avec respect, par certains courtisans plus jeunes, comme Montesquieu, mais craint comme un rival par d'autres, comme Saint-Simon[16]. Sa fermeté lui obtient un gain de cause en 1712 quand il négocie avec succès la paix d'Utrecht. Il saura jouer de son influence à Rome, pour faire élire le pape Benoît XIII, et défendre l'honneur de la France dans la Ville éternelle à l'heure de la crise du jansénisme. Ces qualités, associées à son art de la persuasion et à une souplesse d'esprit qui lui permettait bien souvent de contourner la difficulté pour arriver à ses fins, ont contribué à faire du cardinal de Polignac, comme l'affirme l'historien Lucien Bély, le modèle de l'ambassadeur de ce début du XVIII° siècle.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • E de Bastard, Négociations de l'abbé de Polignac en Pologne pour l'élection du prince de Conti. Auxerre 1864.
  • David de La Bizardière, Histoire de la scission ou division arrivée en Pologne, le 27 juin 1697, au sujet de l'élection d'un roi. Paris 1699.
  • Chrysostome Faucher, Histoire du cardinal de Polignac. Paris 1780.
  • Général de Piepape, François de Bourbon-Conti et sa candidature au trône de Pologne (1696-1697), Revue des Deux Mondes. Histoire de la Marine Française, XVIIe siècle, Jean Bart, Bonnaire éditeur.1836.  
  • Marie-Hélène de Polignac, La mission de l'abbé de Polignac en Pologne au travers des dépêches diplomatiques (1693-1697) Imprimerie Jeanne d'Arc, Le Puy en Velay, 2015.
  • Ulysse Rouchon, La mission du cardinal Melchior de Polignac à Rome (1724-1732) Paris, Edouard Champion Editeur, 1927

Compléments[modifier | modifier le code]

Blasonnement[modifier | modifier le code]

Les armes du Cardinal de Polignac reprennent celles de sa famille : Fascé d'argent et de gueules de six pièces[17].

Postérité[modifier | modifier le code]

Collections[modifier | modifier le code]

Un inventaire de ses biens est dressé de son vivant, en 1738 Parmi ses tableaux on relève une suite des huit Arts libéraux de Nicolas Fouché. Frédéric II de Prusse achète à sa mort ses collections d'objets d'art, de statues et de médailles. Elle se trouve au château de Sans Souci à Postdam où elle peut encore être admirée.

Descendance[modifier | modifier le code]

Bien que n'ayant pas eu de descendance propre, il est le premier membre de la Maison de Polignac à donner un rayonnement national et européen à sa famille. L'actuel prince régnant à Monaco, le prince Albert II, petit-fils de Pierre de Polignac, est son arrière-petit-neveu au 8e degré.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Baptiste Capefigue et Ligaran, La duchesse Gabrielle de Polignac et les amies de la reine : Les derniers jours de Trianon, Ligaran, (ISBN 9782335167382, lire en ligne), Chapitre V : Les origines de la famille de Polignac.
  2. Marie Casimir Louise de la Grange d'Arquien (1641-1716)
  3. François-Louis de Bourbon-Conti (1664 -1709). Prince du sang membre de la branche cadette de la Maison de Condé. Brillant soldat, il participa à la guerre de la Ligue d’Augsbourg contre l’Autriche sous les ordres du Maréchal de Luxembourg et en particulier aux batailles de Steinkerque et de Nerwinden. Mais il avait des sentiments pour la duchesse de Bourbon, fille adultérine de son souverain avec la duchesse de Montespan, dont il répugnait à se séparer trop longtemps ce qui explique ses atermoiements concernant la Pologne.
  4. Jerzy Lubomirski
  5. Lettre de l'abbé de Polignac datée du 17 Juillet 1696. Archives diplomatiques du ministère des Affaires étrangères.
  6. Lettre de l'abbé de Polignac au marquis de Torcy, secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères de Louis XIV, en date du 1er juillet 1697. Archives diplomatiques du ministère des Affaires étrangères
  7. Le corsaire le plus connu du règne de Louis XIV. Il était entré très jeune dans la marine royale. Célèbre par ses conquêtes de frégates anglaises et hollandaises lourdement chargées en blé dont il ramenait les prises à Dunkerque pour nourrir le peuple de Paris affamé. Sa dernière mission fut à Dantzig en Pologne pour conduire le prince de Conti élu roi par la Diète. Jean Bart mécontent de l’accueil fait par la ville à son escadre se saisit de sept vaisseaux appartenant à des armateurs de la ville ce qui exacerba la colère des habitants de cette ville contre la France et son candidat
  8. Catherine Massip, Michel-Richard Delalande ou Le Lully latin, p. 35, Éditions Papillon, Drize en Suisse 2005.
  9. Albert d' Armailhacq, L'Eglise nationale de Saint Louis des Français à Rome : notes historiques et descriptives, Rome : Impr. de la Paix, P. Cuggiani, (lire en ligne), p. 56.
  10. Lettres et Correspondances publiques et privées du Lord Vicomte Bolingbroke tome II p175
  11. a et b Correspondance de Madame, duchesse d'Orléans.
  12. (en) Tyler Lansford, The Latin Inscriptions of Rome: A Walking Guide, JHU Press, (ISBN 9780801891496, lire en ligne), p. 318-319.
  13. Albert d' Armailhacq, L'Église nationale de Saint Louis des Français à Rome : notes historiques et descriptives, Rome, Impr. de la Paix, P. Cuggiani, (lire en ligne), p. 57.
  14. Crée par Colbert, dite de nos jours Villa Médicis, cette institution a pour but d'offrir aux jeunes artistes français la possibilité de se perfectionner dans leur art au contact des artistes italiens de l'Antiquité et de la Renaissance
  15. Vol. 5-6, p. 453.
  16. Lucien Bély, « Le cardinal de Polignac, courtisan ou négociateur ? », Cahiers Saint Simon, vol. 22, no 1,‎ , p. 7–16 (ISSN 0409-8846, DOI 10.3406/simon.1994.1203, lire en ligne, consulté le 28 novembre 2018).
  17. Rémi Mathis, « L’estampe comme base d’un travail héraldique. Les recueils d’armoiries de l’enlumineur Alexis Naquet (1722-1730) », Nouvelles de l’Estampe, Comité National de la Gravure Française, 2016, p. 22-35.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]