Château de Gonneville

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Château de Gonneville
Château de Gonneville (2).JPG
Vue septentrionale.
Présentation
Type
Fondation
XIVe siècleVoir et modifier les données sur Wikidata
Reconstruction
XVIe siècle-XVIIe siècleVoir et modifier les données sur Wikidata
Patrimonialité
Inscrit MH (partie en )Voir et modifier les données sur Wikidata
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Localisation
Adresse
Coordonnées

Le château de Gonneville est un ancien château fort, du début du XIVe siècle, reconstruit aux XVIe et XVIIe siècles et remanié au XIXe siècle, qui se dresse sur l'ancienne commune française de Gonneville au sein de la commune nouvelle de Gonneville-Le Theil dans le département de la Manche, en région Normandie.

Le château est inscrit partiellement aux monuments historiques.

Localisation[modifier | modifier le code]

Le château est situé, dans un creux d'un vallon boisé[note 1], à proximité ouest de l'église Saint-Martin de Gonneville, dans le département français de la Manche.

Historique[modifier | modifier le code]

Le château de Gonneville est le plus vieux de la région du Val de Saire, centre de la seigneurie éponyme, l'une des plus anciennes du Cotentin qui est signalée dès le début du Xe siècle. Le nom de Gonneville viendrait de celui d'un viking nommé Gunulf. Un premier château important existe au XIIe siècle. Le château est à la fin du XIe siècle la possession de Baudoin, comte de Meules, compagnon de Guillaume le Conquérant, époux d'une nièce de ce dernier[2].

Aux XIIe et XIIIe siècles, le château est entre les mains de la famille de Reviers-Vernon[2]. En 1194, puis en 1203, à la fin novembre ou début décembre, Jean sans Terre y dort avec son escorte[2], avant de rembarquer définitivement le à Barfleur pour l'Angleterre, abandonnant la Normandie au roi de France, Philippe Auguste. Le château était alors la possession de Richard II de Reviers-Vernon ( 1230)[3].

Il ne subsiste à ce jour aucun vestiges visibles de ce château[4].

Un second château est construit au début du XIVe siècle par Richard de Courcy. Il en reste, au fond du jardin et au bord de la route au nord de l'entrée, deux tours, et certainement le donjon carrée ainsi que la poterne d'entrée[4]. La nièce de Richard, Jeanne de Courcy, hérite de Gonneville, et épouse Gilbert de Malesmains, cousin de Bertrand du Guesclin, dont la mère était née Jeanne de Malesmains. Gonneville passe à la famille de Rohan, à la suite du mariage de la fille de Gilbert de Malesmains avec Olivier IV de Rohan-Montauban[2]. En 1417, Robert de Montauban, seigneur de Gonneville, alors que la Normandie est occupée par les Anglais, fidèle au roi de France, abandonne son château[5].

Au début du XVIe siècle, Gonneville est la possession de Catherine de Rohan, qui avait épousé René de Volvire, baron de Ruffec. En 1527, Catherine de Rohan, baronne de Ruffec, vend Gonneville pour 9 500 livres tournois à Jean La Guette, trésorier extraordinaire du roi. À la suite d'un déficit dans ses comptes de 236 000 livres, ses biens, dont Gonneville, sont saisis. Marie Saligot, sa femme échangera Gonneville, avec Henri II, contre sa terre de Montceaux sise à côté de Meaux[2],[note 2].

En 1559, le château médiéval passe à Olivier de Pirou, seigneur de Fermanville[6].

Le corps principal du château actuel est probablement bâti dans la seconde moitié du XVIe siècle par la famille de Pirou. Charlotte de Pirou, sœur de Jean Pirou marié à Jeanne Le Marquetel, mort sans descendant, hérite du château et le fait passer dans la famille Jallot de Beaumont, à la suite de son mariage, en 1584, avec Jean Jallot, sieur de Beaumont[7]. François de La Cour, seigneur du Tourps, y est tué le .

La construction est achevée au XVIIe siècle par Charles Jallot de Beaumont (1600-1673), d'azur au chevron d'argent chargé de trois merlettes de sable et accompagné de trois trèfles d'or, 2 en chef et 1 en pointe, qui fait édifier les communs de la cour d'entrée. En 1636, il épouse Suzanne Gigault de Bellefonds, d'azur au chevron d'or accompagné de trois losanges d'argent, 2 en chef et 1 en pointe[8].

Gonneville passe ensuite par héritage à la famille de Mesnileury, puis, en 1777, à la famille de Berruyer[note 3]. En , Jean-Nicolas de Berruyer quitte Gonneville avec sa famille et émigre. Leurs biens sont déclarés propriété nationale[9]. À leur retour d'émigration, deux filles de Jean-Nicolas, Anne-Louise-Henriette de Berruyer et Louise-Charlotte de Berruyer, après de longues démarches, purent récupérer le château et s'y installèrent en 1814. En 1842, les deux sœurs le revendent pour 100 000 francs à Madame Lambert[9]. Aglaé Lambert persuadée de l'existence d'un trésor, dès 1846, aidée de son fils, détruira une partie du château[note 4]. Bredouille et ruinée, elle le revend en 1849 à Mme de La Sausserie, marquise de Chivré, dont le mari, Médéric-Ferdinand de Chivré s'empresse de restaurer une partie de ce qui a été détruit[10]. Le château est occupé presque quatre ans par les allemands lors de la Seconde Guerre mondiale (jusqu'à 400 hommes, puis par les américains. En le maréchal Rommel y vient[9].

Les petites filles de Mme de Chivré, sans alliance, vendent, en 1954, la propriété à leurs amis, M. et Mme Nadal de Barthes de Montfort, qui le restaure et le modernise[9].

En 2018, le château était la possession de M. Nadal de Barthès de Montfort (1922-2018), ancien directeur général adjoint de la mutualité sociale agricole des Pyrénées-Orientales, qui l'avait acquis, avec son épouse Régine d'Elbée, nièce de René de Tocqueville, en viager le des demoiselles de Chivré, devant maître Fatôme, notaire à Saint-Pierre-Église. C'est seulement en 1983, qu'ils s'installeront définitivement au château, après 27 années de viager. Dès 1964, M. Nadal de Barthès de Montfort avait entrepris des travaux de rénovation[11].

Description[modifier | modifier le code]

Le château de Gonneville est précédé d'une avant-cour entourée de communs à simple rez-de-chaussée surmonté d'un grenier à toit en aigu, ornés de lucarnes[12], dont certaines s'ouvrent en ovale.

Du château médiéval, il subsiste le donjon carré à créneaux et mâchicoulis, haut de 17 mètres, orné d'une poivrière, en encorbellement qui abrite un escalier et dans le parc deux tours cylindriques à demi arasées du XIVe siècle[13]. L'une au bord du chemin, et l'autre, à demi-ruinée, dans le jardin ; datées de 1331 et construites par Richard de Courcy, seigneur de Gonneville[14].

Des douves larges et profondes entourent le château et la cour d'honneur à laquelle on accède par un châtelet du XIVe siècle à pont-levis, flanqué de pavillon massif aux angles. Le logis du XVIIIe siècle[13] (1717) est flanqué de deux tours d'angle. Au XIXe siècle[13], la propriétaire du château détruisit les courtines qui reliaient les tourelles dans l'espoir d'y trouver un hypothétique trésor. Sur l'avant-corps central de la façade ouest (la façade arrière), au-dessus de l'ancien pont-levis, sont sculptées les armes des Jallot et des Bellefonds. On retrouve les armes des Jallot sur une lucarne des communs, ainsi que la date de construction des bâtiments (1641). Les armes des Pirou[note 5], qui possédèrent le château au XVIe siècle, sont sculptées au-dessus de l'entrée du donjon, ainsi qu'à l'intérieur du logis à droite en entrant.

À l'intérieur, on peut voir dans la cuisine, un fourneau central (« potager ») à onze feux du XIXe siècle, transformé en radiateur.

Protection aux monuments historiques[modifier | modifier le code]

Sont inscrits aux monuments historiques par arrêté du [15] :

  • les façades et toitures du château, y compris les deux pavillons d'angle et les restes de l'ancien château (poterne, donjon, cinq tours) ;
  • les façades et toitures des communs, y compris la boulangerie et le fruitier ;
  • les douves avec leur pont.

Anecdote[modifier | modifier le code]

En 1940, Mme de Chivré, voyant son château réquisitionné par les troupes allemandes, donnera l'ordre de jeter l'argenterie dans les douves. En 1997, une équipe de tournage de Canal Plus, à l'aide de détecteurs de métaux retrouvera un couvercle de soupière en argent gravé aux armes de la famille, une dague et une médaille. Quid du reste de l'argenterie[10],[note 6]. En 1996, trente-huit pièces datant du Second Empire furent découvertes dans les douves au pied du pont.

Lieu de tournage[modifier | modifier le code]

Durant l'été 2000, le réalisateur Laurent Jaoui y tourna de nombreuses scènes de son téléfilm L'affaire Kergalen[10].

Visite et hébergement[modifier | modifier le code]

Les anciens communs du château (buanderie, écuries, etc.), ont été aménagés en gîtes de vacances. Une partie du château et du parc peuvent accueillir des réceptions. Les visites sont possibles l'été.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Sa situation, entièrement surplombé, aussi bien par l'avant que par l'arrière, limitait les tirs à poudre, malgré le nombre important de meurtrières de tir à feu de calibre réduit, dont il est pourvu, tentant de pallier cet inconvénient[1].
  2. Philibert y construira un château qui finira par échoir à Gabrielle d'Estrées, favorite d'Henri IV.
  3. La famille Berruyer portait : D'azur à trois coupes couvertes d'or, au lion de même en abîme[9].
  4. Notamment une tour et un corps de bâtiment la reliant au donjon et au château, ainsi que la chapelle, dont il subsiste la trace.
  5. Les Pirou portaient : de sinople à une bande d'argent accostée de deux cotices de même[6].
  6. Nadal de Montfort, avait en 1981, fait curer les douves par une entreprise et les boues entreposées près de l'étang dans lesquelles rien ne fut trouver.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Charles-Laurent Salch, Dictionnaire des châteaux et des fortifications du Moyen Âge en France, Strasbourg, Éditions Publitotal, , 28e éd. (1re éd. 1979), 1304 p. (ISBN 2-86535-070-3, OCLC 1078727877), p. 715 (Manche).
  2. a b c d et e Blasons du Clos du Cotentin, 1996, p. 64.
  3. André Davy, Les barons du Cotentin, Condé-sur-Noireau, Éditions Eurocibles, coll. « Inédits et introuvables du patrimoine Normand », , 319 p. (ISBN 978-2-91454-196-1), p. 124.
  4. a et b « Secrets de châteaux et manoirs - Cotentin - Saint-Lô - Coutances », La Presse de la Manche, no Hors-série,‎ , p. 34 (ISBN 979-1-0937-0115-8).
  5. Edmond Thin, Le Val de Saire : Trésors d'un jardin du Cotentin sur la mer, Éditions OREP, , 165 p. (ISBN 978-2-915762-82-2), p. 15.
  6. a et b Collectif, Blasons armoriés du Clos du Cotentin, Condé-sur-Noireau, Éditions Charles Corlet, , 214 p. (ISBN 2-85480-543-7), p. 61.
  7. Blasons du Clos du Cotentin, 1996, p. 62.
  8. Blasons du Clos du Cotentin, 1996, p. 63.
  9. a b c d et e Blasons du Clos du Cotentin, 1996, p. 65.
  10. a b et c Secrets de châteaux et manoirs, 2008, p. 36.
  11. Secrets de châteaux et manoirs, 2008, p. 35.
  12. Thin 2009, p. 104.
  13. a b et c Norbert Girard et Maurice Lecœur, Trésors du Cotentin : Architecture civile & art religieux, Mayenne, Éditions Isoète, , 296 p. (ISBN 978-2-913920-38-5), p. 77.
  14. Jean Barbaroux, Châteaux de la Manche, t. II, Région nord, Paris, Nouvelles Éditions Latines, , 30 p., p. 14.
  15. « Château », sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]