Annonciation

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Annonciation (homonymie).
Annonciation
L'Annonciation par Melozzo da Forlì
L'Annonciation par Melozzo da Forlì

Observé par les catholiques et les orthodoxes.
Type Célébration religieuse, Fête nationale libanaise.
Signification Commémoration de l'annonce faite à la Vierge Marie de sa maternité divine.
Date 25 mars (9 mois avant Noël), 7 avril chez les Coptes et les Arméniens [1].
Lié à Noël.

L’Annonciation est l'annonce faite à la Vierge Marie de sa maternité divine par l'archange Gabriel.

« Annonciations » dans la Bible hébraïque[modifier | modifier le code]

Avant d'être faite à Marie, l'Annonciation d'une grossesse miraculeuse est faite à Sarah, épouse d'Abraham (Genèse 18, 9-15). De même la cousine de Marie, Élisabeth est enceinte malgré son âge avancé (Luc 1, 5-25 & 57-80).

Évangile de Luc[modifier | modifier le code]

L'annonciation à Marie est relatée dans l'évangile selon Luc chapitre 1, 26-38[2].

« Au sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth, vers une vierge qui était fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph ; et le nom de la vierge était Marie. Étant entré où elle était, il lui dit : « Salut, pleine de grâce ! Le Seigneur est avec vous ; [vous êtes bénie entre les femmes]. » Mais à cette parole elle fut fort troublée, et elle se demandait ce que pouvait être cette salutation. L’ange lui dit : « Ne craignez point, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. Voici que vous concevrez, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n’aura point de fin. » Marie dit à l’ange : « Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais point l’homme ? » L’ange lui répondit : « L’Esprit-Saint viendra sur vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C’est pourquoi l’être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu. Et voici qu’Élisabeth, votre parente, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse, et ce mois-ci est le sixième pour elle que l’on appelait stérile, car rien ne sera impossible pour Dieu. » Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur : qu’il me soit fait selon votre parole ! » Et l’ange la quitta.» [3]

Ainsi, Jésus-Christ a « été conçu du Saint-Esprit », et « est né de la Vierge Marie » (symbole des Apôtres)[4]. C'est donc pourquoi on peut dire que le Christ est à la fois « Vrai Dieu » et « Vrai Homme ».

Une lecture critique du récit évangélique[modifier | modifier le code]

Paul Verhoeven, membre du Jesus Seminar, souligne certaines incohérences dans le récit des Évangiles ; ces contradictions doivent selon lui conduire à mettre en doute l'idée d'une conception surnaturelle de Jésus. Si le miracle de la fécondation par l'Esprit saint avait été connu des parents et des frères de Jésus, écrit Verhoeven, « on ne comprendrait pas pourquoi plus tard, lorsque Jésus se met à pratiquer des exorcismes, sa famille s'oppose à lui, pense qu'il est fou et tente par la force de la traîner à Nazareth [Marc, III, 21, 31-35]. L'incrédulité des frères de Jésus, soulignée par l'Évangile de Jean [Jean, VII, 1-5}, est incompréhensible s'ils sont au courant du miracle de sa conception[5] ».

Coran[modifier | modifier le code]

Le récit coranique reprend l'épisode de l'annonciation dans la sourate 19, versets 17-21. Selon Guillaume Dye, le Coran suit ici le Protévangile de Jacques, apocryphe chrétien du IIe siècle[6]. Le texte est le suivant :

« Nous [Dieu] lui envoyâmes Notre Esprit (Gabriel), qui se présenta à elle sous la forme d'un homme parfait.

18. Elle dit : "Je me réfugie contre toi auprès du Tout Miséricordieux. Si tu es pieux, [ne m'approche point].

19. Il dit : "Je suis en fait un Messager de ton Seigneur pour te faire don d'un fils pur".

20. Elle dit : "Comment aurais-je un fils, quand aucun homme ne m'a touchée, et je ne suis pas prostituée? "

21. Il dit : "Ainsi sera-t-il! Cela M'est facile, a dit ton Seigneur! Et Nous ferons de lui un signe pour les gens, et une miséricorde de Notre part. C'est une affaire déjà décidée"».

Histoire liturgique[modifier | modifier le code]

Jusqu'à l'époque de Justinien (530-550), il n'y pas d'autre fête mariale que la « mémoire de Marie » dans l'octave de la Noël[7]. Justinien a imposé partout en Orient la célébration de l'Hypapante le 2 février au lieu du 14, quarante jours après la Nativité du Christ, qui fut définitivement placée le 25 décembre au lieu du 6 janvier, par son successeur Justin II. Les siècles suivants sont adoptées d'autres fêtes mariales, la fête de l'Assomption (15 août) et la Nativité de Marie (8 septembre). C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre l'insertion dans le calendrier liturgique de la fête du 25 mars (correspondant au jour de l'équinoxe de printemps dans le calendrier romain) comme fête de l'Annonciation (placée symboliquement neuf mois avant celle de Noël) qui est fixée dans la seconde moitié du VIIe siècle[8].

La tradition chrétienne occidentale a fixé d'autres événements au jour du 25 mars : premier jour de la création du monde, chute d'Adam et Ève, sacrifice d'Isaac, mort du Christ sur la croix, Jugement dernier[9].

Basilique de l'Annonciation[modifier | modifier le code]

À Nazareth, la basilique catholique de l'Annonciation est la plus grande des églises du Moyen-Orient et l'un des hauts lieux de la chrétienté. Elle a été inaugurée en 1964 par le pape Paul VI et consacrée en 1969 sur le site d'églises plus anciennes, elles-mêmes édifiées, à partir du IVe siècle, sur une grotte identifiée comme celle de l'Annonciation, à l'endroit même où selon la tradition chrétienne l'archange Gabriel apparut à Marie pour lui annoncer qu’elle portait l’enfant Jésus.

Fête chrétienne[modifier | modifier le code]

Melchior Broederlam, L'Annonciation, 1398.

Cet événement biblique est célébré par les catholiques et les orthodoxes. Célébré le 25 mars (neuf mois avant Noël) par la tradition chrétienne, l'anniversaire de l'Annonciation correspond aux anniversaires des morts d'Adam et de Jésus. Si le 25 mars est un dimanche, la fête est décalée au lundi 26. Et si le 25 mars tombe pendant la semaine sainte ou la semaine de Pâques (autrement dit si Pâques a lieu avant le 2 avril), alors l'Annonciation est décalée au deuxième lundi après Pâques[10].

L'annonciation est un des mystères centraux du culte chrétien. C'est en effet le moment où le divin s'incarne en homme : l'ange Gabriel annonce à Marie son nouveau statut de mère du Fils de Dieu, et lui explique qu'elle portera un enfant en son sein tout en restant vierge. C'est l'origine de la croyance en une conception virginale qu'il ne faut pas confondre avec le dogme de l'immaculée conception qui est propre au catholicisme (il est rejeté explicitement par la plupart des protestants et des orthodoxes, tout en étant souvent laissé à leur libre appréciation par leurs églises et communautés respectives). Autrement dit, comme l'ont expliqué les théologiens, une femme juive vivant sous la loi de Moïse accepte d'introduire dans le monde celui qui mourra pour les péchés des hommes, c’est-à-dire que la loi, tout en restant valide, cesse d'être le principe théologique essentiel, et laisse la place au salut. Pour cette raison, l'annonciation est le moment où est lavé le péché originel d'Adam et Ève. Une femme pure met au monde le Christ, et lave le péché d'impureté d'Ève. La tradition théologique souligne même que la formule latine prononcée par Gabriel « Ave Maria » contient le nom d'Ève inversé (ave / Eva, en latin) et rend visible le sens même de l'annonciation. Dans le texte original de l'Évangile en grec, la salutation de Gabriel est XAIPE, c’est-à-dire « Réjouis-toi ! » : l'Annonciation est un message de joie et de libération. Mais cette libération est potentielle, elle ne s'accomplit effectivement que par la Croix et la Résurrection.

Fête nationale libanaise[modifier | modifier le code]

Le gouvernement libanais a décrété le jour de l'Annonciation jour de fête nationale, illustrant l'unité islamo-chrétienne, puisque l'Annonciation est citée dans l'Évangile et le Coran.

Personnes et institutions dédiées à la fête[modifier | modifier le code]

  • Prénoms féminins faisant référence à l'Annonciation :
    • Évanghélia, Évangéline (Annonciation se dit Evanghelismos en grec).
    • Annuciata, Annonciade.

Le thème dans l'art[modifier | modifier le code]

L'Annonciation est un des thèmes privilégiés de l'art chrétien, tant byzantin qu'occidental.

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir
Article détaillé : L'Annonciation dans les arts.

Il existe en peinture une autre Annonciation faite à Marie plus rare dite aussi Seconde Annonciation[11] , celle de sa mort prochaine, par le même ange Gabriel :

Iconographie[modifier | modifier le code]

Annonciation dans le livre d'heures de Marie de Bourgogne (1477).

Marie se doit d'être présente comme « annoncée » et l'archange Gabriel comme « annonciateur » ; Dieu le Père peut être présent ou être précédé des anges dans les cieux ; le Saint-Esprit sous la forme d'une colombe se trouvera entre les deux principaux protagonistes. Marie, surprise souvent dans sa lecture des textes, est dans sa maison, proche de son jardin clos (hortus conclusus)[12]...

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jorge Isaacs, María, Éditions Beauchesne, , p. 99.
  2. évangile selon Luc, chapitre 1 - 26-38 Sur le site bible.catholique.org.
  3. Traduction chanoine Crampon, édition numérique Richard Bourret.
  4. Voir aussi catéchisme de l'Église catholique, numéros 484 à 486.
  5. Paul Verhoeven, Jésus de Nazareth, trad. par A-L Vignaux, 2015, p.55-56.
  6. Jésus et l'islam. Documentaire de Jérôme Prieur et Gérard Mordillat diffusé sur Arte en 2015 ; 3e épisode.
  7. M. Jugie, "Homélies mariales byzantines. Textes grecs édités et traduits en latin", II, Patrologia Orientalis 19 (1925), 289-526, p. 308.
  8. Philippe Rouillard, Les fêtes chrétiennes en Occident, Éditions du Cerf, , p. 47.
  9. Philippe Rouillard, op. cit., p. 48.
  10. Catholic Encyclopedia (1913)/Feast of the Annunciation of the Blessed Virgin Mary, Volume 1, Holweck, Frederick George (1907), New York: Robert Appleton Company.
  11. L’Annonciation à la Vierge de sa mort prochaine Sur le site latribunedelart.com, tableau de Paulus Bor, musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.
  12. Daniel Arasse, L'Annonciation italienne, une histoire de perspective.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Daniel Arasse, L'Annonciation italienne. Une histoire de perspective, éditions Hazan, 1999, 2000 (ISBN 9782754104531).
  • Michel Feuillet, L'Annonciation sous le regard des peintres, éditions Mame Présentation du livre.
  • Revue Graphé no 12 (2003) - L'Annonciation - directeur adjoint : Jean-Marc Vercruysse, maître de conférences en langue et littérature latines, domaines de recherche en patristique : herméneutique biblique.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]