Premier soulèvement serbe

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Georges Petrović, dit Karageorges ("Georges le Noir"), héros de la Première révolte serbe contre les Turcs


La Première révolte serbe contre les Turcs, en serbe cyrillique Први српски устанак, eut lieu de 14 février 1804 à 7 octobre 1813, après plus de trois cents ans d’occupation ottomane. Elle fut écrasée en 1813, mais la répression qui s’ensuivit donna lieu à la Seconde révolte serbe de 1815 qui conduisit à l’autonomie puis à l’indépendance de la Serbie.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Le sentiment national serbe[modifier | modifier le code]

Malgré des siècles d'occupation ottomane, la conscience nationale serbe était toujours vivace, entretenue par l'Église orthodoxe, les serbes étant restés chrétiens malgré trois siècles d'occupation ottomane. Les traditions familiales subsistaient comme la Slava, les chansons populaires et les récits épiques serbe célébrant la grandeur de la Serbie au temps des Nemanjić. Dans les dernières décennies du XVIIIe siècle, des livres d'histoire avaient été rédigés, comme l'Histoire de la Serbie de Jovan Rajić (1794).

Les suites de la guerre austro-ottomane[modifier | modifier le code]

Après la défaite de la Sublime Porte dans la guerre austro-ottomane de 1788-1791, les Serbes prirent conscience qu’un soulèvement pouvait être couronné de succès. Les serbes de Voïvodine servaient en tant que "corps francs" pour le compte des Autrichiens et avaient déjà l'expérience des armes et des tactiques militaires. Ils se préparèrent dès lors au soulèvement de milliers d'entre en utilisant les nombreuses armes dissimulées après la guerre. Les riches marchands serbes de l'empire d'Autriche quant à eux financèrent l'armement de rebelles serbes en territoire ottoman[1].

En 1793 et 1796, devant le mécontentement croissant de la population serbe encore sous le joug ottoman, le sultan Selim III donna plus de droits à ce qu'on appelait alors le pachalik de Belgrade. Les taxes seraient désormais prélevées par des notables locaux appelés « princes » (knez). La liberté de commerce et la liberté religieuse étaient garanties. Les janissaires durent quitter le sandjak de Smederevo (autre nom du pachalik de Belgrade).

Le pacha Hadži Mustafa créa une milice de notables serbes, destinée à lutter contre les janissaires. Elle allait constituer un embryon d'armée nationale.

Le retour des janissaires[modifier | modifier le code]

Dahias & Mustapha Pasa.jpg

Cependant la Sublime Porte connaissait des difficultés. Napoléon Bonaparte avait entamé la campagne d'Égypte.

Le 30 janvier 1799, pour calmer l'agitation qui secouait son empire, le sultan Selim III autorisa le retour des janissaires dans le sandjak de Smederevo.

Ces janissaires se montrèrent de jour en jour plus indépendants à l’égard du pouvoir central d’Istanbul. Ils assassinèrent un notable de la ville de Šabac, Ranko Lazarević (frère du pope Luka Lazarević, futur gouverneur de Šabac et chef de la cavalerie de Karageorges). En 1801, ils tuèrent le pacha de Belgrade, Hadji Mustafa. Les droits récemment garantis au pays furent suspendus : les terres furent confisquées, les taxes augmentées, le travail forcé fut réintroduit en Serbie. Les janissaires firent ainsi régner la terreur et beaucoup de Serbes prirent la fuite.

En revanche, d'autres commencèrent à se révolter, notamment dans la Šumadija, et devinrent Haïdouk (chefs rebelles). Parmi les rebelles, il faut citer notamment Stanoje Glavaš et les deux frères Nenadović, Jakov et Mateja.

Le massacre des Princes[modifier | modifier le code]

Par mesure de rétorsion, le 4 février 1804, les janissaires firent arrêter et tuer 70 notables serbes. Cet événement, connu sous le nom de Massacre des notable ou Massacre des Princes (seča knezova) devait répandre la terreur ; il donna en fait le signal au soulèvement généralisé du peuple et des chefs survivants.

Le début de la révolte[modifier | modifier le code]

Le 14 février 1804, les Serbes révoltés se rassemblent dans le petit village d’Orašac dans la province de la Šumadija. Georges Petrović, qui en raison de son caractère sera surnommé par les Turcs Karađorđe (« Georges le noir » souvent francisé en Karageorges), est désigné comme chef de l’insurrection. L’après-midi même, les rebelles incendient le caravansérail d’Orašac et massacrent les Turcs. Des actions du même genre se déroulent dans les villages voisins et le mouvement s’étend. Les villes de Valjevo et de Požarevac sont libérées. Les Serbes de Serbie et ceux de la krajina de voïvodine que l'on appelait les corps francs de l'Empire d'Autriche, mettent le siège devant Belgrade qui comptait 368 000 habitants, ainsi qu'une garnison de 15 000 hommes, la milice du Pacha[2].

Informé du soulèvement, Selim III commence par négocier avec les rebelles. Des janissaires s’enfuient de Belgrade. Ils seront tués sur la petite île d'Ada Kaleh au milieu du Danube. Les négociations finissent par échouer et le sultan organise une campagne militaire contre la révolte.

En 1805, à Ivankovac, a lieu le premier grand affrontement entre les armées serbe et ottomane. Karageorges remporte la victoire sur les Turcs et les force à se replier sur Niš.

En 1806, a lieu la bataille de Mišar où une armée ottomane venue de Bosnie-Herzégovine est elle aussi battue. Au même moment, les Serbes conduits par Petar Dobrnjac battent à Deligrad une autre armée turque venue en renfort du sud-est. En décembre 1806, les rebelles mettent le siège devant Belgrade. La ville est libérée au début de 1807.

La fin de la révolte[modifier | modifier le code]

La Serbie en 1809
La Serbie en 1813
La bataille de Negotin et la mort de Hajduk Veljko

En 1805, devant leurs premiers succès, les Serbes organisent un gouvernement pour administrer le pays. Le pouvoir est divisé entre la Narodna Skoupchtina (Assemblée du Peuple), le Conseil et Karageorges lui-même. Des décisions importantes sont adoptées : les terres sont restituées à leurs propriétaires, le travail forcé est aboli, les taxes sont réduites. Le jeune État se modernise. En 1808, on fonde la Haute École qui allait devenir l’Université de Belgrade. A l'apogée de la révolte en 1808, Karageorges ne disposa guerre plus de 60 000 hommes[3].

En revanche, certains chefs abusèrent des privilèges qu’ils avaient acquis au cours de la révolte. Il y eut aussi des dissensions entre Karageorges et les autres « princes ». Karageorges voulait le pouvoir absolu ; ses anciens compagnons de combat voulaient, eux, limiter le sien. Parmi ses adversaires, on trouve Miloš Obrenović, qui avait lui aussi pris part au soulèvement aux côtés de son frère Milan.

Après la guerre russo-turque de 1806-1812, l’Empire ottoman exploita ces dissensions. Profitant également d’un affaiblissement momentané de la Russie (à la suite de la campagne organisée contre elle par Napoléon Ier), il reconquit la Serbie en 1813. Karageorges dut prendre la fuite.

Ce premier soulèvement serbe ouvrit la voie au second qui allait donner à la Serbie son autonomie.

Les conséquences dans les autres territoires chrétiens sous domination turque ou la Révolution française et les idées nationales[modifier | modifier le code]

Le soulèvement serbe de 1804-1813 est le premier véritable soulèvement national contre l'occupation turque dans les Balkans, il préfigure l'ère des nationalités (idées typique de la Révolution française de 1789) dans les Balkans qui poussera les Grecs et les Bulgares à suivre l'exemple serbe. À l'époque cela était perçu comme un mouvement de libération des populations chrétiennes et cela dans un esprit romantique[1], on verra Lamartine et Victor Hugo soutenir les Serbes contre les Turcs, Hugo écrira même un discours d'unité européenne demandant la création des États-unis d'Europe pour sauver les Serbes encore sous occupation turque qui subissent des massacres de masse[4]. Ce discours est aujourd’hui considéré comme l’un des actes fondateurs de l’idée européenne[5].

Quelques personnages clés de l’insurrection[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Alexis Troude, "Géopolitique de la Serbie", éditions Ellipses (ISBN 2-7298-2749-8) page 32
  2. Alexis Troude, Géopolitique de la Serbie, éditions Ellipses, p. 32, (ISBN 2-7298-2749-8)
  3. Georges Castellan, Histoire des Balkans, Fayard 1991, p. 247
  4. (fr)[PDF] « Victor Hugo, Pour la Serbie, 1876 », sur http://www.franceurope.org, La France et l’Europe (consulté le 29 avril 2008) - Texte du discours de Victor Hugo
  5. (fr) « Le visionnaire européen », sur http://www.senat.fr, Site officiel du Sénat français (consulté le 29 avril 2008)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dušan T. Bataković, Histoire du peuple serbe, L'Âge d'Homme, 2005