Congrès de Berlin

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38° 28′ 17″ N 44° 24′ 00″ E / 38.47139, 44.4 ()

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Le Congrès de Berlin. Tableau d'Anton von Werner (1881).

Le congrès des Nations de Berlin est une conférence diplomatique tenue à Berlin, du 13 juin au 13 juillet 1878, par les représentants des puissances européennes, suite aux efforts de Benjamin Disraeli visant à réviser le traité de San Stefano.

Le contexte historique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Traité de San Stefano.

Après la victoire de l'Empire ottoman contre la Serbie en 1876, le tsar de Russie, qui se voulait protecteur des chrétiens sujets du Sultan, lui déclara la guerre en avril 1877. La guerre entre ces deux États, qui fit rage jusqu'en janvier 1878, se solda par la victoire de la Russie. Les Turcs furent contraints d'accepter les dures conditions du traité de San Stefano, signé le 3 mars 1878, ce qui déplut à la Grande-Bretagne et à l'Autriche-Hongrie qui s'interposèrent et obligèrent la Russie à reconsidérer les termes du traité.

Les conséquences du congrès[modifier | modifier le code]

Les Balkans après le congrès de Berlin

Les changements les plus significatifs de la révision du traité furent des clauses ajoutées, dont l'une annulait l'indépendance immédiate des états chrétiens des Balkans et prévoyait à la place, sous certaines conditions, leur affranchissement progressif, tandis qu'une autre stipulait que la Turquie devait accorder aux juifs les droits civils et religieux au sein de son empire, dont faisait partie la Palestine.

C'est autour de la table du congrès de Berlin que les États qui forment aujourd'hui la péninsule balkanique furent fabriqués par la diplomatie européenne, et surtout britannique, dans des formes qui susciteront, notamment en Bulgarie, de profonds ressentiments. L'objectif du Congrès de Berlin était de sauvegarder ce qui pouvait l'être d'un l'Empire ottoman faiblissant, donc dépendant des puissances occidentales, pour contrer le panslavisme et l'influence de la Russie, ainsi que la Megali Idea grecque, en jouant de la diversité nationale des Balkans pour constituer de petits États, eux-mêmes faibles et rivaux. Aucun ne devait se développer au-delà d'une certaine limite ; chacun se trouvait enserré dans une nasse de liens diplomatiques et dynastiques, parfois opposés ; tous étaient liés aux grandes puissances européennes. Le congrès de Berlin inaugure ce que l'on a appelé la « balkanisation », processus de fragmentation politique qui débouchera sur les guerres balkaniques, contribuera au déclenchement de la Première Guerre mondiale, et servira plus tard de modèle à la dislocation de la Yougoslavie dans les années 1991-96[1].

La conséquence majeure, voulue par la diplomatie anglaise, fut le traité de Berlin du 13 juillet qui eut pour but de contenir la Russie, et pour conséquence de réduire la Bulgarie de San-Stefano à deux entités séparées, l'une vassale de l'Empire ottoman, l'autre province autonome de celui-ci. L'Angleterre, première puissance maritime, ne voulait pas que la Russie se rapprochât du Bosphore (politique du Grand Jeu). Du côté du Caucase, les conquêtes russes furent limitées et la plus grande partie de l'Arménie se trouva maintenue au sein de l'Empire ottoman.

Les conséquences en Allemagne[modifier | modifier le code]

Le congrès, mis en scène avec faste par Bismarck, fut un triomphe en Allemagne qui trouvait sa place de grande puissance. Le chancelier se targuait d'avoir ainsi permis que la crise ne se transformât en guerre européenne. Cependant, il y eut une crise au Reichstag dont certains partis parlaient de tentative de coup d'État du chancelier, après deux attentats commis contre Guillaume Ier.

Les conséquences en Russie[modifier | modifier le code]

La Russie fut profondément déçue. Elle pensait trouver auprès de l'Allemagne un avocat de ses victoires, alors que l'Autriche-Hongrie et l'Angleterre étaient fermement opposées aux conquêtes russes dans les Balkans. Bismarck avait pourtant fait en sorte de conserver le bénéfice de certaines victoires aux Russes, mais cela fut jugé nettement insuffisant et une campagne de presse contre l'Allemagne eut lieu en Russie[2]. L'ambassadeur russe à Londres, le comte Chouvalov, fut battu froid par le tsar et dut démissionner l'année suivante.

Les conséquences en Grande-Bretagne[modifier | modifier le code]

Lord Salisbury avait été un des principaux artisans du Congrès, mais ce fut Benjamin Disraeli qui en reçut les lauriers. L'Empire ottoman sauvait une partie de ses territoires européens et devenait une puissance sous perfusion européenne ; la Fière Albion avait réussi à contenir la Russie loin de la Méditerranée, et si la Russie se posait en protectrice des chrétiens de Turquie, l'Angleterre pour sa part se posait désormais en protectrice des juifs (et la France, des maronites du Liban).

Les conséquences dans les Balkans[modifier | modifier le code]

La Bulgarie, divisée après seulement quatre mois de liberté entre une petite principauté de Bulgarie coincée entre le Danube et le Grand Balkan, vassale du Sultan, et la province ottomane autonome de Roumélie orientale, amputée de la Macédoine qui restait turque (alors que plus de la moitié des bulgarophones y vivaient) dut attendre dix ans pour réunir ses deux parties, et son indépendance ne sera reconnue qu'en 1908. Jusqu'au milieu du XXe siècle, la Bulgarie essaya vainement de revenir dans ses frontières de San-Stefano, durant les guerres balkaniques et en s'alliant durant les deux guerres mondiales à l'Allemagne.

Comme la Bulgarie, le Monténégro et la Serbie demeurèrent de solides alliés de la Russie, d'autant que l'occupation par l'Autriche-Hongrie de la Bosnie-Herzégovine (qu'elle annexa en 1908) et du Sandjak de Novipazar dressait un obstacle de taille à tous leurs espoirs de s'agrandir de ce côté.

La conférence de Berlin fut perçue dans les Balkans comme un « coup de poignard dans le dos » et raviva le souvenir de la Quatrième croisade : elle développa, chez certains orthodoxes des Balkans, un sentiment d'anti-occidentalisme. Les musulmans, en revanche, ainsi que les minorités turques, en furent soulagés et se montrèrent, en Bosnie, de loyaux sujets des Habsbourg. Seule la Roumanie échappa à ces ressentiments : elle s'était battue aux côtés des Russes et avait perdu beaucoup d'hommes, mais dut tout de même abandonner à la Russie le Sud de la Bessarabie, et c'est à la conférence de Berlin que son indépendance fut définitivement reconnue et qu'elle reçut les deux tiers nord de la Dobroudja. Aussi, sa politique étrangère se rapprocha pour un temps de Berlin.

Les délégués[modifier | modifier le code]

Allemagne
Autriche-Hongrie
France
Grèce
Grande-Bretagne
Italie
Russie
Serbie
Turquie

Voir aussi[modifier | modifier le code]

  • Rouleau compresseur russe : cette expression géopolitique datant du XIXe siècle pour désigner le gigantisme de l'armée du tsar renvoie vraisemblablement au statu quo réglé lors de ce congrès.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Georges Castellan, « Histoire des Balkans : XIVe ‑ XXe  siècle », Fayard, Paris, 1999.
  2. Stürmer, op cité
  3. de:Paul von Oubril

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michael Stürmer, Das ruhelose Reich. Deutschland 1866-1918. Berlin, 1983