Histoire de Tom Jones, enfant trouvé

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Histoire de Tom Jones,
enfant trouvé
Image illustrative de l'article Histoire de Tom Jones, enfant trouvé

Auteur Henry Fielding
Genre Roman picaresque
Pays d'origine Drapeau de l'Angleterre Angleterre
Éditeur Andrew Millar
Date de parution 28 février 1749
Chronologie
Précédent A Female Husband A Journey from this World to the Next Suivant

L'Histoire de Tom Jones, enfant trouvé, (The History of Tom Jones, a Foundling en anglais), abrégé en Tom Jones, a été publié par Henry Fielding en 1749. Commencé en 1746 et terminé en 1748, c'est un livre ambitieux qui doit beaucoup à la vie personnelle de son auteur, en particulier la mort en 1744 de son épouse Charlotte Cradock, et son remariage cinq ans plus tard avec Mary Daniel, la femme de chambre de la défunte.Très critiqué à sa parution, Tom Jones devient vite un immense succès populaire qui ne s'est jamais démenti.

Constitué de dix-huit livres, chacun inauguré par un premier chapitre discursif souvent sans rapport avec ce qui suit, le roman emprunte beaucoup à la tradition picaresque et relève par certains aspects de la veine sentimentale prévalant au XVIIIe siècle. Cependant, il innove dans la description et la caractérisation des scènes et des personnages, plus réalistes que celles de bien d'autres ouvrages contemporains. En effet, affirmé à maintes reprises par son narrateur, son but est de présenter la nature humaine telle qu'elle est et non telle qu'elle devrait être ou est imaginée, embellie, noircie ou encore déportée vers le fantastique.

Le roman se distingue aussi, comme son prédécesseur Joseph Andrews, par l'analyse constante de l'art directement partagée par l'auteur avec le lecteur, lequel est en permanence pris à partie à propos de l'histoire et des personnages par un narrateur non neutre, par son maniement subtil et varié des différentes facettes de l'ironie, par sa description minutieuse des us et coutumes de la société, par son ample usage des effets comiques et enfin par sa dimension épique ou pseudo-héroïque (mock epic), caractéristiques que Fielding lui-même résume en une formule lapidaire lorsqu'il écrit qu'il s'agit d'un « poème à la fois héroïque, historique et prosaïque[1] ».

À ces différents titres, Tom Jones, encore plus que Joseph Andrews, est considéré comme un roman charnière (watershed novel), résumant tout le passé du genre et ouvrant la voix aux œuvres du XIXe siècle, en particulier celles de la période victorienne et plus spécialement de Dickens qui vouait à Fielding un véritable culte.

Enfin, il est souvent cité parmi les dix plus grands romans de la littérature universelle. En 1955 Somerset Maugham le place même en première position dans son essai Dix romans et leurs auteurs.

Sommaire

Place de de Tom Jones dans le roman anglais[modifier | modifier le code]

Dans le chapitre introductif du livre II de Tom Jones, Fielding souligne l'originalité de sa démarche dont il s'autorise pour s'affranchir des critiques et des lois traditionnelles de l'esthétique narrative. Il affirme en effet être le « fondateur d'une nouvelle province dans la république des lettres, et d'[avoir] la liberté d'y faire toutes les lois qu'il lui plaît[2] ».

Quelques années auparavant, dans sa préface à Joseph Andrews, il se présentait déjà comme un pionnier dans le domaine de la fiction en prose, affirmant que « peut-être n'est-il pas inopportun de commencer par quelques mots sur ma façon d'écrire que je ne me souviens pas d'avoir jamais rencontrée en notre langue[3] ».

Généralités en guise d'introduction[modifier | modifier le code]

Si, en effet, l'originalité de Fielding en ce domaine reste indéniable et s'est prolongée par une influence quasi universelle, en 1745, lors de la publication de Tom Jones , le roman anglais n'en était plus à ses balbutiements. Depuis la parution de Robinson Crusoe de Daniel Defoe en 1719, plusieurs ouvrages se détachent en une fulgurante succession comme autant de jalons dans l'histoire littéraire, ne seraient-ce que Moll Flanders (1722) du même auteur, des Voyages de Gulliver de Jonathan Swift (1726), de Pamela (1740) de Samuel Richardson, de Joseph Andrews (1745) de Henry Fielding et de Roderick Random (1748) de Tobias Smollett[4].

De plus, de nombreux ouvrages traduits de l'espagnol et du français exerçaient déjà une influence prépondérante sur le développement de l'art du roman en Grande-Bretagne, sans compter qu'au-delà des quelques phares mentionnés, cette littérature romancière bénéficiait de l'apport, aujourd'hui oublié, d'une multitude de publications féminines, de Mrs Haywood, Mrs Aubin, Mrs Manleyetc., considérées à l'époque comme de sérieuses rivales des chefs-d'œuvre des plus grands maîtres, par exemple, de Defoe[4].

Page entière en noir et blanc sur trois colonnes.
Page de titre d'un des articles de Fielding dans The Covent Garden Journal.

La supériorité de Fielding sur ses contemporains s'affirme par une véritable révolution dont se font l'écho sa préface à Joseph Andrews, ses textes critiques à l'orée des dix-huit livres de Tom Jones et divers écrits publiés dans des revues littéraires, en particulier la sienne, The Champion, dévolue à son journal, et le Covent Garden Journal. Là, proclame-t-il haut et fort, et non sans un air de défi, le roman, alors considéré comme un art de divertissement (entertainment), loin des grandeurs de l'épopée ou de la tragédie qui, elles, se réclament des canons aristotéliciens, a désormais acquis, à leur égal, la noblesse d'un genre majeur, promis à de véritables épopées qui n'auront rien à envier aux Illiade; Odyssée ou encore Télémaque[N 1], mais en prose et avec une composante comique. Pour accentuer ce dernier ajout, il évoque même une œuvre perdue attribuée à Homère, épopée satirique dont le héros, Margitès, est un simplet fort savant, mais à tort et à travers, qu'Aristote considérait comme le germe même du genre comique[5],[6],[7].

La tradition étrangère[modifier | modifier le code]

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Fielding doit beaucoup à une tradition littéraire et à divers influence dont il était plus ou moins conscient. De la premiére, il était pleinement averti puisqu'il donne comme sous-titre à Joseph Andrews « en imitation de la manière de Cervantes[8] ». De plus fait-il de fréquentes allusions au Roman comique de Scarron (1651) et surtout au Gil Blas de Santillane de Lesage (1715)[7].

Il serait vain de chercher systématiquement si telle scène, tel épisode de Tom Jones est inspiré de Don Quichotte, Guzman de Alfarache, Le Diable boiteux ou Gil Blas de Santillane, tous de grands succès au XVIIIe siècle[9],[N 2].

De toutes façons, le roman porte la marque de la veine issue de Cervantès, c'est-à-dire de la tradition dite réaliste ou plus communément picaresque. Elle se manifeste par le choix du décor, la campagne, la route, les auberges. Comme Don Quichotte, c'est un roman du grand air, à la différence de Moll Flanders ou Roxana ou encore du roman domestique de Richardson, tel Pamela, qui se passent dans la cuisine, le salon et la chambre à coucher ; par la variété des personnages aussi, car aucun groupe n'échappe au vaste panorama social du roman, qui englobe toutes les classes, les divers corps de métier et groupes professionnels, alors que Pamela se limite à la classe moyenne supérieure, Roderick Random à l'aristocratie et la noblesse de campagne, Moll Flanders au milieu des bas-fonds londoniens[9] ; par la récurrence de scènes obligées, plus grossières et plus portées au comique : corrections violentes, bagarres, accidents de voyage, scènes de nuit torrides, ensemble susceptible d'avoir choqué la bienséance pudibonde de bien des lecteurs[9].

Certaines scènes portent aussi le sceau de la tradition étrangère, les aléas de la fortune, généreuse ou pingre, leitmotiv récurrent dans Tom Jones ; la fondamentale méchanceté du monde, que Smollett qualifie dans sa préface à Roderick Random, de « vile indifférence[10] » : le conflit entre apparence et réalité, le masque, le déguisement, que le romancier traite par son arme la plus subtile, l'ironie dont l'arc-en-ciel ouvre tous ses prismes[9]. À cet arsenal s'ajoute l'usage des histoires intercalées, l'histoire de « l'Homme sur la colline », celle de Mrs Fitzpatrick, les chapitres consacrés au marionnettiste et à son spectacle, ceux dévolus aux Gitans, tous orientés vers l'unité thématique du roman[9].

Cependant, l'influence de Cervantès la plus originale est une nouvelle conception du narrateur, non plus reporter rapportant les faits, mais auteur omniscient, guide du lecteur dont il ouvre les yeux, commentant les réactions du héros, soulignant ses faiblesses ou ses qualités. Une nouvelle complicité s'établit avec lui, d'innombrables clins d'œil lui sont destinés, et souvent le récit fait une pause sous la forme d'apartés, de digressions, de pseudo sermons, etc. Ces intrusions, cette connivence créent une distanciation narrative reléguant au loin la tentation de la tragédie ou du mélodrame, à l'encontre des romans héroïques traduits du français, Le grand Cyrus, Cassandre de Mademoiselle de Scudéry, ou Cléopâtre de Calprenède, tous ouvrages ardemment lus et imités en Angleterre[11].

La tradition nationale[modifier | modifier le code]

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L'expression « tradition nationale » couvre l'ensemble d'une production romanesque très diverse, d'inspiration surtout populaire ou, lorsqu'elle imite des modèles étrangers, intimement ancrée dans le terroir artistique de l'Angleterre. Il s'agit essentiellement de la littérature criminelle, de voyage ou sentimentale, sa forme héroïque, également en vogue, restant en marge des œuvres de Fielding et en particulier de Tom Jones[12].

Au début du XVIIIe siècle, la littérature criminelle est d'abord tragique et didactique, mais peut à l'occasion, se faire comique. C'est essentiellement un corpus de biographies ou, souvent anonymes, d'autobiographies assez primaires, parfois quelques pages, relatant la vie et les aventures d'un bandit de grand chemin, d'un cambrioleur ou d'un meurtrier. L'accent est invariablement mis sur le péché commis, la dérive religieuse et aussi le juste châtiment infligé, le moment le plus édifiant restant l'ultime déclaration de repentir avant le nœud coulant[11]. Les autobiographies imaginaires de Defoe appartiennent à ce genre de littérature, mais outre une étude de la délinquance proposée par Moll Flanders (1721), Colonel Jack (1722), Roxana (1724), s'y trouvent aussi des cas de régénération (Moll) ou au contraire, de dégénération spirituelle (Roxana). Dans ces œuvres, le thème principal concerne le conflit s'installant entre un individu et la société, le heurt de la pulsion et de la soumission à l'ordre social, voire à l'éthique d'inspiration puritaine dont se réclame la bourgeoisie[13].

Les histoires de voyageurs, d'aventuriers ou de pirates, dont Defoe s'est fait le champion avec Robinson Crusoe (1719) ou Le Capitaine Singleton (1720), et avant lui, Swift et son Voyages de Gulliver (1726), apportent au sein d'une société éprise d'évasion, un halo d'héroïsme entourant des passionnés de l'extrême et des amateurs d'individualisme[14]. Cependant, l'aventure ne représentant que la surface des choses, chaque roman recèle un message, épopée de la classe moyenne avec l'un, où triomphent l'esprit d'entreprise, l'ardeur au travail, la soif d'innovation, la confiance en la Providence, la victoire de la civilisation contre la nature[15], et chez l'autre, l'implacable satire des mœurs et des institutions que sous-tend la réflexion philosophique sur la chose politique[16],[13].

Vis à vis des histoires sentimentales, Fielding se situe, en quelque sorte, par opposition, car il les parodie dans ses œuvres, style, personnages ou thèmes, et les attaque de front dans ses préfaces. Dans Tom Jones, Sophia relève dans une certaine mesure de la veine sentimentale et Lord Fellamar peut être interprété comme une sorte de semi pseudo-héroïque aristocrate se vouant au mal. De la confrontation entre l'un et l'autre naît un thème inspiré de la même tradition, puisque l'innocence féminine se trouve en butte à la persécution corruptrice de l'homme de pouvoir[13]. Selon les critères esthétiques d'aujourd'hui, les romances sentimentales semblent très datées, mais elles ont ouvert la voie à des chefs-d'œuvre comme Pamela ou la vertu récompensée[17], dans lequel s'ébauche d'ailleurs une critique assez peu dissemblable de celle de Fielding[18], et des héroïnes comme [Joseph Andrews|Fanny]], puis Sophia leur doivent une indéniable dette littéraire[12].

Recensement des personnages et résumé de l'intrigue[modifier | modifier le code]

Le caractère essentiellement linéaire de l'intrigue, déroulée au gré des aléas qui jalonnent le chemin du héros, fait qu'à un groupe central de protagonistes s'agrège une multitude de personnages secondaires dont l'histoire concourt à nourrir le dessein général du roman.

Recensement[modifier | modifier le code]

Personnages principaux[modifier | modifier le code]

  • Squire[N 3] Thomas[N 4],[C 1] Allworthy, « favori de la Nature et de la Providence[19],[20] », respecté de tous pour sa distinction de cœur, est le tuteur de Tom qu'il élève comme son fils.
scène de rue hivernale, hauts immeubles aux contours épurés, à droite une boutique près de laquelle se serrent de jeunes femmes autour d'hommes en perruque, au centre, grande femme digne et raide, avec un jeune garçon traînant les pieds derrière elle.
« Le Matin », scène hivernale de William Hogarth (Mrs Bridget Allsworthy serait la haute dame du centre, suivie d'un gamin traînant les pieds)
  • Miss Bridget Allworthy, sœur du squire. Peu avenante, elle vit avec son frère jusqu'à son mariage avec le capitaine Blifil. Elle est la mère de Master Blifil et, après sa mort, il apparaît qu'elle a aussi donné naissance à Tom. Elle est censée avoir été immortalisée par William Hogarth dans son esquisse Winter's Morning.
  • Mrs Deborah Wilkins, domestique de Miss Bridget Allworthy, que la mauvaise humeur rend odieuse et redoutable pour tous (universally hated and dreaded)[21]. C'est elle qui a la charge de rechercher la mère de Tom.
  • Tom Jones, le héros éponyme de l'histoire, présenté comme l'enfant illégitime d'une femme « de basse extraction ». Élevé en gentleman par Squire Allworthy, il devient un jeune homme passionné dont la beauté s'allie à la bonté et la générosité. Le roman se construit autour de son accession progressive à la maturité, conduite de pair avec la conquête de Miss Sophia Western.
  • Jenny Jones, jeune femme intelligente, versée dans le latin et « aussi érudite que la plupart des jeunes gens de qualité de son âge[21], qui passe pour avoir enfanté Tom Jones. Elle est au service des Partridge mais est renvoyée par la maîtresse de maison qui nourrit à son égard une forte jalousie. Squire Allworthy subvient à ses besoins dans un autre paroisse dans l'espoir qu'elle retrouvera le droit chemin ». Il sera prouvé plus tard que Jenny a reçu de l'argent pour mentir sur sa « faute » afin de protéger Miss Bridget.
  • Doctor Blifil, ami de Mr Allsworthy. C'est un homme brillant qui s'est vu dans l'obligation de prendre une autre voie que celle où le sort l'appelait. Il s'éprend de Miss Bridget, mais déjà marié, il persuade son frère, le capitaine Blifil, de la courtiser à sa place ; il ne se remet jamais de ce chagrin et meurt le cœur brisé.
  • Captain John Blifil, père de Master Blifil, officier en demi-solde. Il est conduit chez le squire avec mission de conquérir Miss Bridget, ce qu'il réussit à merveille malgré un physique plutôt ingrat. En réalité, quoique raisonnablement épris de son épouse, il convoite l'héritage de la propriété avec une telle intensité qu'il meurt d'apoplexie en rêvant de sa fortune. En dépit de la haine réciproque qui a peu à peu gangrené le couple, sa veuve fait ériger un monument à sa mémoire.
  • Benjamin Partridge, d'abord maître d'école, il s'est vu ostracisé pour avoir prétendument battu sa femme et engrossé Jenny, allégations qui s'avéreront non fondées. Plus tard, il rencontre Tom et, sous le nom de « Petit Benjamin » (Little Benjamin), l'accompagne dans ses pérégrinations, espérant par là retrouver la confiance du squire. En toutes circonstances, il fait preuve de loyauté et de dévouement envers Tom.
  • Mrs Partridge, amère et jalouse, elle s'acharne à nuire à son époux qu'elle accuse à tort de la battre et d'être le père de l'enfant de Jenny.
  • Mr Thomas Square, philosophe résidant chez le squire et son conseiller, il conseille aussi le jeune Tom ainsi que Master Blifil. Il est d'avis que le vice est le résultat d'une « déviation de notre nature[22] ». Sa pensée se juxtapose à celle de Twackum.
  • Mr Roger Thwackum, maître d'école se piquant de morale et de philosophie, en réalité d'une hypocrisie irrémédiable. Tuteur de Tom et de Master Blifil, il professe farouchement que l'esprit humain n'est qu'un « gouffre d'iniquité en attente de la purification et de la rédemption qu'apporte la grâce[22] » et, pour favoriser le processus, il s'adonne aux joies du châtiment corporel qu'il pratique allègrement.
  • Black George (George Seagrim), garde-chasse ami de Tom, père de Molly Seagrim. Tom est conduit à mentir et à voler pour lui venir en aide, ce que lui rend bien George qui sert d'intermédiaire entre le jeune homme et Sophia Western. Cependant, Black George finira par trahir son bienfaiteur pour des questions d'intérêt.
  • Master Blifil, fils du capitaine Blifil et de Bridget Allworthy. Son oncle le prend en charge lorsqu'il s'aperçoit que sa mère ne l'apprécie guère et lui préfère Tom. C'est un garçon vicieux et fuyant qui agit en sous-main. Squire Western est convaincu que sa fille Sophia s'est éprise de lui et les deux familles se préparent à sceller leur union. En réalité, Sophia déteste Blifil qu'elle s'est juré de ne jamais épouser.
Portait de jeune femme assise, longues boucles blondes, écharpe en tissu transparent, peut-être de la tulle, longeant l'échancrure de la gorge, robe au fond très clair et vaste chapeau à la bordure retournée vers le haut. Ensemble élégant, teintes voilées, presque sépia, luminosité tamisée.
Lady Cunliffe, censée avoir inspiré le personnage de Sophia Western, par John Hoppner, années 1780, réinterprétation en 1784 de John Raphael Smith, coll. du British Museum.
  • Sophia Western, fille de Squire Western, l'héroïne du roman, sans doute inspirée à Fielding par sa première épouse, Charlotte Cradock. Intelligente et belle, « son esprit était en tous points l'égal de sa prestance ; que dis-je ? cette dernière s'enrichissait des charmes du premier[23] ». Sophia est attirée par le comportement aristocratique de Tom qu'elle considère pourtant comme de basse extraction. Sa volonté farouche, dont témoigne sa fuite pour échapper au mariage avec Blifil, se met toujours au service de sa compassion envers autrui.
  • Squire Western, voisin de Squire Allsworthy et père de Sophia. C'est un amateur de chasse qui prend Tom en amitié jusqu'au jour où il a vent de l'idylle naissante entre sa fille et lui. Il enferme alors Sophia pour la forcer à épouser Blifil, et lorsqu'elle réussit à prendre la fuite, il la poursuit sans pitié. En définitive, il s'avère n'être qu'un grossier personnage aux manières rustaudes et avec un penchant à l'ivrognerie.
  • Mrs Western, sœur du précédent et tante de Sophia, chez qui cette dernière se réfugie après avoir fui le domicile familial.

Personnages secondaires[modifier | modifier le code]

  • Molly Seagrim, fille de Black George et premier amour de Tom. Belle et passionnée, sans grande pudeur ni vertu, elle devient enceinte et impute à Tom la responsabilité de son état. Bien qu'il ne soit pour rien dans cette affaire, Tom est plutôt heureux de passer pour le coupable.
  • Mrs Seagrim (Goody Seagrim), mère de Molly, et de mèche avec elle pour attirer de nombreux hommes à des fins intéressées, elle s'efforce de cacher la grossesse de sa fille en lui faisant porter une robe ayant appartenu à Sophia.
  • Mr Fitzpatrick, convaincu que Tom est l'amant de sa femme, il le provoque en duel et est blessé.
  • Mrs Harriet Fitzpatrick, son épouse, cousine de Sophia Western.
  • Parson Supple, vicaire de la paroisse, présent lorsque Squire Allworthy atteste que Tom est le père de l'enfant que porte Molly et également quand Tom est trouvé en compagnie de la jeune femme dans les bois. Plus tard, il accompagne Squire Western lors de sa poursuite de Sophia.
  • Ensign Northeton (L'enseigne Northeton), militaire fruste et fort déplaisant qui attaque Tom dans une taverne, le blessant gravement à la tête. Ayant pris la fuite, il est ensuite retrouvé alors qu'il agresse une dame, Mrs Waters, que Tom réussit à sauver.
  • Ensign Adderly (L'enseigne Adderly), rencontré par Tom dans l'unité où il a été recruté et avec lequel il finit par se battre.
  • King of the Gypsies (Le Roi des Gitans), avec lequel Tom a une conversation très intéressante sur la monarchie absolue. Il se conduit avec sagesse quand Partridge subit une tentative d'escroquerie.
  • Lady Bellaston, dame résidant à Londres, vers laquelle se tourne Sophia lorsqu'elle s'échappe de chez elle. Elle s'éprend de Tom qui devient son amant et, se conduisant en perverse vicieuse et cruelle, fait tout son possible pour séparer les deux jeunes gens.
  • Mrs Miller, veuve d'un homme d'église, mère de Nancy Miller et cousine de Mr Anderson, le pauvre bandit de grand chemin amateur. Personne au grand cœur et d'une extrême bienveillance, chez qui Tom et Partridge logent à Londres, elle joue un rôle crucial dans l'évolution de Tom qui le conduit au succès final. Elle éprouve également une forte reconnaissance envers Squire Allworthy qui l'a aidée quelques années auparavant.
  • Nancy et Betty Miller, ses filles. Nancy Miller est une gentille jeune femme qui s'éprend de NIghtingale, donne naissance à son enfant et finit par l'épouser.
  • Mr J. Nightingale, leur logeur, qui épouse Nancy avec l'aide de Tom qui est devenu son fidèle ami.
  • Mr Nightingale (Elder Nightingale, « Nightingale l'ancien »), père du précédent, qui manigance un mariage pour éloigner son fils de Nancy, mais, en raison des circonstances et de l'amicale pression d'Allworthy, se rend à la raison.
  • Mr Nightingale, oncle du précédent.
  • Mr Anderson, un homme frappé par la pauvreté, à la tête d'une famille nombreuse, qui, en un moment de désespoir, tente de voler Tom qu'il a rencontré sur un chemin. Au lieu de le poursuivre, Tom lui donne une bourse d'argent, et lorsqu'il se révèle qu'il est le cousin de Mrs Miller, lui apporte son aide pour retrouver l'estime de la dame.
  • Mr Dowling, avocat à Salisbury, qui a des affaires en cours pour Allworthy et Blifil, mais qui, cédant aux instances du second, se compromet dans des activités douteuses, tout en protégeant le secret de Miss Bridget.
  • Lord Fellamar, gentleman aux idées socialisantes, qui s'éprend de Sophia Western et tente de la violer pour arracher son consentement. Lady Bellaston l'incite à la cruauté, mais plus tard, il recevra le soutien de Mrs Western.
  • Mrs Arabella Hunt, jeune veuve très riche qui sollicite de Tom qu'il devienne son deuxième mari, ce qu'il refuse avec élégance et galanterie.
  • Captain Egglane, militaire recruté par Lord Fellamar pour enrôler Tom de force sur un navire (par racolage ou press-gang).
  • Mrs Abigel Honour, servante de Sophie Western à la loyauté sans faille. Elle fait en sorte d'être obligée de rendre son tablier pour rester avec sa jeune maîtresse. Il lui arrive de se donner des airs de grande dame et elle finira sa carrière auprès de Lady Bellaston.
  • Mrs Waters, autrement dit Jenny Jones. Quand Tom vient à son secours, s'ensuit une brève histoire d'amour qui passe pour incestueuse jusqu'à ce que les origines du jeune homme soient enfin révélées.
  • Little Benjamin, autre nom de Partridge, sous lequel il se fait connaître de Tom lors de leur rencontre et qu'il garde au long de leurs pérégrinations.
  • The Man of the Hill (« L'homme de la colline »), un vieil homme, rencontré par Tom au cours de ses pérégrinations. Il lui raconte l'histoire de sa vie qui l'a conduit à voyager pour s'instruire et lui a donné une philosophie fondée sur la sagesse et l'étude du divin[24].
  • The Landlord and Landlady at Upton (« Le propriétaire à Upton et sa femme »), tenanciers d'une auberge où arrivent Tom et une jeune femme plutôt dévêtue, ce qui conduit à diverses aventures.
  • Susan, leur bonne.
  • Un Irlandais pair du royaume (The Irish Peer), rencontré en chemin dans une auberge, il dîne avec Lord Fellamar et lui déclare son intention d'obtenir une séparation entre Mr et Mrs Firzpatrick.
  • Le marionnettiste (The Puppet Master), rencontré en chemin, il joue une pièce intitulée Le Mari trompé. Au cours du spectacle, il essaie de voler Sophie qui se trouve dans le public mais, informé de ce qui se passe par le clown Merry Andrew, Tom vole au secours de sa bien-aimée.
  • Un clown Merry Andrew[N 5], chargé d'annoncer par un roulement de tambour le commencement du spectacle donné par le marionnettiste.
  • Grace, femme de chambre.
  • Mrs Etoff, bonne de Lady Bellaston, qui tient sa maîtresse au courant de tous les ragots concernant Tom.

Résumé[modifier | modifier le code]

Le distingué seigneur de campagne, le squire Allworthy[N 6] vit dans son manoir du Somersetshire[N 7] avec sa sœur restée célibataire, Miss Bridget Allworthy.

Le Somersetshire[modifier | modifier le code]

Arrivant un soir de Londres, il découvre, niché dans son lit, un petit bébé de sexe masculin qu'il confie aussitôt à sa sœur. Dès le lendemain, il s'enquiert des parents de cet enfant trouvé et ses recherches le conduisent jusqu'à une jeune femme du village appelée Jenny Jones qui aurait été séduite par son précepteur, un homme marié, un certain Mr Partridge. En sa qualité de juge de paix, Allworthy exile Jenny hors du comté que Partridge a déjà quitté de son plein gré.

Le squire décide de garder l'enfant trouvé[modifier | modifier le code]

Malgré les critiques formulées par les autorités et les membres de sa paroisse, Allworthy décide de garder l'enfant et de l'élever comme s'il était son fils. Peu après, sa sœur Bridget épouse le capitaine Blifil, hôte de son frère, puis donne naissance à un fils qui reste, tout au long du roman, Blifil, sans prénom. La présence de Tom Jones suscite la jalousie du capitaine qui espère que son fils sera le seul héritier du squire, préoccupation qui atteint un tel paroxysme que le pauvre homme, alors qu'il est plongé dans ses pensées sur l'avenir financier de sa progéniture, meurt d'une crise d'apoplexie.

Un flashback de douze années[modifier | modifier le code]

Le narrateur fait alors un bond dans le passé de douze années. Blifil et Tom Jones ont été élevés ensemble, mais n'ont pas été traités de la même façon par les membres de la maisonnée. La seule personne à témoigner de l'affection envers Tom est Allworthy. Les deux précepteurs des jeunes gens, le philosophe Square et le révérend Twackum, n'ont que mépris pour lui, car si Blifil se montre d'une piété exemplaire, Tom fait preuve d'une indépendance d'esprit et d'un comportement incontrôlables. Par exemple, il vole souvent des pommes et même des canards pour les donner à la famille de Black George Seagrim, l'un des domestiques du squire. Tom, dans sa naïveté, confie tous ses secrets à Blifil qui s'empresse de les rapporter aux précepteurs, ce qui attire beaucoup d'ennui au pauvre garçon. Mais les paroissiens, témoins de ses bontés envers la famille George, commencent à le prendre en amitié, lui parlent gentiment tout en blâmant la mesquinerie hypocrite de Blifil.

Tom commet quelques frasques mais rencontre Sophia Western[modifier | modifier le code]
Tom prenant la défense de Molly Seagrim attaquée par la foule (livre IV chapitre 8). Texte de la légende : « Puis, se jetant sur la foule, il distribua les coups de tous côtés » (« Then flying at the mob he dealt his blows profusely on all sides »)[C 2], par George Henry Townsend, 1895
Sophia joue du clavecin pour son père (livre V chapitre 4). Texte de la légende : « Elle jouait l'un des airs favoris de son père » (« She was playing one of her father's favorite tune »)[C 3], par George Henry Townsend, 1895

Tom passe la plus grande partie de son temps avec Squire Western, voisin d'Allworthy, qui admire son caractère enjoué et entreprenant. La fille du squire, Sophia Western, s'éprend passionnément de Tom qui, de son coté, courtise Molly Seagrim, la fille de Black George, aussi délurée qu'elle est pauvre. Lorsqu'elle tombe enceinte, Tom intercède en sa faveur auprès d'Allworthy pour lui éviter la prison en reconnaissant qu'il est le père de l'enfant qu'elle porte. Cependant, d'abord insensible aux charmes de Sophia, Tom se prend à l'aimer follement et commence à regretter ses liens avec Molly, que, par honneur, il continue de fréquenter. Mais il apprend qu'elle a entretenu d'autres liaisons et qu'en définitive, il n'est pas le géniteur du bébé. Cette révélation lui permet de rompre avec la jeune femme et de confier à Sophia les doux sentiments qu'il lui porte.

Tom se dévoue au chevet du squire, mais poursuit ses frasques[modifier | modifier le code]

Squire Allworthy souffre d'une grave maladie et convoque les membres de sa famille et ses amis à son chevet. Il lit à haute voix son testament qui laisse la plus grande partie de ses biens à Blifil, mais dote aussi Tom assez généreusement, au grand dam de Square et Thackum, qui ne recevront que 1 000 £ chacun[N 8],[25]. La maladie du squire émeut profondément Tom qui ne quitte pratiquement plus son chevet. Arrive soudain un avocat, Mr Dowling, qui annonce la triste nouvelle, totalement inattendue, du décès de Mrs Blifil, l'ex Miss Bridget Allworthy. Mais le docteur fait savoir, à peu près en même temps, que la vie du squire n'est plus en danger, et Tom exulte, célébrant l'heureuse nouvelle en s'enivrant plus que raison. Blifil le traite alors de « salaud » (bastard), la pire insulte qui soit, sur quoi Tom prend sa revanche et le bastonne allègrement. Puis, après avoir juré éternelle fidélité à Sophia, il rencontre fortuitement Molly et passe la nuit dans son lit.

Arrivée de Mrs Western chez son frère[modifier | modifier le code]

Mrs Western, sœur restée célibataire du squire, chez qui Sophia a passé la plus grande partie de sa jeunesse, vient résider chez lui. Si les disputes ne sont pas rares entre eux, au moins s'entendent-ils parfaitement sur la mise en œuvre du plan qu'a conçu Mrs Western pour marier Sophie à Blifil. Il convient d'abord que Tom ignore tout des sentiments de la jeune fille à son endroit, ce à quoi s'engage Mrs Western, au moins jusqu'à ce que Sophie se range à leur avis et en arrive à préférer le fiancé qui lui est destiné. Il faut ensuite que Blifil commence sa cour avec tact et élégance. Persuadé qu'il est en route vers le succès, Blifil vante si bien ses prouesses au squire Western que ce dernier se convainc que la partie est gagnée et se met à croire que le cœur de sa fille a basculé en faveur de son champion. Tout naturellement confiant en l'issue des événements, il s'en ouvre à Sophia qui, à sa grande surprise, rejette cette proposition avec la plus farouche détermination, tant et si bien que le squire s'emporte et se fait violent.

Entretemps, Blifil a rapporté à Squire Allworthy tout le mal qu'il pense de Tom, un voyou, selon lui, adonné à la boisson et menant une vie dissolue jusque dans sa demeure. Sous le coup de la colère, le squire le bannit hors du comté. Bien que fort marri de devoir quitter Sophia, Tom n'a d'autre choix que de s'exécuter tout en se jurant de s'amender.

La route[modifier | modifier le code]

Ainsi Tom se trouve jeté sans but sur la route et commence ses longues pérégrinations. Du Somerset, le voici parvenu à Bristol, car il songe vaguement à s'embarquer, pn vieil uis ses pas le conduiront vers la capitale.

Rencontre avec Partridge[modifier | modifier le code]
La rencontre de Tom et de Partridge (livre VIII chapitre 6) légendée du texte simplifié : « Sur ma parole s'écrie Jones, tu es un garçon fort singulier » (« "Upon my word cries Jones "thou art a very odd fellow" »)[C 4], par George HenryTownsend, 1895

À Bristol, il rencontre une vieille connaissance, Partridge, désormais un barbier se faisant appeler Petit Benjamin, qui voit là d'abord une opportunité : le moyen de se concilier à nouveau les faveurs du squire ; mais bientôt s'établit entre les deux hommes une réelle amitié qui ne se délitera jamais. Du coup, Partridge se met au service du jeune homme et le voyage se poursuit de concert. Au hasard d'une étape, Tom secourt un vieil original (the Man of the Hill) qui vit à Mazard Hill, puis est témoin, non loin, de l'agression perpétrée contre une femme, une certaine Mrs Waters ; il vole aussitôt à son secours, puis entreprend sans attendre de la séduire, ce qui se termine, après quelques démêlés avec les aubergistes, par une soirée idyllique au relais de poste d'Upton.

Sophia Western est en route pour Londres[modifier | modifier le code]

Entretemps, pour échapper au mariage qui lui fait horreur, Sophia a fui le Somertshire avec sa fidèle suivante, Mrs Honour. Désireuse de se rendre à Londres, elle préfère éviter la route directe, sans savoir qu'elle suit la même que Tom ; la voici qui fait étape à Upton dans l'auberge où Tom s'ébat en compagnie de Mrs Waters. Profitant d'une de ses absences, elle dépose son manchon sur son lit avant de repartir. Lorsque Tom le découvre, il le reconnaît aussitôt et se lance dans une course poursuite échevelée pour retrouver sa bien-aimée. Bientôt, l'auberge accueille l'Irlandais Fitzpatrick en quête de sa femme et Squire Western parti à la recherche de sa fille.

Fitzpatrick et Nancy Miller[modifier | modifier le code]
Mrs Honour annonçant à Sophie l'arrivée des Français, alliés des jacobites, à l'auberge d'Upton (livre XI chapitre 6). Texte de la légende : « Mrs Honour accourut dans la pièce, criant ; « Madame, nous sommes perdues : ils sont arrivés, ils sont là » » (« Mrs. Honour came running into the room, and cried out : "Madam, we are all undone, all ruined ! They are come ! They are come !" »), par George Henry Townsend, 1895

Sur la route de Londres, Sophia retrouve sa cousine Harriet, l'épouse de Fitzpatrick, qui lui conte ses malheurs. Arrivée dans la capitale, elle s'installe chez sa parente Lady Bellaston. Peu après, Tom et Partridge, eux aussi parvenus à destination, prennent logis chez Mrs Miller qui a plusieurs filles dont l'une est nommée Nancy. Dans cette pension familiale, se trouve également un jeune homme, Mr Nightingale, avec lequel Tom sympathise et dont il recueille les confidences. Au terme de l'une de leurs discussions, ils parviennent à la conclusion que Nightingale et Nancy s'aiment ; d'ailleurs, la jeune femme tombe bientôt enceinte, sur quoi Tom recommande vivement à son nouvel ami de l'épouser.

Lady Bellaston et Sophia[modifier | modifier le code]

Tout en poursuivant discrètement ses recherches pour retrouver Sophia, Tom devient l'amant de Lady Bellaston. Mais la rencontre tant espérée se produit : Tom et Sophia se sont retrouvés et, pour mettre un terme à sa relation avec Lady Bellaston, le jeune homme, certain qu'elle reculera d'effroi, lui adresse une demande en mariage. Cependant, la dame ne l'entend pas de cette oreille et, pour couper court à l'amour des deux tourtereaux, décide d'employer les grands moyens et dépêche un jeune gentleman, Lord Fellamar, avec mission de violenter Sophia.

Arrivée des Western et de Mr Allworthy[modifier | modifier le code]

Bientôt Squire Western, qu'accompagnent Mrs Western, Blifil ainsi que Mr Allsworthy, se présente à Londres. Squire Western a vite fait de découvrir sa fille qu'il enferme dans sa chambre. Mr Fitzpatrick, convaincu que Tom est l'amant de sa femme, le provoque en duel. Tom ne fait que se défendre mais blesse malencontreusement son adversaire d'un coup d'épée, ce qui lui vaut d'être arrêté et jeté en prison. Partridge lui rend visite dans sa cellule, porteur d'une terrifiante nouvelle : Mrs Waters n'est autre que Jenny Jones, sa propre mère. Mrs Waters, de son côté, rencontre Allworthy et lui explique que Fitzpatrick n'est pas mort et a avoué avoir été l'instigateur du duel. Elle ajoute qu'un homme de loi, agissant pour le compte d'un gentleman inconnu, l'a persuadée de comploter contre Tom. Allworthy apprend ensuite de cet homme de loi, Mr Dowling, que ce mystérieux gentleman n'est autre que Blifil, à qui, puisque le squire était malade, il avait confié une lettre écrite par Mrs Blifil sur son lit de mort, révélant la filiation de Tom. Refusant d'adresser la parole à « un tel scélérat », Allworthyl charge Tom de lui signifier son bannissement, mais Tom a pitié de lui et lui promet son aide : le squire dont la générosité n'est jamais loin lui octroiera finalement une pension annuelle de 200 £.

Les révélations et la conclusion[modifier | modifier le code]

Mrs Waters a d'autres révélations à faire, expliquant comment elle et sa mère ont aidé Bridget Allworthy, enceinte d'un dénommé Summer, décédé peu après. Square envoie une lettre pour faire savoir le dévouement sans faille que Tom a montré pendant la maladie du squire, et qu'il n'a jamais failli à l'honneur. Allworthy, ému de tant de révélations accueille avec chaleur Tom, innocenté et libéré de prison, et qu'il reconnaît désormais comme son neveu. Mrs Miller explique à Sophia pourquoi Tom a proposé le mariage à Lady Bellaston, ce qui rassure la jeune fille. Tom est devenu le seul héritier de Squire Allworthy, circonstance qui le rend, aux yeux de squire Western, éminemment éligible au mariage avec sa fille, qu'il encourage aussitôt avec le plus grand empressement.

Sophia commence par reprocher vertement à Tom la dissipation de sa conduite, puis donnant libre cours à ses sentiments, consent à l'union. Les épousailles sont rapidement célébrées et le roman se termine sur le tableau enchanteur d'une famille heureuse, avec deux enfants semant la joie dans la grande demeure du Somersetshire, tout près de Nightinghale et de Nancy. Partridge reçoit une pension pour fonder une nouvelle école et épouse Molly Seagrim. Il va de soi que le jeune couple du manoir poursuit les largesses du squire et se montre aussi attentionné que généreux envers les villageois.

L'intrigue de Tom Jones[modifier | modifier le code]

Lorsque le roman fut publié, il ne fut pas reçu par un concert unanime de louanges[26].

Accueil[modifier | modifier le code]

Bien des critiques, et pas seulement ceux qui fréquentaient les cercles de Richardson, condamnèrent le livre pour ce qu'ils appelaient sa « grossièreté » et son « immoralité ». Par exemple, en mai 1749, paraissait dans la revue Old England, le commentaire suivant : « que cette histoire bariolée de bâtardise, fornication et d'adultère soit préjudiciable à la cause de la religion devient évident considérant la somme de ridicule et d'injurieux si copieusement déversée sur les hommes d'Église[27] ». Cependant, l'architecture complexe du roman et l'habileté de son auteur ne restèrent pas inaperçues, y compris par ceux qui en blâmaient les manquements à la morale. Ainsi, au même moment, se lisait : « Il n'existe aucune œuvre de fiction présentant en son dénouement semblables phases de suspens si artistiquement ménagé, de si beaux agencements de moments surprenants, d'événements inattendus ou de découvertes, parfois gênantes, il est vrai, mais offrant toujours la promesse de catastrophes, tout cela concourant à l'heureuse cohérence de l'ensemble[28] ». À l'époque romantique, Coleridge comptait l'intrique de Tom Jones parmi « les trois plus parfaites ayant jamais été conçues[29] ».

La critique d'aujourd'hui se montre surtout sensible à la cohérence, l'unité et la symétrie de l'intrigue. Battestin en admire « la perfection artistique, la splendeur palladienne de l'architecture, le paradigme d'une vision augustéenne, un univers caractérisé par l'ordre et l'harmonie[30] ». Dorothy Van Ghent loue elle aussi l'unité et la savante complexité d'une intrique dans laquelle « les épisodes se trouvent, du début à la fin, intimement liés en leurs causes et leurs effets à une grande et unique action se déroulant selon un dessein cohérent[31] ».

Développement[modifier | modifier le code]

Rien n'est laissé sans conclusion dans Tom Jones, le moindre détail, apparemment futile se révélant indispensable à la progression de l'histoire et les différents épisodes convergeant vers le même thème central, le conflit entre le masque et la personne, l'apparence et la réalité. Sur ce point, R. S. Crane note que « les intentions et les opinions divergentes d'un grand nombre de gens, qu'ils soient liés à la famille Western ou à celle d'Allworthy, sont conduits à coopérer pour placer Tom dans de multiples chausse-trappes jusqu'à ce qu'il parvienne à l'ultime résolution[32] ».

En effet, cette intrigue porte le lecteur d'un état de disharmonie et de disruption à un autre d'harmonie et d'union, et entre les deux, jalonnant le chemin, se dressent différentes épreuves et maints revers de fortune ; parallèle à cette ligne dominante, court aussi celle qui conduit d'une relative pauvreté à la grande richesse. Ces lignes ne sont pas droites mais, comme l'a remarqué Dorothy Van Ghent, concaves, ce qui, dit-elle, est propre à la comédie alors que la tragédie suit une courbe convexe[33]. Dans Tom Jones, cela s'illustre tout particulièrement lorsque le héros est en butte à un « méchant », conflit qui se résorbe en un retournement de la fortune qui, selon Fielding, « fait rarement les choses à moitié[34] », favorisant Tom et déjouant les plans de Blifil[35].

Tom Jones se divise naturellement en fonction des trois lieux où se déroule l'action : d'abord Paradise Hall, la demeure de Squire Allworthy dans le Somersetshire, puis la route et ses aventures, enfin Londres, l'ultime étape où se rejoignent tous les protagonistes.

Paradise Hall (de I,II à VII,10)[modifier | modifier le code]

Cette première section remplit trois fonctions : elle présente les protagonistes, initie et fait monter les conflits en puissance, instaure l'avènement et la confirmation de l'amour entre les héros de l'histoire, Sophia et Tom.

D'abord s'avance la famille Allworthy qui occupe les trois premiers chapitres, puis vient celle des Western auquel est consacré le quatrième. Dans le sillage des deux groupes, apparaissent les comparses qui s'avèreront bien utiles lors de l'ultime résolution, Partridge et Jenny Jones. Deux conflits parallèles se mettent progressivement en place, avec pour acteurs Sophia et Tom qui s'aliènent de leur groupe initial[36].

En effet, Tom n'a de cesse de se heurter à la maisonnée du squire qui l'a recueilli, dans l'enfance (I,3), comme dans l'adolescence (IV,6, V,10), impliquant tour à tour Molly Seagrim, Blifil, Thwackum et Square. S'ajoutent à ces tensions des difficultés l'opposant au squire en personne, incidents mineurs d'abord (III,8, IV,11), enfin le clash (VI,11) conduisant au renvoi du jeune homme. Greffé sur le premier, surgit un nouveau conflit, cette fois entre Tom et Squire Western (VI,7). Quant à Sophia, elle se coupe de son père (VI,5,7) et de sa tante (VII,5), lorsque se dessine le projet d'un mariage avec Blifil. Ces heurts conduisent à sa fuite, aidée par sa servante Honours, pour chercher refuge à Londres.

À ce point de l'histoire, le héros aussi bien que l'héroïne ont quitté la matrice familiale. C'est alors que, non sans vicissitudes, naît chez l'un et grandit chez l'autre l'amour qui les unira, évolution que jalonnent différents épisodes et qui culmine en la reconnaissance réciproque de leurs sentiments décrite par la scène de leur rendez-vous près de l'étang. Chacun de ces jalons se manifeste par un objet ou incident emblématique[36], l'oiseau en IV,3, le manchon en IV,4, Black George en IV,5, l'accident de chasse en IV, 12, p. 191, ce dernier illustrant, si besoin était, la bravoure du héros (IV,13). L'épisode concernant la relation entre Tom et Molly Seagrim se réduit à révéler la progression de l'amour dans le cœur de Sophia qui prend conscience de ce qu'elle appelle elle-même « sa malheureuse passion[37] ».

À la fin de la première partie, les jeunes héros ont quitté le Somersetshire, le premier chassé par l'angélisme de Squire Allworthy, si facilement manipulé par Blifil, la seconde par le projet d'union avec ce même Blifil qui se profile ainsi comme l'un des principaux agents de la destinée[36].

Les aventures de la route (de VII,10 à XIII, 2)[modifier | modifier le code]

Itinéraire de Tom Jones lors de son voyage du Somersetshire à Londres, par Eymery.

Voici la partie la plus riche en incidents, conçue selon la tradition de Cervantes lâchant sur les grands chemins le couple Don Quichotte et Sancho Panza dont Tom et Partridge, après bien d'autres, deviennent les héritiers[38]. Fielding utilise tout le bric-à-brac picaresque des aventures liées au voyage, scènes de nuit, auberges, bagarres ou rencontres édifiantes, etc., la plupart survenant sur la route de Bristol, puis à Gloucester et surtout à l'auberge d'Upton (Upton Inn) qui est, en quelque sorte, « le centre mathématique du roman[39] ».

Fidèle à la tradition picaresque, cette deuxième partie fait un ample usage de la satire, sociale, politique ou religieuse, particulièrement lorsque Tom et Partridge rencontrent des aubergistes (X,3), des soldats (VIII), des hommes de loi (VIII,8), des apothicaires (VIII,3). Elle comprend aussi deux histoires intercalées, apparemment peu reliées au thème central, celle de « l'Homme de la colline » et l'histoire de la vie de Mrs Fitzpatrick (XI,3,7), de même que deux chapitres à première vue indépendants, l'un consacré au marionnettiste (XII,5), l'autre aux gitans (XII,12)[38].

En réalité, derrière ces digressions qui ressemblent à des parenthèses, se cache l'un des thèmes principaux du roman, l'hostilité de la Providence qui reporte sans cesse la révélation de l'identité du héros, les personnages susceptibles de le faire, Partridge, Mrs Waters et Jenny Jones, se manquant chaque fois de peu. De plus, Tom rate Sophia et s'avère victime des apparences lors de sa relation avec Mrs Waters (X,5)[38].

Londres (de XIII,2 à XVIII)[modifier | modifier le code]

Cette troisième section entraîne le lecteur dans le monde nouveau de la capitale et de ses cercles les plus huppés, lieux d'intrigue et de relâchement moral, surtout représentés par Lady Bellaston et Lord Fellamar.

Puisque Tom est inexpérimenté et s'avère une proie facile pour les manipulations de Lady Bellaston, son avenir paraît plus que jamais s'assombrir. Il voit s'éloigner, du moins temporairement, l'amour de Sophia et, lors de son duel avec Fitzpatrick, n'est pas loin de perdre la vie. Une fois de plus, il est victime des apparences, ce qui illustre à nouveau le thème central du roman. Le voici qui passe désormais pour un roué et un imposteur, voire un meurtrier, alors que le lecteur, que Fielding éclaire sans cesse, sait bien qu'il est pétri de bienveillance et de générosité, comme en témoignent, s'il en était besoin, les épisodes de Mrs Miller et de Nightingale[40].

Cependant, cette troisième partie amorce la résolution de l'intrigue, car pour la première fois, sont désormais rassemblés auprès de Squire Allworthy tous les personnages détenteurs du secret de Bridget et au courant de la vilenie de Blifil. Ainsi se présentent soudain de nouveaux éléments pour rendre justice au héros : le témoignage de Mrs Miller, la lettre de Square, la révélation de Dowling concernant la lettre de Bridget, la véritable signification de l'offre de mariage à Lady Bellaston[40].

De cette séquence serrée d'événements se dégage la subtilité d'une intrique puissamment élaborée, chaque petit détail en apparence insignifiant s'avérant in fine essentiel pour démêler l'écheveau. Comme l'explique Dorothy Van Ghent, « tous les épisodes sont, du début à la fin, tissés dans une unique et vaste action[41] » à l'architecture complexe mais équilibrée, symétrie et cohérence se dégageant de certains procédés structuraux qui illustrent les thème de base du roman tout entier[40].

Procédés structuraux[modifier | modifier le code]

C'est un cliché que de rappeler la dette que Fielding a envers l'esthétique du théâtre. Lorsqu'il s'est intéressé au roman, il avait déjà une longue et fructueuse carrière de dramaturge derrière lui, ce qui explique sa propension naturelle à faire usage de procédés scéniques qui lui étaient familiers[40].

Une lecture approfondie de Tom Jones révèle en effet l'usage systématique d'oppositions, d'analogies, de parallèles, de répétitions, de renversements, autant de procédés affectant les personnages, les scènes, le plus souvent les deux à la fois. Ainsi l'opposition s'installant entre les groupes Allworthy et Western, Tom et Blifil, ou entre Sophia et Molly, voire entre Lady Bellaston et Mrs Waters. De même s'affiche, souvent ironiquement le parallèle de scènes au schéma récurrent, Square dans la mansarde de Molly, et Lady Bellaston dans la chambre de Tom, les duels entre Tom et Northerton, puis Fitzpatrick, la générosité de Tom envers Anderson et celle de Lady Bellaston à l'égard de Tom, la rencontre de Tom avec le quaker déplorant la fuite de sa fille avec son amoureux et la situation de Tom, lui-même victime de la tyrannie de squire Western ; parallèle enfin entre objets ou personnes apparaissant, puis disparaissant aux moments cruciaux, le manchon de Sophie, son carnet, Dowling jouant les diables à ressort, autant d'éléments structuraux ou thématiques constituant de l'équilibre général[40].

Car l'arsenal utilisé dépasse la répétition mécanique de recettes éprouvées, faisant sourdre en-deça d'effets le plus souvent comiques, une série de thèmes nourrissant la substance même du livre, l'opposition entre nature et masque, bienveillance et hypocrisie égoïste, à quoi s'ajoute le leitmotiv de la prudence, maintes fois répété ; puis, greffés sur cette souche, les thèmes secondaires du contraste entre ville et campagne, gens de basse et de haute extraction, médiocrité et authentique distinction, etc.[42]

Ainsi, de la même façon que Joseph Andrews peut s'interpréter comme un pèlerinage moral du héros chrétien sur les terres arides de l'égoïsme et de l'hypocrisie, Tom Jones se lit comme la fable d'un voyage de même nature, quoique moins auréolé de références religieuses, de l'étourderie fantasque (folly) et du manque de prudence à la conquête d'une certaine sagesse conduisant in fine au bonheur. Cependant, rien n'est formulé directement, chaque nuance s'ajoutant à l'autre pour ériger le monument final[42]

Le problème du temps dans Tom Jones[modifier | modifier le code]

« Dans chaque roman se trouve une pendule. Il se peut que l'auteur ait sa pendule en horreur. Dans Les Hauts de Hurlevent, Emily Brontë a essayé de cacher la sienne. Dans Tristram Shandy, Sterne l'a retournée à l'envers. Encore plus angélique, Proust n'a essé de faire bouger les aiguilles pour qu'au même moment son héros reçoive sa maîtresse à dîner et joue à la balle avec sa nourrice dans le parc[43] ».

Loin d'imiter les écrivains cités par Forster, Fielding ne cache ni ne manipule sa pendule dans Tom Jones, lui prêtant au contraire la plus grande attention, veillant à l'enchaînement des événements, à l'accélération ou le ralentissement du tempo, scrupuleux - et en cela, sans doute un pionnier -, au point de théoriser sur le problème du temps dans le roman qu'il est en train d'écrire[44].

Tout d'abord, il s'affirme libéré de la tyrannie du temps à laquelle se soumet « le lourd et diffus historien qui, pour conserver la régularité de ses dates, donne autant de place aux détails de mois et d'années qui n'offrent rien de remarquable, qu'à la description des époques célèbres où les plus grandes scènes se sont passées sur le théâtre du monde[45] ». À l'inverse du chroniqueur, le romancier qu'il est s'octroie « la liberté de faire toutes les lois qu'il [lui] plaît, et que ses lecteurs, qu'[il] considère comme ses sujets, sont tenus d'observer[46] ». Aussi ne propose-t-il pas l'histoire chronologique de la vie de son héros, sautant des périodes jugée sans intérêt, si bien que s'instaure un décalage entre le temps du discours et celui de l'histoire : un seul jour peut occuper plusieurs chapitres et quelques années se trouver confinées à quelques lignes. De ces escapades à l'usage, l'auteur prévient son lecteur qui ne doit pas être surpris que « [l']histoire paraisse tantôt sommeiller, tantôt avoir des ailes[46] ».

En cela, Fielding se démarque de ses contemporains tels Daniel Defoe ou Samuel Richardson. Dans Moll Flanders, le calendrier se voit scrupuleusement suivi et Pamela relate jour après jour les incidents de la vie quotidienne, parfois les plus minimes[44], alors que dans Tom Jones, le temps de la narration n'adhère pas forcément au temps narré, offrant ainsi au lecteur des déformations affectant la chronologie comme la durée[47].

Chronologie dans Tom Jones[modifier | modifier le code]

Bataille de Culloden scellant la victoire gouvernementale lors de la seconde rébellion jacobite, par David Morier.

En général, la critique n'a qu'éloges pour la rigueur chronologique du roman, chaque livre précisant au jour près la période concernée, une année au livre IV, douze jours au livre XIII, etc. De même, les allées et venues du protagoniste sont habilement minutées, de façon à ménager ou éviter des rencontres : par exemple, les vingt-quatre heures passées à l'auberge d'Upton se déroulent selon une savante chorégraphie et l'itinéraire de Tom d'Upton à Londres est noté au jour le jour, avec chaque événement précisément daté ou repérable par les allusions historiques et les références du calendrier. Ainsi, la rencontre avec « l'homme de la colline » se situe en pleine rébellion jacobite[N 9] et à la lueur d'une pleine lune[48].

Fielding place en effet son roman sous le règne de George II, mais en ancre aussi le récit dans ce que Ehrenpreis a appelé « la chronologie externe[49] », d'où les allusions à la rébellion en Écosse qui a fait rage de novembre à décembre 1745, les remarques concernant les penchants jacobites de Partridge, particulièrement au deuxième chapitre du livre XI, ou encore la méprise concernant Sophia, qu'on croit être une princesse en route pour le nord[40]. Cette technique est héritée de Defoe dans Moll Flanders, encore que les souvenirs de l'héroïne y soient parfois ternis par la distance narrative[50], puisqu'elle s'exprime à la première personne quelque soixante ans après les faits[40].

Dans Tom Jones existent certaines ruptures temporelles, le plus souvent analeptiques ou, au contraire, prolepriques ; dans le premier cas, le lecteur se voit reporté vers l'arrière par des flashbacks, et dans le second, il est informé à l'avance d'événements non encore accomplis. Lorsque le mouvement est analeptique, alors que forcément, le narrateur est au courant de la suite, jamais il n'est autorisé à y faire la moindre allusion, comme si le morceau de passé détaché restait inviolable[51]. En revanche, Fielding s'autorise au moins une allusion alléchante, car elle informe le narrateur et, au-delà le lecteur, tout en imposant subtilement son autorité d'auteur : concernant la véritable nature d'un personnage et même d'un incident à venir, il prend la parole et s'amuse à jouer au chat et à la souris, en disant assez pour éveiller la curiosité, mais pas assez pour la satisfaire. C'est-là un dialogue masqué où se distingue en creux la réaction de:l'interlocuteur :

« Quoique je l'aie appelé le pauvre Partridge, je désire que le lecteur attribue cette épithète à mon naturel compatissant et de n'en rien conclure en faveur de son innocence. S'il est innocent ou coupable, c'est ce qu'on saura par la suite, mais si la muse de l'histoire m'a confié quelques-uns de ses secrets, je ne me permettrai certainement pas de les divulguer avant d'en avoir reçu la permission. Ici donc, le lecteur doit suspendre sa curiosité[52]. »

Le jeu narratif est complexe ici, car l'auteur oblige le narrateur à rapporter des paroles qui s'adressent à lui sous le couvert du lecteur qui, à son tour, bénéficie par ce double intermédiaire des diktats du maître et apprend sa leçon[51],[N 10]. Ainsi, Tom Jones ne contient des références au passé que lorsqu'elles s'avèrent absolument nécessaires à la compréhension des réactions et des attitudes d'un personnage et, en particulier, du protagoniste : alors, le récit des événements présents fait une pau19se, l'analepse prenant le relais dans la séquence narrative pour apporter l'explication manquante[51]. Parfois, le retour analeptique s'avère crucial pour le lecteur, par exemple lors de l'épisode de l'oiseau, narré au chapitre intitulé « Dans lequel l'histoire rétrograde et rappelle un incident arrivé quelques années auparavant, et qui, tout futile qu'il paraît, eut pourtant quelques conséquences[53] », qui éclaire l'attitude de Sophia envers Blifil et, en fait, détermine le reste de l'histoire[N 11]. Il en est de même avec le retour en arrière informant le lecteur de la lettre adressée par Mrs Fitzpatrick à Mrs Deborah Western:

« Le lecteur est obligé […] de digérer des apparitions plus inexplicables […] sans qu'on lui en explique la cause. Cependant, comme nous aimons à l'obliger autant qu'il est en notre pouvoir, nous allons lui apprendre comment l'écuyer campagnard était parvenu à découvrir sa fille. Dans le troisième chapitre du treizième livre, nous avons donné à entendre, car il n'est pas dans nos habitudes de dire jamais plus qu'il n'est nécessaire, que Mrs Fitzpatrick, qui désirait vivement se réconcilier avec son oncle et sa tante Western en empêchant Sophia sa cousine de commettre la faute qui avait attiré sur elle-même le courroux de sa famille. Après bien des réflexions, elle résolut donc d'informer sa tante Western de la demeure de Sophia, et lui écrivit la lettre suivante[54] »

(à suivre)

Durée dans Tom Jones[modifier | modifier le code]

Le point de vue et la voix[modifier | modifier le code]

Personnages et caractérisation dans Tom Jones[modifier | modifier le code]

Aspects de la société dans Tom Jones[modifier | modifier le code]

L'éthique dans Tom Jones[modifier | modifier le code]

Le style dans Tom Jones[modifier | modifier le code]

Du savant usage de l'ironie[modifier | modifier le code]

La comédie[modifier | modifier le code]

Adaptations[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

La critique s'intéressant à Tom Jones est immense et il est parfois difficile d'en faire le tri. Jean Ducrop a proposé une analyse par thème des plus importantes études sur le sujet : elle date de 1980 et, de ce fait, ne saurait être complète. Néanmoins, elle offre une classification méthodique consultable dans son article publié par la société d'études anglo-américaines des XVIIe et XVIIIe siècles[55], et en ligne sur Tom Jones, Bibliographie sélective.

Texte de Tom Jones[modifier | modifier le code]

  • (en) Henry Fielding, Tom Jones, Ware, Hertfordshire, Wordsworth Editions Ltd,‎ 1999, 768 p. (ISBN 1-853-26021-5), introduction et notes par Doreen Roberts.
  • (en) Henry Fielding, Tom Jones, Harmondsworth, Penguin Editions,‎ 1999, 976 p. (ISBN 978-0-140-43622-8), introduction et notes par Thomas Keymer et Alice Wakely, édition de référence

Autres romans de Fielding utilisés[modifier | modifier le code]

  • (en) Henry Fielding, Joseph Andrews, Douvres, Dover Publications, coll. « Dover Thrift Editions Inc. », 272 p. (ISBN 0486415880)

Traductions de Tom Jones en français[modifier | modifier le code]

Les traductions du roman en français sont pléthoriques, pratiquement dès la publication, puis tout au long du XIXe siècle. Certaines sont des adaptations, voire des imitations ou encore des versions simplifiées pour enfants[56].

  • Henry Fielding (trad. Pierre-Antoine de La Place), Histoire de Tom Jones ou L'enfant trouvé, Londres, Jean Nourse,‎ 1750, 4 volumes, Illustrations de Hubert-François Gravelot.
  • Henry Fielding (trad. Guillaume Davaux), Histoire de Tom Jones ou L'enfant trouvé, Paris, Desenne, Louvet et Devaux,‎ 1795.
  • Henry Fielding (trad. Louis-Claude Chéron de La Bruyère), Histoire de Tom Jones ou L'enfant trouvé, Paris,‎ 1804, 6 volumes.
  • Henry Fielding (trad. Henri Huchet de la Bédoyère), Histoire de Tom Jones ou L'enfant trouvé, Paris,‎ 1833, ornée de douze gravures en taille-douce.
  • Henry Fielding (trad. Auguste-Jean-Baptiste Defauconpret), Histoire de Tom Jones ou L'enfant trouvé, Paris,‎ 1836,
  • Henry Fielding (trad. Léon de Wailly), Histoire de Tom Jones ou L'enfant trouvé, Paris,‎ 1841, avec une préface de Walter Scott,
  • Henry Fielding (trad. M. Defauconpret), Histoire de Tom Jones ou L'enfant trouvé, Paris, Club frança!s du livre,‎ 1967, 958 p., avec une préface de Gilbert Sigaux (traduction de référence)
  • Henry Fielding (trad. Francis Ledoux), Histoire de Tom Jones : enfant trouvé (t.1) et Histoire de Tom Jones : Armance (t.2), Paris, Gallimard,‎ 1990 (ISBN 978-2-070-38264-4), 6 volumes.

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

  • (fr) Gérard Genette, Figures III, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Poétiques »,‎ 1972, 285 p. (ISBN 2020020394), « Discours du récit ».
  • (en) Michael Stapleton, The Cambridge Guide to English Literature, Londres, Hamlyn,‎ 1983, 993 p. (ISBN 0-600-33173-3).
  • (en) Margaret Drabble et Sir Paul Harvey, The Oxford companion to English literature, Oxford New York, Oxford University Press,‎ 1985 (1re éd. 5), 1155 p. (ISBN 978-0-198-66130-6).
  • (en) Andrew Sanders, The Oxford History of English Literature (Revised Edition), Oxford, Oxford University Press,‎ 1996 (ISBN 0-19-871156-5).

Ouvrages spécifiques[modifier | modifier le code]

Cette section s'efforce de classer les ouvrages par centres d'intérêt, le roman et la place de Fielding et de Tom Jones dans ce genre, l'art de Fielding et enfin un recueil d'articles et d'essais.

Roman, Fielding, Tom Jones[modifier | modifier le code]

  • (en) Irvin Ehrenpreis, Henry Fielding: Tom Jones, Londres, Edward Arnold (Publishers) Ltd,‎ 1964 (ISBN 0713150971).
  • (en) F. H. Dudden, Henry Fielding, His Life, Works and Times, vol. 2, Hamden, Connecticut, Archon Books,‎ 1966, 2e volume plus spécialement consacré à Tom Jones.
  • (en) Ian Watt, The Rise of the Novel, Londres, Chatto and Windus,‎ 1967, 319 p. (Chapitre VIII, consacré à Fielding).
  • (en) Arnold Kettle, An Introduction to the English Novel, vol. 2, Hutchinson, Hutchinson University Library,‎ 1951 (Plus particulièrement, part II, vol. 1, ch. 4).
  • (fr) Louis Gondebeaud, Le roman picaresque anglais de 1650 à 1730, Lille, H. Champion,‎ 1977 (Voir particulièrement p. 5-58).
  • (en) Wayne C. Booth, The Rhetoric of Fiction, Chicago, The University of Chicago Press,‎ 1966, 455 p..
  • (en) Dorothy Van Ghent, The English Novel, Form and Function, Harper Trenchbooks,‎ 1953, 276 p. (Voir particulièrement p. 65-81)
  • (en) Douglas Brooks, Number and Patter in the Eighteenth Century Novel, Londres, Routledge and Kegan Paul,‎ 1968, 198 p. (Voir particulièrement chapitres IV et V).
  • (en) G. J. Raussen, Henry Fielding, Londres, Routledge and Kegan Paul, coll. « Profiles in Literature »,‎ 1968, 162 p..
  • (en) Hamilton Macallister, Fielding, Londres, Evans, coll. « Literature i, perspective »,‎ 1967, 140 p. (Voir particulièrement chapitres VII et VIII)
  • (fr) Christian Pons et Jean Dulck, Samuel Richardson (Pamela) et Henry Fielding (Joseph Andrews), Paris, Colin, coll. « U2 »,‎ 1970, 261 p.
  • (en) John Richetti, Felicity Nussbaum (édition) et Laura Brown (édition), The New English Century: Theory, Politics, English Literature, Londres, Routledge,‎ 1987, « Representing the Underclass: Servants and Proletarians in Fielding and Smollett ».
  • (en) Angela J. Smallwood, Fielding and the Woman Question, New York, St. Martins,‎ 1989.
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  • (en) Patricia Meyer Spacks, Desire and Truth: Fuctions of the Plot In Eighteenth-Century English Novels, Chicago, University of Chicago Press,‎ 1990.

L'art de Fielding[modifier | modifier le code]

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  • (en) Wane C. Booth, A Rhetoric of Irony, Chicago, The University of Chicago Press,‎ 1974, 277 p. (Cet ouvrage, non consacré à Fielding, étudie l'un des aspects essentiels de l'œuvre).
  • (en) G. W. Hatfield, Henry Fielding and the Language of Irony, Chicago, The University of Chicago Press,‎ 1968, 220 p..
  • (en) Robert Atter, Fielding and the Nature of the Novel, Cambridge, MA 02138, Harvard University Press,‎ 1968, 211 p..
  • (en) E. H. Thornbury, Henry Fielding, Theory of the Comic Prose Epic, New Yotk, Russell and Russell,‎ 1966, 201 p..

Recueils d'essais et d'articles[modifier | modifier le code]

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  • (en) R. Paulson (éditeur), A Collection of Critical Essays, New Jersey, Prentice Hall, coll. « Twentieth Century Views »,‎ 1962, 185 p., « Fielding ».
  • (en) M. C. Battestin, Twentieth Century Interpretations of Tom Jones, New Jersey, Prentice Hall,‎ 1968, 119 p.
  • (en) I. Williams (éditeur), The Criticism of Henry Fielding, Londres, Routledge and Kegan Paul,‎ 1970, 377 p. (recueil d'essais par Fielding sur son art).
  • (en) Neil Compton (éditeur), Casebook Series, Londres, Macmillan,‎ 1970, 267 p., « Tom Jones ».
  • (en) Louis Gondebeaud et Robert Ferrieux, Tom Jones, Pau et Perpignan, Université de Pau et des pays de l'Adour et Université de Perpignan Via Domitia, coll. « Cours de CAPES et d'Agrégation d'anglais »,‎ 1981, 104 p.

Citations du texte original[modifier | modifier le code]

  1. « Though the birth of an heir by his beloved sister was a circumstance of great joy to Mr Allworthy, yet it did not alienate his affections from the little foundling, to whom he had been godfather, had given his own name of Thomas, and whom he had hitherto seldom failed of visiting, at least once a day, in his nursery. »
  2. «  ... then flying at the mob, who were all accused by Moll, he dealt his blows so profusely on all sides, that unless I would again invoke the muse (which the good-natured reader may think a little too hard upon her, as she hath so lately been violently sweated), it would be impossible for me to recount the horse-whipping of that day. »
  3. « She was playing one of her father's favourite tunes, and he was leaning on her chair, when the muff fell over her fingers, and put her out. This so disconcerted the squire, that he snatched the muff from her, and with a hearty curse threw it into the fire. Sophia instantly started up, and with the utmost eagerness recovered it from the flames. »
  4. « you certainly are one of the oddest, most comical fellows I ever met with »

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le Télémaque de Fénelon fut un véritable best-seller en Angleterre dès sa traduction publiée en 1699.
  2. Don Quichotte a été traduit dès 1700, puis en 1706 et à nouveau en 1710 ; Gil Blas a suivi en 1716, 1732, 1735 et 1737 ; Guzman de Alfarache l'a été dès 1622 sous le titre de The Rogue et avec une introduction de [[Ben Jonson]. Tour à tour Guzman est marmiton, voleur, gentleman, mendiant, soldat, page de cardinal et ambassadeur de France.
  3. Le Squire, littéralement « écuyer » héritier du système féodal, est un seigneur de campagne habitant dans un manoir, Paradise Hall (« Hall du paradis »), et propriétaire terrien avec un grand nombre de métayers.
  4. Il est précisé au deuxième chapitre du livre II, que le squire Allworthy est aussi le parrain de son fils adoptif et lui a donc donné son nom de baptême
  5. Un Merry Andrew est un clown qui se produit en public, par opposition à un buffoon (bouffon) qui joue le rôle d'assistant d'un artiste de rue, le bouffon des rois se désignant par le mot jester.
  6. Son patronyme signifie « d'une valeur irréprochable ».
  7. Le nom du comté est aujourd'hui Somerset
  8. 1 000 £ représente cependant une somme considérable en cette moitié du XVIIIe siècle, de 130 000 à 200 000 £.
  9. La seconde rébellion jacobite de 1745-1746 s'est terminée par la victoire décisive du gouvernement à Culloden.
  10. Les romanciers du XIXe siècle, qu'ils soient français, Hugo, Balzac, Stendhal, ou anglais, Dickens, Thackeray, George Eliot, créent souvent des effets de suspens par l'usage proleptique, de même qu'il est usuel dans la littérature du moi, surtout lorsque l'autobiographie est d'inspiration spirituelle, puisque le narrateur à la première personne se tourne vers le passé et contemple ses faiblesses intimes, ses conflits intérieurs et ses dilemmes moraux.
  11. Tom, encore enfant, a offert un jeune oiseau à Sophia qu'elle appelle Tommy, auquel elle apprend à chanter et porte la plus grande affection ; l'oiseau, peu à peu apprivoisé, se perche sur son épaule ou se niche en son sein. Par précaution, Sophia le garde toujours avec un ruban attaché à la patte. Un jour, Blifil lui demande de le lui confier un instant, ce à quoi elle finit par consentir ; aussitôt, il enlève le ruban, l'oiseau prend refuge sur un rameau à quelque distance; et Tom Jones, alerté par les cris de la jeune fille, se précipite, grimpe à l'arbre et, au moment de saisir le fugitif, sent se rompre la branche sur laquelle il est accroché et finit dans le canal en contrebas. Le petit Tommy prend son envol et disparaît, sans doute emporté par un faucon.

Références[modifier | modifier le code]

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  6. Howatson (dir.), 1993, article Margitès.
  7. a et b Louis Gondebeaud et Robert Ferrieux 1981, p. 7.
  8. Henry Fielding 2003, p. 4
  9. a, b, c, d et e Louis Gondebeaud et Robert Ferrieux 1981, p. 8.
  10. Tobias Smollett 2009, p. à compléter.
  11. a et b Louis Gondebeaud et Robert Ferrieux 1981, p. 9.
  12. a et b Louis Gondebeaud et Robert Ferrieux 1981, p. 11.
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  20. « favourite of both Nature and Fortune » (consulté le 28 septembre 2014).
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  24. « The Man on the Hill » (consulté le 10 octobre 2014)
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  26. Louis Gondebeaud et Robert Ferrieux 1981, p. 16.
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  56. « Répertoire des éditions sur Worldcat » (consulté le 12 octobre 2014).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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