Vie et opinions de Tristram Shandy, gentilhomme

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Vie et opinions de
Tristram Shandy, gentilhomme
Image illustrative de l'article Vie et opinions de Tristram Shandy, gentilhomme

Auteur Laurence Sterne
Genre Roman
Version originale
Titre original The Life and Opinions of Tristram Shandy, Gentleman
Éditeur original Ann Ward (vol. 1–2),
Dodsley (vol. 3–4),
Becket & DeHondt (vol. 5–9)
Langue originale Anglais
Pays d'origine Drapeau de l'Angleterre Angleterre
Lieu de parution original Londres
Date de parution originale 1759
Version française
Traducteur M. Frénais
Lieu de parution Paris
Éditeur Ruault
Date de parution 1776

Vie et opinions de Tristram Shandy, gentilhomme, en abrégé Tristram Shandy (The Life and Opinions of Tristram Shandy, Gentleman) est un roman de Laurence Sterne, publié en neuf volumes, les deux premiers à York en 1759 sous la date de 1760, les sept autres dans les dix années suivantes. Il parut en France pour la première fois chez Ruault, en 1776.

Ce roman, relativement peu connu en France, est pourtant considéré comme l'un des plus importants de la littérature occidentale.

Argument[modifier | modifier le code]

Le texte se présente comme une tentative d'autobiographie de Tristram Shandy. Mais très vite le récit est accaparé par des digressions et par l'omniprésence des membres de la famille Shandy. Chacun semble poursuivre une idée fixe : le père de Tristram cherche à expérimenter sur son fils sa théorie éducative, l'oncle Toby ne pense qu'à chevaucher son hobby-horse et à construire des fortifications dans son jardin, etc. Plus qu'un récit, Tristram Shandy se présente donc plutôt comme un tissage minutieux de thèmes qui se répondent, tels que la création, l'impuissance, la maîtrise du temps.

Sources[modifier | modifier le code]

Le texte de Sterne est tissé d'allusions et de références aux plus grands penseurs et écrivains des XVIIe siècle et XVIIIe siècles. Alexander Pope, John Locke, et Jonathan Swift furent les principales influences de Sterne dans l'écriture de Tristram Shandy. On s'aperçoit facilement que la satire de Pope et de Swift constitue la plus grande part de l'humour de Tristram Shandy, mais les sermons de Swift et l'Essai sur l'entendement humain de Locke forment le cadre intellectuel que Sterne explora dans son roman. Sterne était très au fait de la science et de la philosophie de son époque, et les paragraphes sur l'obstétrique et les fortifications, par exemple, montrent qu'il maîtrisait les sujets principaux de ces domaines.

Quatre œuvres ont principalement influencé Tristram Shandy, au point d'éclipser les autres références : Rabelais, Cervantes, les Essais de Montaigne et John Locke. Sterne avait déjà écrit un texte appelé A Rabelaisian Fragment, (Un Fragment rabelaisien), qui témoigne de la connaissance qu'il avait de cet auteur. Mais il n'est pas besoin de cette œuvre de jeunesse pour voir l'influence que Rabelais a exercée sur Tristram Shandy, que de multiples allusions rendent évidente, comme par exemple l'humour paillard, particulièrement en ce qui concerne le corps. La première scène de Tristram Shandy, où l'on voit la mère de Tristram interrompre son père pendant le coït qui entraînera la conception de Tristram, témoigne de la dette que Sterne a envers Rabelais.

L'ombre de Cervantès est tout aussi présente dans le roman de Sterne. Les fréquentes références à Rossinante, le personnage d'Oncle Toby (qui ressemble à Don Quichotte par bien des manières) et la description que fait Sterne de l'humour "cervantesque" de ce personnage, la composition même de Tristram Shandy et son genre, tout cela doit beaucoup à la seconde partie du roman de Cervantès et démontre l'influence de l'écrivain espagnol.

Le roman utilise brillamment les théories de John Locke sur l'empirisme, c'est-à-dire sur la manière dont nous nous servons de ce que nous savons de nous-mêmes et du monde par des associations d'idées qui proviennent de nos cinq sens. Sterne se montre tour à tour respectueux et satirique à l'égard des théories de Locke. Font également partie de l'intertexte du roman l' Anatomie de la mélancolie (Anatomy of Melancholy) de Robert Burton, La Bataille des livres (Battle of the Books) de Jonathan Swift ainsi que Les Mémoires de Martin Scriblerus (The Memoirs of Martinus Scriblerus).

Réception et influence[modifier | modifier le code]

Si le livre connut un succès immédiat auprès du public britannique et très vite européen, une partie de la critique se montra réservée sur ce qu'elle considérait comme un simple jeu d'esprit élaboré et ingénieux. Ainsi, Samuel Johnson prétendait : « Aucune chose bizarre ne dure » (Nothing odd will do long[1]). Au XIXe siècle, Tristram Shandy fut considéré comme démodé dans sa patrie.

La fortune du roman fut plus heureuse sur le continent. Diderot honore lui-même sa dette à son égard et s'en inspire pour écrire Jacques le fataliste. Les romantiques allemands Jean Paul et E.T.A. Hoffmann, ou encore le français Charles Nodier se sont eux aussi clairement inspirés du Tristram. Le Brésilien Joaquim Maria Machado de Assis le cite comme inspiration de son Bras Cubas.

Le roman fut également très apprécié en Russie. Les théoriciens russes Victor Chklovski et Mikhaïl Bakhtine le considéraient comme le roman le plus important de la tradition occidentale.

Les modernistes tels que James Joyce redécouvrirent la richesse du texte, appréciant notamment son caractère réflexif.

Traductions en français[modifier | modifier le code]

Les traductions suivantes sont rangées par ordre chronologique de première parution :

  • 1785, trad. Frenais, chez Volland. Texte sur Wikisource (édition de 1803).
  • 1838, trad. par Francisque Michel, éd. Delloye, Lecou.
  • XIXe siècle, traduction par Alfred Hédouin.
  • 1882, Traduction par Léon de Wailly, G. Charpentier, 1882, texte sur Gallica (tome I, tome II)
  • 1946, traduction par Charles Mauron, coll. Amalthée, Robert Laffont ; rééd. coll. Les Portiques n° 37, Le Club français du livre, préface de Jean-Louis Curtis, 1965 ; rééd. 10/18, 1975 ; rééd. GF, 1999.
  • 1998-2004, traduction par Guy Jouvet, éd. Tristram. Nouvelle édition en 2012, coll. « Souple ».
  • 2012, traduction par Alfred Hédouin, révisée et éditée par Alexis Tadié, Folio « Classique ».

Adaptations[modifier | modifier le code]

Tristram Shandy a été adapté en 2007 en bande dessinée par le dessinateur Martin Rowson.

La première adaptation connue au cinéma est de 2006 : Tournage dans un jardin anglais (A Cock and Bull Story), film britannique réalisé par Michael Winterbottom, écrit par Martin Hardy, avec Steve Coogan, Rob Brydon, Kelly Macdonald, Naomie Harris et Gillian Anderson.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :