Politique (Aristote)

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Extrait du début du livre I des Politiques d'Aristote.

La Politique ou les Politiques (en grec ancien πολιτικά, ou bien comme le dit Aristote dans sa Rhétorique[1] : ἐν τοῖς πολιτικοῖς : « les (traités) politiques » — littéralement : des choses politiques — est un livre du philosophe grec Aristote, dans lequel ce dernier s'attache à analyser les affaires humaines en tant qu'elles se déroulent dans l'espace de la Cité (πόλις / pólis).

Objet du livre les Politiques[modifier | modifier le code]

Comme le suggère le titre de l'ouvrage, Aristote s'attache à déchiffrer le comportement politique des hommes et à comprendre ce qui est en jeu sous l'expression vie politique (βίος πολιτικός). Pour comprendre le cadre de pensée d'Aristote, il faut garder à l'esprit quelques notions-clés propres au Stagirite[2] :

  • Tous les hommes sont des êtres rationnels (y compris les barbares, les femmes et les esclaves) ;
  • Tous les hommes ne vivent pas dans un cadre politique (dans une polis = Cité) : c'est le cas des Barbares ;
  • Le cadre de la vie politique qu'est la polis est le mieux à même de développer l'âme humaine : il y a une téléologie de la vie politique ;
  • Un bon gouvernant est celui qui sait aussi être commandé ;
  • Les trois éléments à l'œuvre dans la Cité sont l'Un, le « petit nombre » (les meilleurs [aristoi]) et le « grand nombre » (la plupart [oi polloi]).
  • L'intérêt de l'ouvrage d'Aristote est de révéler le rôle de chacun de ces éléments, en faisant varier le curseur de l'un à l'autre ;
  • L'ouvrage présente en même temps les difficultés propres à la science politique et pose la question de savoir ce qu'est une philosophie politique.

Il faut garder à l'esprit ces notions, si on veut rendre intelligible un texte qui s'attache à comprendre tous les acteurs de la vie politique, à l'intérieur ou à l'extérieur de la Cité.

Plan des Politiques[modifier | modifier le code]

Résumé[modifier | modifier le code]

La Nature[modifier | modifier le code]

« Être capable d’exécuter physiquement ces tâches, c’est être destiné à être commandé, c'est-à-dire d’être esclave par nature. C’est pourquoi la même chose est avantageuse à un maître et à un esclave. » Pour Aristote l’esclavage est soit par nature -l'homme incapable de se gouverner par soi- soit 'du fait d'une victoire' et ainsi « l’esclave est un certain bien acquis. » Pour lui certains naissent incapables de prudence, et ceux-là sont destinés à l’action, ce sont les esclaves. Et ces mêmes personnes ne s’appartiennent pas par nature. L’esclavagisme est selon la nature de l'homme imprudent et nécessaire pour lui. Il n'en va pas de même pour les relations hommes-femmes qui pour la première fois chez lui ont une certaine égalité. Il y a ainsi une réelle amitié possible entre un homme et une femme, donc une certaine égalité. D'une tout autre manière « il y a avantage et amitié réciproques entre un esclave et son maître quand tous deux méritent naturellement leur statut.»

« La nature ne fait rien en vain ; or seul parmi les animaux, l’homme a un langage ». Donc l’homme est un animal politique par le langage et par nature.

Il en résulte que le pouvoir politique n’est pas comparable aux autres pouvoirs à l’instar de celui de chef de famille car « l’un s’exerce sur des hommes libres par nature, l’autre sur des esclaves, et le pouvoir du chef de famille est une monarchie alors que le pouvoir politique s’applique à des hommes libres et égaux. » La communauté politique existe ainsi en vue non seulement du vivre ensemble mais du « bien vivre » et non en vue des belles actions comme chez Platon.

La chrématistique est pour Aristote l’état d’esprit de celui qui accumule des biens pour son simple plaisir. Pour lui, cela est une perversion car cela oblige les cités à importer et donc à rompre leur autarcie. Il n’est pas contre le fait d’acquérir des biens mais cela doit se faire conformément à la nature, selon son besoin. Ainsi le métier d’usurier lui répugne. (Livre I[réf. incomplète])

La politique doit se faire en fonction de la nature et c’est ainsi qu’il se pose la question de savoir si la monarchie absolue est un bon système ou pas en fonction de savoir s'il est conforme à la nature. Il en conclut que le pouvoir tyrannique n’est pas conforme à la nature pas plus que les constitutions déviantes. (Livre III)

La Cité[modifier | modifier le code]

Qu’est-ce qu’une cité ? C’est plusieurs villages vivant en autarcie qui permet aux gens de mener une vie heureuse. Donc toute cité est naturelle puisqu’elle procède de villages qui le sont aussi. Donc il est normal de vivre en cité. (À cette époque le principe du droit repose sur le fait de vivre en accord avec la nature) (Livre I)

« Une cité n’est pas une communauté de lieu établie en vue d’éviter les injustices mutuelles et de permettre les échanges [..] Une cité est la communauté de la vie heureuse, c'est-à-dire dont la fin est une vie parfaite et autarcique. » (Livre III)

Il établit une distinction entre les gens de la cité. Pour lui il y a les gens très aisés, les gens très modestes et en troisième lieu les gens intermédiaires. La meilleure communauté politique qui existe est celle constituée par des gens moyens car plus ils permettent d’empêcher les excès. Si la part des modestes est prépondérante alors on tombe dans la démocratie (Livre IV)

Dans le livre VI, il réfléchit à tous les éléments qui doivent composer une cité.

« Une cité première est nécessairement celle qui est formée d’un nombre de gens qui est le nombre minimum pour atteindre l’autarcie en vue de la vie heureuse qui convient à la communauté politique [..]Dès lors, il est évident que la meilleure limite pour une cité, c’est le nombre maximum de citoyens propre à assurer une vie autarcique et qu’on peut saisir d’un seul coup d’œil. » (Livre VII)

La cité parfaite se doit d’avoir un terrain difficile à envahir par les ennemis mais facile à évacuer par ses habitants. Ce même territoire doit être le plus autarcique possible mais permettre une vie de loisirs. Il s’intéresse même à l’accès à la mer (une ville autarcique n’a pas besoin de connexions mais nécessité d’aide en cas de guerre).

Les constitutions[modifier | modifier le code]

Classification des constitutions d'Aristote

Il commence par enquêter sur les constitutions, qu'elles soient réelles ou bien théoriques. Il se penche donc sur l’organisation de la constitution. « Il faut donc préférer la souveraineté de la loi à celle d'un des citoyens.» (Livre III, 11, section 3), qui est considéré comme l'origine de l'état de droit. Il n’est pas d’accord avec Socrate qui considère qu’il est bon pour une cité d’être la plus unie possible. Mais « il est manifeste que si elle avance trop sur la voie de l’unité, une cité n’en sera plus une, car la cité a dans la nature d’être une certaine sorte de multiplicité. » Cependant pour lui, une partie de la propriété se doit d’être commune mais il faut « que fondamentalement elles soient privées. » Il critique encore ses maîtres sur le principe de la communauté des femmes et des enfants de Platon. (Livre I)

« Il est nécessaire de diviser le territoire en deux parties : l’une sera commune et l’autre appartiendra aux particuliers. » (Livre VII)

Pour Aristote, contrairement à Platon qui veut que personne n’ait une fortune supérieure à cinq fois la plus petite, ce sont les désirs plutôt que la fortune qu’il faut égaliser et cela passera par la loi. Le législateur influe sur les mentalités, c’est la tâche de celui-ci que de faire les comportements des habitants et notamment par l’éducation des enfants. Il étudie diverses constitutions comme celle de Sparte, d’Hippodamos de Milet, de Crète, de Carthage etc.. (Livre II)

Les différentes constitutions : Il existe plusieurs formes de constitutions : celles qui visent l’avantage commun, les constitutions droites, et celles au contraire qui ne visent que l’intérêt des gouvernants qui sont des constitutions déviantes.

  • Royauté : pouvoir d'un seul désintéressé, bonne solution, peut dégénérer en tyrannie, pouvoir d'un seul égoïste, mauvaise solution (pouvoir de l'Un)[style à revoir]
  • Aristocratie : pouvoir exercé par les meilleurs, bonne solution, peut dégénérer en Oligarchie, pouvoir d'un petit nombre égoïste (pouvoir du petit nombre)[style à revoir]
  • Gouvernement constitutionnel (politéia) : bonne solution, peut dégénérer en régime mixte, démocratie, mauvaise solution (le petit nombre égoïste gouverne en s'alliant avec le grand nombre égoïste)[style à revoir]. Voir schéma ci-contre.

Ce sont des formes déviantes car elles ne visent pas l’avantage commun. Le gouvernement de gens modestes pour les autres modestes est un gouvernement déviant puisqu’il ne s’intéresse pas à l’intérêt commun. (Livre III)

Selon Aristote, la meilleure des constitutions est la constitution aristocratique car elle donne le pouvoir aux meilleurs. (Livre III)

Il établit un ordre dans les constitutions déviées pour savoir laquelle serait la moins mauvaise : tyrannie < oligarchie < démocratie (Livre IV)

À qui donner le pouvoir ? « Donner la souveraineté à un homme et non à la loi est mauvais, puisque l’âme de cet homme peut être sujette aux passions. Mais si on la donne à la loi, que celle-ci soit oligarchique ou démocratique, quelle différence cela fera-t-il eu égard aux difficultés qui nous occupent ? » De même il explique l’intérêt que tous les citoyens gouvernent plutôt qu'un, par la plus grande difficulté dans ce cas à corrompre. (Livre III)

Il faut donner le pouvoir en fonction des compétences et non pas en fonction de la naissance. (Livre III)

Aristote est sévère contre l’ostracisme car il la voit comme une dérive des démocraties. L’égalité recherchée par ce système pousse les gens à exclure ceux qui semblent dépasser les autres[pas clair] (livre III)

Il existe trois parties dans toutes constitutions : celle qui délibère sur les affaires communes, celle qui concerne la magistrature et celle qui rend la justice. Ces trois parties peuvent être organisées selon plusieurs manières : à tour de rôle, par la représentation (Livre IV)

Modification d’une constitution :

  • Pour maintenir une constitution, il faut que la partie qui soit en sa faveur soit plus forte que celle en sa défaveur (Livre IV)
  • Le changement vient de gens qui s’attaquent à la constitution afin qu’elle soit remplacée par une autre ou alors les séditieux gardent les mêmes institutions mais la prennent sous contrôle. (Livre V)
  • Le changement est plus important en oligarchie qu’en démocratie car le changement dans les deux cas peut venir du peuple alors qu’il vient du peuple ou de la rivalité entre les oligarques en oligarchie. Donc la démocratie est plus stable que l’oligarchie. (Livre V)
  • On change de constitution tantôt par la force, tantôt par la ruse. (Livre V)
  • « Les démocraties changent principalement du fait de l’audace des démagogues [..] Dans les temps anciens, quand un même individu devenait démagogue et stratège la constitution se changeait en tyrannie. Car la majorité des anciens tyrans étaient sortis des rangs des démagogues. » (Livre V, chap. V, 1305 a)
  • Moins les rois ont de domaines où ils sont souverains, plus leur pouvoir dans son intégralité durera nécessairement longtemps. (Livre V)
  • « Appauvrir les sujets est aussi un procédé propre à la tyrannie qui vise à ce qu’ils ne puissent pas entretenir de milice et que pris dans leurs tâches quotidiennes, ils n’aient aucun loisir de conspirer. » (Livre V)

Le citoyen[modifier | modifier le code]

Un citoyen est celui qui habite la cité. Mais la définition ne peut pas être aussi simple car l’esclave ou le métèque y habitent aussi sans être citoyen. Ainsi le citoyen est défini par la participation à une fonction judiciaire et à une magistrature. La citoyenneté est héréditaire (alors que l’esclavage ne l’est pas). On peut être citoyen de façon juste ou injuste. Cependant il ne faut pas remettre en cause la qualité du citoyen admis de façon non juste. Il cherche donc à savoir qui est citoyen et qui ne l’est pas et va ainsi se demander de savoir si[pas clair] les artisans doivent être ou pas des citoyens.

« L’excellence du citoyen est nécessairement fonction de la constitution ». Le pouvoir politique, c’est de gouverner des gens du même genre que soi, c'est-à-dire libres. Ainsi il existe la vertu de commandement et la vertu d’obéissance chez les hommes libres.

La constitution est nécessaire du fait que l’homme est avant tout un animal politique et qu’il a ainsi tendance naturellement à aller vers les autres. Mais la constitution va dépendre du type de citoyen qu’il y a dans la cité. Il n’existe pas de constitution fixe (livre III)

Ainsi la royauté est caractéristique d’une certaine époque car au commencement il était rare de trouver des hommes supérieurs en vertu. Mais avec le développement des cités, s’est développé le nombre de citoyens vertueux : on change donc de système. (Livre III)

« Il est donc nécessaire qu’il y ait autant de constitutions qu’il y a d’organisations de magistratures. » (Livre IV)

L’éducation[modifier | modifier le code]

« Il faut dispenser une éducation adaptée à chaque constitution. » Cette éducation doit comprendre des matières utiles, mais pas avilissantes, l’objectif général de cette éducation étant de devenir apte à une vie de loisir (Livre VIII).

« Le plus efficace de tous les moyens [pour conserver une constitution] c’est de donner une éducation conforme aux différentes constitutions. » (Livre V)

Toute communauté politique est constituée de gouvernants et de gouvernés. Il faut que l’éducation s’adapte à cela. (Livre VII)

Il conclut son livre par le livre VIII qui parle de l’éducation. C’est donc un point central de la politique.

Éditions et Traductions[modifier | modifier le code]

  • Les éditions les plus courantes et les plus accessibles sont :
    • I. Bekker, Aristotelis De re publica libri octo. Berlin, 1855 (texte grec)
    • W. L. Newman, The Politics of Aristotle, 4 volumes. 1887-1902. Texte grec et commentaire philologique, historique et philosophique en anglais.
    • Arthur Rackham, Aristotle, Politics. Loeb Classical Library n° 264. Oxford, 1932. 720 pages (édition la plus commode : texte grec et traduction anglaise).
    • Carnes Lord, Aristotle, The Politics. Chicago University Press, 1984. Traduction anglaise et notes. 284 pages (traduction remarquable).
    • Jean Aubonnet, Aristote Politique, 5 volumes. Paris, CUF, 1960-1989. Texte grec et traduction française.
    • J. Tricot, Aristote, La Politique. Paris, Vrin, 1962.
    • Pierre Pellegrin, Aristote, Les Politiques. Paris, G. F., 1993. Nouvelle traduction, avec un appareil critique conséquent. Format de poche utile.

Commentaires et Études[modifier | modifier le code]

  • Pierre Aubenque, La Prudence chez Aristote. P.U.F., 1963.
  • Richard Bodéüs, Le Philosophe et la Cité. Recherches sur les rapports entre la morale et la politique dans la pensée d'Aristote. Paris, 1982.
  • Rémi Brague, Aristote et la question du monde. Paris, Presses Universitaires de France, 1988.
  • Carnes Lord, article "Aristotle", in Joseph Cropsey and Leo Strauss, History of Political Philosophy, Chicago University Press, 1963. Tr. Fr. P.U.F., collection Quadrige, 1999 (1088 pages).
  • Leo Strauss, City and Man. Chicago University Press. Tr. fr. O. Berrichon-Sedeyn, 1987.
  • Francis Wolff (philosophe), Aristote et la politique, Paris, P.U.F., 1ère éd. 1991, 4ème éd. 2008

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Notes et Références[modifier | modifier le code]

  1. Rhétorique (Livre I, 8, 1366a)
  2. Aristote est né dans la ville de Stagire, c'est pourquoi on le surnomme parfois le « Stagirite ».

Lien externe[modifier | modifier le code]