Hortense Mancini

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Hortense Mancini par sir Godfrey Kneller (1671)

Hortense Mancini (née le 6 juin 1646, Rome - décédée le 2 juillet 1699, Chelsea), elle était une nièce du cardinal Mazarin et la sœur de Laure-Victoire, Paul, Olympe, Marie, Philippe, Alphonse et Marie Anne Mancini.

Cette ascendante des Grimaldi, princes de Monaco, fut considérée comme l'une des plus belles femmes de son temps.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Elle fut amenée à Paris à l'âge de six ans et élevée par les soins de son oncle le cardinal Mazarin, qui avait pour elle une tendresse de père.

Le roi d'Angleterre Charles II et le duc de Savoie la demandèrent en mariage, mais le cardinal ne crut pas pouvoir accepter l'honneur que lui faisaient deux souverains de rechercher son alliance.

Famille[modifier | modifier le code]

Fille de Geronima Mazzarini et du baron Michele Mancini, son oncle le cardinal la maria, le 1er mars 1661 au duc de La Meilleraye sous la condition que celui-ci prendrait le nom et les armes de Mazarin.

À cette occasion, il reçut du cardinal les titres de duc de Mazarin, duc de Mayenne, prince de Château-Porcien, comte de Ferrette, de Belfort, de Thann et de Rosemont, baron d'Altkirch, seigneur d'Issenheim, et marquis de Guiscard.

Quatre enfants naquirent cette union, dont :

  • Marie-Charlotte de La Porte de La Meilleraye (1662-1729), épouse du marquis de Richelieu.
  • Marie-Anne de La Porte de La Meilleraye (1663-1720), abbesse du Lys.
  • Marie-Olympe de La Porte de La Meilleraye (1665-1754), épouse du marquis de Bellefonds.
  • Paul-Jules de La Porte-Mazarin (1666-1731), duc de Meilleraye et de Mazarin, héritier des titres de ses parents. Il eut deux enfants : Guy-Paul-Jules, duc de Mazarin, et Armande-Félicité mariée au marquis de Nesle; trois de leurs filles furent successivement favorites de Louis XV entre 1733 et 1744.

Jamais union ne fut plus mal assortie : Hortense, jeune, vive et légère, aimait le monde, où elle se voyait sans cesse entourée d'une foule d'adorateurs ; le duc de Meilleraye au contraire, avare et jaloux, exagéré dans sa dévotion, fuyait la société et obligeait une femme pourvue d'une dot de trente millions de renoncer au séjour de Paris et de le suivre de ville en ville dans ses différents gouvernements.

Elle résidera ainsi avec lui au Grand-Logis de Mayenne.

La fuite en Italie[modifier | modifier le code]

Hortense prit enfin la résolution de s'affranchir de ce qu'elle appelait "un esclavage odieux" et elle l'exécuta par le secours de son frère Philippe, duc de Nevers, qui lui procura des chevaux et une escorte pour se rendre à Rome, où elle comptait se réfugier auprès de sa sœur Marie, la connétable Colonna.

Son évasion eut lieu dans la nuit du .

Le duc, qui plaidait alors contre sa femme, rendit plainte au Parlement contre le duc de Nevers pour avoir favorisé le départ d'Hortense, et obtint un arrêt par lequel il était autorisé à la faire arrêter partout où on la trouverait. Cependant Hortense, ennuyée des tracasseries qu'elle avait à essuyer de la part de ses parents, écrivit à son époux pour le prier de lui pardonner son étourderie et de la recevoir, promettant de ne se conduire à l'avenir que d'après ses conseils, mais il lui fit répondre que, "quand elle aurait demeuré deux ans dans un couvent, il verrait ce qu'il aurait à faire".

L'argent qu'elle possédait épuisé et il ne lui resta que ses pierreries, qu'elle engagea pour une somme très inférieure à leur valeur ; et elle repassa en France afin de solliciter une pension sur les grands biens qu'elle avait apportés à son mari.

La protection de Louis XIV et du duc de Savoie[modifier | modifier le code]

Le roi Louis XIV, qui s'était déclaré son protecteur, et agacé du comportement du duc - qui, pris d'un accès de bigoterie, avait mutilé des œuvres d'art de la précieuse collection de Mazarin - fut touché de sa situation et lui fit obtenir une pension annuelle de vingt-quatre mille livres et douze mille livres argent comptant pour s'en retourner à Rome, ce que son mari était loin d'approuver.

Elle s'enfuit de cette ville peu de temps après avec sa sœur, la Connétable Colonna. En quittant celle-ci, elle se retira à Chambéry, où elle séjourna trois années dans la société des personnes les plus distinguées par leur esprit et par leur naissance.

Après la mort de Charles-Emmanuel II, duc de Savoie, qui s'était aussi déclaré son protecteur, qui mourut jeune, craignant de n'avoir pas également à se louer de la régente Marie-Jeanne, elle passa en Angleterre (1675) suivie de l'abbé de Saint-Réal, qui lui était très attaché.

Charles II d'Angleterre[modifier | modifier le code]

Charles II l'accueillit avec bienveillance et lui assigna sur sa cassette une pension de quatre mille livres sterling. Elle aurait probablement remplacé la duchesse de Portsmouth dans le cœur du monarque, si elle ne se fût pas montrée sensible aux soins que lui rendait le prince de Monaco.

Le roi, irrité de la préférence qu'elle semblait accorder à son rival, supprima la pension qu'il lui faisait, mais la rétablit quelques jours après, honteux de s'être abandonné à un mouvement de jalousie qui n'avait aucun motif réel.

La maison d'Hortense devint bientôt le rendez-vous des hommes les plus aimables et les plus spirituels de Londres. Parmi les beaux esprits qui s'y réunissaient on cite Justel, Vossius, Leti et Saint-Evremond. Elle parut s'occuper elle-même de littératyre avec beaucoup d'ardeur, mais au goût innocent des lettres succéda celui du jeu de la bassette : elle y passait les nuits, perdant des sommes considérables sur sa parole et faisant payer quelquefois ses sottises à ses amis.

Cependant, obsédée comme elle l'était d'une foule d'adorateurs, elle se décida enfin à faire un choix. Elle jeta les yeux sur le baron de Banier, gentilhomme suédois d'un mérite rare; la préférence qu'elle lui marquait excita la jalousie du prince Philippe de Savoie, son neveu[1] ; il provoqua Banier en duel et le tua d'un coup d'épée (1683).

Hortense, affectée vivement par cette mort, fit tapisser sa chambre de noir et y resta enfermée plusieurs jours sans vouloir prendre aucune nourriture. Saint-Evremond, le meilleur de ses amis, lui remontra combien elle se nuisait elle-même en affichant une douleur si excessive. Elle répondit qu'elle était décidée à passer en Espagne et à finir ses jours dans le couvent où languissait sa sœur la Connétable, mais il n'eut pas de peine à lui prouver qu'elle ne pourrait jamais s'accoutumer à la vie régulière et tranquille d'une religieuse.

La société de Londres[modifier | modifier le code]

Cependant, avec la santé, Hortense reprit le goût des plaisirs et rouvrit sa porte à la plus brillante société de Londres.

La révolution d'Angleterre, qui appela au trône Guillaume de Nassau, la priva de la pension qu'elle recevait, son unique ressource.

Le duc de Mazarin profita de cette circonstance pour lui intenter un nouveau procès et il obtint, en 1689, un arrêt du Grand Conseil qui la déclarait déchue de tous ses droits dans le cas où elle refuserait de revenir avec lui[2].

Hortense représenta qu'elle avait contracté des dettes et qu'elle ne pouvait pas sortir d'Angleterre sans avoir payé ses créanciers. Tout ce qu'elle dit, tout ce qu'elle tenta fut inutile : elle vit ses meubles saisis et elle se trouvait exposée au plus grand dénuement lorsque le roi Guillaume, informé de sa situation, lui assura une pension de deux mille livres sterling.

Elle revint alors à ses habitudes, passant l'hiver à Londres et la belle saison à Chelsea, village sur les bords de la Tamise, où elle goûtait les plaisirs de la campagne.

Elle y tomba malade au mois de juin et y mourut le .

À sa mort, les habitants de Mayenne firent célébrer un service pour l'âme de leur duchesse et envoyèrent au duc et à son fils une lettre de condoléances.

Épilogue[modifier | modifier le code]

Considérée comme l'une des plus belles femmes de son siècle[3], Hortense n'avait encore rien perdu de sa première beauté ni de ses agréments. Elle avait toujours eu beaucoup d'indifférence pour la vie et elle ne démentit point les sentiments qu'elle avait témoignés à cet égard. Elle était douée d'un esprit vif et parlait d'une manière très agréable, mais jamais elle n'eut la prétention de passer pour auteur : une preuve que l'on en peut donner, c'est qu'elle permettait à Saint-Evremond de la railler sur ses fautes d'orthographe.

Elle fut l'arrière-grand-mère des quatre sœurs de Nesle, maîtresses successives de Louis XV, et, par son arrière-arrière-petite fille Louise d'Aumont, l'ancêtre des actuels princes de Monaco de la dynastie Grimaldi à qui elle a transmis ses nombreux titres.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Les Mémoires que nous avons sous le nom de la duchesse Mazarin sont l'ouvrage de l'abbé de Saint-Réal. Pierre Bayle n'est pas de cet avis ; mais Desmaizeaux nous apprend qu'il était possesseur d'un exemplaire de la première et rare édition de 1675 qui avait appartenu à Hortense et qui était chargé de corrections marginales de la main de Saint-Réal.

Ces Mémoires ont été réimprimés dans le Mélange curieux des meilleures pièces attribuées à St-Evremond, t. 2, et dans le Recueil des œuvres de St-Réal, t. 6.

On peut aussi consulter :

On a publié à Paris, en 1808, La duchesse Mazarin, mémoires écrits par elle-même, in-8 et 2 vol. in-12, réimpression des Mémoires faits par Saint-Réal, et que l'on a défigurées par des additions tirées de sources qui ne méritent pas toutes la même confiance.

Voir aussi : Pierre Combescot, Les Petites Mazarines, 1999, Grasset/Livre de Poche. ISBN 2-253-14982-9

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Il était fils d'Olympe Mancini, seconde des sœurs d'Hortense, mariée à Eugène Maurice de Savoie, comte de Soissons.
  2. Madame de Sévigné disait, avec St-Evremond, que "la duchesse était dispensée des règles ordinaires, et qu'on voyait sa justification en voyant M. de La Meilleraye". Quand on lui représentait qu'elle devait retrouver son mari, elle répétait, comme pendant la guerre civile : Point de Mazarin, point de Mazarin ! (Voir la Lettre, de madame de Sévigné à sa fille du .)
  3. Barbier et Beauvais 1829, p. 1837

Source partielle[modifier | modifier le code]