Gargantua

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Gargantua
Image illustrative de l'article Gargantua
Les pèlerins mangés en salade - Illustration de Gustave Doré, 1873.

Auteur François Rabelais
Genre Roman
Pays d'origine France
Date de parution 1534
Chronologie
Précédent Pantagruel Le Tiers Livre Suivant

La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel, jadis composée par M. Alcofribas abstracteur de quintessence. Livre plein de Pantagruélisme, ou plus simplement Gargantua, est le deuxième roman de François Rabelais écrit en 1534. D’une structure comparable à celle de Pantagruel (1532), mais d’une écriture plus complexe, il conte les années d’apprentissage et les exploits guerriers du géant Gargantua. Plaidoyer pour une culture humaniste contre les lourdeurs d’un enseignement sorbonnard figé, Gargantua est aussi un roman plein de verve, d’une grande richesse lexicale, et d’une écriture souvent crue.

Rabelais a publié Gargantua sous le même pseudonyme que Pantagruel : Alcofribas Nasier (anagramme de François Rabelais) Abstracteur de Quintessence.

Résumé[modifier | modifier le code]

Enfance et éducation de Gargantua[modifier | modifier le code]

Illustration de Gargantua par Gustave Doré.

Jean Audeau, un simple paysan, découvre par accident dans un énorme tumulus un petit livret qui contient la généalogie des géants d’autrefois. Grandgousier, le père de Gargantua, adore manger. Il épouse Gargamelle, fille du roi des Parpaillons. De leur union naît Gargantua qu’elle porte pendant onze mois. Selon Rabelais, de la durée d’une grossesse dépend la perfection du nouveau-né : plus la grossesse dure longtemps, plus le nouveau-né sera un « chef d’œuvre ». Gargamelle, enceinte de Gargantua, fait abattre des centaines de milliers de bœufs pour mardi-gras, et invite des amis pour ce repas. Malgré son état et les remontrances de son mari, Gargamelle fait grande chère. Ils dansent, chantent, commencent à se disputer. Ivres, ils tiennent des propos incohérents. Pendant la beuverie, Gargamelle ressent des contractions et met au monde de manière insolite Gargantua. Il sort de l’oreille gauche de sa mère et réclame aussitôt à boire.

Son père, en découvrant l’enfant, s’écrie : « Que grand (gosier) tu as » Et l’enfant est appelé alors Gargantua, selon la coutume des anciens Hébreux. Pour l’allaiter, il faut le lait de dix-sept mille neuf cent treize vaches. Enfin, pour le calmer, on lui donne à boire. Gargantua est habillé de blanc et de bleu, les deux couleurs du blason de son père.

Le blanc symbolise la joie, le plaisir, les délices et les réjouissances. Le bleu symbolise les choses célestes. Rabelais polémique sur les couleurs que porte Gargantua. Il fait l’historique de la symbolique des couleurs depuis les temps antiques. Il déclare que le blanc signifie la victoire, la gaieté et la vie, par opposition au noir, symbolisant la tristesse et le deuil. Chaque couleur symbolise des émotions qu’une autre couleur contredit.

Puis, l’enfance de Gargantua est racontée. De trois à cinq ans, ses parents ne lui imposent pas de limites : il boit, mange, dort, court après les papillons et se roule dans les ordures selon son bon plaisir. Gargantua se voit offrir un cheval de bois pour qu’il devienne un bon cavalier. Il se passionne pour l’équitation, au point de créer lui-même ses propres chevaux de bois. Grandgousier rentre victorieux d'une guerre et retrouve son fils. Pendant son absence, Gargantua a cherché quel pouvait être le meilleur torchecul possible, et en a conclu que c'était d'un oison duveteux. Devant l’intelligence de son fils, Grandgousier décide de lui faire apprendre les lettres latines par un théologien réputé, Thubal Holoferne. Ce dernier lui fait apprendre et réciter par cœur, à l’endroit et à l’envers, d’après les méthodes moyenâgeuses, les lettres gothiques.

Son père s'apercevant de la bêtise croissante de son fils, décide à la mort de Thubal Holoferne de donner à son fils un nouveau professeur. Remarquant l'absence de changement, Grandgousier se plaint à l’un de ses amis qui lui recommande Ponocrates, un précepteur humaniste. Pour preuve de son talent, il lui amène un des disciples qui lui parle avec une telle aisance que Grandgousier souhaite le même pédagogue pour son fils. Ponocrates devient alors le maître de Gargantua. Grandgousier reçoit en cadeau du roi de Numidie une énorme jument, richement harnachée. Grâce à cette offrande, Gargantua peut partir pour Paris, et y suivre les leçons du célèbre précepteur, Ponocrates. Sur la route, la jument chasse les taons et les mouches de sa queue avec une telle force qu’elle rase toute la forêt de Beauce. Gargantua arrive enfin à Paris.

Gargantua visite la cité de Paris et fait l’objet de la curiosité des Parisiens. Pensant qu’ils attendent un cadeau de bienvenue, Gargantua leur urine dessus, en gage de bonne volonté, et noie la plupart des habitants. Puis, il emporte les cloches de Notre-Dame pour les accrocher au cou de sa jument. Le doyen de la Sorbonne, Janotus de Braquemardo, est envoyé par la Sorbonne pour tenter de le convaincre de rendre les cloches à la ville. Ce maître de la Sorbonne déclame sa harangue, qui est une caricature visant à se moquer de la Sorbonne et de leur manque de connaissance en l'art oratoire, à Gargantua, qui avant le discours fait rendre les cloches (sans le dire à Janotus). À la fin de cette harangue surtout constituée de quinte de toux et de fautes de latin, Gargantua et ses compagnons se moquent de lui. Janotus demande à être récompensé pour avoir récupéré les cloches, mais on le lui refuse, alors il intente des procès à tous ses confrères de la Sorbonne.

La méthode de travail de Ponocrates consiste d’abord à observer Gargantua sans intervenir. Après s'être aperçu que les méthodes des théologiens de la Sorbonne lui étaient néfastes, Ponocrates lui impose un nouvel emploi du temps et un nouveau mode de travail. Afin de lui faire oublier ses anciennes leçons, il lui fait boire une potion qui nettoie le cerveau de Gargantua. Gargantua suit alors une éducation humaniste, encyclopédique et morale, où l’exercice physique et l’hygiène corporelle sont aussi très importants. L'écuyer Gymnaste lui apprend le métier des armes ; Ponocrates et Eudémon développent son gout à l'effort, sa justice et son esprit critique. Quand le temps n’est pas propice aux exercices, il apprend l’art, la métallurgie, l’artisanat, la rhétorique, l’escrime, l’herboristerie… Une fois par an, Ponocrates décide de choisir un jour clair et ensoleillé pour partir dans un village voisin pour s'amuser avec son disciple, Gargantua. C'est une allusion au jour du carnaval présent au Moyen Âge, qui consistait à inverser les rôles entre les seigneurs et le peuple. Cette journée était très importante pour faire respecter l'ordre, et c'est ce qui se passe dans le roman de Rabelais car cette journée, quoique riche en enseignements, est libre et ludique, et convainquit Gargantua de travailler toute l'année.

Il fait de son éducation, une éducation humaniste, qui consiste donc à apprendre de façon ludique, et c'est ainsi que Ponocrates fait de Gargantua un érudit.

La guerre picrocholine[modifier | modifier le code]

Illustration du Quart Livre par Gustave Doré.

Pendant la saison des vendanges, les bergers de Grangousier gardent les vignes. Des vendeurs de fouaces passent à proximité. Les bergers leur demandent bien poliment de leur vendre de leur fouace, mais les fouaciers refusent et insultent même les bergers. L’un d’eux, nommé Frogier, se vexe de ces insultes et leur fait entendre qu’ils n’avaient pas à agir de cette façon, et que les bergers leur auraient donné, en plus de l’argent, des raisins. À ces mots, Marquet, un fouacier, lui dit de venir prendre de sa fouace, mais il fouette violemment Frogier. Celui-ci crie au meurtre et lance en même temps un épieu qui atteint Marquet à la tempe et l’assomme, manquant de le tuer. Les bergers et les métayers viennent à la rescousse et chassent les fouaciers. Les bergers se servent alors en fouaces et payent les fouaciers avant de banqueter. Ces derniers se rendent aussitôt chez leur roi, Picrochole, qui réplique immédiatement en mobilisant troupes et matériels.

L’armée se met en route, pille et saccage la campagne de Grandgousier. En ce qui concerne l'abbaye de Seuillé, les moines s’enferment dans l’église et prient tandis que leurs ennemis volent les vendanges. Alors frère Jean, moine courageux, s’enhardit et massacre avec une violence extrême les pillards. Dans les autres parties du royaume de Grandgousier, malgré la peste, les soldats pillent tout. Picrochole, roi de Lerné, quitte alors le domaine de l’abbaye pendant la nuit et se rend dans un château pour s’y barricader solidement. Grandgousier apprend la conduite de frère Jean et de Picrochole, mais il veut à tout prix préserver la paix. Il décide de rappeler Gargantua et d’envoyer un messager à Picrochole. Grandgousier écrit à Gargantua une lettre dans laquelle il déclare avoir tout accordé à Picrochole pour sauver la paix. Il affirme aussi sa volonté de défendre ses terres de la folie guerrière de Picrochole et demande à Gargantua de venir lui prêter assistance. Grandgousier envoie un messager à Picrochole, Ulrich Gallet, pour lui intimer ses conditions. Ce dernier se rend alors au château de Picrochole. Ulrich rapporte à Picrochole la surprise, la colère de Grandgousier qui lui demande les raisons de cette amitié trahie et de la guerre. Il lui intime aussi de retourner sur ses terres et de le dédommager. Picrochole refuse.

Au retour d’Ulrich, Grandgousier, pour éviter une nouvelle fois la guerre, fait envoyer à Picrochole beaucoup d'argent afin de rembourser les fouaces, cause des hostilités. Picrochole y voit un aveu de faiblesse et saisit tout ce que lui a envoyé Grandgousier, sans mettre fin aux hostilités. Pendant ce temps, les aides de camp de Picrochole dressent le plan de bataille. Ils rêvent qu’après avoir soumis facilement Grandgousier, ils conquerront l’ensemble du monde. Gargantua quitte Paris et se rend chez son père. Partis en reconnaissance, Gymnaste et son compagnon tombent sur des pillards. Ces derniers veulent les détrousser, mais Gymnaste prétend être un diable. Leur chef, Tripet, hésite à voler le cheval de Gymnaste. Comme il s’appelle le « bon diable », pour les effrayer encore plus, Gymnaste fait des pirouettes et des cabrioles sur son cheval. Les soldats prennent peur et s’enfuient. Pour finir, Gymnaste charge et tue Tripet. Cet incident apporte à Gargantua de nombreuses informations sur le manque de préparation militaire des ennemis. Sa jument fait déborder la rivière en urinant et les ennemis en aval sont noyés. Puis, il rase à coups d'arbre le château de Gué de Vède. Enfin, avec ses compagnons il passe le gué. Ils arrivent chez Grandgousier, qui les attendait avec impatience. En se peignant Gargantua fait tomber de ses cheveux des boulets de canon. Il ne s’était même pas aperçu que, pendant l’attaque du château de Vède, les défenseurs lui avaient tiré dessus.

Grandgousier décide d’organiser un immense festin pour le retour de son fils. Gargantua a envie de salade ; il cueille les laitues réputées les plus grandes dans un jardin et emporte inopinément six pèlerins qui s’y étaient abrités pour la nuit. Il avale sa salade et les pèlerins. Ceux-ci ne doivent leur survie qu’au fait que s’accrochant aux dents du géant et que malencontreusement en tâtant autour d’eux avec leur bâtons, ils touchent un point sensible. Gargantua, muni d’un cure-dent, les retire de sa bouche les uns après les autres. Pendant le souper, Grandgousier explique à Gargantua les raisons des hostilités contre Picrochole. Il lui raconte le courage de frère Jean. Gargantua ordonne de le faire venir. Ces derniers s’apprécient aussitôt et ils se mettent à boire. Ivres, ils divaguent en propos incohérents. Au cours du repas, Eudémon, s’étonne que les moines soient rejetés du monde. Gargantua lui expose qu’ils ne travaillent pas de leurs mains, qu’ils dérangent les mortels, et qu’ils vivent des péchés des hommes. Gymnaste s’interroge sur le fait que les clercs aient de si longs nez. Frère Jean lui raconte que sa nourrice avait les seins mous et que son nez s’y s’enfonçait comme dans du beurre et qu’il grandissait comme la pâte avec du levain. Après le repas, Gargantua et ses compagnons décident d’attaquer à minuit les troupes de Picrochole. Gargantua n’arrive pas à s’endormir. Alors frère Jean lui conseille de prier Dieu et au premier psaume, ils s’endorment tous les deux. À minuit, le moine, habitué au rythme des matines, s’éveille en sursaut et réveille tous ses compagnons d’armes. Puis il décrète que chaque matin, il se purgera avec du vin. Tous se préparent alors, à passer à l’attaque. Le moine encourage ses compagnons d’armes mais surestime ses capacités guerrières. Vitupérant contre l’ennemi, il passe sous un noyer et y reste accroché. Eudémon grimpe dans l’arbre et décroche le moine. Frère Jean abandonne son équipement guerrier et ne garde que son bâton.

Après avoir eu connaissance de la déroute de Tripet, et croyant que Gargantua est réellement accompagné de démons, Picrochole envoie une avant-garde qu’il a fait asperger d’eau bénite. Gargantua et l’avant-garde se rencontrent. Les soldats ennemis, terrorisés par frère Jean qui crie « par tous les diables, » s’enfuient sauf leur chef, Tyravant, qui charge tête baissée. Frère Jean l’assomme puis, seul, poursuit l’armée en déroute. Gargantua décide de ne pas charger. Mais finalement, frère Jean est fait prisonnier et l’avant-garde contre attaque. Gargantua reprend le dessus de la bataille. Entre temps, le moine tue ses deux gardiens et fond sur les arrières de l’armée ennemie en pleine confusion. Il fait prisonnier Toucquedillon, l’aide de camp de Picrochole. Gargantua est très malheureux pour son ami qu’il pense toujours prisonnier. Soudain, ce dernier apparaît avec Toucquedillon et cinq pèlerins que Picrochole gardait en otages. Ils festoient. Gargantua questionne les pèlerins et leur offre des chevaux pour rentrer chez eux. Toucquedillon est présenté à Grandgousier. Par bonté d’âme, il le libère afin qu’il puisse raisonner son chef. Les pays amis de Grandgousier lui proposent leur aide, mais il la refuse car ses forces sont suffisantes. Il mobilise ses légions. Toucquedillon propose à Picrochole de se réconcilier avec Grandgousier. Hastiveau déclare que Toucquedillon est un traître mais ce dernier le tue. Et à son tour Toucquedillon est tué par Picrochole. Gargantua et ses hommes attaquent le château de Picrochole. Les défenseurs hésitent sur la conduite à tenir. Gargantua passe à l’assaut et frère Jean tue quelques soldats de Picrochole.

Voyant sa défaite inéluctable, Picrochole décide de fuir. Sur la route, son cheval trébuche et par colère il le tue. Il tente alors de voler un âne à des meuniers qui réagissent violemment et finalement le volent. Et depuis, personne ne sait ce qu’il est devenu. Gargantua recense les rescapés. Par bienveillance Gargantua libère les soldats faits prisonniers et il leur verse trois mois de solde afin qu’ils puissent rentrer chez eux et indemnise les paysans victimes de la guerre. Il organise un festin grandiose où il offre à ses seigneurs terres et privilèges.

L'abbaye de Thélème[modifier | modifier le code]

Les derniers chapitres du Gargantua proposent la description d'une abbaye utopique, l'abbaye de Thélème, récompense de Gargantua à son ami Frère Jean des Entommeures. Cette abbaye, dont l'ordre est "au rebours de tous les autres", serait le refuge des évangéliques persécutés, et accueillerait hommes et femmes vertueux selon la "volonté divine", le terme grec "Thélèma" signifiant "Volonté". (voir l'article consacré à Thélème).

Adaptations[modifier | modifier le code]

En disques audio[modifier | modifier le code]

Les Mirifiques Aventures de Grandgousier, Gargantua et Pantagruel, une adaptation de l'ensemble des romans de Rabelais (Gargantua, Pantagruel, Le Tiers Livre, Le Quart Livre et Le Cinquième Livre) est éditée en disques et cassettes audio par le label Disques Adès dans la collection Le Petit Ménestrel en 1968, avec les voix de Jacques Fabbri, Claude Piéplu et Michel Galabru et des illustrations de Maurice Tapiero.

En bande dessinée[modifier | modifier le code]

En France, une adaptation en bande dessinée du roman, reprenant le texte de Rabelais sur des dessins de Dino Battaglia, est édité chez Mosquito en 2001. En 2001 et 2002, le scénariste Jean-Yves Mitton et le dessinateur Michel Rodrigue publient aux éditions Hors Collection la série Rabelais, qui relate en deux tomes les aventures fictives du jeune François Rabelais, partant du principe qu'il se serait fondé sur les événements de sa vie réelle pour écrire ensuite ses livres : il côtoie Grangousier, Gargantua, etc. mais aussi divers personnages historiques, comme Léonard de Vinci ou Nostradamus.

En dessin animé[modifier | modifier le code]

Sous la houlette de Bernard Deyries, une série animée de 26 épisodes a été produite en 1993 et diffusée sur France 3, dans l'émission Les Minikeums[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Gargantua - L'Encyclopédie des dessins animés », sur Toutelatele.com (consulté le 2 novembre 2012)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]