La Dramaturgie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
La Dramaturgie
Image illustrative de l'article La Dramaturgie
Couverture de la première édition de La Dramaturgie en 1994.

Auteur Yves Lavandier
Genre Essai
Éditeur Le Clown & l'Enfant
Date de parution 1994 pour la première édition
Nombre de pages 584 (dans l'édition 2014)

La Dramaturgie est un traité d'Yves Lavandier consacré à l'art du récit dramatique. Il est paru en avril 1994 aux Éditions Le Clown & l'Enfant, révisé en décembre 1997, novembre 2004, janvier 2008, mai 2011 et décembre 2013.

Contenu[modifier | modifier le code]

La Dramaturgie traite des mécanismes du récit au théâtre, au cinéma, à la télévision, dans l'opéra, en bande dessinée et à la radio. L'auteur fait une distinction claire entre ce qui est écrit pour être vu et/ou entendu et ce qui est écrit pour être lu (la littérature).

Dans son principe, le livre fonctionne comme La Poétique d'Aristote. Il s'appuie sur l'œuvre des grands auteurs dramatiques (Age-Scarpelli, Samuel Beckett, Bertolt Brecht, Charlie Chaplin, Jean-Michel Charlier, René Goscinny, Hergé, Alfred Hitchcock, Henrik Ibsen, Ernst Lubitsch, Molière, Dino Risi, William Shakespeare, George Bernard Shaw, Sophocle, Orson Welles, Billy Wilderetc.) pour répondre aux trois questions suivantes :

  • de quoi sont faites les œuvres dramatiques ?
  • pourquoi sont-elles faites ainsi ?
  • que faut-il faire pour en écrire ?

L'auteur aborde les mécanismes du récit dramatique : conflit, protagoniste, objectif, enjeu, obstacles, suspense, caractérisation, structure en trois actes, préparation, ironie dramatique, comédie, activité, dialogue. Une pièce de Molière, L'École des femmes, et un film réalisé par Alfred Hitchcock, La Mort aux trousses, étaient analysés en détail jusqu'à la version de 2008. Plusieurs annexes sont consacrées à l'écriture pour enfants, aux rapports entre littérature et dramaturgie, au court métrage ou au documentaire.

Au fil des pages, Yves Lavandier développe de nombreuses idées maîtresses. D’après lui :

  • La dramaturgie pré-existe au théâtre et au cinéma. La vie étant remplie de conflits et régie par des rapports de causalité, on peut dire qu’elle est aristotélicienne.
  • L’art du récit s’apprend, comme toutes les activités humaines.
  • La dramaturgie est un jeu qui se joue à deux : auteur-spectateur. C’est pourquoi l’ironie dramatique – qui consiste à donner au spectateur une information qu’au moins l’un des personnages ignore – est un mécanisme fondamental, omniprésent dans tous les genres (tragédie, comédie, mélodrame, suspense, thriller, etc.) et toutes les formes de récit.
  • Tous les grands conteurs connaissent les règles de la narration, ne serait-ce qu’inconsciemment.
  • On peut respecter les règles et tenir compte des spectateurs tout en gardant sa liberté et en restant authentiques.
  • Les règles sont appelées « recettes » ou « ficelles » par ceux qui les craignent ou les méprisent.
  • Il est instructif de s'interroger sur le bien-fondé des règles. On ne peut pas se contenter d'écrire : « Je vois ça dans le répertoire, donc j'en déduis une règle ».
  • La dramaturgie ne doit pas être placée dans le même panier que la littérature, Molière et William Shakespeare aux côtés de Gustave Flaubert et Franz Kafka.
  • Le dialogue, au théâtre ou en fiction radiophonique, est la partie visible de l’iceberg. Même en radio, la structure et la caractérisation jouent un rôle capital.
  • Le théâtre est, comme le cinéma, un art de l’image.
  • Pour écrire une bonne histoire, il faut trois éléments : du conflit, du conflit et du conflit.
  • Le spectaculaire et le sensationnel sont des générateurs d’émotion faciles qui flirtent souvent avec le voyeurisme et la toute-puissance.
  • Quand un comédien est brillant, il faut l'en féliciter en premier lieu, bien entendu, féliciter son metteur en scène mais aussi ne pas oublier de féliciter l'auteur dramatique qui lui a écrit sa partition (c'est-à-dire le personnage et la structure qui va avec).
  • Le langage le plus puissant du récit est celui de la structure, loin devant le dialogue.
  • Pour autant, le dialogue est inévitable quand on raconte une histoire humaine, y compris dans le cinéma muet où les dialogues sont nombreux, soit donnés à lire sur des cartons soit donnés à deviner par le spectateur.
  • La structure en trois actes (dramatiques, et non logistiques) repose purement et simplement sur une triade universelle : avant-pendant-après. On trouve la structure en trois actes dans l’immense majorité des œuvres, y compris dans un récit aussi destructuré que 21 Grammes.
  • Le point culminant de l'action (le « climax ») se trouve logiquement à la fin du deuxième acte.
  • Le suspense ne doit pas être confondu avec le mystère, Alfred Hitchcock avec Agatha Christie.
  • La comédie est un traitement noble, utile et difficile. La légèreté du résultat n’est qu’une apparence, une politesse.
  • En tant que moquerie des limitations humaines, la comédie peut être dévalorisante mais aussi exigeante ou compatissante.
  • Les constantes du récit sont les motifs de base d’une structure fractale (cf. ci-dessous).
  • La série télévisée est hautement respectable et peut produire des chefs-d’œuvre de l’art humain comme Les Soprano.
  • Si les séries TV françaises veulent rivaliser avec leurs consœurs anglo-saxonnes, les décideurs doivent accepter de mettre le scénariste, et pas seulement le scénario, au centre du dispositif.
  • Les enfants ont besoin de dramaturgie de qualité. Écrire pour les enfants est une formidable école de narration.
  • Les auteurs dramatiques seront toujours indispensables et continueront à répondre au triple besoin de sens, d’émotion et de distraction des humains.

Le récit, structure fractale[modifier | modifier le code]

Yves Lavandier affirme que la théorie fractale s’applique aux mécanismes du récit[1]. La forme simple protagoniste-objectif-obstacles se retrouve à différentes échelles : la série, l’œuvre unitaire, l’acte logistique, l’acte dramatique, la séquence, la scène, jusqu’à certains dialogues. C’est la spécificité de chaque composant et la combinaison de milliers de formes simples qui donnent à chaque récit son caractère unique et son apparente originalité[2],[3].

Accueil professionnel et succès d'édition[modifier | modifier le code]

Dès son apparition, l’ouvrage a été encensé par de nombreux professionnels du théâtre, du cinéma, de l'audiovisuel et de la bande dessinée. En 2006, dans Le Cercle, Frédéric Beigbeder qualifiait Yves Lavandier de "dieu vivant des scénaristes"[4]. Pour Jacques Audiard, La Dramaturgie est comparable à la Poétique d’Aristote. Pour Francis Veber, c’est "le travail le plus complet et le plus ardu qu'on ait fait sur le scénario en France". Vingt ans après la sortie de la première édition (en 1994), La Dramaturgie atteint les 30 000 exemplaires vendus, toutes éditions françaises cumulées[5].

Refontes de 2011 et 2014[modifier | modifier le code]

Pour la cinquième édition de mai 2011, Yves Lavandier a décidé de garder les 500 pages de la partie majoritairement théorique et de développer les parties pratiques pour en faire de nouveaux livres. Construire un récit, paru en juin 2011, propose une méthode pour les auteurs qui veulent composer une pièce, un scénario ou une nouvelle. Évaluer un scénario, également paru en juin 2011, s’attache à la « lecture » des scénarios et plus généralement de tous textes dramatiques. Enfin, Récits dramatiques exemplaires, qui reste à paraître, est censé analyser une trentaine d’œuvres dont L'École des femmes et La Mort aux trousses[6]. Même si les livres abordent les mêmes notions, l'auteur s'est efforcé de ne jamais se répéter et de proposer des exemples différents.

Pour l'édition datée de janvier 2014, Yves Lavandier a changé son sous-titre. "L'art du récit" remplace "Les mécanismes du récit". Comme il l'explique dans la préface[7], Yves Lavandier s'est rendu compte que le mot "mécanismes" convenait bien à tous les artistes (cinéastes, metteurs en scène, musiciens, écrivains, dessinateurs) qui craignent ou méprisent le récit et lui refusent le statut d'art à part entière. Or le récit est bel et bien un art, un art majeur, ancestral et nécessaire au développement humain. Et Lavandier de conclure : "Non seulement je pense qu'avoir peur du récit ne rend service à personne mais je suis fermement convaincu que le récit est l'un des plus puissants outils qui soient pour préserver et diffuser une culture."

Traductions[modifier | modifier le code]

La Dramaturgie a été traduit en italien (L'ABC della drammaturgia, Dino Audino Editore, 2001), en espagnol (La dramaturgia, Ediciones Internationales Universitarias, 2003), en anglais (Writing Drama,  éd. Le Clown & l'Enfant, 2005) et en portugais (A dramaturgia,  éd. Le Clown & l'Enfant, 2013). Une traduction chinoise est en préparation chez Peking University Press.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) Yves Lavandier, « Extrait du livre sur le site de l'éditeur », sur clown-enfant.com (consulté le 19 janvier 2012)
  2. (fr) Yves Lavandier, « Construire un récit' - Extrait du chapitre 1 : la structure de base », sur clown-enfant.com (consulté le 21 janvier 2012)
  3. (fr) Yves Lavandier, « Une structure fractale remarquable en couverture de Construire un récit », sur clown-enfant.com (consulté le 19 janvier 2012)
  4. Les professionnels témoignent
  5. Actualité de l'éditeur
  6. Entretien avec Yves Lavandier
  7. Préface de la sixième édition

Lien externe[modifier | modifier le code]