Grumman F8F Bearcat

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Pix.gif Grumman F8F Bearcat Su-27 silhouette.svg
F8F Bearcat (flying).jpg
Un F8F en vol

Constructeur Drapeau : États-Unis Grumman Aerospace Corporation
Rôle Avion de chasse
Statut Retiré du service
Premier vol 21 août 1944
Mise en service 1945
Date de retrait United States Navy : 1955
Royal Thai Air Force : 1960
South Vietnam Air Force : 1961
Nombre construits 1 266
Équipage
1 pilote
Motorisation
Moteur Pratt & Whitney R-2800-34W
Nombre 1
Type Moteur en étoile
Puissance unitaire 2 100 ch
Dimensions
Bearcat Silh.jpg
Envergure 10,9 m
Longueur 8,6 m
Hauteur 4,2 m
Surface alaire 22,67 m2
Masses
À vide 3 210 kg
Avec armement 4 400 kg
Maximale 5 870 kg
Performances
Vitesse maximale 680 km/h
Plafond 11 800 m
Vitesse ascensionnelle 1 392 m/min
Rayon d'action 1 780 km
Rapport poids/puissance 360 kg/ch
Armement
Interne F8F-1 :
4 mitrailleuses Browning M2 de 12,7 mm (Calibre 0.50)
F8F-1B et F8F-2 :
4 canons M3 de 20 mm (calibre 0.79)
Externe Bombes : 454 kg
Roquettes : 4 HVAR (en) de 127 mm
Avionique
F8F-1N et F8F-2N : radar APS-19.

Le Grumman F8F Bearcat, affectueusement appelé Bear (Ours), est un chasseur monomoteur embarqué américain des années 1940. Il a servi durant la deuxième partie du XXe siècle, principalement au sein de l'United States Navy. Il fut le dernier chasseur à moteur à piston de la compagnie Grumman.

Conception et développement[modifier | modifier le code]

L'objectif était de créer un avion capable d'opérer à partir des petits porte-avions d'escorte (contrairement à son prédécesseur, le très efficace mais imposant Grumman F6F Hellcat) et dont le principal rôle serait l'interception. Il s'agissait de remplacer l'obsolète Grumman F4F Wildcat, qui opérait toujours comme chasseur de soutien principal à bord des navires d'escorte. Par conséquent, l'équipe de conception de chez Grumman s'attacha à dessiner le chasseur le plus compact et léger possible capable d'accueillir le moteur Pratt & Whitney R-2800, qui propulsait déjà le F6F Hellcat. Comparé à ce dernier, le Bearcat était ainsi 20 % plus léger, « grimpait » 30 % plus vite et était plus rapide de 80 km/h.

En comparaison avec le Chance Vought F4U Corsair, le F8F-1 était légèrement plus lent, mais il restait plus manœuvrable et plus rapide en vitesse ascensionnelle. Son énorme hélice quadripale nécessitait un train d'atterrissage surélevé qui lui donnait une allure facilement identifiable. Pour la première fois pour un chasseur de l'aéronavale, la verrière offrait au pilote une vision à 360°.

Le concept du Bearcat était basé sur l'évaluation par les équipes de conception Grumman d'un Focke-Wulf Fw 190 capturé en 1943 en Angleterre. Les rapports de ses analyses, provenant des équipes d'ingénieurs et des pilotes d'essai[1], permirent à Leroy Grumman de stipuler personnellement les caractéristiques du projet « Model 58 »[2], le successeur du Hellcat. La firme Grumman ne copia pas le Fw 190 mais s'inspira de sa « philosophie » de conception. Le Bearcat émanant du « Design 58 » devait pouvoir surclasser des chasseurs japonais extrêmement manœuvrables tels que le A6M-5 « Zero »[3], et pouvoir protéger la flotte contre des attaques kamikazes[4].

Malheureusement, le prototype se révéla plus lourd que prévu, en raison de son usage sur porte-avions (mécanisme d'appontage et de repliage des ailes, train renforcé, etc.). Les équipes de conception lancèrent des mesures d'« amaigrissement », notamment en l'équipant d'extrémités d'aile détachables. Si l'accélération dépassait 7,5 g, les ailes cassaient net, loin du fuselage, mais l'appareil restait capable de voler et d'apponter. Ce genre de conception fonctionnait très bien dans des conditions en vol et au sol soigneusement encadrées. Mais dans les conditions opérationnelles « réelles », en raison des contraintes d'appontage répétées et d'une fabrication des ailes un peu moins soignée en usine, ces ailes avaient tendance à se briser lors des bombardements et des piqués, provoquant le crash. Un système explosif destiné à souffler les ailes au plus loin de l'appareil fut alors mis au point. Cependant, un technicien au sol fut tué par le déclenchement accidentel de ce dispositif. Finalement, les ailes furent renforcées et l'avion limité pour ne pas dépasser 7,5 g[5].

Le chef du projet Grumman F8F fut le légendaire pilote d'essai Corky Meyer, qui dirigea également les projets F6F Hellcat, F7F Tigercat, F9F Panther, F11F Tiger et XF10F Jaguar (en). Meyer fut à la tête de la Grumman Flight Operations située à la base Edwards de l'US Air Force, de 1952 à 1956[6],[7].

Un autre nom célèbre est associé à ce projet : Neil Armstrong, qui répondait immédiatement et assurément « Bearcat » quand on lui demandait quel était son avion préféré. Armstrong reçut sa certification d'entraînement avancé de la Navy à 19 ans sur ce type d'appareil[8].

Service opérationnel[modifier | modifier le code]

Les premiers prototypes furent commandés en novembre 1943 et volèrent moins de 9 mois plus tard, le 21 août 1944. Les premiers exemplaires de série ont été livrés en février 1945 et la première escadrille fut opérationnelle le 21 mai, mais les F8F ne connurent pas le feu de la Seconde Guerre mondiale[9],[10].

Grumman F8F Bearcat au-dessus de l'USS Valley Forge, 1948

Après guerre, le Bearcat devient le principal chasseur de la Navy, équipant 24 fighter squadrons. Souvent mentionné, comme un des meilleurs (si ce n'est le meilleur) chasseurs à moteur à piston jamais construit. Ses performances étaient telles, qu'il surclassait les premiers avions à réaction. Sa capacité aux acrobaties aériennes fut confirmée par le choix de la Navy d'équiper ses Blue Angels avec des Bearcats en 1946, qu'ils ont utilisés jusqu'en 1950, date à laquelle l'équipe fut temporairement dissoute à cause de la Guerre de Corée. Le Grumman F9F Panther et le McDonnell F2H Banshee ont alors largement remplacé le Bearcat au sein de l'US Navy, leurs performances et d'autres avantages éclipsant définitivement les chasseurs à pistons.

Un exemplaire de série non modifié d'un F8F-1 battu le record de vitesse ascensionnelle en 1946, en montant à l'altitude de 3 048 mètres en 94 secondes (en partant de l'altitude 35 mètres ou 115 pieds). Le Bearcat a détenu ce record pendant 10 ans avant de se faire battre par un chasseur à réaction (qui n'aurait pas pu le concurrencer sur la distance de décollage.).

Guerre d'Indochine[modifier | modifier le code]

Le Bearcat connut son baptême du feu durant la Guerre d'Indochine. Par un curieux hasard, dans le seul conflit majeur auquel il participa, il ne se battit pas sous les cocardes de son pays d'origine, mais sous celles de la France ; et alors qu'il avait été conçu comme intercepteur, il ne livra aucun combat aérien, mais fut employé exclusivement comme chasseur bombardier, rôle pourtant considéré comme secondaire lors de son développement.

Les Bearcat furent cédés par les États-Unis à la France dans le cadre de leur aide militaire, afin de remplacer les chasseurs américains Grumman F6F Hellcat reçus en 1950. Ils furent livrés en deux tranches : une première tranche de 44 appareils en février 1951, puis une seconde tranche de 46 avions en mars 1951. Soit un total de 90 appareils modernes, livrés à Saïgon, dans un laps de temps très court. Le F8F devint l’avion standard de l’armée de l’Air durant la seconde et dernière partie de la guerre, avec 160 machines livrées (sur 197 accordées). Cependant aucun avion ne servit dans la Marine nationale, qui demeura fidèle au Grumman F6F Hellcat jusqu'à la fin de la guerre : aux avions qu'elle avait reçu en 1950, elle ajouta en 1951 ceux cédés par l'armée de l'air.

L'armée de l'Air française n'utilisa pas le Bearcat après la Guerre d'Indochine : Les derniers Groupes de chasse français furent dissous au printemps 1956, les appareils survivants furent cédés aux forces aériennes du Sud-Viêt Nam, nouvelle nation résultant de la dissolution de l'Indochine française et à la Thaïlande.

Avion de course[modifier | modifier le code]

Grumman F8F-2 Bearcat Rare Bear

Les F8F Bearcat sont depuis longtemps populaires dans les courses aériennes. Un Bearcat de série, sponsorisé par Bill Stead, gagna la première course de la Reno Air Race en 1964. Rare Bear, un F8F largement modifié, appartenant à Lyle Shelton, domina les compétitions durant des décennies, souvent concurrencé par un autre pilote de renom, Daryl Greenamyer, lui-même pilotant un Bearcat et détenteur de record de vitesse. Rare Bear est également détenteur de nombreux records, incluant le record mondial de vitesse de 1989 (catégorie moteur à piston) sur 3 km à plus de 850 km/h, et le record de vitesse ascensionnelle en 1972, 3 000 mètres en 91,9 secondes, récupérant le record de 1946 cité plus haut[11],[12],[13].

Variantes[modifier | modifier le code]

G-58
Désignation du projet chez Grumman
G-58A
Désignation pour 2 avions civils. Le premier acheté par la Gulf Oil Company pour le Major Alford Williams, le second utilisé par Grumman pour démonstration
Prototype Grumman XF8F-1 Bearcat sur la base navale du Langley Research Center le 5 février 1945
XF8F-1
Prototype, deux exemplaires construits.
Un exemplaire préservé de Grumman F8F-1 Bearcat, 17 septembre 2004
F8F-1 Bearcat
Chasseur monoplace avec des ailes repliables, une roulette de queue rétractable, des réservoirs auto-obstruants, motorisé par un Pratt & Whitney R-2800-34W Double Wasp de 2 100 ch et armé de 4 mitrailleuses Browning M2 de 0.50 (12,7 mm).
F8M-1 Bearcat
Désignation des F8F-1 Bearcat construit par la General Motors.
F8F-1B Bearcat
Chasseur monoplace, armé de 4 canons M3 de 20 mm (calibre 0.79).
F8F-1(D) Bearcat
Version destinée à l'export pour la France et la Thaïlande.
XF8-1N
Prototype de chasseur de nuit, deux exemplaires construits.
F8F-1N Bearcat
Chasseur nocturne, équipé avec un radar APS-19.
Un exemplaire préservé de Grumman F8F-2 Bearcat, 16 septembre 2004
XF8F-2
Prototype du F8F-2, deux exemplaires construits.
F8F-2 Bearcat
Version améliorée, équipée avec un capot moteur et des ailerons plus aérodynamiques, armée de 4 canons M3 de 20 mm (calibre 0.79), motorisée avec un Pratt & Whitney R-2800-30W, 293 exemplaires construits.
F8F-2N Bearcat
Chasseur nocturne, équipé avec un radar APS-19.
F8F-2P Bearcat
Version de reconnaissance photo, avec un équipement photo mais armée de 2 canons M3 de 20 mm.
F8F-1D and F8F-2D
Désignation pour un petit nombre de F8F-1 et F8F-2 convertis pour le contrôle de drone.

Pays utilisateurs[modifier | modifier le code]

Drapeau des États-Unis États-Unis 
Drapeau de la France France 
Drapeau de la Thaïlande Thaïlande 
Drapeau de la République du Viêt Nam Viêt Nam du Sud 

Survivants[modifier | modifier le code]

Un petit nombre de F8F existe encore : 11 approximativement en état de vol (dont un grand nombre d'avions de course), 8 restaurés pour un usage statique et environ une douzaine d'autres à l'état d'épave ou en cours de restauration.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Développement liés 
Avions similaires 
Listes 

Références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. Meyer 1998, p. 42
  2. Scrivner 1990, p. 4.
  3. Maloney 1969
  4. U.S. Naval Air Museum
  5. (en) Corky Meyer, « Clipping the Bearcat's wing », Flight Journal, sur findarticles.com,‎ août 1998
  6. (en) « Grumman test pilots », sur GrummanPark.org
  7. (en) Corwin Meyer, Corky Meyer's flight journal : a test pilot's tales of dodging disasters--just in time, North Branch, MN, Specialty Press,‎ 2006 (ISBN 1580070930)
  8. Hanson, James R., First Man: The Life of Neil A. Armstrong, Simon & Schuster, New York, 2005 (ISBN 0-74325-751-0)
  9. Jane's Fighting Aircraft of World War II
  10. Bridgman 1946, p. 233
  11. www.RareBear.com—Lyle Shelton's "Rare Bear" [Note that Shelton's claim to be the "fastest propeller-driven aircraft in the world" does not acknowledge faster turboprop aircraft such as the Russian Tupolev Tu-95 Bear bomber. Other sources credit "Rare Bear" as the fastest piston-driven aircraft.]
  12. (en) « Aircraft speed records », sur AeroSpaceWeb.org
  13. (en) « Speed records from archives of the Society of Air Racing Historians », sur AirRace.com
  14. http://www.warbirdregistry.org
  15. http://www.aerialvisuals.ca
  16. http://www.joebaugher.com
  17. http://www.aopa.org/aircraft/articles/2012/120406veteran-airshow-race-pilot-howard-pardue-killed.html
  18. http://www.lecharpeblanche.fr/2012/04/05/howard-pardue-nous-a-quittes/
  19. "Grumman F8F Bearcat/Bu. 90454." Fiche du F8F 90454 sur le site de la FAA
  20. Fiche du F8F 95255 sur le site de la FAA
  21. Fiche du F8F 121646 sur le site de la FAA
  22. Fiche du G-58A 121707 sur le site de la FAA
  23. [http://registry.faa.gov/aircraftinquiry/NNum_Results.aspx?NNumbertxt=N1DF Fiche sur F8F 121748 sur le site de la FAA
  24. http://aviation-safety.net/wikibase/wiki.php?id=9642 Détail sur le site aviation-safety.net(en)
  25. Fiche dun F8F 121776 sur le site de la FAA.
  26. http://www.courtesyaircraft.com/inventory%20table.htm

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Andrews Hal, The Grumman F8F Bearcat (Aircraft in profile 107), Windsor, Berkshire, UK, rofile Publications Ltd.,‎ 1966 (réimpr. 1982, 1972)
  • (en) Leonard Bridgman, The Grumman Bearcat : Jane's fighting aircraft of World War II, London, Random House Group; First Edition edition,‎ 2001 (ISBN 1-851-70493-0).
  • Brown, Eric (en) . "Last of the wartime 'cats". Air International, Vol. 18, No. 5, May 1980. Stamford, UK: Key Publishing. ISSN 0306-5634.
  • (en) Christopher Chant, Grumman F8F Bearcat : Super Profile, Sparkford, Yeovil, Somerset Newbury Park, Calif., USA, Foulis Haynes Distributed by Haynes Publications,‎ 1985 (ISBN 0-854-29447-3).
  • (en) Lou Drendel, U.S. Navy carrier fighters of World War II : F2A Buffalo, F4F Wildcat, F6F Hellcat, F4U Corsair, F8F Bearcat, Carrollton, Texas, Squadron/Signal Publications,‎ 1987 (ISBN 0-897-47194-6).
  • (en) William Green, War Planes of the Second World War, vol. four Grumman F8F-1 Bearcat, London, Macdonald & Co,‎ 1961 (ISBN 0-356-01448-7), p. 109–111.
  • (en) William Green, WW2 Fact Files:US Navy and Marine Corps fighters, vol. Grumman F8F Bearcat, London, Macdonald and Jane's,‎ 1976 (ISBN 0-356-08222-9), p. 62–63.
  • (en) Edward T. Maloney, Grumman F8F Bearcat, vol. 20, Fallbrook, California, Aero Publishers, coll. « Aero Series »,‎ 1969, 52 p. (ISBN 0-816-80576-8)
  • Manevy, Jean Christophe. "French Bearcats in Indo-China 1951-1954". Air International, Vol. 44, No. 6, June 1993, p. 278–280. Stamford, UK: Key Publishing. ISSN 0306-5634.
  • Meyer, "Corky". "Clipping the Bearcat's Wing." Flight Journal, Vol. 3, No. 4, August 1998.
  • Morgan, Eric B. "Grumman's Hot Rod." Twenty-first Profile, Volume 1, no. 12. New Milton, Hantfordshire, UK: Profile Publications, 1972. ISSN 0961-8120.
  • Morgan, Eric B. "Grumman Bearcat part II." Twenty-first Profile, Volume 2, no. 17. New Milton, Hantfordshire, UK: Profile Publications, 1972. ISSN 0961-8120.
  • (en) Michael O'Leary, United States naval fighters of World War II in action, Poole, Dorset, Blandford Press,‎ 1980 (ISBN 0-713-70956-1).
  • (en) Charles L. Scrivner, F8F Bearcat in action, Carrolton, TX, Squadron/Signal Publications,‎ 1990 (ISBN 0-897-47243-8).
  • (en) Gordon Swanborough et Peter M. Bowers, United States Navy aircraft since 1911, Annapolis, Md, Naval Institute Press,‎ 1990 (ISBN 0-870-21792-5), p. 241–243.
  • (en) John W. R. Taylor, Combat Aircraft of the World from 1909 to the present, New York, G.P. Putnam's Sons,‎ 1969 (ISBN 0-425-03633-2), « Grumman F8F Bearcat ».
  • (en) Leonard Bridgman, The Grumman Bearcat. Jane’s Fighting Aircraft of World War II, Londres, Studio,‎ 1946 (ISBN 1-85170-493-0)