Principauté de Théodoros

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
La Crimée vers le milieu du XVe siècle.

La principauté de Théodoros (en grec : Θεοδόρο) est un petit État grec du sud-ouest de la Crimée, dans sa partie connue à l'époque sous le nom de Gothie, dont l'indépendance se maintient entre les XIIe et XIVe siècles. Sa capitale se nomme Doros, aujourd'hui connue sous le nom de Mangoup.

Histoire[modifier | modifier le code]

La Crimée constituait initialement le thème byzantin de Cherson. En 1204, lors de la quatrième croisade, les Vénitiens s'étaient emparés de la côte et des meilleurs ports byzantins : Cembalo (Balaklava), Soldaia (Soudak) et Caffa (Théodosie). Le reste du thème échoit à l'Empire grec de Trébizonde (situé de l'autre côté de la mer Noire, dans la région du Pont et gouverné par les Comnènes), puis, en 1235, à l'Empire grec de Nicée (gouverné par les Paléologues) qui chasse les Vénitiens de leurs comptoirs pour les concéder, durant le XIIIe siècle aux Génois. En 1362, le basileus Jean V Paléologue confie le thème de Théodoros (Mangoup pour les Tatars) à l'un de ses parents, le thémarque Démetrios Paléologue Gavras, fondateur d'une dynastie de souche mi-byzantine, mi-arménienne et alliée par mariage avec les Comnènes : cette dynastie fait de Théodoros une principauté indépendante, qui résiste aux Tatars et dispute aux Génois le contrôle de la côte.

Durant cette période (XIIIe siècle), outre les Grecs de la Mer Noire, des Arméniens tcherkessogaïs peuplent la région, comme en témoigne la présence de nombreuses églises et monastères arméniens tel celui de la Sainte-Croix de Sourkhat[1].

En 1471, le prince de Théodoros, Isaac Paléologue Gavras (1458-1474), propose sa fille comme épouse au fils du grand duc Ivan III de Russie[2], tandis que Marie de Mangoup sœur ou cousine d'Isaac, épouse le 14 septembre 1472, à Suceava, le voïvode de Moldavie, récemment veuf : Étienne le Grand.

Le prince Isaac, pressé d’une part par le Sultan Mehmed II, qui avait mis fin aux Empires byzantin et de Trébizonde respectivement en 1453 et 1461, et d’autre part par le khan de Crimée, choisit, pour sauvegarder l’autonomie de sa principauté, de se reconnaître vassal de l’Empire ottoman, comme l’avaient déjà fait avant lui les voïvodes de Valachie.

En lutte contre les Ottomans et les Tatars, Étienne le Grand, craignant ce changement d’alliance, a l’idée de fournir au prince Alexandre, frère de son épouse Marie de Mangoup, une petite flotte et un contingent de 300 soldats moldaves pour rejoindre Doros, où ils détrônent et tuent le prince Isaac[2]. Le règne du nouveau souverain de Théodoros, installé par les Moldaves est très bref, car les Turcs ottomans, alliés aux Tatars et commandés par le pacha et vizir Gedik Ahmed, réagissent et prennent le 6 juin 1475 le comptoir génois de Caffa grâce à la trahison des mercenaires tatars des Génois, puis, toujours par trahison, après 6 mois de siège en décembre, ils s’emparent de ville de Doros dans laquelle le prince Alexandre de Théodoros meurt au combat : ses filles sont envoyées au harem du sultan. L'ancien État grec de Théodoros devient une province ottomane, tandis que le nord de la péninsule fait partie du khanat de Crimée, vassal de la Sublime Porte. Dans la nouvelle province turque, Arméniens et Grecs pontiques sont désormais une minorité de dhimmis, et il n'y a plus d'autres chrétiens en Crimée jusqu'en 1774 lors de l'arrivée des Russes. Il semble cependant, d'après Philipp Bruun, qu'une partie de la famille princière, désormais islamisée, s'est maintenue encore quelques décennies en position éminente dans la Crimée ottomane, puisqu'en 1512 et 1522 des « princes de Mangoup », ayant aussi des prénoms chrétiens, sont cités (voir ci-dessous).

Quoi qu'il en soit, 22 ans après la chute de Constantinople et 14 ans après celle de Trébizonde et de Mistra, la principauté de Théodoros est le dernier État grec médiéval à disparaître, inaugurant la période de 354 ans de domination ottomane totale sur l'ensemble des territoires habités par des Grecs.

Liste des princes de Théodoros[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Claude Mutafian et Éric Van Lauwe, Atlas historique de l'Arménie, Autrement, coll. « Atlas / Mémoires », 2005 (ISBN 978-2746701007), p. 84-85.
  2. a et b Mémoires de l’Académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg, 1867, p. 93.
  3. Philipp Bruun, Notices historiques et topographiques concernant les colonies italiennes en Gazarie, Mémoires de l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, tome X, no 9, Saint-Pétersbourg, 1866, p. 76.
  4. Philipp Bruun, op.cit, p. 77.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (ru) А. В. Васильев, М. Н. Автушенко, « Загадка княжества Феодоро » Севастополь, 2006.
  • (ru) Т. М. Фадеева, А. К. Шапошников, « Княжество Феодоро и его князья » Симферополь, 2005.