Tchoukotka

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District autonome de Tchoukotka
(ru) Чукотский автономный округ
(ckt) Чукоткакэн автономныкэн округ
Armoiries de la Tchoukotka
Armoiries de la Tchoukotka
Drapeau de la Tchoukotka
Drapeau de la Tchoukotka
Tchoukotka
Administration
Pays Drapeau de la Russie Russie
Région économique Extrême-Orient
District fédéral Extrême-oriental
Statut politique District autonome, gouvernorat
Création 10 décembre 1930
Capitale Anadyr
Gouverneur Roman Kopine
Démographie
Population 53 824 hab. (2002)
Densité 0,07 hab./km2
Géographie
Superficie 737 700 km2
Autres informations
Langue(s) officielle(s) Russe, tchouktche
Fuseau horaire UTC+12
Code OKATO 77
Code ISO 3166 RU-CHU
Immatriculation 87
Liens
Site web http://www.chukotka.org

Le district autonome de Tchoukotka (en russe : Чуко́тский автоно́мный о́круг, Tchoukotski avtonomny okroug), ou simplement la Tchoukotka (Чукотка), est un sujet fédéral de Russie du district fédéral extrême-oriental, à l'extrémité nord-est de Russie. Son gouverneur est Roman Kopine depuis le 3 juillet 2008.

Histoire[modifier | modifier le code]

Âge de la pierre[modifier | modifier le code]

Les premiers habitants arrivent dans la Tchoukotka durant l'âge de la pierre en provenance d'Asie centrale et orientale. À cette époque, la mer n'a pas encore séparé l'Alaska de la Sibérie et une région aujourd'hui engloutie, la Béringie, unit les deux continents. La mer la recouvre il y a environ 10 000 ans. C'est à cette période que le climat commence à se réchauffer et que les habitants doivent passer de la chasse aux mammouths à l'élevage du renne et à la chasse aux mammifères marins. Les restes de nombreux anciens camps ont été retrouvés.

La région reste dans l'âge de la pierre jusqu'au début du XVIIe siècle, lors de l'arrivée des premiers colons russes. Les Tchouktches et les Yupiks sibériens vivent sur les côtes, tandis que l'intérieur des terres — essentiellement le long des rivières — est peuplé par les Ioukaguires et que les Koriaks habitent sur la côte sud-est. D'autres peuples — Tchouvanes et Évènes — vivent également dans la région.

La conquête russe[modifier | modifier le code]

En 1644, les cosaques atteignent le fleuve Kolyma et Mikhaïl Stadoukhine, le chef de l'expédition, donne une description des Tchouktches. À la fin des années 1640, Semion Dejnev mène plusieurs expéditions à l'est de la Kolyma. La forteresse d'Anadyr, l'actuelle capitale de la Tchoukotka, est fondée en 1652. La forteresse est menacée d'abandon jusqu'à la découverte du Kamtchatka, à la fin du siècle. Anadyr devient alors la base de départ des expéditions vers cette région.

En 1725, Pierre le Grand envoie Vitus Béring en exploration au Kamtchatka et, dans le même temps, envoie une expédition militaire pour soumettre les Tchouktches. Le détachement russe mené par Afanassi Chestakov est battu. Il faut attendre 1731 pour qu'un détachement de cosaques, accompagné de troupes auxiliaires de Koriaks et Ioukaguires, parvienne à vaincre le détachement tchouktche. Une partie de ces derniers accepte alors de payer le tribut à l'Empire russe. En 1747 toutefois, un détachement russe qui doit soumettre l'ensemble des Tchouktches est à nouveau battu. Ces deux dernières attaques ont été menées par l'ancien adjoint de Chestakov, le major Dmitri Pavloutski (en). Le gouvernement russe change alors de tactique et invite les Tchouktches à devenir citoyens de l'Empire. Un traité de paix est signé en 1778.

Entre 1821 et 1825, Ferdinand von Wrangel et Fiodor Matiouchkine (en) entreprennent une expédition d'exploration sur les côtes de Sibérie orientale et le long de certaines rivières. L'île Wrangel porte désormais le nom du premier d'entre eux. En 1828, c'est au tour de l'expédition de Friedrich von Lütke (1826-1829) d'explorer la région.

Après la vente de l'Alaska aux États-Unis, en 1867, des Américains commencent à venir en Tchoukotka pour chasser et commercer avec les indigènes. Les Russes ne tardent pas à réagir et mettent en place, en 1883, des patrouilles côtières chargées d'arrêter les navires américains et de confisquer leurs biens. En 1888, la région administrative d'Anadyr est créée et, en 1909, deux districts sont créés au sein de cette région : le district d'Anadyr et celui de Tchoukotka.

Période soviétique[modifier | modifier le code]

À partir de 1919, la région est soumise à la collectivisation et les autochtones à une sédentarisation forcée durant la période soviétique.

Lorsque l'Allemagne nazie attaque l'Union soviétique en 1941, tout est fait pour que la production d'étain puisse commencer aussi rapidement que possible en Tchoukotka. C'est le début de l'industrie minière dans la province, industrie qui va devenir sa base économique. C'est également pendant la guerre que des géologues découvrent d'importantes réserves d'or qui seront exploitées dès les années 1950. En 1942, deux aérodromes (Ouelkal et Markovo) sont aménagés pour permettre aux Américains de rejoindre Krasnoïarsk depuis Fairbanks, en Alaska.

La Tchoukotka post-soviétique[modifier | modifier le code]

Depuis 1977, la Tchoukotka était un district autonome au sein de l'oblast de Magadan. En 1991, elle fait sécession pour devenir un sujet de la Fédération de Russie à part entière. Cette décision est entérinée par la Cour constitutionnelle de Russie en 1993.

Région « oubliée » après la chute de l'URSS et particulièrement pauvre, elle avait élu comme gouverneur en 2000 le milliardaire russe Roman Abramovitch, confirmé pour un second mandat par le président russe Vladimir Poutine. Abramovitch a versé plusieurs milliards de roubles pour améliorer l'infrastructure et aider la population locale, faisant même venir des administrateurs de ses sociétés pour moderniser et gérer les équipements et l'administration. Certaines sources estiment qu'il a versé entre 150 et 200 millions de dollars par an depuis son élection en 2000. L'argent versé par le milliardaire a ainsi permis de doubler le PIB de la région et de tripler voire plus le revenu des habitants[1]. Il a proposé sa démission mais le président Poutine l'a refusée. Le 3 juillet 2008, sa démission du poste de gouverneur de la Tchoukotka est acceptée par le président Dmitri Medvedev[2].

Politique[modifier | modifier le code]

Fonction Nom Depuis le
Gouverneur Roman Kopine 3 juillet 2008

Le gouverneur actuel est Roman Kopine depuis le 3 juillet 2008, à la suite de la démission de Roman Abramovitch.

Géographie[modifier | modifier le code]

La région est baignée par la mer de Sibérie orientale et la mer de Béring et séparée du continent américain par le détroit de Béring. Sa superficie est de 737 700 km2 (une fois et demie celle de la France) et sa population est de 53 824 habitants, selon le recensement de 2002, dont : 27 918 Russes (51,9 % de la population), 12 622 Tchouktches (23,5 %), 4 960 Ukrainiens (9,2 %), 1 534 Inuits (2,85 %), 1 407 Évènes (2,6 %) et 951 Tchouvanes (1,77 %). La population a fortement chuté depuis la fin de la période soviétique puisque la région comptait 163 000 habitants en 1989[3]. Une grande partie des Russes et des Ukrainiens qui étaient venus s'établir dans la région durant l'après-guerre sont repartis, comme le montre le tableau ci-dessous.

Recensement 1939 Recensement 1959 Recensement 1970 Recensement 1979 Recensement 1989 Recensement 2002 Recensement 2010
Tchouktches 12 111 (56,2 %) 9 975 (21,4 %) 11 001 (10,9 %) 11 292 (8,1 %) 11 914 (7,3 %) 12 622 (23,5 %) 12 772 (26,7 %)
Tchouvanes 944 (0,6 %) 951 (1,8 %) 897 (1,9 %)
Inuits 800 (3,7 %) 1 064 (2,3 %) 1 149 (1,1 %) 1 278 (0,9 %) 1 452 (0,9 %) 1 534 (2,9 %) 1 529 (3.2 %)
Évènes 817 (3,8 %) 820 (1,8 %) 1 061 (1,0 %) 969 (0,7 %) 1 336 (0,8 %) 1 407 (2,6 %) 1 392 (2,9 %)
Russes 5 183 (24,1 %) 28 318 (60,7 %) 70 531 (69,7 %) 96 424 (68,9 %) 108 297 (66,1 %) 27 918 (51,9 %) 25 068 (52,5 %)
Ukrainiens 571 (2,7 %) 3 543 (7,6 %) 10 393 (10,3 %) 20 122 (14,4 %) 27 600 (16,8 %) 4 960 (9,2 %) 2 869 (6,0 %)
Autres 2 055 (9,5 %) 2 969 (6,4 %) 7 049 (7,0 %) 9 859 (7,0 %) 12 391 (7,6 %) 4 432 (8,2 %) 2 961 (6,2 %)
Vue aérienne du nord de la Tchoukotka entièrement gelé

Selon plusieurs organisations humanitaires, la population est soumise à une forte contamination radioactive particulièrement sensible du fait d'une alimentation largement basée sur la viande de rennes, animal qui se nourrit principalement de lichens. Cette pollution serait due à une mauvaise protection des installations nucléaires civiles et militaires et à l'exploitation de certains gisements d'uranium durant la période soviétique.

La capitale administrative et la plus grande ville est Anadyr, avec une population de 11 819 habitants (2008).

Le lac d'El'gygytgyn est situé en Tchoukotka.

Environnement[modifier | modifier le code]

La Tchoukotka compte trois écosystèmes différents : le désert arctique au nord, la toundra au centre et la taïga au sud[3]. Du fait du climat et des vents arctiques, aucun arbre, sauf quelques arbustes, ne pousse dans la région. On distingue en revanche 900 espèces de plantes hautes et 400 de lichens et de mousses[3]. La région abrite également de nombreuses espèces de mammifères, environ 220 espèces d'oiseaux et de nombreuses sortes d'insectes[3].

Économie[modifier | modifier le code]

La Tchoukotka possède de grandes réserves de pétrole, de gaz naturel, de charbon, d'or et de tungstène.

L'exploitation de l'or, qui constitue l'une des principales activités économiques de la région, a commencé en 1955. Le niveau maximal de production a été atteint en 1974 avec une production de plus de 36 tonnes. La production a fortement chuté dans les années 1990 et est désormais stable à environ 5 tonnes par année. L'exploitation des mines d'or est partagée désormais en un peu plus d'une vingtaine de compagnies[4].

La région dispose de réserves de quatre autres métaux non ferreux : l'argent, le tungstène, l'étain et le cuivre. La production d'argent est d'environ 12 tonnes par année (2004), extrait principalement à Valounistoïe. Le tungstène et l'étain ne sont, eux, plus exploités. La production de tungstène, qui a duré de 1958 à 1992, a permis d'extraire environ 90 000 tonnes de minerai. Celle d'étain, qui a duré de 1941 à 1992, a produit plus de 200 000 tonnes de minerai. La montée des prix de ce minerai pourrait rendre rentable une reprise de la production en Tchoukotka[5]. Enfin, la région dispose de réserves de cuivre qui n'ont encore jamais été exploitées[6].

Deux mines de charbon sont également exploitées en Tchoukotka actuellement, pour une production annuelle de 634 100 tonnes en 2005. Il s'agit des mines de Boukhta Ougolnaïa et d'Anadyrskoïe[7].

La majeure partie de la population a toutefois une vie rurale, vivant de l'élevage de rennes, de la chasse ou de la pêche. La population urbaine est employée dans l'industrie minière ou dans la fonction publique.

La nourriture de la population indigène est constituée à plus de 50 % de mammifères marins (baleine grise, baleine boréale et cachalot, notamment). La pêche est donc une activité économique importante. Les conventions de la Commission baleinière internationale autorisent la pêche de 140 baleines grises par années aux indigènes de la Tchoukotka[8].

Villes et communes urbaines[modifier | modifier le code]

Le district autonome de Tchoukotka compte trois villes (marquées dans le tableau avec une astérisque) et treize communes urbaines.

Nom Nom russe Raïon Population
(01.01.2006)
Aliskerovo Алискерово Bilibino 3
Anadyr* Анадырь pas de raïon 11193
Beringovski Беринговский Beringovski 1676
Bilibino* Билибино Bilibino 5717
Egvekinot Эгвекинот Ioultinsk 2444
Komsomolski Комсомольский Tschaoun 446
Leningradski Ленинградский Schmidt 680
Mys Chmidta Мыс Шмидта Schmidt 546
Pevek* Певек Tschaoun 4557
Providenia Провидения Provideniya 2717
Chakhtiorski Шахтёрский Anadyr 46
Ougolnye Kopi Угольные Копи Anadyr 3449

Les habitants des communes urbaines de Vstretchny (Встречный), Baranikha (Бараниха), Valkoumeï (Валькумей) et Krasnoarmeïski (Красноармейский) ont quitté leurs communes qui sont devenues des villes fantômes.

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) « La Tchoukotka de Roman Abramovitch : un modèle d'Etat idéal », sur RIA Novosti (consulté le 2 août 2008)
  2. (fr) « Tchoukotka : Medvedev a accepté la démission d'Abramovitch », sur RIA Novosti (consulté le 2 août 2008)
  3. a, b, c et d Descriptif de la Tchoukotka sur le site Regards de femmes, consulté en septembre 2008.
  4. (en) Informations issues du site officiel de la province, consulté en septembre 2008.
  5. (en) Informations issues du site officiel de la province, consulté en septembre 2008.
  6. (en) Informations issues du site officiel de la province, consulté en septembre 2008.
  7. (en) Informations issues du site officiel de la province, consulté en septembre 2008.
  8. (en) Informations sur le site officiel de la région, consulté en septembre 2008.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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