Colindă

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Le colindat de groupe d’hommes, rituel de Noël *
UNESCO logo.svg Patrimoine culturel immatériel
de l’humanité
Timbre roumain de 1986
Timbre roumain de 1986
Pays * Roumanie Roumanie
Subdivision République de Moldova
Région * Europe et Amérique du Nord
Liste Liste représentative
Fiche 00865
Année d’inscription 2013
* Descriptif officiel UNESCO

Les colinde (singulier colindă) sont des chants qui peuvent être chantés ou déclamés, et que l'on pouvait entendre couramment dans les villages lors de la période de Noël, principalement en Roumanie. Le colindat (selon la nomenclature officielle de l'UNESCO) est une tradition devenue chrétienne, mais d'origine païenne. De nos jours, dans les grandes villes, elle se perd ou devient virtuelle (télévision, envoi de vidéos par internet). On fête alors Noël de plus en plus en famille, et on désigne à tort comme une colindă n'importe quel chant de Noël, comme par exemple les hymnes religieux chantés par les chœurs dans les églises. En roumain le verbe a colinda signifie "marcher en chantant" ou "chanter en marchant" et par extension plus familièrement "faire un tour", "parcourir du pays".

Le fait qu'elle ait été enregistrée au Patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO comme « Colindat de groupe d’hommes, rituel de Noël, en Roumanie, République de Moldova et Amérique du Nord » est l'objet de discussions et de contestations pour quatre raisons[1] :

  • l'enregistrement est réduit aux seules colinde chantées par des hommes adultes, alors que des jeunes, enfants, femmes ou fillettes peuvent aussi les chanter dans maintes variantes ;
  • la République de Moldavie ou « Moldova » (en roumain) n'est pas une « subdivision de la Roumanie » mais un état indépendant ; c'est la région de Moldavie qui est une subdivision de la Roumanie, au même titre que la Transylvanie ou la Valachie qui, elles, ne sont pas mentionnées dans l'enregistrement ;
  • l'enregistrement est réduit aux seules colinde de Roumanie, Moldavie et... Amérique du Nord, alors que cette tradition est aussi présente en Ukraine occidentale (Колинда), Bulgarie (Коледа), Macédoine (Коленда) et Grèce (Κολήνδες), où elle est ancienne et traditionnelle, tandis qu'en Amérique du Nord elle est arrivée récemment avec la diaspora de ces pays et ne fait pas partie du patrimoine des populations autochtones de ce continent ;
  • enfin on peut juger fallacieux de faire classer au patrimoine mondial une tradition qui disparaît dans le vécu réel et alors que l'état ne soutient pas les associations qui tentent de la perpétuer.

Les ethnologues[2] les considèrent, comme la tradition des Martenitsa/Mărțișor ou celle des Върколак/Vârcolaci également communes à plusieurs pays, comme un héritage thrace (substrat commun de ces pays), mais il existe aussi des légendes, différentes dans chaque pays, pour leurs origines.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le mot "colinde" provient du latin calendes. Les calendes, pour les Romains, étaient des fêtes du culte solaire.

Description[modifier | modifier le code]

La colindă commence souvent, rituellement par l'invocation Iată vin colindătorii... cand stapânii nu-s acasă : Voici [que] viennent les "calendeurs"... quand les maîtres ne sont pas chez eux. Les "calendeurs", souvent des enfants, vont de porte en porte, parcourant le village ou le quartier, et "calendent", c'est-à-dire chantent des "calendes" qui annoncent la fin de l'année, l'année nouvelle, la venue de Jésus, selon les thèmes. Il y a aussi plusieurs types mélodiques de "calendes" : avec ou sans instruments (le plus souvent à percussion) et des thèmes spécifiques aux enfants, aux jeunes, aux mariés, aux grands-parents et enfin, de tout le monde.

Les thèmes chrétiens[modifier | modifier le code]

Les colindes à caractère chrétien ont différents thèmes, mais ceux qui reviennent le plus souvent sont :

  • la naissance de Jésus
  • la sortie de Bethléem
  • les rois mages.

Les thèmes non-chrétiens[modifier | modifier le code]

Rugăciori et legători du Maramureș, "calendant" dans la variante Ursul.

Avant Noël, il y a traditionnellement une période de purification mais aussi de fêtes et de rencontres familiales, les gens ne travaillent pas et préparent les fêtes de fin d'année. La tradition des trois rois mages, d'origine chrétienne, est entrée en syncrétisme avec des traditions païennes prophétiques ou divinatoires plus anciennes, et donne lieu à des fêtes et carnavals parfois orgiaques, successeurs des dionysies et des saturnales antiques, équivalents des apocries grecques, que l'on retrouve dans toute l'Europe et où interviennent les rugăciori (qui prient pour qu'on leur pardonne) et legători (que l'on attache) incarnant les péchés à purifier ou les mauvais esprits, affublés de fourrures, de masques grotesques et de clarines à bétail.

Dans une tradition très répandue, la Turca ("turque") l'on porte une effigie de mouton avec une peau de lapin comme barbe, des oreilles de lapin, des cornes en bois et des ornements : elle évoque les victoires sur les Empire ottoman|ottomans, qui ont permis aux principautés roumaines de sauvegarder leur autonomie, sans jamais devenir provinces turques. Dans la variante "Capra" (la chèvre) une peau de mouton s'orne de cornes de bouc. Les deux sont fixés sur un bâton et on en joue selon un rituel bien établi. À la fin, les effigies sont censées mourir, symboles de l'année qui meurt. Avant le XXe siècle, on les incinérait. Cette tradition s'enracine dans les sacrifices rituels antiques, mais, christianisée, elle « purifie » des symboles démoniaques, que l'on montre à tout le monde pour chasser la peur, la malédiction et le péché. La variante "Buhaiul" (le tambour à friction) utilise cet instrument traditionnel. Une autre tradition, de plus en plus rare, est Ursul (l'ours) : deux jeunes sont alors revêtus d'une fourrure d'ours et sont accompagnés de deux moși (deux personnages de vieillards) qui dirigent le jeu de l'ours. L'agonie de l'ours symbolise aussi la mort de l'année écoulée et le renouveau de l'année qui vient.

Parmi les colinde non-chrétiennes, les urări (les vœux, du latin orare) pour le Nouvel An sont les plus nombreuses.

Quelques colinde non-chrétiennes se pratiquent encore dans quelques régions isolées :

  • Colinda corbului : la calende du corbeau,
  • Colinda junilor : la calende des juni (qui sont des jeunes, mais juni ne veut pas dire jeunes...)
  • Colinda gospodarului : la calende du bon maître de maison...

Note[modifier | modifier le code]

  1. Par exemple par le musicien, musicologue et folkloriste Grigore Leșe sur [1].
  2. Les ethnologues Ovid Densușianu, Dimitar Marinov, Christo Vakarelski ont travaillé sur les Colindă/Коледа.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Primaires

  • calende - wiktionary
  • (ro) colinde - wikipedia roumain catégorie
  • colinde - wikisource roumain collection importante
  • colinde - google search: 350000 résultats

Écouter sur le web (versions très modernes la plupart du temps)