Dobroudja du Sud

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Les différentes subdivisions historico-géographiques de la Dobroudja.

La Dobroudja du Sud (Южна Добруджа, Youjna Dobrudja ou Ludogore en bulgare, Dobrogea de sud ou Cadrilater en roumain) est une région de la Bulgarie du Nord-Est composée des oblasti (districts administratifs) de Dobritch et de Silistra, appelés du nom des deux principales villes de la région. Elle couvre 7 565 km² (dont 7 412 km² ont été annexés par la Roumanie de 1913 à 1916 et de 1918 à 1940[1]) et compte 358 000 habitants[2]. Sa limite nord (avec la Dobroudja roumaine) date de 1878 (Traité de Berlin, reconfirmé en 1940 par le Traité de Craiova). Sa limite sud (avec le reste de la Bulgarie) date de 1913 (Traité de Bucarest).

Géographie[modifier | modifier le code]

La région se compose essentiellement d'un plateau raviné de vallées, la Ludogorie dont les cours d'eau sont saisonniers et vont au Danube. Vers la Mer Noire, le plateau forme une vaste plaine que des haies protègent du vent, et qui s'achève tantôt par des plages (en arrière desquelles on trouve des lagunes et des lacs) tantôt par des falaises de calcaires ou de grès et de marnes rousses (entre Albena et le cap Kaliakra). Son climat est continental tempéré, avec des températures élevées en été et des hivers froids et humides.

Le pays dispose de quelques industries à Tutrakan, Silistra et Dobritch, mais est surtout connu pour la richesse de ses terres agricoles ; il est surnommé "le grenier de la Bulgarie". On y trouve le site classé de Kaliakra, ancienne capitale du despotat de Dobroudja et réserve naturelle, principal objectif touristique de la région. Le tourisme progresse très vite et les résidences secondaires poussent comme des champignons. Beaucoup appartiennent à des étrangers.

Histoire et population[modifier | modifier le code]

Les travaux de l'équipe archéologique d'Henriette Todorova ont révélé l'avance de la civilisation de Varna-Durankulak (village frontalier de la Roumanie) qui a fleuri ici au Chalcolithique, il y a près de 5 000 ans: constructions en pierre, tombes richement pourvues d'offrandes en or… Après l'arrivée des Indo-Européens, l'histoire du pays est celle de la Dobroudja, jusqu'au partage de 1878.

La Dobroudja du Sud fit partie de la Bulgarie depuis la libération en 1878 du joug ottoman, et jusqu'à la Deuxième Guerre balkanique de 1913. La Roumanie profita alors des difficultés de la Bulgarie pour lui enlever la Dobroudja du sud au Traité de Bucarest, malgré les protestations de l'opposition démocratique menée par Constantin Dobrogeanu-Gherea. Cela brouilla les gouvernements et les opinions des deux pays qui avaient jusqu'alors été alliés.

Pendant la Grande Guerre, les Bulgares, alliés à l'Allemagne obtinrent le sud de la Dobroudja jusqu'à une limite plus septendrionale que la frontière de 1878 et actuelle, mais durent tout rétrocéder à la Roumanie, pays allié et victorieux, en 1919.

Au début du XXe siècle, d'après tous les atlas de l'époque, la Dobroudja du Sud avait une population où dominaient les Turcs et les Tatars de Crimée, tandis que du côté chrétien se mêlaient des Bulgares (surtout au centre), des Roumains le long du Danube, des Grecs près de la Mer Noire, des Gagaouzes (turcophones chrétiens) et des Roms (ici musulmans Cingene). Le recensement bulgare de 1910 décompte 282 007 habitants en Dobroudja du Sud, dont 134 355 (47,6 %) Bulgares (nombre incluant les Gagaouzes et les Grecs), 106 568 Turcs (37,8 %), 12 192 Tsiganes (4,3 %), 11 718 Tatars (4,1 %) et 6 484 Roumains (2,4 %).

Lors de l'annexion par la Roumanie en 1913, un échange de populations eut lieu, concernant 161 000 personnes : 70 000 Turcs et Tatars furent installés en Thrace turque, à la place d'autant de Grecs qui furent installés en Grèce du nord, d'où autant d'Aroumains vinrent en Dobroudja du sud. Par ailleurs, 91 000 Roumains de Moldavie et de Transylvanie (des paysans sans terre et des bergers) y furent implantés, accroissant d'autant la population. Les Bulgares restèrent cependant en majorité relative et luttèrent pour leurs droits, comme le montre le film Un été inoubliable de Lucian Pintilie, qui créa un électrochoc en Roumanie.

La Dobroudja du Sud fut restituée à la Bulgarie après 25 ans de régime roumain, le 7 septembre 1940 au Traité de Craiova. La restitution fut suivie d'un second échange de population : environ 110 000 Aroumains et Roumains (dont 90 % installés après 1913) partirent pour la Dobroudja roumaine, d'où 77 000 Bulgares vinrent les remplacer. Seules quelques centaines de Roumains et d'Aroumains sont restés en Dobroudja du Sud, qui compte cependant encore de fortes minorités turque et rome. Les derniers Grecs sont partis pour la Grèce au fil des années 1980.

Le cap Kaliakra.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mircea Cociu (ed.) L'Espace historique de la Roumanie, éd. Militaire, Bucarest 1993, ISBN 973-32-0367-X, page 11.
  2. D'après le recensement bulgare de 2001 pour les oblasts de Dobrich et Silistra, dans (bg) « Население към 01.03.2001 г. по области и етническа група », Националния статистически институт (consulté le 2007-05-02)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]