Roumanophones de Serbie

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Groupe de roumanophones de Jabukovac/Iacubovăţ en Serbie.

Les 174 000 roumanophones de Serbie (en serbe cyrillique : Власи и Влаши у Србији ; en roumain : Românii din Serbia) se divisent en deux groupes : 34 000 personnes recensées en Voïvodine sont désignées comme « Roumains » ; environ 140 000 personnes recensées en Kraïna orientale sont désignées comme « Serbes de langue valaque »[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Carte figurant la minorité roumanophone des Portes de Fer en Serbie en 1930, en violet. Sur les cartes postérieures à 1945, elle n'est plus figurée.

Historiquement, les « Roumains », de langue daco-roumaine étaient appelés en serbe « Vlasi » (en serbe « Власи ») ou encore « Karavlasi », « Mavro-vlahi », « Morlaques » (« Morlaki ») ou « Valaques noirs », par opposition aux « Vlaši » (en serbe « Влаши ») ou encore « Akvlasi » ou « Valaques blancs » qui ne parlent pas la même langue romane orientale, habitent de manière très dispersée au sud de la Serbie, et sont appelés par les linguistes « Aroumains ». Les roumanophones de Serbie y ont laissé des toponymes tels que Vlasić, Vlah ou Vlasina et sont affiliés à l'Église orthodoxe serbe ; la plupart ont progressivement adopté la langue serbe, non sans laisser des traces dans le lexique serbe local[2].

Situation actuelle[modifier | modifier le code]

Dans l'ex-Yougoslavie, les 40 000 « Vlaši » vivant en Serbie méridionale et le long de la frontière bulgare (en roumain « Aromânii » : Aroumains), ainsi que les 34 000 « Roumains » de Voïvodine (en roumain « Românii bănăţeni din Serbia »), étaient reconnus et comptés comme minorités nationales (séparément), et figuraient sur les cartes linguistiques, mais pas les 140 000 roumanophones de la Krajina orientale (aux Portes de Fer et autour de Negotin et de Zaječar : en roumain « Românii Timoceni »). Ceux-ci sont, d'après le « Mouvement démocratique des Roumains de Serbie », majoritaires dans 156 communes et présents dans 48 autres, donc plus nombreux que les « Vlaši » et que les Roumains de Voïvodine réunis[3] ; mais au recensement serbe de 2002, sur 284 112 habitants de cette région[4], 243 148 (85,58 %) étaient déclarés Serbes, 23 604 (8,31 %) étaient déclarés « Vlasi » et 2 723 (0,96 %) étaient déclarés Roms[5]. Ces roumanophones des Portes de Fer n'ont été officiellement autorisés à se déclarer comme tels que le 30 juillet 2007, sans pour autant pouvoir s'appeler « Roumains », mais depuis cette date, il s'avère que 58 % des Serbes soit près de 141 000 personnes seraient usuellement roumanophones[6].

Dans la minorité roumaine de Serbie, deux tendances identitaires coexistent : l'une, « roumaniste », s'identifie au peuple roumain et se considère comme une minorité roumaine en Serbie ; l'autre, « valaquiste » (en roumain « vlahistă »), s'en distingue au contraire et se considère comme une « communauté est-romane de Serbie », roumanophone mais non roumaine. On retrouve ici le même débat qu'en Macédoine, au Monténégro ou en Moldavie entre droit du sang et droit du sol : selon le premier, l'identité se fonde sur la langue et l'origine commune ; selon le second, elle se fonde sur le territoire et l'habitat (ou la citoyenneté) communes. Ces controverses se sont traduites par la création de quatre partis politiques : le Mouvement démocratique des Roumains de Serbie, le Parti démocratique valaque de Serbie de Bor, le Parti démocratique valaque de Serbie de Negotin et celui des Valaques de la Serbie démocratique (VDS), néanmoins fédérés au sein de la coalition des « Valaques unis de Serbie ». Le Mouvement démocratique des Roumains de Serbie a participé aux élections législatives serbes de 2003 au sein de l'alliance « Serbie indépendante » et n'a remporté aucun siège. Au second tour de l'élection présidentielle serbe de 2008, il a apporté son soutien au président sortant Boris Tadić.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gilles De Rapper, Pierre Sintès et Kira Kaurinkoski, Nommer et classer dans les Balkans : les Valaques, EFA [www.efa.gr] et De Boccard, Paris, (ISBN 978-2-86958-202-6).
  • Dejan Dimitrijevic : Les Valaques et la serbité. CNRS-IDEMEC, Aix-en-Provence, 2003.
  • Nicolas Trifon : Les Aroumains. Un peuple qui s'en va. Paris. (ISBN 2-909899-26-8).
  • Tom Winnifruth : Romanized Illyrians & Thracians, ancestors of the modern Vlachs. Badlands-Borderland, 2006 (ISBN 0-7156-3201-9).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (sr)(en) « Demokratski pokret Rumuna Srbije », sur http://www.mpalsg.sr.gov.yu, Site du Ministère serbe de l'administration publique et de l'autonomie locale (consulté le 31 janvier 2008)
  2. Thierry Mudry Guerre de religions dans les Balkans éditions Ellipses 2005 (ISBN 2-7298-1404-3), pages 110 et 111.
  3. Le « Mouvement démocratique des roumains de Serbie », en serbe : Демократски покрет Румуна Србије, Demokratski pokret Rumuna Srbije, est un parti politique créé en 1991 par Dumitru Crăciun.
  4. Bureau des statistiques de la République de Serbie
  5. Књига 1, Становништво, национална или етничка припадност, подаци по насељима, Републички завод за статистику, Београд, фебруар 2003, ISBN 86-84433-00-9
  6. Recensement serbe de 2002 sur Official Results of Serbian Census 2002–Population by ethnic groups et Official Results of Serbian Census 2002–Population by language, et Comunitatea Românilor din Serbia, Raport de activitate, Vršac, 28.02.2009.

Articles connexes[modifier | modifier le code]