Ours brun

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L’ours brun (Ursus arctos) est une espèce d’ours qui peut atteindre des masses de 130 à 700 kg. Le grizzly, l’ours kodiak et l’ours brun mexicain sont des sous-espèces nord-américaines de l’ours brun, l'ours brun eurasien la principale sous espèce eurasienne avec de multiple autres sous espèces comme l'Ours Isabelle.

Cette espèce, qui fait localement l’objet de programmes de protection ou réintroductions, notamment en France, a été totalement exterminée au Liban, en Suisse, et dans divers pays européens, notamment de plaine (Luxembourg, Belgique, Pays-Bas…), parfois depuis de nombreux siècles. L'espèce était originellement présente dans toute l'Europe, et même en Afrique du nord (ours de l'Atlas).

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

L'ours brun peut vivre trente ans à l'état sauvage et jusqu'à quarante ans en captivité. L'ours brun a des fourrures dans les teintes blondes, brunes, noires, ou une combinaison de ces couleurs. Les ours bruns ont une grande bosse de muscles au-dessus de leurs épaules qui donne la force aux membres antérieurs pour creuser. Leur tête est grande et ronde avec un profil facial concave. Debout, l’ours atteint une hauteur de 1,5 à 3,5  mètres. Malgré leur taille, ils peuvent courir à des vitesses allant jusqu’à 56 km/h. Pour la marche, l’ours brun est digitigrade des pattes avant et plantigrade des pattes arrière. C’est-à-dire qu’il pose en premier les « doigts » puis le talon de ses pattes antérieures et qu’il pose toute la plante de ses pattes postérieures en même temps.

Il est fréquent que deux mâles combattent pour une femelle ou l’appropriation d'un territoire. Néanmoins si le vainqueur se voit assuré de pouvoir féconder l'ourse, cette partenaire ne lui reste pas fidèle et élève seule les oursons.

Avec ses trois paires de mamelles, disposées sur la poitrine et l’abdomen, la femelle fournit un lait fort nourrissant, riche en graisses, protéines et vitamines. L'instinct maternel développé de l'ourse la pousse à protéger ses petits de prédateurs tels que les pumas et les loups, mais également des mâles qui n’hésiteraient pas à les tuer aux fins de conquérir leur mère — comportement pareillement observable chez les lions et certains chiens de chasse.

Répartition[modifier | modifier le code]

Un ours brun mâle du Domaine des grottes de Han en Belgique.

Autrefois indigènes en Asie, en Europe et en Amérique du Nord, les ours bruns sont maintenant éteints dans de nombreuses régions et ont vu leur nombre considérablement réduit dans d’autres. L'espèce se maintient essentiellement dans certains massifs montagneux.

En Amérique du Nord, l’ours brun est réparti de l’Est de l’Alaska aux territoires du Nord-Ouest, et plus au sud se trouve en Colombie-Britannique et dans la moitié occidentale de l’Alberta. Des populations isolées existent dans le Nord-Ouest de l’État de Washington, dans le Nord de l’Idaho, dans le Montana occidental et dans le Nord-Ouest du Wyoming. La sous-espèce Ursus arctos horribilis (le grizzly) est l’ours brun commun de l’Amérique du Nord continentale ; la sous-espèce Ursus arctos middendorffi (l’ours kodiak), la plus grande de toutes les espèces d’ours avec l’ours polaire, vit en Alaska dans les îles de Kodiak, Afognak et Shuyak. La sous-espèce Ursus arctos nelsoni habitait dans le Nord du Mexique.

L’habitat des ours bruns du Vieux Continent coïncide avec les reliquats des forêts de la préhistoire, qu’elles soient nordiques ou montagnardes. La Russie et la Scandinavie abritent aujourd’hui avec les Balkans et les Carpates leurs principales populations. Dans les Pyrénées françaises de plus en plus d'efforts sont accomplis par les autorités et les premiers résultats commencent à se faire ressentir, en effet, le nombre d'ours dans les Pyrénées augmente. En 2013, par exemple, 25 individus ont été détectés, soit 3 de plus qu'en 2012.

Démographie[modifier | modifier le code]

La population totale des ours bruns est estimée à environ 200 000 dans le monde. Les plus grandes populations vivent en Russie, avec 120 000 ours, aux États-Unis avec 32 500 ours et au Canada avec 21 750 ours. En Europe, il y en a environ 14 000, séparés en dix populations distinctes. On trouve de petites populations d'ours bruns isolées dans plusieurs pays d’Europe, de l’Espagne à la Bulgarie. En Italie, entre 1999 et 2002, sept femelles et trois mâles capturés en Slovénie ont été relâchés dans le Trentin où subsistaient trois ours autochtones. L’ours brun était symbole du pouvoir des rois au Moyen Âge, mais Sa Majesté l’ours fut de moins en moins respectée par l’homme.

En réduction depuis l’époque romaine, l’ours brun était encore présent vers l’an mille dans toutes les forêts de montagne françaises mais les zones d’habitat se réduisirent au XVIe siècle aux parties les plus inaccessibles des Vosges, du Jura, du Massif central, des Alpes et des Pyrénées. À la fin du XVIIIe siècle, le développement des activités humaines comme le pastoralisme, l’exploitation des forêts ou l’utilisation des armes à feu accentua sa disparition et au milieu du XIXe siècle sa présence ne fut plus constatée que dans quatorze départements du Jura, des Alpes et des Pyrénées. Il disparut d’abord du massif jurassien vers 1860 puis des Alpes (estimations : 300 ours en 1800, 70 en 1860, 20 en 1900, dernière observation en 1937 dans le Vercors) pour ne subsister que dans les Pyrénées où sa population atteignit quasiment l’extinction à la fin du XXe siècle[1]. L’ours a marqué les traditions orales et de nombreuses excavations ont conservé le souvenir de sa présence (« grotte de l’ours » dans le département du Jura à Chaux-des-Crotenay, Foncine-le-Bas, Rosay…)[2]

En 1995, la France comptait une population d’ours brun relictuelle de cinq individus dans les Pyrénées occidentales. Sans la capture en Slovénie et le relâcher de deux femelles en 1996 et d’un mâle en 1997 dans le cadre du programme de réintroduction en Pyrénées centrales, l’ours brun était condamné à une disparition certaine. Mais en 1997 et en 2004, deux ourses suitées, Mellba d’origine slovène et Cannelle la dernière ourse de souche pyrénéenne, ont été abattues par des chasseurs lors de battues. La réintroduction a permis de faire remonter la population à une quinzaine d’individus en 2005 mais ne pouvant être considérée comme viable à long terme, nombre trop faible de femelles et problème de consanguinité. Il s’est avéré que les deux femelles réintroduites s’étaient accouplées sur leur territoire d’origine avec le mâle lui aussi réintroduit. Cette situation a conduit le gouvernement français à mettre en œuvre un plan de renforcement avec un apport de quatre nouvelles femelles et d'un mâle au printemps 2006. Un nouveau plan de réintroduction était à l'étude pour la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Ce plan n'a finalement pas abouti, ce qui a conduit la commission européenne à adresser une mise en demeure au gouvernement français afin de relancer sa politique en faveur de la biodiversité[3].

Mode de vie et alimentation[modifier | modifier le code]

L’ours brun est principalement nocturne sauf en Amérique du Nord, et en été accumule jusqu'à 180 à 200 kg de graisse, réserve dans laquelle il puise pour tenir l’hiver, période pendant laquelle il devient très léthargique. Bien qu’il ne soit pas un vrai animal hibernant et qu’il puisse être réveillé facilement, il aime s’abriter dans des endroits protégés telle qu’une caverne ou une crevasse pendant les mois d’hiver.

Étant omnivore, il s’alimente à partir de plantes, dont les baies, les racines, et les pousses, champignons et surtout poissons, insectes et petits mammifères. L’ours brun est en grande partie végétarien, tirant jusqu'à 75 % de ses calories des matières végétales. Signalons que l’ours mange un énorme nombre de papillons nocturnes (mites) pendant l’été, parfois jusqu'à 40 000 par jour, et peut retirer jusqu'à un tiers des calories de ces mites[4].

Normalement solitaires, les ours se rassemblent à côté des cours d’eau et des fleuves pendant le frai du saumon. Tous les deux ans les femelles mettent au monde un à quatre jeunes qui pèsent seulement 500 grammes à la naissance.

Les méthodes classique d'évaluation des populations tendent toutes à sous-estimer la taille de population. Les méthodes dites non invasives basées sur la photo automatique en infrarouge et sur l'analyse de l'ADN (de poils ou de fèces) permettent, à moindre coût, depuis peu, de mieux évaluer les population, et aussi de mieux comprendre la génétique des populations de l'ours brun, sans interférer avec l'espèce et avec moins de stress pour les individus (par rapport à la pose de radiobalises). C'est ainsi qu'on a évalué une population d'ours suédois à 550 individus environ (482-648) dans une aire de 49 000 km2 et 223 (188-282) ours étaient présents dans une aire de 7 328 km2[5]. Comme les autres méthodes, elles impliquent cependant un effort d'échantillonnage suffisant.

Sous-espèces[modifier | modifier le code]

Les sous-espèces de l’ours brun ont été énumérées comme suit ; cependant, il y a peu d'accord sur la classification.

Mythologie de l’ours brun[modifier | modifier le code]

L'ours faisait partie des animaux utilisés par les Romains dans les cirques (ivoire byzantin du Musée national du Moyen Âge, Cluny)

En Bulgarie, en Roumanie, dans les Balkans, en Asie, en Yougoslavie, chez les Indiens d’Amérique du Nord comme dans les Pyrénées, l’ours fut longtemps considéré comme l’ancêtre de l’homme ou encore comme un homme sauvage ; souvent même il avait le statut d’un dieu. Son attitude parfois proche de l’humain lui a valu cet anthropomorphisme. Ainsi, quand il se dresse sur ses pattes arrières tel un homme, les Béarnais le nomment « lou pedescaou », le va-nu-pieds, ou encore « lou Moussu », le Monsieur.

Pour les Basques, c’est « Artza » tandis que les bergers sont nommés « artzainak ». Il a également laissé son nom dans l’appellation de grandes figures historiques, chez des divinités ou en anthroponymie et en toponymie : Arthur, Artémis, Artehe, Artahe, Artio, l’Arctique, Bernard, Madrid (pour le blason), Berlin ou Berne, peut-être aussi García.

Un squelette de néandertalien a été découvert dans la grotte du Regourdou, à proximité de Lascaux, dans une sépulture datant de 70 000 ans BP sous une dalle monolithe de 850 kg et associé aux restes d’un ours brun. Il a longtemps été considéré comme l’un des plus anciens indices d’adoration de l’ours mais cette version est discutée aujourd’hui.

À Chauvet, des crânes d’ours disposés en cercle ont été découverts ; l’un d’eux était volontairement posé sur un rocher au centre d’une des salles ornées de la grotte. À Montespan, il y a 17 000 ans, la statue d’un ours était façonnée dans l’argile. Dans la grotte basque d’Ekain, toutes les représentations animales sont orientées vers la niche aux ours (artzei).

L’ours étant autrefois un symbole de résurrection et de fertilité, l'Église s’est efforcée de faire la guerre à ces anciens cultes animistes[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Disparition de l’ours brun des Alpes françaises.
  2. Jura Speleo.
  3. http://carredinfo.fr/ours-lavenir-de-lespece-dans-les-pyrenees-passe-par-la-commission-europeenne-18261/.
  4. Yellowstone Grizzly Bears Eat 40,000 Moths a Day In August, Yellowstonepark.com.
  5. thèse d'Eva Bellemain : "Genetics of the Scandinavian brown bear (Ursus arctos): implication for biology and conservation".
  6. Il est également considéré comme une espèce distincte (Ursus crowtheri) par certains auteurs.
  7. Xan de l’Ours, la légende de l’homme sauvage de Marc Large, préface de Renaud, Cairn Editions, 2008.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Pastoureau, L'ours, histoire d'un roi déchu, Seuil, 2007, ISBN 2-02-021542-X
  • Leonard JA, Wayne RK, Cooper A, (2000) Population genetics of ice age brown bears. Proceedings of the National Academy of Sciences, USA, 97, 1651–1654.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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