Char M4 Sherman

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Char M4 Sherman (version A4)
Sherman à Ranville, devant un planeur Horsa, en 1944
Sherman à Ranville, devant un planeur Horsa, en 1944
Caractéristiques générales
Équipage 5 (1 chef de char, 1 pilote, 1 copilote et mitrailleur, 1 opérateur radio et 1 chargeur)
Longueur 6,28 m
Largeur 2,62 m
Hauteur 2,68 m
Masse au combat 32 300 kg
Blindage et armement
Blindage Coque : 50 mm avant, 38 mm arrière, 38 mm flancs
Tourelle : 75 mm avant, 50 mm arrière, 50 mm flancs
Armement principal canon de 75 mm
Armement secondaire 1 mitrailleuse Browning 7,62 mm montée sur rotule, 1 mitrailleuse Browning 7,62 mm coaxiale, 1 mitrailleuse Browning 12,7 mm sur la tourelle (facultative)
Mobilité
Moteur Chrysler Multibanks A-57 de 30 cylindres en étoile (20,600 cm3)
Puissance 370 ch(kW) à 2 850 tr/min
Suspension ressorts hélicoïdaux verticaux
Vitesse sur route 48 km/h
Puissance massique 11.4 ch/tonne
Autonomie 160 km

Le M4 Sherman est le char américain moyen produit en plus grande quantité pendant la Seconde Guerre mondiale. Près de cinquante mille exemplaires (toutes versions confondues) furent produits.

Son surnom de « Sherman » lui est attribué par les Britanniques, quand ils reçoivent leurs premiers exemplaires dans le cadre de la loi de prêt-bail, continuant leur tradition de nommer les chars d'origine américaine d'après le nom d'un général nordiste de la guerre de Sécession célèbre de ce pays. L'US Army adopte par la suite ce surnom, et le Medium Tank M4 est dès lors appelé « M4 Sherman ». Les Soviétiques surnomment les leurs « Emcha ».

Évolution[modifier | modifier le code]

Sherman protégeant l'infanterie en Belgique, sept. 1944.

Les premiers exemplaires de M4a1 comportent deux caractéristiques issues du T6, qui disparaissent assez rapidement. D'une part, deux mitrailleuses fixes de caisse M1919A4, réglables en élévation de -6° à +8°, actionnées par le conducteur. Elles sont supprimées dès le 6 mars 1942. Une grande porte sur le flanc de la caisse, servant pour l'accès rapide de l'équipage, est supprimée également.

Les premiers exemplaires sont armés d'un canon M2 de 75 mm, plus court que le canon M3 monté sur le char M3, et qui nécessite le montage de contrepoids au niveau de la bouche pour rester compatible avec la stabilisation gyroscopique de l'armement. Le montage du M3 élimine ensuite le besoin de ces contrepoids. L'affût de canon initial, le M34, est bientôt supplanté par le M34A1 qui, plus large, embarque une lunette directe en plus du périscope de visée de son prédécesseur. De plus, le bouclier de la mitrailleuse coaxiale M1919A4, auparavant indépendant, est rendu solidaire de celui du canon.

À partir de l'été 1942, une nouvelle suspension dite « Heavy-duty » est montée sur les M4 de toutes versions. La petite roue de retour de la chenille est déplacée sur l'arrière du bogie, et les ressorts verticaux voient leur diamètre accru de 2,5 cm. Les roues de route à rayons, employées sur les premiers M4A2, disparaissent assez vite au profit de modèles pleins.

Les premiers engagements du char révèlent qu'il a tendance à s'enflammer assez facilement après avoir été atteint par un obus antichar. Après une étude, on attribue ce défaut aux compartiments latéraux de munitions et, pour amoindrir la vulnérabilité, on ajoute une applique soudée de blindage couvrant leur emplacement. Par la suite, la protection de la caisse est entièrement repensée. Les compartiments de stockage de munitions adoptent une technologie dans laquelle les dix casiers de dix obus sont plongés dans un bac de 140 litres d'eau, additionnée de méthanol comme antigel et d'un produit anticorrosion. De plus, la partie avant de la caisse est entièrement redessinée, l'inclinaison de la plaque de blindage passant de 56° à 47° et son épaisseur de 51 à 64 mm. À cette occasion, les fentes de vision directe du pilote cèdent la place à de nouveaux épiscopes. Ce nouveau char, désigné M4A3(75)W ou M4A3W (le W pour Wet humide, en référence à son système de stockage de munitions), mieux protégé, sert de base aux développements ultérieurs du Sherman.

Les efforts suivants vont porter sur la puissance de feu du M4, qui montre ses limites face aux chars allemands les plus modernes comme les Panther, ou les Tigre. Le premier essai est britannique, avec le montage de leur canon de 17 livres dans une tourelle standard de Sherman. Connu sous la dénomination « Sherman Firefly » (luciole), il est particulièrement réussi, et se révèle déterminant pour lutter contre les chars de la Wehrmacht, au cours des opérations en Afrique et en France. Tant et si bien que même les unités américaines l'adoptent, 80 exemplaires de M4A3 étant ainsi transformés.

Cependant, l'industrie aux États-Unis adopte une autre solution pour sa production, en montant une nouvelle tourelle T23 embarquant un canon de calibre 76,2 (M10 Wolverine). Ce dernier, le M1, est de fabrication nationale et non britannique. Les premiers chars M4A1(76)W, armés du nouveau canon apparaissent peu après le débarquement de Normandie, ils sont rapidement suivis par des M4A3(76)W.

Dans le même temps apparaît une version d'appui feu armée d'un obusier de 105 mm, le M4A3 « 105 ». Bien que fabriqué avec des caisses récentes, avec un glacis incliné à 47°, il est dépourvu pour des raisons de masse du système de stockage humide.

L'aboutissement de la série est la version M4A3E8, équipée de la nouvelle suspension HVSS (Horizontal Volute Spring Suspension) où les ressorts agissent dorénavant à l'horizontale. Bien que cette suspension ne lui apporte pas un gain de vitesse sur route, combinée avec de nouvelles chenilles plus larges T80 ou T84 elle se révèle plus à l'aise en tout terrain, gagnant le surnom de « Easy Eight » (« le huit facile »). Elle est très utilisée à partir de la bataille des Ardennes.

Écorché d'un M4A4[modifier | modifier le code]

M4A4 cutaway.svg
  1. Anneau de levage
  2. Ventilateur
  3. Trappe de tourelle
  4. Périscope
  5. Trappe de tourelle
  6. Siège de tourelle
  7. Siège du tireur
  8. Siège de tourelle
  9. Tourelle
  10. Filtre à air
  11. Couvercle de remplissage du radiateur
  12. Filtre à air multiple
  13. Moteur
  14. Tuyau d'échappement
  15. Roue libre
  16. Pompe à eau
  17. Radiateur
  18. Générateur
  19. Arbre de transmission, partie arrière
  20. Panier de tourelle
  21. Collecteur tournant
  22. Arbre moteur, partie avant
  23. Suspension de bogie
  24. Transmission
  25. Pignon d'entraînement principal
  26. Siège du conducteur
  27. Siège du mitrailleur
  28. Canon de 75 mm
  29. Trappe de pilote
  30. Mitrailleuse M 1919A4

Emploi[modifier | modifier le code]

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Hobart's Funnies.
Équipage canadien d'un Sherman en juin 1944 (Vaucelles, Calvados)

Le Sherman est engagé pour la première fois au combat lors de la bataille d'El-Alamein, en octobre 1942. La 8e armée, lors de sa contre-offensive en possède 285 opérationnels, principalement des M4A1, mais aussi quelques A2. Très rapidement, il démontre d'excellentes qualités au combat. Il possède en particulier une très bonne fiabilité mécanique qui lui permet des taux de disponibilités importants, contrairement à beaucoup de chars de son époque. Son armement, avec un canon de 75 mm en tourelle, est une révolution pour les équipages britanniques, car il permet de tirer sans exposer la caisse du char, comme c'est le cas avec le M3 Lee. Par rapport aux chars britanniques contemporains, armés de canon de 40 mm, ce canon a une puissance suffisante en tir antipersonnel, en particulier contre les servants des canons antichars, et se révèle efficace contre des chars comme les Panzer III et Panzer IV. Il a donc une influence déterminante dans la défaite infligée à l'Afrika Korps.

Cependant, il souffre aussi de graves défauts, qui vont apparaître, progressivement au cours de l'avancée des alliés en 1943. Le premier à être reconnu est sa tendance à prendre rapidement feu suite à un impact, qui lui vaut les sobriquets peu flatteurs de « Ronson »,du nom d'une marque de briquets, par les Britanniques et « Tommy Cooker » par les Allemands. Sa haute silhouette, avec ses 2,74 mètres, se révèle aussi préjudiciable sur le champ de bataille, en particulier dans le désert. Les plaques supplémentaires, puis le stockage humide et le nouveau glacis améliorent la situation, mais sa hauteur et ses flancs verticaux en feront toujours un char bien plus vulnérable que le char soviétique T-34, de masse équivalente. L'emploi de l'essence comme carburant participe sûrement aussi à la grande vulnérabilité du char, mais elle permet d'utiliser des moteurs plus compacts et donc moins lourds ; elle est aussi plus adaptée à l'industrie pétrolière américaine.

Une version amphibie est produite, appartenant aux Hobart's Funnies en ajoutant une jupe au tank, ainsi que deux hélices ; cette modification est appelée DD (Duplex Drive). Les Sherman amphibies participent au débarquement en Normandie. Seul un Sherman DD sur dix réussit à atteindre les plages de la Normandie : étant trop hauts, ils se renversent et coulent à pic, enfermant leur équipage dans le tank. Certains Sherman furent convertis en transport de troupes Kangaroo après l’opération Totalize.

Guerre de Corée[modifier | modifier le code]

En 1950, le Sherman servit durant la guerre de Corée surtout dans sa version HVSS, armés d'un canon de 76 mm. Il équipa l'armée sud-coréenne et les corps expéditionnaire de l'ONU comme les Américains ou les Britanniques. Si pendant la Seconde Guerre mondiale, il arrivait difficilement à égaler ses adversaires, lors de cette guerre il fut dépassé face aux T-34 nord-coréen et chinois. Les M26 Pershing, les M46 Patton américains et les Centurions britanniques montrèrent la nouvelle voie des chars de batailles d'après-guerre face aux chars obsolètes du second conflit mondial.

Les conflits Israélo-arabes[modifier | modifier le code]

La crise du canal de Suez[modifier | modifier le code]

La toute jeune armée blindée Israélienne fut équipée de Sherman dans les années 1950. C'étaient des surplus des armées occidentales rachetés à bas prix par Israël. La plupart étaient armés de canon de 75 mm. Ils servirent pour la première fois durant la crise du canal de Suez. Ils firent une percée éclair dans le désert du Sinaï, peu défendu par l'armée égyptienne, pour se stationner sur le canal.

La guerre des Six Jours[modifier | modifier le code]

Durant les années 1960, l'armée égyptienne s'équipa avec du matériel soviétique, tels des T-34 et des T-55. Pour y faire face, les israéliens changèrent les canons de leurs Sherman pour y installer un canon de 75 mm français à grande vitesse initiale, qui équipait déjà les AMX-13. Bien que plus efficace, il ne put toutefois surpasser ses adversaires soviétiques qu'en grand nombre et possédait toujours le même blindage que les Sherman originaux. Les Super-Sherman M50 furent déployés durant l'attaque de Jérusalem-est et la prise du plateau de Golan.

La guerre du Kippour[modifier | modifier le code]

Le Super-Sherman M50 devenant obsolète, la FDI (Force de Défense d'Israël) décida de les rénover en remplaçant leur canon par des 105 mm français, ce qui en faisait des Super-Sherman M51. Bien qu'étant devenus des chars de réserve, ils prirent part à la contre-offensive sur les hauteur du Golan, pendant la guerre du Kippour en 1973. Ces chars surclassés eurent leur mot à dire dans les combats contre les blindés syriens les plus modernes et en mirent un nombre acceptable hors de combat durant cette action.

De nos jours[modifier | modifier le code]

Le Paraguay utilise, et maintient en état trois M4 Sherman.

Opérateurs[modifier | modifier le code]

Char Sherman V (M4A4) à l'Imperial War Museum de Londres

Liste non exhaustive :

Variantes[modifier | modifier le code]

Sherman Vc Firefly (modèle réarmé avec le canon britannique de 17 livres (76,2 mm)
  • M4 moteur Continental R-975C-1, 9 cylindres en étoile refroidis par air de 353 chevaux. 6 748 exemplaires construits de juillet 1942 à janvier 1944. Caisse réalisée par soudage, Les derniers exemplaires produits (après fin 1943) par l'usine de Detroit ont une caisse composée d'un glacis coulé tandis que le reste de la caisse est composé de plaques soudées[1]
    • M4(76)W : M4 armé du canon M1A1 ou M1A2
    • M4(105) : M4 armé d'un obusier de 105 mm M4, 800 exemplaires.
    • M4(105) HVSS : M4(105) équipé d'une suspension HVSS, 841 exemplaires.
    • Tank Recovery Vehicle M32 de dépannage, dérivé du M4. Treuil et grue de 30 tonnes, tourelle remplacée par un mortier de 81 mm tirant des obus fumigènes.
    • Sherman I : désignation britannique du M4
    • Sherman Ia : désignation britannique du M4(76)W.
    • Sherman Ib : désignation britannique du M4(105).
    • Sherman Ic : Sherman I réarmé avec un canon 17-pdr par les Britanniques, surnommé « Firefly ».
  • M4A1 première version directement issue du T6, caisse en éléments moulés, 6 281 exemplaires construits de février 1942 à décembre 1943.
    • Sherman II : désignation britannique du M4A1.
    • M4A1(76)W : M4A1 armé du canon M1A1 ou M1A2, 3 426 exemplaires de janvier 1944 à juillet 1945.
    • Sherman IIa : désignation britannique du M4A1(76)W
    • Tank Recovery Vehicle M32B1 : M32 basé sur le A1.
    • Full-Track Prime Mover M34 : M32B1 avec le treuil et la grue retiré servant de tracteur d'artillerie.
    • Grizzly : Version canadienne fabriquée sous licence. 188 exemplaires fabriqués à la Montreal Locomotive Works entre septembre et décembre 1943.
  • M4A2 : M4 avec moteur diesel GM 6-71, 8 053 exemplaires construits d'avril 1942 à mai 1944. Caisse réalisée par soudage
    • Sherman III : désignation britannique du M4A2.
    • M4A2(76)W : M4A2 armé du canon M1A1 ou M1A2, 1 594 exemplaires à Grand Blanc et 21 par Pressed Steel de mai 1944 à mai 1945.
    • Tank Recovery Vehicle M32B2 de dépannage, M32 basé sur le A2.
  • M4A3 : M4 avec moteur Ford GAA-III à refroidissement liquide, 1 690 exemplaires de juin 1942 à septembre 1943.Caisse réalisée par soudage
    • M4A3(75)W blindage renforcé, 3 071 exemplaires de février 1944 à mars 1945.
    • M4A3(76)W : M4A3(75)W armé du canon M1A1 ou M1A2, 525 exemplaires à Grand Blanc et 1 400 au Detroit Tank Arsenal.
    • M4A3(76)W HVSS ou M4A3E8 suspension HVSS, surnommé « Easy Eight », 4 542 exemplaires de mars 1944 à avril 1945.
    • Sherman IV : désignation britannique du M4A3
    • M4A3(105) : M4A3 armé d'un obusier de 105 mm M4, 500 exemplaires.
    • M4A3(105) HVSS : M4A3(105) équipé d'une suspension HVSS, 2 539 exemplaires.
    • M4A3E2 Assault Tank : version surblindée, tourelle à 150 mm et caisse à 100 mm, moteur ford GAA, 254 exemplaires à Grand Blanc en mai et juin 1944, surnommé Jumbo.
    • Tank Recovery Vehicle M32B3 de dépannage, M32 basé sur le A3.
  • M4A4 moteur Chrysler Multibanks A-57 de 30 cylindres en étoile (en fait 5 bloc-moteurs à 6 cylindres assemblés), d'une cylindrée de 20,6 litres, offrant 370 chevaux à 2.850 tr/min. Compartiment moteur allongé pour le recevoir. Caisse réalisée par soudage
    • Sherman V : désignation britannique du M4A4
    • Sherman Vc : Sherman V réarmé avec un canon 17-pdr par les Britanniques, surnommé « Firefly ».
    • Tank Recovery Vehicle M32B4 de dépannage, M32 basé sur le A4.
  • M4A5 : désignation réservée pour le char canadien Ram.
  • M4A6[1] moteur diesel Caterpillar RD-1820, caisse avec glacis frontal moulé, reste de la caisse réalisée par soudage — Production annulée après 75 exemplaires suite à des difficultés avec le moteur ainsi que pour limiter le nombre de moteurs en service.
  • M50 et M51 (modification israéliennes) : la plus grande longévité et évolution.

Galerie[modifier | modifier le code]

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

  • Le jeu vidéo de simulation Sherman M4 (1989), maintenant abandonware, consiste à commander un Sherman au cours de 3 campagnes de la Seconde Guerre mondiale.
  • Dans le jeu vidéo de stratégie Empire Earth : le joueur peut construire des chars Sherman dans ses usines durant l'ère atomique - Seconde guerre mondiale (époque 11).
  • Il est présent dans les jeux de la série des "Sudden Strike".
  • Il est présent dans le jeu "Battlefield 1942".
  • Il est présent dans le jeu " World of Tanks".
  • Il est présent dans le jeu "R.U.S.E".
  • Il est présent dans le jeu "hidden and dangerous 2".
  • Il est présent dans la série "Day of Defeat" en tant qu'objet de décors.
  • Il est présent dans la série "Men of War" et le jeu "Faces of War".
  • Il est présent dans la série "Company of Heroes".
  • Il est présent dans la série "Brothers in Arms".
  • Il est présent dans le film "Lettres d'Iwo Jima".

il est aussi présent dans quelques parties de Call of Duty.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Peter Chamberlain and Chris Ellis, British and American tanks of World War two, Cassel, éd. 2000.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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