M10 Wolverine

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M10 Wolverine
M10 Wolverine (photo de présentation, 1943).
M10 Wolverine (photo de présentation, 1943).
Caractéristiques générales
Équipage 5 (Chef de Char, tireur, chargeur, copilote, pilote)
Longueur 6,83 m avec le canon (5,97 m sans)
Largeur 3,05 m
Hauteur 2,57 m
Masse au combat 29 600 kg
Blindage et armement
Blindage 9 à 57,2 mm
Armement principal 1 canon de 76,2 mm modèle M7 et 54 obus
Armement secondaire 1 mitrailleuse Browning M2 de 12,7 mm et 300 balles
Mobilité
Moteur General Motors 6046 Twin Diesel 6-71
Puissance 375 ch (276 kW)
Suspension Ressort verticaux hélicoloïdaux
Vitesse sur route 51 km/h
Puissance massique 13,8 ch/tonne
Autonomie 300 km

Le Chasseur de char M10 (le nom officiel américain du M10 était « affût automoteur ») est un véhicule blindé américain construit à partir de 1942 utilisé pendant la Seconde Guerre mondiale.

Pour suppléer à la faiblesse antichar des Sherman et suivant les théories de l'État-major en vigueur durant la guerre, les Américains dotèrent leurs unités d'un véhicule spécialisé dans la lutte antichar, à l'instar des chasseurs de chars allemands. Il ne faut pas oublier qu'à cette époque, les théoriciens de l'armée blindée américaine voyaient dans le Sherman un char d'appui, qui n'avait donc pas vocation à aller affronter les chars adverses, rôle dévolu aux Tank Destroyers.

Le M10 Wolverine (glouton en anglais) était mécaniquement très proche du Sherman et son train de roulement était commun. Sa superstructure et sa tourelle étaient par contre spécifiquement étudiées pour lui-même.

Le canon de 76,2 mm valait largement celui du Panzer IV, mais se révéla trop faible contre le blindage des chars allemands plus lourds. Livré aux Britanniques et adaptés par eux, le M10 prit le nom d'Achilles. Ce char est parfois surnommé Wolverine par l'armée britannique.

Genèse[modifier | modifier le code]

En 1940, la défaite de l'armée française inquiéta l'État major américain. Ce dernier était bien conscient que, tôt ou tard, les États-Unis devraient entrer en guerre et affronter les panzerdivisionen du IIIè Reich. Pour la philosophie sur l'emploi des chars, les théoriciens du pays de l'oncle Sam distinguaient deux catégories de véhicules : -Les chars, qui avaient pour mission d'appuyer l'infanterie avec leur canon, en utilisant des obus explosifs. -Les Tank Destroyers (ou chasseurs de chars), qui étaient destinés à affronter les blindés ennemis grâce à leur puissante pièce antichar. De ce fait, une grande panoplie de matériel antichar est développée. En 1941, personne n'a encore tranché entre des canons tractés ou des automoteurs mais, au fil du temps, l'idée d'un engin auto-mouvant supplante la pièce tractée, grâce à la meilleure manœuvrabilité de celui-ci.

Afin de mettre au point une telle machine, trois canons sont envisagés dès le départ. Le premier est le canon antichar de 37 mm, existant déjà en tracté. Son faible gabarit lui permet d'être installé sur l'arrière d'une Jeep, lui conférant une très bonne mobilité. Cependant le châssis de la Jeep s'avère trop faible pour pouvoir supporter le poids et surtout le recul de l'arme. Les américains décident alors de le transposer sur un véhicule de plus grande taille, plus précisément sur le châssis d'un Dodge 4 fois 4, ce qui donne le WC 55 Gun Motor Carriage M6. Cette fois, le châssis est apte à encaisser le recul du 37 mm. On lui reproche néanmoins son manque de mobilité sur terrain meuble comparé à un véhicule entièrement chenillé, la faible protection offerte par le bouclier du canon, et enfin la faiblesse du canon de 37 mm face aux blindages des chars adverses. L'engin sera toutefois produit et engagé sur le sol tunisien.

Par la suite, le canon de campagne de 75 mm, une variante locale du célèbre "75" français modèle 1897, est retenu. Alors en cours de remplacement par le canon de 105 mm M2, ce tube est disponible en grandes quantités dans les stocks. Ayant retenu les leçons des faibles performances des châssis de camions modifiés, c'est la plate-forme du M3 Half-Track qui servira de support au canon de 75 mm. Le nouveau véhicule prend la dénomination de M3 GMC ( Gun Motor Carriage ) et est engagé dans les Philippines en 1941, à raison de 15 exemplaires, et sur le continent africain face aux troupes de Rommel. Même si cette conversion demeure assez réussie, elle pèche par son faible blindage et marque le pas face aux panzers. De plus, son habitacle ouvert met en péril l'équipage et les servants de la pièce de 75 mm, qui ne sont pas à l'abri des éclats d'obus ni des grenades.

En automne 1940, un candidat supplémentaire vient s'ajouter aux deux autres : Il s'agit du canon antiaérien de 76,2 mm à haute vitesse initiale (désigné 3 inch Gun dans la nomenclature américaine). Il s'avère que ce canon est bien plus performant que les deux autres vus précédemment, mais il n'existe qu'en version antiaérienne et, par conséquent, son poids important et son volume le rendent impropre au combat antichar. La configuration en pièce tractée prend beaucoup de temps et le premier prototype est livré en octobre 1941. Les essais effectués en février 1942 ne donnent guère satisfaction pour la balistique et le canon est retravaillé par les ingénieurs, qui parviennent enfin à le rendre convenable en mai de la même année. Un premier prototype est construit sur base de tracteur chenillé M2 : le M5 3 in. GMC. Malgré une puissance de feu enfin à la hauteur des espérances, les autres facteurs tels que la mobilité ou la protection sont perfectibles, de même que la fiabilité. Par exemple, les munitions et les réservoirs d'essence étaient positionnés devant le bouclier du canon !

À la suite de l'attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941 et à la déclaration de guerre par l'Allemagne hitlérienne, les Américains commandent en urgence 1580 exemplaires du M5. Heureusement pour les futurs servants de Tank Destroyer, la commande est annulée car, lors des tests de qualification en juillet 1942, le véhicule finit par s'autodétruire. Après la mise aux oubliettes du M5 GMC, d'autres prototypes sont testés à l'instar du T24 sur châssis de M3, ou encore le T40 équipé d'un 76,2 mm Modèle 1918. Rebaptisé M9, cet automoteur sera commandé puis abandonné à cause du faible nombre de Modèles 1918 disponibles.

Le soulagement apparaît enfin avec l'arrivée des premiers M4 Sherman. Reprenant un projet de TD (Tank Destroyer) à tourelle datant de novembre 1941, la Fisher Body Division construit le T1, qui s'avère perclus de défauts : trop lourd, trop haut, faible mobilité, tourelle inadaptée à accepter le canon de 3 pouces. Un deuxième prototype, le T35, est construit sur base de Sherman M4A2. Le haut de caisse est modifié afin d'accueillir une tourelle à ciel ouvert à surfaces inclinées, augmentant sa protection. Celle-ci est d'ailleurs jugée trop faible, et le T35 voit ses flancs adopter lui aussi le principe des dièdres inclinés. Devenu T35E1, il subit une batterie de tests en avril/mai 1942. Le 20 mai, le T35E1 est renommé 3 in. Gun GMC M10 et est validé par la même occasion.

Production et modifications[modifier | modifier le code]

-D'octobre 1942 à décembre 1943, la Fisher Body Division assemble 4 993 M10. -D'octobre 1942 à septembre 1943, Ford assemble 1 038 M10A1 -D'octobre à novembre 1943, la Fisher Body Division assemble 375 exemplaires du M10A1, plus 300 châssis nus pour conversion en M36 Jackson en janvier 1944. Au total, 4 993 exemplaires du M10 ont été fabriqués d'octobre 1942 à décembre 1943, contre 1 713 M10A1 produits d'octobre 1942 à janvier 1944, soit 6 706 M10 toutes versions confondues.

Le M10 est vite reconnu comme étant supérieur aux projets concurrents ou passés par la Palmer Board, une commission réunissant des experts sous l'égide du général portant le même nom, dont le but est de gérer les foisonnements d'idées et de prototypes et de trancher dans les études menées. La commission regrette cependant que le M10 ne soit guère meilleur qu'un M4 Sherman sur le plan de la protection et de l'armement.

Des commandes ayant été passées à la firme Ford, produisant des Sherman M4A3, le M10 reprend le châssis de ce dernier, ainsi que le moteur pour devenir le M10A1. Plus léger que le M10 de base, il ne possède qu'un seul bloc moteur essence au lieu de deux blocs diesels couplés auparavant. Les grilles du capot moteur sont désormais plus larges, la plaque avec le double pot d'échappement est remplacée par une petite porte avec deux sorties coudées d'échappement. La version M10A1 ne sera pas déployée au front et servira de base pour le futur M36 équipé d'un canon de 90 mm.

Tout au long de sa production, le M10 recevra des modifications. La rotation de la tourelle se fait mécaniquement, c'est-à-dire à l'aide d'une manivelle. Le poids du canon et des tourillons déséquilibrent le véhicule, et la tourelle devient difficile à tourner à la force des bras lorsque le blindé évolue sur une pente ou un dévers. Elle a aussi tendance à bouger toute seule vers le bas d'un dénivelé, et seul un système de blocage amélioré résoudra ce défaut. La mitrailleuse de 12,7 mm est installée à l'arrière de la tourelle ouverte, ce qui est censé faire contre-poids au canon de 3 pouces. Cette solution n'étant pas suffisante, les crampons de chenilles sont à leur tour installés vers la poupe du TD. Mais, là aussi, cette démarche ne fonctionne pas bien. Un vrai contrepoids est alors greffé sur l'arrière de la tourelle, avec pour finalité l'alourdissement global du véhicule.

Dans un premier temps, des gueuses parallélépipédiques pesant une tonne, en fer, fonte ou plomb, sont installées sur les modèles déjà construits. Pour les véhicules à produire, un contre-poids de forme triangulaire de 1600 kilogrammes est automatiquement installé à partir de janvier 1943. Fin mars de la même année, un modèle profilé et plus lourd de 1 100 kg fait son apparition et n'est qu'adopté en juin .

Le M10 Achilles[modifier | modifier le code]

M10 Achilles
M10 Achilles au musée de Yad la-Shiryon, Israël
M10 Achilles au musée de Yad la-Shiryon, Israël
Caractéristiques générales
Équipage 5 personnes
Longueur 7,27 m
Largeur 3,05 m
Hauteur 2,90 m
Masse au combat 29,6 tonnes
Blindage et armement
Blindage 57 mm
Armement principal 1 canon de 17 livres Mark V (50 coups)
Armement secondaire 1 mitrailleuse de .50 M2HB (450 coups)
Mobilité
Moteur
Puissance ch ( kW)
Vitesse sur route 40 km/h
Puissance massique 13.5 ch/tonne
Autonomie 322 km (sur route)

La version britannique, le M10 Achilles, est aisée à distinguer grâce au frein de bouche du canon de 17 livres.

Comme pour le Sherman, la genèse de l'Achilles remonte à la loi Lend-Lease grâce à laquelle les Britanniques reçurent un nombre important de Tank Destroyers M10 (chasseur de chars M10 Wolverine).

Et comme pour le Sherman, ils remarquèrent vite la puissance limitée du canon de 76,2 mm américain. En effet, ce canon était peu ou prou l'égal du canon d'un panzer IV, dérivé du PaK 40, et par conséquent n'était pas assez puissant pour contrer les chars allemands les plus lourds comme le Tigre, le Tigre II et le Panther.

Les Britanniques puisèrent donc dans leurs stocks le fameux canon de 17 livres dont la réputation n'était plus à faire, surtout associé à la munition spéciale APDS. Certains historiens[précision nécessaire] affirment que ce canon était le plus redoutable du champ de bataille, même comparé au terrible canon de 88 mm. Cependant le 17 pounders marque le pas face à la version antichar du "acht-acht" (surnom du 88 mm), le 88 PaK 43 L71 installé entre autres sur le Koenigstiger. Elle est, elle aussi, considérée comme la meilleure pièce antichar du conflit par certains historiens.

Ce canon fut toutefois légèrement modifié en raccourcissant la culasse pour gagner de la place dans la tourelle. La tourelle fut aussi modifiée car le nouveau canon était plus lourd mais aussi plus fin que le 76,2 mm américain.

1er blindé entré dans La Roche-en-Ardenne en décembre 1944.

Au combat, les Achilles se montrèrent vite assez efficaces contre les panzers, et les Allemands en firent une cible prioritaire sur le champ de bataille, comme ce fut le cas pour le firefly. Les engins perdus furent quelquefois remplacés par des TD M10 ordinaires, au grand dam des équipages.

L'appellation Achilles IC ou IIC vient du châssis M10 ou M10A1.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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