Pologne pendant la Seconde Guerre mondiale

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Position des divisions polonaises le 1er septembre 1939.

Cet article traitant de la Pologne pendant la Seconde Guerre mondiale couvre la période qui va de l'invasion allemande en septembre 1939 à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le 1er septembre 1939, sans déclaration de guerre formelle, l'armée allemande envahit la Pologne sous le prétexte que les troupes polonaises ont commis des provocations le long de la frontière germano-polonaise[1].

Ce prétexte s'ajoute au contentieux concernant les droits de l'Allemagne sur la Ville libre de Dantzig et le passage entre la Prusse-Orientale et le reste de l'Allemagne à travers le corridor de Dantzig. Conformément au Pacte germano-soviétique, la Pologne est partagée entre l'Allemagne et l'Union soviétique dont les troupes envahissent l'Est de la Pologne le .

L’invasion germano-soviétique[modifier | modifier le code]

L'armée polonaise résiste à l'invasion allemande mais l'issue du combat est sans espoir pour trois raisons :

  • la Pologne est ceinturée sur deux côtés par l'Allemagne à l'ouest et au nord, et par l'URSS à l'est ;
  • elle se trouve en infériorité stratégique, tant en nombre d'hommes qu'en matériel ;
  • sur le plan tactique, ses Alliés occidentaux déclarent la guerre à l'Allemagne, mais agissent peu militairement.

La tactique mise en œuvre en Pologne par l'armée allemande est celle de la Vernichtungsgedanke, littéralement, le « concept d'annihilation », une doctrine datant de Frédéric le Grand et basée sur la rapidité de mouvement qui déstabilise l'ennemi. Le concept a évolué vers ce que les Allemands appellent une Blitzkrieg ou « guerre éclair » : les divisions blindées font des percées, l'aviation effectue des bombardements en piqué pour disperser les concentrations de troupes en même temps qu'elle bombarde les villes pour démoraliser la population. L'armée polonaise ne peut mettre en face qu'une armée de terre, une aviation et une artillerie peu modernes, même si ses officiers supérieurs et subalternes se montrent capables. Les blindés sont, en grande partie, anciens et peu nombreux comme les chars légers et les automitrailleuses. L'aviation est surclassée dans les airs malgré des modèles de bombardiers récents mais mal utilisés. Les Polonais réussissent tout de même à abattre 285 appareils allemands. Dès le premier jour du conflit, la plus grande partie des meilleures unités navales de la flotte polonaise (sous-marins et destroyers) a déjà été évacuée vers le Royaume-Uni.

L'invasion de la Pologne provoque l'entrée en guerre de la France, du Royaume-Uni, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande et du Canada, le 3 septembre. Sur les 102 divisions dont la France dispose, elle en lance neuf sur la Sarre, qui progressent sur une profondeur de huit kilomètres sans rencontrer de résistance. Les Allemands ne déplacent pas un seul soldat du front polonais. Dans cette même période, la Royal Air Force largue des tracts sur les villes allemandes.

Une offensive polonaise lancée à l’ouest de Varsovie (Bataille de la Bzura) est écrasée le 17 septembre. Le même jour, environ 500 000 soldats de l'Armée rouge envahissent la Pologne orientale, conformément aux clauses secrètes du Pacte germano-soviétique. La progression de l'Armée rouge est facilitée par la destruction des meilleurs matériels polonais et la destruction presque complète d'une grande partie de l'armée polonaise par la Wehrmacht. Par ailleurs, les minorités biélorusse et ukrainienne qui, à elles deux, constituent la majorité de la population de la Pologne orientale, font plutôt bon accueil aux troupes soviétiques[2]. L'Armée rouge s'arrête sur une ligne, toujours actuelle entre la Pologne et la Biélorussie, qui correspond à peu près à la Ligne Curzon, proposée en 1919-20 par le ministre des Affaires étrangères britannique Lord Curzon, avec en plus les villes de Bialystok et de Lwow, et une parade militaire germano-soviétique a lieu à Brest-Litovsk, le 23 septembre.

Varsovie capitule le 27 septembre et, le 28 septembre, le partage du pays entre l'Allemagne et l'Union soviétique est entériné. L'armée allemande compte 13 000 tués et 30 000 blessés contre respectivement 65 000 et 133 000 du côté polonais.

Le nombre de prisonniers varie de 680 000 prisonniers (580 000 capturés par les Allemands et plus de 100 000 capturés par les Soviétiques)[3] à 911 000 (694 000 capturés par les Allemands et 217 000 pris par les Soviétiques). L'Étoile Rouge du 17 septembre 1940 donne les chiffres de prisonniers polonais suivants : 12 généraux, 8 000 officiers, plus de 200 000 soldats[4].

Le 1er octobre, l'Allemagne et l'URSS contrôlent complètement le territoire. Le 4 octobre, le Haut-Commandement français ordonne le repli des troupes françaises qui avaient envahi la Sarre.

Toutefois, le gouvernement polonais ne s'est jamais rendu. Les derniers coups de feu polonais sont tirés le 6 octobre lors de la Bataille de Kock. Les restes de l'armée polonaise, le gouvernement et le trésor de la banque nationale quittent le pays par la Roumanie, que la flotte roumaine et la Royal Navy amènent à Alexandrie, en territoire britannique[5]. Les avions polonais rescapés permettent aussi à quelques dirigeants de rallier les pays alliés que sont alors la France et le Royaume-Uni. D'autres Polonais fuient par la Slovaquie, la Hongrie et la Yougoslavie : beaucoup de ces exilés rejoindront l'armée polonaise reconstituée à Alexandrie, en Syrie, en France et, après la défaite de la France, en Grande-Bretagne.

Le démembrement de la Pologne[modifier | modifier le code]

L'Allemagne agrandie et la Pologne démembrée pendant la Deuxième guerre mondiale

Selon les termes des deux décrets édictés par Hitler, les 8 et 12 octobre 1939, de vastes régions de la Pologne occidentale sont annexées à l'Allemagne. Il s'agit de tous les territoires perdus par l'Allemagne en 1919, à la suite du traité de Versailles, c'est-à-dire du corridor de Dantzig, de la Prusse-Occidentale et de la Haute-Silésie, mais aussi, à l'est de ces territoires, de régions qui avaient toujours été polonaises comme la ville de Łódź. La totalité des territoires annexés couvre une superficie de 94 000 km2 et compte 22 millions d'habitants, des Polonais pour la plupart.

Selon les termes du Pacte germano-soviétique, complété par un accord le 28 septembre 1939, l'URSS annexe les territoires situés à l'est des rivières Narew, Bug et San, à l'exception de la région de Vilnius, qui est rétrocédée à la Lituanie, et de la région de Suwałki, annexée par l'Allemagne nazie. Ces régions sont majoritairement peuplées d'Ukrainiens et de Biélorusses, avec d'importantes minorités de Polonais et de Juifs. La frontière orientale de la zone annexée par l'URSS correspond en partie à la Ligne Curzon plus les villes de Bialystok et de Lwow. L'ensemble de ces territoires s'étend sur 200 000 km2 pour une population de 13 millions d'habitants.

Le reste des territoires de la Pologne est regroupé sous une administration allemande appelée « Gouvernement général » (nom complet en allemand : Generalgouvernement für die besetzten polnischen Gebiete), dont la capitale est Cracovie. Le Gouvernement général est subdivisé en quatre districts : Varsovie, Lublin, Radom et Cracovie.

Un échange de prisonniers de guerre polonais (environ 40 000 hommes de chaque côté) a lieu en novembre 1939 entre les deux puissances occupantes.

L'occupation soviétique dans les territoires de l'Est (1939-1941)[modifier | modifier le code]

Le NKVD a joué un rôle important dans la « soviétisation ». Les premières victimes du nouveau régime sont les 217 000 prisonniers de guerre capturés par l'URSS après l'invasion de septembre 1939. Presque tous les officiers capturés et une grande partie des simples soldats sont assassinés (Voir Massacre de Katyń). Mais si les prisonniers de guerre forment le groupe le plus touché par la répression soviétique, les populations civiles ne sont pas épargnées pour autant. Les personnes qui ont travaillé pour l'État polonais deviennent coupables de « crimes contre la révolution » et d'activités « contre-révolutionnaires ». En vertu de ces considérations, on arrête un grand nombre d'intellectuels polonais, des politiciens, des fonctionnaires et même de simples citoyens suspectés de représenter une menace pour le pouvoir soviétique[6]. Parmi les personnalités arrêtées figurent les anciens premiers ministres Leon Kozłowski et Aleksander Prystor.

La population des territoires occupés par les Soviétiques comprend 38 % de Polonais, 37 % d'Ukrainiens, 14,5 % de Biélorusses, 8,4 % de Juifs, 0,9 % de Russes et 0,6 % d'Allemands. Comme la répartition de ces populations n'est pas homogène, une grande partie des territoires est donc habitée par de fortes minorités non polonaises, notamment les Biélorusses au Nord et les Ukrainiens au Sud. Alors que les Allemands fondent leurs discriminations politiques sur le racisme, les Soviétiques fondent les leurs sur l'interprétation stalinienne de la lutte des classes. Dès les premiers jours de l'occupation soviétique, et jusqu'en juin 1941 tandis que les 70 000 Allemands présents dans ce territoire sont amicalement convoyés dans la partie allemande de la Pologne pour être installés en Wartheland, 440 000 Polonais, sont déportés vers l'Est de l'URSS (essentiellement vers le Kazakhstan) en commençant par les intellectuels, les fonctionnaires, les avocats, les commerçants et les curés, tous considérés comme des « laquais du capitalisme » ou exécutés [7]. Toutefois, leur déportation sera interrompue par l'opération Barbarossa et ne reprendra qu'en 1945[8].

Quelques semaines après la capitulation des Polonais, les Soviétiques organisent un simulacre d'élections au Soviet Suprême de la « Biélorussie occidentale » et de l'« Ukraine occidentale », nouvelles appellations des provinces annexées par les Soviétiques. À la suite de ces « élections », toutes les administrations de l'ancien État polonais démantelé sont rouvertes avec de nouveaux personnels et directeurs, russes dans la plupart des cas et, plus rarement, ukrainiens[9]. L'Université de Lviv ainsi que beaucoup d'autres écoles sont rouvertes, mais elles fonctionnent désormais en russe comme de nouvelles institutions soviétiques et non en polonais selon leurs anciennes traditions. L'université de Lviv (Lwów), autrefois accessible uniquement aux polonophones, est réorganisée avec la création de nouvelles chaires : langue russe, littérature russe, Marxisme-léninisme.

Tous les médias passent sous le contrôle de Moscou. Les nouvelles autorités mettent en place un régime policier qui repose sur la terreur. Toutes les organisations polonaises sont dissoutes. Seul est autorisé le parti communiste (de l'Union soviétique, pas polonais) ainsi que les organisations qui lui sont subordonnées. Les entreprises sont étatisées, l'agriculture est collectivisée et les religions sont persécutées (églises catholiques, orthodoxes et synagogues sont transformées en granges ou en entrepôts, parfois en cinémas, et quelques-unes sont dynamitées).

Tous les résidents de la zone annexée acquièrent automatiquement la citoyenneté soviétique.

Dans un premier temps, les nouvelles autorités bénéficient d'un certain soutien parmi les minorités non polonaises qui avaient subi la politique centralisatrice, nationaliste et pro-catholique de la République Polonaise jusqu'en 1939. Beaucoup de Juifs, de Biélorusses et plus encore d'Ukrainiens accueillent favorablement les Soviétiques, surtout à cause de l'unification de l'Ukraine, unification qui avait failli se faire en 1919, mais qui avait été torpillée par le partage de l'Ukraine entre la Pologne et l'URSS[10]. Cette adhésion d'une partie de la population ukrainienne à la politique soviétique est renforcée par la réforme agraire par laquelle la plupart des gros propriétaires (en majorité polonais) sont étiquetés « koulaks », dépossédés de leurs terres, redistribuées aux paysans pauvres, et déportés.

Lorsque les nazis prennent possession de ces territoires, après juin 1941, ils les incorporent à différentes entités administratives : Prusse-Orientale (Suwałki), Reichskommissariat Ostland (nord-est), Reichskommissariat Ukraine(est), Gouvernement Général (sud-est).

À l'issue de la guerre, les Soviétiques annexent à nouveau ces territoires (à l'exception des régions de Białystok et de Przemyśl rendues à la Pologne) et reprennent les déportations d'intellectuels interrompues en 1941[6], tandis que la masse des survivants (environ 1 500 000 personnes[11]) est déplacée vers les anciennes provinces allemandes rattachées à la Pologne.

Enfin, la Pologne devenue une « démocratie populaire » (c'est-à-dire une dictature alliée de l'URSS), autorise les Soviétiques à laisser stationner leur armée dans le pays jusqu'au début des années 1990 (pacte de Varsovie).

L'occupation allemande (1939-1945)[modifier | modifier le code]

Généralités[modifier | modifier le code]

Hans Frank, un avocat allemand, fervent nazi, est nommé Gouverneur général le 26 octobre 1939. C'est lui qui va superviser les réquisitions de produits agricoles, l'utilisation des civils polonais comme main d'œuvre forcée pour les industries de guerre allemandes, les persécutions envers les intellectuels polonais et la ségrégation des Juifs dans les ghettos des plus grandes villes, prélude, pour les deux dernières catégories, à leur extermination (« opération Tannenberg »[12]).

La population du Gouvernement Général est initialement de 12 millions d'habitants pour une surface de 94 000 kilomètres carrés, mais ce chiffre s'accroît de 860 000 Polonais, juifs ou non-juifs, expulsés de la zone annexée par le Reich et réimplantés dans le Gouvernement Général.

La politique allemande vis-à-vis des Polonais[modifier | modifier le code]

La politique pratiquée par le Reich en Pologne est longuement abordée par Hitler le 22 aout 1939, dans un exposé au Berghof : le pays devra être traité avec la plus grande brutalité, ses populations soumises ou tuées, les cadres polonais (officiers, enseignants, techniciens, titulaires du baccalauréat) exterminés[13]. Dans l'idéologie nazie les Slaves sont considérés comme des "sous-hommes". Ainsi, dans le Gouvernement Général, les nazis, poursuivant leur dessein de l’anéantissement de la culture polonaise, interdisent toute forme d'enseignement supérieur, et contrôlent strictement l'enseignement à visée professionnelle. Il ne subsiste en matière d'éducation publique que des écoles primaires. Tous les établissements secondaires et les universités sont fermés et il en va de même pour tout ce qui concerne la vie culturelle artistique et scientifique polonaise. En outre, des persécutions violentes sont prises contre le clergé polonais. Contrairement à ce qui a pu arriver dans d'autres pays occupés, toutes ces persécutions ont lieu ouvertement car les occupants ne craignaient pas les médias étrangers, totalement interdits d'accès[14].

En 1943, le gouvernement choisit la province de Zamość pour en faire une colonie de peuplement allemande. La population polonaise en est expulsée avec une grande brutalité, mais en fait peu d'Allemands s'y établissent vraiment avant le retrait allemand en 1944.

L’opération Tannenberg a été imaginée dès 1939, avant l'invasion de la Pologne. Par la suite, la politique ethnique menée par les Allemands en Pologne sera définie dans le Generalplan Ost (GPO : plan général pour l'Est de l'Europe). Ce plan, préparé en 1941 et confirmé en 1942, vise à réaliser le « nouvel ordre ethnique » voulu par Hitler. On n'a pas retrouvé de copies de ce plan qui peut être reconstitué à partir de divers mémoires, résumés et autres documents annexes. Le GPO s'inscrit dans la vision de l'espace vital (Lebensraum) allemand qui implique de mener à bien une politique de poussée vers l'est (Drang nach Osten)[15].

Prisonniers polonais regroupés par la police secrète nazie dans la forêt de Palmiry, près de Varsovie, en 1940, dans le cadre de l’AB-Aktion ; cette photo fut prise par des agents de Polskie Państwo Podziemne, l'état clandestin de Pologne.

Une liste de 61 000 activistes, intellectuels ((en) Sonderfahndungsbuch Polen), acteurs, anciens officiers, avait été élaborée avec l'aide de membres des minorités allemandes vivant dans l'ouest de la Pologne. Les personnes figurant sur la liste devaient être internées ou abattues.

La mise en œuvre de ce plan est confiée à des groupes spéciaux : les Einsatzgruppen, formés d'officiers de la Gestapo, de la police criminelle (Kripo) et du SD, théoriquement sous les ordres des officiers locaux de la Wehrmacht. Les Einsatzgruppen opèrent dès septembre 1939. Au moins 20 000 personnes sont tuées au cours de 760 exécutions de masse.

La population civile polonaise souffre de l'occupation allemande de différentes façons. De nombreux habitants sont expulsés de la zone annexée par l'Allemagne en vue d'une colonisation allemande et forcés de se réinstaller dans les territoires du Gouvernement général. Des centaines de milliers de Polonais sont déportés en Allemagne pour un travail forcé dans l'industrie ou l'agriculture. Des milliers y laissent la vie. Des Polonais sont aussi requis pour un travail forcé en Pologne même et enfermés dans des camps de travail (Gemeinschaftslager), où le taux de mortalité est élevé. La pénurie générale de nourriture, de combustible et de médicaments, est également une cause de surmortalité. Enfin, des milliers de Polonais sont exécutés, en représailles aux attaques de la Résistance polonaise contre les forces allemandes. Au total, sous l'occupation allemande, environ 6 millions de Polonais sont exterminés en raison de ce qu'ils sont, dont 3 millions de catholiques et autant de juifs. D'autres estimations montent avec un nombre presque inchangé de juifs (2, 9 millions) à 7,5 millions le nombre total de tués soit 4,6 millions de victimes polonaises pour leur origine slave [16].

Des six camps d'extermination principaux créés en Pologne pour exterminer les Juifs, seul celui d'Auschwitz est également un camp de concentration pour Polonais. Au camp de Stutthof sont exterminés des Polonais et d'autres populations non-juives. Quelque 85 000 personnes y périssent. À Auschwitz, jusqu'en 1942, la majorité des déportés est constituée de Polonais catholiques ; ensuite, avec la mise en œuvre de la « Solution finale », les Juifs deviennent majoritaires. Les premières victimes de gazage à Auschwitz sont un groupe de 300 Polonais et de 700 prisonniers de guerre soviétiques. De nombreux Polonais sont envoyés dans des camps de concentration situés en Allemagne : 35 000 à Dachau, 33 000 à Ravensbrück (camp de femmes), 30 000 à Mauthausen et 20 000 à Stutthof.

Il n'y a pas de gouvernement de collaboration en Pologne et relativement peu de collaboration active individuelle. À long terme, en effet, les nazis prévoient de repeupler la Pologne avec des Allemands et chaque fois que certains responsables nazis suggèrent de favoriser l'émergence d'une collaboration, cette idée est rejetée par Hitler, car elle impliquerait de relâcher le régime de la terreur. Dans les camps d'extermination, les auxiliaires des gardes allemands sont rarement polonais, mais plutôt ukrainiens ou lituaniens.

L'extermination des juifs de Pologne[modifier | modifier le code]

L'entrée du camp de concentration Auschwitz I

La persécution des Juifs par les nazis allemands du Gouvernement général commence au tout début de l'occupation, surtout dans les zones urbaines. Pendant dix-huit mois, les Allemands dépouillent les Juifs de tous leurs biens, les regroupent dans des ghettos et les astreignent au travail forcé dans les industries d'armement. Pendant cette période, les Allemands reconnaissent les conseils juifs (Judenrat) et leur imposent un encadrement juif. À partir de juin 1941, date de l'invasion de l'URSS par l'Allemagne, ce sont des groupes spéciaux, les Einsatzgruppen qui sont entraînés pour tuer des Juifs que le national-socialisme veut éliminer de tous les territoires qu'il contrôle et en particulier dans la zone orientale qui avait été occupée par les Soviétiques.

Certains massacres de Juifs ont été perpétrés avec la participation active de Polonais catholiques. L'exemple le plus connu est celui du massacre de Jedwabne, au cours duquel plusieurs centaines[17] de Juifs sont torturés et battus à mort par les habitants de la bourgade. L'ampleur de ce type de massacre est un sujet de débat. L’Institut du souvenir national a répertorié 22 autres localités où de semblables pogroms se déroulèrent. La cause de ces massacres est multiple : en plus de l'antisémitisme traditionnel chrétien et de la convoitise des biens des Juifs, il y a également eu, dans les territoires occupés par les Soviétiques en 1939, un ressentiment consécutif à la sympathie que certains Juifs ont pu manifester vis-à-vis des envahisseurs[18].

Après la conférence de Wannsee, qui se tint le 20 janvier 1942 à Berlin, les Allemands commencent l'extermination systématique des Juifs. Ils commencent par les Juifs du Gouvernement Général. Six camps d'extermination (Auschwitz, Bełzec, Chełmno, Majdanek, Sobibor et Treblinka) sont construits en Pologne pour y faire périr des millions de Juifs de Pologne et des autres pays d'Europe. Des trois millions de Juifs présents en Pologne avant-guerre, seuls 50 000 survivront à la guerre[19].

Le rôle joué par les Polonais dans le processus d'extermination des Juifs de Pologne a fait l'objet d'un vaste débat, avec des thèses parfois extrêmes, telles celles de la « protection systématique des Juifs » par la population polonaise ou au contraire de «l' antisémitisme intrinsèque de tout Polonais » (thèses qui existent aussi pour l'Ukraine, les pays baltes, la Hongrie ou la Roumanie). Ce qui est certain est, qu'avant la guerre, les trois millions de Juifs, représentant approximativement 10 pour cent de la population polonaise, et économiquement bien intégrés dans la vie du pays, ne subissaient pas de persécutions officielles de la part de l'État comme ailleurs, mais étaient victimes, en revanche, d'un antisémitisme à la fois administratif et populaire, parfois encouragé par l'Église catholique romaine et par certains partis politiques, mais non directement par le gouvernement. Pilsudski était à titre personnel opposé à l'antisémitisme et ne l'a jamais encouragé. Il y avait également des forces politiques qui s'opposaient à l'antisémitisme, mais, dans les années 1930, les forces réactionnaires antisémites gagnaient du terrain, comme ailleurs en Europe. La Pologne est un pays slave et profondément catholique, or, la plupart des Juifs s'exprimaient en yiddish : aux yeux de beaucoup de Polonais, c'étaient des « Niemcy » (Allemands) en plus d'être des « Niewierny » (infidèles). Les tensions s'étaient aggravées au temps des partages de la Pologne, lorsque des Juifs polonais étaient devenus « Allemands » et germanophones (dans les empires allemand et autrichien) ou, plus rarement, « Russes » (dans l'empire russe) alors que les Polonais y étaient opprimés. Dans certains cas, les Allemands purent tirer parti de ces sentiments anti-juifs : des Polonais leur livrèrent les Juifs traqués, et il y en eut même qui gagnèrent leur survie en tant que chasseurs de Juifs. Mais, d'autres aidèrent les Juifs à se cacher. Entre les deux, il y eut aussi des « passeurs professionnels » qui sauvèrent des Juifs non par humanisme, mais contre rémunération (et qui trahissaient leurs « clients » au moindre danger). L'antisémitisme était particulièrement virulent dans les territoires de l'Est, occupés par les Soviétiques de septembre 1939 à juin 1941. La population locale reprochait aux Juifs d'avoir collaboré avec les Soviétiques et soupçonnait également les communistes juifs d'avoir joué un rôle de premier plan dans les actions répressives et les déportations de catholiques polonais. Des actes de pure vengeance visèrent des innocents.

D'une façon générale, pendant l'occupation allemande, la lutte pour la survie absorbait complètement les ressources et l'énergie des populations, exacerbant les clivages, tant entre communautés qu'entre personnes de même appartenance. Aucune communauté, catholique ou juive, n'était en position d'aider l'autre, d'autant que la lutte pour la survie et le choix des attitudes à adopter face à l'occupant créaient des conflits à l'intérieur de chacune. En Pologne, la sanction de la part des Allemands pour celui ou celle qui apportait un secours aux Juifs ou aux Résistants était la mort, et cette sanction s'étendait le plus souvent à l'ensemble de la famille, parfois aux amis et quelquefois même aux voisins. Malgré cela, en septembre 1942, un Comité provisoire d'aide aux Juifs (Tymczasowy Komitet Pomocy Żydom) fut fondé à l'initiative de Zofia Kossak-Szczucka. Le comité devint plus tard le Conseil pour l'aide aux Juifs (Rada Pomocy Żydom) plus connu sous le nom de Żegota. Le nombre de Juifs secourus par Żegota n'est pas connu, mais il y eut une période, en 1943, pendant laquelle 2 500 enfants furent pris en charge à Varsovie. À une échelle plus petite, un autre exemple est celui du village de Markowa, qui permit à 17 Juifs de survivre. Ceci explique pourquoi la Pologne est le pays comptant le plus de Justes parmi les Nations reconnus par le Mémorial de Yad Vashem (6 195 personnes au )[20].

La Résistance polonaise, qu'il s'agisse de l'AK (75 % des résistants) ou de l'AL (Armia Ludowa, c'est-à-dire l'Armée populaire de Pologne (en), 5 % des résistants), condamna la collaboration en matière de persécution des Juifs et exécuta des contrevenants. Le Gouvernement polonais en exil, grâce à ses agents Cichociemni, fut le premier à révéler, en novembre 1942, l'existence des camps de concentration et l'extermination des Juifs par les nazis[21]. Si un mouvement distinct de l'AK, l'ultra-nationaliste Narodowe Siły Zbrojne (NSZ ou Forces armées nationales, 20 % des résistants) commit des meurtres de Juifs[22], l'Armée de l'intérieur (Armia Krajowa), dans son ensemble resta imperméable à toute collaboration contre les Juifs.

Le gouvernement en exil[modifier | modifier le code]

Le général Sikorski durant la guerre
Article détaillé : Gouvernement polonais en exil.

Après l'invasion de 1939, le gouvernement polonais, regroupé en France d'abord à Paris, s'installe rapidement à Angers et au château de Pignerolle (Faubourg d'Angers) et forme un gouvernement polonais en exil, dont le président est Władysław Raczkiewicz et le Premier ministre, le général Władysław Sikorski. La plus grande partie de la flotte polonaise a pu se replier au Royaume-Uni et des dizaines de milliers de soldats polonais ont également pu s'enfuir par la Roumanie et la Mer Noire sur la flotte roumaine, ainsi que par la mer Baltique sur des navires polonais. Les premiers ont été regroupés à Alexandrie, les seconds directement en France (Marseille) et en Grande-Bretagne. C'est ainsi que beaucoup de Polonais peuvent poursuivre le combat en participant à la Bataille de France jusqu'en juin 1940, et ensuite à la Bataille d'Angleterre.

Le gouvernement en exil, basé à Angers jusqu'en juin 1940, puis à Londres, est reconnu par tous les gouvernements alliés. Après l'attaque de l'URSS par l'Allemagne, en juin 1941, il établit des relations diplomatiques avec l'URSS, qui avait pourtant participé à la destruction de la Pologne aux côtés de l'Allemagne (accords Sikorski-Maiski en août 1941). Plusieurs dizaines de milliers de prisonniers de guerre polonais (environ 80 000) et également d'autres prisonniers et déportés civils survivants sont libérés et forment la base de l'armée polonaise du général Władysław Anders. Ils sont autorisés en mars et août 1942 à quitter l'URSS pour l'Iran. On verra ensuite cette armée, devenue le Deuxième corps polonais intégré à la 8e armée britannique, combattre dans les rangs alliés à la bataille du Monte Cassino en mai 1944, puis à la reconquête de la péninsule italienne (prise d’Ancône, de la Ligne Gothique, de Bologne).

En avril 1943, les Allemands annoncent qu'ils ont découvert des charniers contenant les corps de 4 300 officiers polonais à Katyń, près de Smolensk. Les Allemands font appel à la Croix-Rouge internationale pour prouver que ce sont des prisonniers de guerre massacrés par les Soviétiques. À l'inverse, des gouvernements alliés qui ne veulent pas s'aliéner l'URSS, acceptent la version soviétique, ce que réfute le gouvernement polonais en exil. Cela va entrainer un durcissement dans ses relations avec Staline. Dans ce contexte, le Premier ministre Władysław Sikorski meurt dans un accident d'avion à Gibraltar tandis que sa fille est livrée aux Soviétiques et meurt en détention[23]. Stanisław Mikołajczyk succède à Sikorski à la tête du gouvernement en exil.

Staline s'empresse alors de mettre sur pied le noyau d'un gouvernement polonais d'obédience communiste et de constituer une Armée populaire polonaise (Ludowe Wojsko Polskie) dirigée par le général Zygmunt Berling, ancien colonel dans l'Armée Anders[24]. En juillet 1943, cette armée compte 40 000 hommes.

Au cours des années 1943-44, les dirigeants alliés et en particulier Churchill s'efforcent de réchauffer les relations entre Staline et les Polonais de Londres, mais ils échouent pour plusieurs raisons. Le massacre de Katyń et la disparition, depuis l'invasion soviétique de 1939, d'un grand nombre de Polonais dans les prisons et les camps de travail soviétiques, restent une source de défiance vis-à-vis des intentions soviétiques. La définition des frontières de l'après-guerre est également une autre divergence majeure. Staline entend bien que les territoires annexés en 1939 restent soviétiques, les Polonais devant se contenter de compenser cette perte en gagnant vers l'ouest aux dépens de l'Allemagne. Malgré les pressions de Churchill, les Polonais de Londres refusent cette proposition. La constitution du futur gouvernement d'après-guerre est le troisième sujet de discorde : Mikołajczyk veut obtenir de Staline qu'il s'engage à ne pas imposer un gouvernement communiste. Or, Staline est déterminé à contrôler la Pologne. En fin de compte, les Polonais restent convaincus que, sur chacun des trois points, les Britanniques et les Américains ont plutôt soutenu Staline.

De 1939 à 1945, les armées polonaises s'illustrent sur différents théâtres d'opérations : Bataille de France, Bataille d'Angleterre, Bataille de l'Atlantique, Afrique du nord (Siège de Tobrouk), Monte Cassino, Bataille de Normandie, Falaise, Arnhem, Prise de Bologne, apportant ainsi à l'effort de guerre allié une contribution essentielle dont le gouvernement en exil tente de tirer quelque bénéfice politique. Mais, comme l'Armée rouge marche sur la Pologne, Staline peut durcir sa position et demande, outre la reconnaissance d'une Ligne Curzon déplacée vers l'ouest (dite version « B » et lui donnant Lwow), le renvoi de tous les éléments anti-soviétiques du gouvernement de Londres, ce qui, dans la pratique, aurait inclus le président Raczkiewicz et la plupart des ministres[25].

La Résistance polonaise[modifier | modifier le code]

La Résistance polonaise prend plusieurs formes : militaire et intellectuelle.

En dépit du fait que le territoire polonais ne se prête pas particulièrement à la constitution de maquis et aux opérations de guérilla, un mouvement de résistance se développe assez spontanément dès le début de l'occupation allemande. L'Armée de l'intérieur, (en polonais Armia Krajowa ou AK), liée au gouvernement en exil basé à Londres, est formée en 1942 d'un certain nombre de petits groupes. À partir de 1943, l'AK est en compétition avec l’Armée populaire (Armia Ludowa ou AL), liée au Parti ouvrier polonais (Polska Partia Robotnicza ou PPR), communiste et soutenu par l'URSS. En 1944, l'AK compte 360 000 hommes[26], peu armés. Avec entre 18 000 et 22 000 hommes[27], l'AL est beaucoup moins importante[28]. Les mouvements d'extrême-droite se coordonnent en septembre 1942 pour former les Narodowe Siły Zbrojne (Forces armées nationales, NSZ), comptant entre 70 et 100 000 personnes[29], et entretenant des liens avec l'AK. La Résistance polonaise, toutes organisations confondues, est créditée d'avoir tué environ 22 000 soldats allemands pendant toute la durée de l'occupation [30].

La dureté de l'occupation du troisième Reich est dénoncée par des affiches anti-nazis produites par l'Armia Krajowa (exemple mettant en scène Hitler et Himmler, 1943).

En août 1943 et en mars 1944, la Résistance polonaise liée à l'AK diffuse un plan à long terme, rédigé pour contrer la sympathie que rencontre la Résistance communiste chez la population. Ce plan prévoit une réforme agraire, la nationalisation de l'industrie, l'exigence de compensations territoriales de la part de l'Allemagne en même temps que le retour à la frontière orientale de 1939. On voit que la principale différence entre les deux tendances ne réside pas dans le programme économique et social, mais dans les relations avec l'Union Soviétique et les revendications territoriales à l'est[25].

En avril 1943, les Allemands commencent à déporter les Juifs qui restent encore dans le Ghetto de Varsovie, provoquant son soulèvement, du 19 avril au 16 mai, l'une des premières insurrections armées contre des Allemands en Pologne. Des unités de l'AK essaient de venir en aide aux insurgés mais, en gros, les Juifs restent isolés. Les responsables du soulèvement du ghetto savaient bien qu'ils seraient écrasés, mais ils préférèrent mourir en combattant plutôt que d'attendre d'être déportés dans les camps de la mort.

Pendant l'année 1943, l'AK prépare ses forces en vue d'une insurrection nationale dont le nom de code est Opération Tempête. L'insurrection est déclenchée à la fin de 1943. Les épisodes les plus connus sont l'insurrection de Wilno (nom polonais de Vilnius), déclenchée en juillet 1944 et celle de Varsovie, déclenchée en août. Alors que l'Armée rouge soviétique s'approche de Varsovie, le gouvernement en exil appelle au soulèvement dans le but de pouvoir rentrer dans une Varsovie libérée et d'essayer ainsi d'empêcher les communistes de prendre le pouvoir. L'AK, sous la direction de Tadeusz Bór-Komorowski, lance l'insurrection, mais les Soviétiques ne viennent pas en aide aux insurgés. Les Polonais demandent de l'aide aux Alliés qui parachutent quelques armes, mais, comme en 1939, il est quasiment impossible aux Alliés d'aider les Polonais sans le concours des Soviétiques.

Les insurgés livrent des combats de rue désespérés qui sont autant de barouds d'honneur. L'AK, qui compte de 12 000 à 20 000 hommes mal armés, fait face à une armée allemande de 20 000 SS suréquipés, appuyés par des unités de l'armée régulière. Après soixante-trois jours de combats acharnés, la ville n'est plus qu'un tas de décombres.

Le 2 octobre, Tadeusz Bór-Komorowski signe l'ordre de capitulation des forces polonaises survivantes en présence du général allemand Von dem Bach. L'accord de capitulation prévoit que les soldats de l'Armée intérieure seront traités selon les Conventions de Genève et que les populations civiles seront traitées humainement. De fait, 15 000 soldats de l'Armée intérieure sont envoyés en Allemagne dans différents camps de prisonniers de guerre, mais quelque 5 000 insurgés, craignant d'être exterminés s'ils se rendent, se fondent dans la population. Les représailles vis-à-vis de la population sont terribles : l'entière population de Varsovie est expulsée de la ville et parquée dans le camp de Pruszków. Entre 350 000 et 550 000 civils transitent par ce camp et, parmi eux, 90 000 sont envoyés en camps de travail et 60 000 sont envoyés vers des camps de concentration (Ravensbruck, Auschwitz, Mauthausen) tandis que le restant est transporté dans diverses localités du Gouvernement Général et relâchés.

La résistance polonaise a été également active hors de Pologne, notamment en Belgique et en France, où plusieurs réseaux (notamment Monika de la P.O.W.N.[31]) fédéraient les actions et organisaient des réseaux d'évasion vers le Royaume-Uni, via Gibraltar, de militaires polonais évadés, ainsi que de militaires alliés abattus au-dessus de l'Europe de l'Ouest. Plusieurs réseaux polonais se sont illustrés au cours d'opérations armées telles que la lutte du Vercors au cours de laquelle les Polonais payèrent un lourd tribut. Le bataillon "Lwów" combattit dans le Cantal et en Corrèze. L'organisation armée était placée sous l'autorité du colonel Daniel Zdrojewski, répondant au Haut commandement polonais à Londres et en liaison avec la Résistance française.

Articles détaillés : Jan Karski et Jan Nowak.

Parallèlement à la résistance militaire, un système clandestin d'enseignement[32] organisé et soutenu financièrement par le gouvernement polonais en exil à Londres se met en place au nez et à la barbe de l'occupant. Des écoles professionnelles, autorisées par l’administration scolaire allemande, servent de « couverture » destinée à permettre la réalisation d'un enseignement clandestin de niveau universitaire. L'enseignement s'effectue dans les locaux officiellement attribués à ces écoles professionnelles et bénéficie de leurs équipements de travaux pratiques. Ainsi, l'école du personnel sanitaire auxiliaire (Prywatna Szkoła Zawodowa dla Pomocniczego Personelu Sanitarnego), fondée à Varsovie par le chirurgien Jan Zaorski, est, en réalité, la faculté de médecine de l’université Józef Piłsudski de Varsovie. Mais, au fil du temps, cette forme de résistance s'affaiblit, car de nombreux professeurs (d'université ou pas), avocats, intellectuels et autres membres de l'élite sont arrêtés et déportés en raison de leur nationalité et profession (Voir Éducation clandestine en Pologne durant la Seconde Guerre mondiale).

La fin de la guerre : Yalta et les Soviétiques[modifier | modifier le code]

La fin de l'année 1944 voit simultanément l'avancée de l’Armée rouge et l'effondrement de l'administration allemande. En juillet 1944, un Comité polonais de libération nationale (Polski Komitet Wyzwolenia Narodowego ou PKWN) dirigé par Bolesław Bierut est installé par les soviétiques à Lublin, première ville polonaise d'importance à être libérée des nazis. Il fait office de gouvernement provisoire et prend le contrôle de l'administration au fur et à mesure du retrait des Allemands. De leur côté, le gouvernement en exil de Londres et l'AK font mine de collaborer avec l’Armée Rouge afin de faciliter la prise de pouvoir par la Résistance intérieure polonaise et contrer ainsi la prise de pouvoir par les Soviétiques et le PKWN. L'échec de l'insurrection de Varsovie réduit à néant les chances d'échapper à un gouvernement inféodé aux Soviétiques compte tenu de la volonté des Alliés occidentaux de ne pas risquer un conflit avec l'URSS à propos de la Pologne. Des membres de l’Armée de l'intérieur sont arrêtés et déportés. Les forces soviétiques continuent à lutter contre le mouvement polonais pour l'indépendance jusqu'en 1946.

En février 1945, à la conférence de Yalta, Staline est en mesure de mettre les alliés occidentaux, Roosevelt et Churchill devant le fait accompli : ses armées et sa police sont sur le terrain et tiennent le pays en main tandis que les communistes polonais contrôlent l'administration. L'annexion définitive des provinces orientales envahies en 1939 est également en cours, à l'exception de Białystok, rétrocédé à la Pologne. En compensation, la Pologne peut s'étendre, à l'Ouest, sur les anciennes provinces allemandes de Poméranie, Silésie et Brandebourg, à l'est de la ligne Oder-Neisse et également sur le sud de la Prusse-Orientale. Toutes ces provinces sont appelées « Territoires recouvrés » et les survivants polonais des zones annexées par l'URSS seront invités à s'y établir.

Staline était déterminé à installer un gouvernement communiste en Pologne et, en 1943, il avait refroidi ses relations avec le Gouvernement polonais en exil à la suite des révélations sur le Massacre de Katyń. Cependant, pour amadouer Roosevelt et Churchill, il accepte à Yalta le principe d'un gouvernement de coalition. Le Premier ministre Stanisław Mikołajczyk du gouvernement en exil, démissionne de son poste et se rend à Lublin avec d'autres dirigeants politiques, au siège du gouvernement provisoire contrôlé par les communistes. Un socialiste est à la tête de ce gouvernement, mais ce sont les communistes qui détiennent les postes clés. Ce gouvernement est reconnu par les Occidentaux en juillet 1945 et Staline accepte que la Pologne reçoive de l'Allemagne une réparation financière de 10 milliards de dollars.

En avril 1945, le gouvernement provisoire signe un pacte d'assistance mutuelle avec l'Union soviétique. Un nouveau « gouvernement d'unité nationale » est constitué le 28 juin avec le socialiste Edward Osóbka-Morawski comme Premier ministre et deux vice-premiers ministres, Mikołajczyk, et le communiste Władysław Gomułka. Les principaux rivaux des communistes sont le Parti paysan polonais (Polskie Stronnictwo Ludowe ou PSL) et des anciens des deux groupes de résistance, l'AK et l'armée polonaise qui avait combattu à l'Ouest. Du côté communiste, on trouve le PPR, dont les leaders sont Gomułka et Bolesław Bierut, qui contrôle l'armée et la police et qui est soutenu par l’Armée rouge. Les opposants potentiels aux communistes sont la cible de campagnes de terreur avec arrestations, tortures et exécutions (Voir Procès des seize). Au moins 25 000 personnes laissent leur vie dans les camps créés par les communistes à partir de 1944[33].

1939-1945, anciennes et nouvelles frontières de la Pologne : gris = territoires polonais devenus soviétiques; rose = territoires allemands devenus polonais.

Le gouvernement polonais doit se positionner sur la question de la définition des frontières orientales. Mikołajczyk et ses collègues du gouvernement en exil veulent se montrer fermes pour revenir à la frontière orientale d'avant 1939, une position qui ne peut que rester théorique du fait que Staline contrôle déjà tous les territoires contestés et que Churchill et Roosevelt lui en ont déjà fait la concession. Churchill, irrité par l'intransigeance du gouvernement en exil, se montre peu motivé pour s'opposer à Staline sur la composition du gouvernement. Finalement, les exilés de Londres perdent sur les deux points : Staline annexe les provinces orientales et impose à la Pologne un nouveau gouvernement qui lui est inféodé. Le pire est cependant évité, puisque Staline ne retient pas la proposition d'annexer purement et simplement la totalité de la Pologne comme le propose Wanda Wasilewska, une dirigeante du PKWN.

Hans Frank est capturé par les Américains en mai 1945 et jugé au Procès de Nuremberg. Pendant le procès, il revient au catholicisme, la religion de son enfance. Il livre au tribunal quarante carnets où il avait écrit son journal. Le contenu de ce journal contribua à établir des preuves de la culpabilité des accusés. Condamné pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, il est pendu le 1er octobre 1946. Auparavant, il avait déclaré : « Il se passera mille ans et la culpabilité de l'Allemagne n'aura pas encore été effacée. »

Sources de l'article[modifier | modifier le code]

Cet article a été traduit depuis un certain nombre d'articles de la Wikipédia anglaise ; c'est pourquoi la plupart des références sont en anglais. Il serait évidemment souhaitable de les remplacer par des références en français, quand elles existent.

Les mémoires du général Anders, Mémoires 1939-1946, La Jeune Parque, Paris 1948, apportent un éclairage intéressant sur le ressenti par les troupes polonaises combattant à l'Ouest des tractations entre les Anglo-Saxons et les Soviétiques.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christopher R. Browning - Jürgen Matthaüs, Les origines de la Solution Finale, l'évolution de la politique antijuive des nazis, septembre 1939-mars 1942, Les Belle Lettres, Paris, 2007, ISBN 978-2-251-38086-5
  • Helen Mac Innes, Les Moissonneurs de la Nuit, roman, Presses de la Cité, 1947 : une Anglaise bloquée en Pologne en 1939, est témoin de la défaite polonaise, de la capitulation de Varsovie, de l'occupation allemande, puis acteur, des débuts de l'AK…
  • Archives clandestines du ghetto de Varsovie (Archives Emanuel Ringelblum) Lettres sur l'anéantissement des Juifs de Pologne, Fayard / BDIC, 2007, ISBN 978-2-213-62754-0

Références[modifier | modifier le code]

  1. Les unes du Grand Écho du Nord des 30, 31 août, 1er, 2 et 28 septembre 1939
  2. Paul-Marie de La Gorce, 39-45, Une guerre inconnue, Paris, Flammarion, 1995.
  3. Steven J. Zaloga, L'invasion de la Pologne, la guerre éclair, Osprey Publishing.
  4. Mémoires du général Anders, Mémoires, 1939-1946, La Jeune Parque, Paris 1946, p. 86.
  5. Grigore Gafencu, Préliminaires de la guerre à l’est : de l’accord de Moscou (21.08.1939) aux hostilités de Russie (22.06.1941). Egloff, Fribourg/Suisse 1944
  6. a et b Gustaw Herling-Grudziński, A World Apart: Imprisonment in a Soviet Labor Camp During World War II , Penguin Books, 1996
  7. Stephane Courtois, « Tout le symbole du mensonge totalitaire » Le Figaro, 1er avril 2009
  8. Н.Ф. Бугай : « Депортация народов из Украины, Белоруссии и Молдавии : Лагеря, принудительный труд и депортация… », Dittmar Dahlmann und Gerhard Hirschfeld, Эссен, Германия 1999. 1.3 : Nikolaï Feodorovitch Bougaï, La déportation des peuples d'Ukraine, Biélorussie et Moldavie, Ed. Dittmar Dahlmann et Gerhard Hirschfeld, Essen, Allemagne, 1999
  9. Elżbieta Trela-Mazur Sowietyzacja oświaty w Małopolsce Wschodniej pod radziecką okupacją 1939-1941 (Soviétisation de l'éducation dans la Pologne orientale pendant l'occupation soviétique de 1939-40), 1997, Wyższa Szkoła Pedagogiczna im. Jana Kochanowskiego, Kielce, 1997
  10. Tadeusz Piotrowski, Poland's Holocaust: Ethnic Strife, Collaboration with Occupying Forces and Genocide in the Second Republic, 1918-1947 McFarland, 1988, p. 199 « Comment peut-on expliquer ce phénomène des Ukrainiens collaborant avec les Soviétiques ? Mais qui sont ces Ukrainiens ? Qu'ils soient ukrainiens est certain, mais sont-ils communistes, nationalistes, paysans indépendants ? La réponse est « oui », ils sont les trois à la fois »
  11. Hans-Erich Stier (dir.), Westermann Grosser Atlas zur Weltgeschichte, 1988, ISBN 3-14-100919-8, p. 160.
  12. Voir sur
  13. C.R. Browning, Les origines de la solution finale, p. 30.
  14. J. Lebreton, « L'occupation allemande en Pologne. La lutte contre le peuple et sa foi », dans la revue jésuite Études de juin 1940, cité dans Les Cahiers du témoignage chrétien
  15. [1]
  16. François Bafoil (dir), La Pologne, Paris, Fayard, 2007 p. 180
  17. 300 selon l'institut du souvenir national et 1 600 selon Jan T. Gross, Neighbors: The Destruction of the Jewish Community in Jedwabne, Poland, Princeton University Press, 2001.
  18. Alain Brossat et Sylvia Klingberg : Le Yiddishland révolutionnaire, éd. Syllepse, collection Yiddishland, 291 pages (1re édition Balland 1983). ISBN 978-2849502174
  19. 90 000 selon Marek Halter
  20. (en) « Compte des titre de « Juste parmi les Nations » » (consulté le 26 sept. 2011)
  21. Bernard George, Les combattants de l'ombre. Des résistants européens contre le nazisme, Albin Michel, 2011
  22. Tadeusz Piotrowski, Poland's Holocaust: Ethnic Strife, Collaboration with Occupying Forces and Genocide in the Second Republic, 1918-1947, McFarland & Company, 1997, p. 77-142.
  23. Christoph Weinert, Dierk L. Schaaf, Dierk Ludwig Schaaf : reportage Churchill et la Pologne - La mort mystérieuse du général Sikorski, reportage « arte », 1er juillet 2011.
  24. Le général Władysław Anders qualifie dans ses Mémoires, 1939-1946, éd. La Jeune Parque, Paris 1948, p. 290, le colonel Berling de "déserteur".
  25. a et b Jerzy Lukowski, Hubert Zawadzki, A Concise History of Poland, Cambridge University Press, 2001, ISBN 0521559170
  26. Alexandra Kwiatkowska-Viatteau, Varsovie insurgée, éd. Complexe, 1984, p. 21
  27. ibid., p. 22
  28. Michel Laran, article Pologne in Encyclopedia Universalis, 2000
  29. « 65. rocznica powstania Narodowych Sił Zbrojnych », Polska Agencja Prasowa, 28 septembre 2007
  30. 22 000 est le chiffre donné par le Quid, 2000. L'article de la Wikipedia anglaise donne le chiffre de 150 000, non sourcé et peu crédible
  31. Article de Jean Medrala sur le renseignement et la résistance polonaise en France sur le forum Beskid
  32. Ewa Bukowska, L'enseignement clandestin en Pologne dans les années 1939-1945
  33. [2]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]