Dietrich von Choltitz

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Dietrich von Choltitz
Dietrich von Choltitz en 1940.
Dietrich von Choltitz en 1940.

Naissance 9 novembre 1894
Wiese Gräflich (Silésie)
Décès 5 novembre 1966 (à 71 ans)
Baden-Baden
Origine Allemand
Allégeance Flag of the German Empire.svg Empire allemand
Flag of Germany.svg République de Weimar
Flag of German Reich (1935–1945).svg Troisième Reich
Arme War Ensign of Germany 1903-1918.svg Deutsches Reichsheer
Flag of Weimar Republic (war).svg Reichswehr
Balkenkreuz.svg Wehrmacht, Heer
Grade General der Infanterie
Années de service 1907 – 1945
Conflits Première Guerre mondiale,
Seconde Guerre mondiale
Commandement 11. Panzer Division
XLVIII. Panzerkorps
LXXXIV. Armeekorps
Faits d'armes Seconde Guerre mondiale
Distinctions Croix de chevalier de la Croix de fer
Croix allemande
Autres fonctions Gouverneur de Paris

Dietrich von Choltitz, né le 9 novembre 1894 à Wiese Gräflich[1] (Silésie) et mort le 5 novembre 1966 à Baden-Baden, est un général de l'infanterie allemande qui a servi au sein de la Heer dans la Wehrmacht pendant la Seconde Guerre mondiale.

Il a été récipiendaire de la Croix de chevalier de la Croix de fer. Cette décoration est attribuée pour récompenser un acte d'une extrême bravoure sur le champ de bataille ou un commandement militaire avec succès.

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation et premières expériences[modifier | modifier le code]

Dietrich von Choltitz est né dans le château familial de Wiese Gräflich[2] à 4 km de Prudnik au sud-ouest de la Pologne actuelle. Son père, Hans, est colonel de l'armée impériale, commandant du 10e régiment de cavalerie des Uhlans de la Marche, qui combattra en Flandres pendant la première Guerre mondiale. Sa mère a pour nom de jeune fille, Gertrud von Rosenberg. Son oncle, Hermann von Choltitz (de) sera gouverneur militaire de Silésie (Generallandschaftspräsident) de 1907 à 1920.

En 1907, à l'âge de 13 ans, Dietrich von Choltitz est envoyé par son père à l'école des cadets de Dresde, capitale du Royaume de Saxe. Il sert comme page à la Cour royale.

Il a 19 ans quand éclate la Première Guerre mondiale en 1914 et est affecté au 107e régiment d'infanterie. Il sert comme aspirant et il est blessé à trois reprises durant le conflit et termine avec le grade de sous-lieutenant.

Seconde guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

En 1939, von Choltitz commande le bataillon du 16e régiment d'infanterie aéroportée et prend successivement part aux campagnes de Pologne, des Pays-Bas, de Belgique et de Russie. Ses troupes prennent notamment Rotterdam dont le port est le premier d'Europe après un bombardement qui n'épargne pas la population civile du centre ville (800 victimes, 78 000 sans abris)[3]. Choltitz prétendra dans ses Mémoires à un malentendu[4]. Ensuite, il dirige un régiment progressant de Roumanie au Dniepr pendant la campagne de Russie de 1941 puis participe au siège et à la prise de Sébastopol en juin 1942. Ses affectations sur le Front de l'Est après cette campagne sont floues - il n'y consacre que deux paragraphes dans ses Mémoires, et il se peut que ce soit la période pendant laquelle il a directement contribué à la politique d'extermination nazie[5]. Nommé général de brigade le 1er février 1943 après la défaite de Stalingrad, il reçoit le commandement d'un corps blindé prenant part à la contre-attaque de von Manstein vers Kharkov (Union soviétique). Il sert brièvement en Italie en 1944, à Anzio-Nettuno[6].

Normandie[modifier | modifier le code]

En 1944, il est à la tête du 76e corps de blindés. Puis, du 20 juin au 28 juillet de cette année-là, il est chef du LXXXIVe corps d'armée en Normandie, succédant au général Marcks tué au combat. Il loge près de Coutances, à Ouville dans la ferme de la Fosse aux Loups. Là, il occupe une chambre réquisitionnée, au premier étage, où il a des difficultés à trouver le sommeil[7]. Son PC est situé non loin de là dans un véhicule de commandement garé à l'abri d'un chemin creux.

Les divisions allemandes sont réduites de moitié avec des moyens de commandement anéantis, face à un ennemi supérieur en nombre. Les Américains vont percer le 26 juillet, appuyés par l'aviation. Le 27 juillet, la percée est définitive. Le PC recule avec les troupes allemandes.

Gouverneur de Paris[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Libération de Paris.

Alors que le front allemand s'effondre à la suite de la bataille de Normandie et que l'attentat tenté par le groupuscule d'officiers menés par Claus von Stauffenberg contre Hitler vient d'échouer, Dietrich von Choltitz est, au matin du 7 août 1944, nommé gouverneur militaire de la garnison du « Grand Paris »[8], Groß Paris. Sa nomination lui est signifiée par Adolf Hitler en personne à la Wolfschanze.

Ordre de mission[modifier | modifier le code]

Von Choltitz détaille la mission reçue en mains propres du Führer et par écrit dont les grandes lignes sont les suivantes[9] :

  1. Les troupes du Front ouest se battent courageusement contre un ennemi supérieur en nombre ;
  2. Le général de division von Choltitz est nommé avec effet immédiat « général commandant en chef du Grand Paris » et répond devant Hitler des points suivants :
    A - Paris ne doit plus être une ville étape, un réservoir de réfugiés et de pleutres, elle doit devenir un objet de crainte pour tous les non-combattants ;
    B - Les administrations allemandes inutiles doivent partir, les hommes en état de combattre doivent partir au front ;
    C - Le territoire doit être protégé contre tout acte de la Résistance.
  3. Le général commandant en chef dispose de l'autorité sur toutes les troupes, SS comprises et incorporera dans son état-major l'ancien état-major du précédent commandant ;
  4. Il reçoit les pouvoirs juridictionnels d'un « commandant de place forte assiégée ».

Cet ordre démentait les affirmations d'Hitler qu'il rejetterait à la mer les Alliés. Paris devenait un théâtre d'opérations potentiel.

Suites[modifier | modifier le code]

Von Choltitz est marqué par la rencontre avec le « Führer » : il a la sensation d'avoir en face de lui un être ayant perdu la raison, et, soudainement, ne peut plus croire à l'image donnée par la propagande.

« Je me trouvais devant lui et je vis un homme vieux, voûté, bouffi, aux cheveux gris et clairsemés, un être tremblant et physiquement ruiné.
[...]
Aujourd'hui encore, je ne peux dire avec certitude s'il croyait lui-même en ses paroles ou s'il trompait sciemment son entourage pour l'exhorter à tenir jusqu'au bout.
[...]
Plus de doute : je me trouvais en face d'un fou. La conscience que l'existence de notre peuple était aux mains d'un aliéné, incapable de dominer la situation [...] pesait sur moi de toute sa force. »

— Dietrich von Choltitz, op. cit. (1969) pp. 204-206

Von Choltitz insiste sur son analyse de la situation et conclut que Hitler

« [...] considérait Paris comme une « place forte assiégée » car il prenait des mesures en vue du retrait des administrations qui n'avaient pas d'utilité pour la lutte [...] »

— Dietrich von Choltitz, op. cit. (1969) p. 208

Opérations[modifier | modifier le code]

À Paris, la Kommandantur est installée Place de l'Opéra, tandis que von Choltitz prend ses quartiers à l'hôtel Meurice, palace situé rue de Rivoli, en face du jardin des Tuileries.

Lorsque l'insurrection éclate, les Allemands sont encore 20 000 dans la capitale. Outre un régiment de sécurité appuyé par des chars français hors d'âge, la garnison comprend essentiellement des états-majors et des services inaptes au combat. Cependant, des colonnes d'unités étrillées en Normandie qui se replient sur la Somme traversent la capitale exempte d'attaques aériennes alliées. La retraite de ces unités est couverte par un certain nombre de chars Panther.

Dans l'après-midi du 19 août, von Choltitz accepte le cessez-le-feu négocié par le consul de Suède Raoul Nordling avec les gaullistes. Il sursoit à leur exécution[10] et laisse libres trois résistants, Alexandre Parodi, Roland Pré et Emile Laffon, représentants directs du général de Gaulle arrêtés le 20 août par la Gestapo.

Dietrich von Choltitz en 1940.

Le 23 août 1944, il reçoit l'ordre[11] d'Hitler de défendre Paris par la destruction de pâtés de maisons et des ponts de Paris. "Paris ne doit pas tomber entre les mains de l'ennemi, ou alors que ce soit un champ de ruines". Conscient que la destruction des infrastructures de Paris serait inutile, que la guerre est perdue pour son camp, et soucieux de ménager son avenir de futur prisonnier[12], il négocie pour remettre sa reddition à un officier allié. Le 25 août, après un combat en forme de baroud d'honneur, il se rend au soldat espagnol Antonio González de la compagnie La Nueve de la 2e division blindée. Il est conduit à la Préfecture de Police de Paris où il capitule devant le général Leclerc. Il est ensuite conduit à la gare Montparnasse, PC de commandement de Leclerc, où le nom et la signature du colonel Rol-Tanguy, commandant communiste des FFI de l'Île-de-France, sont rajoutés à l'ordre de reddition.

Adolf Hitler, dans un accès de rage, lui aurait téléphoné en demandant si Paris brûlait (Brennt Paris ?). Avant de prendre sa décision de refuser de détruire Paris, von Choltitz avait pris la précaution de mettre sa famille à l'abri des représailles collectives familiales[13]. Il tenta également de protéger les auxiliaires féminines allemandes situées à Paris.

Captivité[modifier | modifier le code]

Immédiatement emprisonné, Choltitz est conduit en Normandie puis prend l'avion pour l'Angleterre. Il y est enfermé avec d'autres hauts officiers allemands. Ses conversations sont enregistrées à son insu. Il évoque dès le 29 août 1944 sa rencontre avec Hitler du début du mois, présentant Hitler comme très diminué physiquement mais l'ayant harangué plus de quarante-cinq minutes sans se laisser interrompre, « se dévidant comme un disque de gramophone », et comme s'il était devant un large public[14]. Choltitz en garde la sensation que Hitler n'a plus tous ses moyens, et n'a guère de respect pour l'armée. Choltitz répètera une version similaire dans ses Mémoires ou au cours d'entretiens avec des journalistes[N 1].

Il reconnait aussi avoir participé à l'extermination des Juifs pendant la campagne de Russie[15].

Après-guerre[modifier | modifier le code]

Dietrich von Choltitz est relâché par les Alliés en 1947. Il publie ses Mémoires en 1950 (Un soldat parmi les soldats). Le texte décrit approximativement sa carrière — en étant remarquablement avare de noms et de dates — et élude tout ce qui contreviendrait à l'honneur traditionnel du soldat ou au mythe d'une Wehrmacht propre.

Il meurt peu avant ses 72 ans en novembre 1966 des suites d'une maladie à l'hôpital de Baden-Baden. Baden-Baden étant le quartier général des français en Allemagne après la Seconde Guerre mondiale, il est enterré au cimetière de Baden-Baden en présence d'officiers haut-gradés français.

L'épisode de sa reddition à Paris a été portée au cinéma dans Paris brûle-t-il ? (1966), où son rôle est interprété par Gert Fröbe, puis dans Diplomatie (2014), où il est interprété par Niels Arestrup.

Décorations[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Aujourd'hui Łąka Prudnicka en Pologne.
  2. http://www.choltitz.de/textebilder/index.htm site officiel de la famille de Dietrich von Choltitz
  3. « Le bombardement de Rotterdam »
  4. Un soldat parmi les soldats, chapitre 3, de D. von Choltitz, Aubanel 1964
  5. Tapping Hitler's Generals, Neitzel, ed. MBI Publishing, 2007
  6. Là, il découvre l'ampleur de la désorganisation et de la catastrophe qui guette la Wehrmacht. Op. cit. Von Choltitz (1969) pp. 160-165.
  7. Il est cité comme étant un homme d'une délicatesse exceptionnelle qui alla jusqu'à demander à sa logeuse le permission de goûter aux groseilles de son jardin.op. cit. Albert Piper (1975) p. 48 et p. 50.
  8. Il dit y être arrivé le 9 août au soir. op. cit. Von Cholitz (1969) p. 210
  9. Op. cit. von Choltitz 1969 pp. 206-208.
  10. in Raoul Nordling, Sauver Paris : Mémoires du consul de Suède (1905-1944) et « Emile LAFFON (1927), Compagnon de la Libération »
  11. Nr 772989/44
  12. Il a déjà un lourd passé notamment lors des batailles de Rotterdam et de Sébastopol et peut-être en Russie.
  13. op. cit. Von Choltitz (1969) p.p 249, 250 à Speidel.
  14. Tapping Hitler's Generals, p. 94-95, Neitzel, ed. MBI Publishing, 2007
  15. Tapping Hitler's Generals, Neitzel, ed. MBI Publishing, 2007, p.219-220. Il indique avoir explicitement été mis au courant des exécutions de juifs (they've been shooting Jews here for days now). Il mentionne une discussion datant au plus tard de Mai 1942 dans laquelle il se plaint que les troupes de son régiment ne supportent pas d'avoir à exécuter les juifs (well, we can't stand this shooting of Jews). Il estime qu'à Sébastopol, 36 000 juifs ont été assassinés, ce qui se révèle proche de l'estimation des historiens (40,000 victimes), montrant qu'il est parfaitement au courant de l'ampleur des persécutions

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Par exemple, dans une lettre adressée à une correspondante allemande le 24 mai 1947, Choltitz écrit : « Je n'ai ni détruit ni incendié leur ville, parce que j'ai voulu épargner cette honte au peuple allemand et ne pas détruire une ville sans motif et tout particulièrement une ville comme Paris qui est le siège de toutes les cultures. Ce fut une chance pour moi que je me sois rendu chez Hitler peu auparavant, et me trouvant pour la première fois de ma vie en face de lui, je me suis rendu compte que j'avais devant moi un fou, ce qui a naturellement allégé ma conscience de soldat et je n'ai exécuté sous aucun prétexte ses ordres de destruction. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Carell (trad. R.M, ill. cartes Roger Grosjean), Ils arrivent : la bataille de Normandie vue du côté allemand [« Sie Kommen »], Paris, Editions J’ai lu, coll. « J’ai lu leur aventure » (no A9),‎ 1969 (1re éd. 1962), poche, 384 p.
    L'action de Von Choltitz concenrant Paris et le refus d'exécuter les ordres d'Hitler est bien expliqué pp. 369-371.
  • Un soldat parmi les soldats (Soldat unter Soldaten) - 1950 ? - Aubanel 1964, réedition de Sebastopol à Paris - J'ai Lu 1969
  • Dietrich Von Choltitz (Général) (trad. A.-M. Bécourt, Martin Briem, Klaus Diel et Pierre Michel, préf. Pierre Taittinger), De Sébastopol à Paris : Un soldat parmi les soldats [« Soldat unter Soldaten »], Paris, Editions J’ai lu, coll. « J’ai lu leur aventure » (no A203),‎ 1969 (1re éd. 1964 Aubanel), poche, 320 p.
    réimpression de l’original Aubanel dans la collection J’ai lu. Von Choltitz relate sa carrière
  • Raoul Nordling, Sauver Paris: Mémoires du consul de Suède (1905-1944), Édition établie par Fabrice Virgili, Éditions Complexe, 2002, IHTP CNRS.
  • Paris brûle-t-il ? roman de Larry Collins et Dominique Lapierre publié en 1964, puis film de René Clément sorti en 1966.
  • Albert Pripet, « « Cette bataille est un immense bain de sang … » », Dossiers Historama, vol. 2, no La bataille de Normandie,‎ 2e tr. 1975, p. 47-56
  • D-DAY et la bataille de Normandie d'Antony Beevor (Traduit de l'Anglais par J.F. SENE, R. CLARINARD et I. TAUDIERE), Calmann-Lèvy, 2009, p. 712-735.
  • Diplomatie, pièce de théâtre de Cyril Gély au théâtre de la Madeleine à Paris en 2011, avec Niels Arestrup dans le rôle de Choltitz et André Dussollier dans celui de Nordling.
  • Diplomatie, film de Volker Schlöndorff, (sortie mars 2014) adapté de la pièce de théâtre, avec les deux mêmes acteurs principaux.

Liens externes[modifier | modifier le code]