Robert Frost

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Robert Frost (entre 1910 et 1920).

Robert Frost (, San Francisco - , Boston) est un poète américain.

Biographie[modifier | modifier le code]

Robert Frost est né à San Francisco, en Californie. Son père, William Prescott Frost junior, était originaire de Tiverton dans le Devon en Angleterre et sa mère, Isabelle Moodie, écossaise d'origine. Le grand-père de Robert William Frost travailla comme surveillant dans une usine en Nouvelle-Angleterre[1]. Son père est d'abord professeur, puis rédacteur en chef d'un journal à San Francisco où il sera candidat malheureux à la Mairie de la ville. Après sa mort le 5 mai 1885, sa famille déménage dans le Massachusetts. Robert est diplômé de l'École secondaire en 1892. La mère de Frost rejoint l'église de Swedenborg et Robert est baptisé dans cette église.

Connu pour avoir chanté la vie rurale dans son oeuvre, Frost grandit en réalité en ville. Il publie son premier poème dans la revue de son école secondaire, puis fréquente le Dartmouth College deux mois, assez longtemps pour être accepté dans la fraternité de Theta Delta Chi. Après avoir quitté l'école, Robert aide sa mère a distribuer des journaux, puis travaille dans une usine de filaments.

En 1894, il vend son premier poème, Mon papillon une élégie, publié le 8 novembre 1894, dans une maison d'édition indépendante de New York pour 15 dollars, équivalent aujourd'hui en pouvoir d'achat à au moins 300 dollars. Fier de son exploit, il demande en mariage Elinor Miriam White (1873-1938), mais celle-ci n'accepte pas avant de terminer ses études à l'Université St. Lawrence. Ils se marient à Lawrence, au Massachusetts le 19 décembre 1895.

Entre 1897 et 1899, Frost étudie à Harvard, mais il doit interrompre ses études prématurément pour cause de maladie. Peu de temps avant de mourir, son grand-père achète une ferme pour Robert et Elinor à Derry, au New Hampshire. Robert travaille dans cette ferme pendant neuf ans, écrivant tôt le matin. Son élevage s'avérant infructueux, il retourne à l'enseignement et devient professeur d'anglais à l'Académie de Pinkerton dans le New Hampshire de 1906 à 1911, puis à l'École Normale du New Hampshire (maintenant Plymouth State University) à Plymouth.

En 1912, Frost part avec sa famille pour la Grande-Bretagne, il s'installe d'abord à Beaconsfield, une petite ville proche de Londres. Son premier recueil de poésie, Will A Boy, est publié l'année suivante. En Angleterre, il fait quelques rencontres importantes, comme Edward Thomas, T.E. Hulme, et Ezra Pound.

Durant la Première Guerre mondiale, en 1915, Frost retourne aux Etats-Unis et achète une ferme à Franconia, dans le New Hampshire où il recommence à écrire. Cette propriété sert de résidence d'été pour sa famille jusqu'en 1938. Aujourd'hui cette demeure est un musée à son nom. Durant les années 1916-1920, 1923-24, et 1927-1938, Frost enseigne l'anglais au Amherst College dans le Massachusetts.

Il remporte à quatre reprises le prix Pulitzer de poésie : en 1924 pour New Hampshire: A Poem With Notes and Grace Notes, en 1931 pour Collected Poems, en 1937 pour A Further Range et en 1943 pour A Witness Tree.

Mort en 1963, il est enterré au cimetière de Bennington (Vermont). On peut lire sur sa tombe cette épitaphe : I had a lover's quarrel with the world.

Vie privée[modifier | modifier le code]

Frost connut de nombreuses tragédies au cours de sa vie. Il n'a que onze ans quand son père meurt de la tuberculose, celui-ci ne laissant que huit dollars pour tout héritage. Sa mère meurt de cancer en 1900. En 1920, Frost doit se résoudre à placer sa sœur cadette en hôpital psychiatrique où elle meurt neuf ans plus tard. Lui-même souffre de dépression, comme sa mère. Sa fille Irma, elle aussi, est placée en hôpital psychiatrique en 1947. Elinor, sa femme, qui souffre de temps à autre de dépression, a des problèmes cardiaques toute sa vie et développe un cancer du sein en 1937. Elle meurt en 1938 d'une défaillance cardiaque[2].

Elinor et Robert Frost eurent six enfants : Elliot (1896–1904, mort du choléra); Lesley Frost Ballantine (1899–1983); Carol (1902–1940, décès par suicide); Irma (1903–1967); Marjorie (1905–1934, morte de fièvre puerpérale); Elinor Bettina (morte trois jours après sa naissance en 1907).

Ainsi seules Lesley et Irma survécurent à leur père. Ces épreuves ont certainement influencé sa poésie, qui demeure malgré tout pleine d'espérance.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Face aux étonnements et aux bouleversements du modernisme américain, Robert Frost prend dans son oeuvre un parti radicalement opposé. Inspiré par la campagne américaine à la fois pour les thèmes et les images, il incarne une forme de scepticisme, l'ironie bienveillante qui la parcourt contribuant à faire de lui un trait d'union entre la poésie du XIXe et celle du XXe siècle. Cette oeuvre répond d'une certaine façon à la vision de Thomas Jefferson du paysan heureux. Au moyen d'une écriture épurée, et en choisissant des sujets à l'apparence concrète, presque simpliste, Robert Frost tente, dans une perspective sereine et optimiste de faire surgir la complexité et la mystique du monde. Ainsi ses poèmes Dust of Snow ou Birches sont représentatifs de cette écriture qui s'apparente par bien des aspects aux haïkus et poèmes bouddhistes.

À cet égard, Robert Frost se présente comme aux antipodes des poètes de son temps, qui exaltent le modernisme, la fraternité, l'engagement à travers différents courants. À la différence des poètes qui souhaitent chanter le monde en changement et participer à cet élan qui caractérise le XXe siècle, au travers de ses victoires et ses vicissitudes, Frost est un poète de l'intimité, un poète de la solitude, un chantre inépuisable de la nature. Chacun de ses poèmes est une invitation à un changement de point de vue sur un sujet en apparence simple, qui acquiert grâce à son impressionnante maîtrise de style une complexité infinie, pouvant être lu et interprété à des degrés divers. Il se rapproche de ce fait d'une mystique bouddhiste, ainsi que d'autres poètes tels que Fernando Pessoa, Pablo Neruda ou même Francis Ponge.

Robert Frost en 1941.

La vie rurale est présentée à travers une pléthore d'émotions, toutes découlant de sujets simples et ordinaires, où se mêlent humour et tragédie. L'arrière-plan favorise aussi les questions se rapportant à l'homme et son milieu, avec la Nature dans le dualisme du Beau et du Dangereux.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Encyclopædia Britannica : Robert Frost, coll. « Online edition »,‎ 2008 (lire en ligne)
  2. (en) Robert Frost, Richard Poirier (ed.) et Mark Richardson (ed.), Collected Poems, Prose, & Plays, vol. vol.81, New York, Library of America, coll. « The Library of America »,‎ 1995 (ISBN 1-883011-06-X)

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