Licence poétique

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La licence poétique, à l'intérieur d'un vers, est la permission que s'accorde le poète de changer la prononciation (rimes normandes), voire l'orthographe d'un mot (encor au lieu de encore), pour rester dans le cadre de la prosodie et de la versification.

Histoire de la licence poétique[modifier | modifier le code]

La licence poétique naît, par définition, lorsqu'un usage correct de la langue est fixé, c'est-à-dire avec la codification de la langue française entreprise à partir du XVIe siècle. Dès lors, les poètes de la Renaissance, et particulièrement la Pléiade, se donnent pour mission d'enrichir la langue française à l'aide de licences poétiques. Pour ce faire, ils préconisent notamment le recours aux barbarismes. Ainsi, Du Bellay, dans sa Défense et illustration de la langue française, écrit au Chapitre VI « D’inventer des mots, et de quelques autres choses que doit observer le poète français » :

« Ne crains donc, poète futur, d’innover quelque terme en un long poème, principalement, avec modestie toutefois, analogie et jugement de l’oreille, et ne te soucie qui le trouve bon ou mauvais : espérant que la postérité l’approuvera »

.

Des néologismes ou des provincialismes ("provignement" entre autres, utilisé au sens figuré pour la première fois par Ronsard) sont alors permis par licence poétique. Les héritiers de la Pléiade, tels Mathurin Régnier, poursuivront dans cette voie, opposant l'invention poétique et la grammaire codée, dans un même esprit d'élitisme : si la langue poétique se permet des licences, c'est qu'elle est supérieure à la langue commune, la dépasse, par le génie du poète. Le XVIIe siècle voit cependant une forte remise en question de la licence poétique avec l'œuvre de François Malherbe. Ce poète à la cour, par une série de remarques sur la versification, impose le classicisme à la poésie française. Dès lors, quelques licences subsistent, les plus habituelles, comme "encor" au lieu de l'orthographe "encore". Au XIXe siècle, la licence redevient le signe de la grandeur et de la liberté du poète. Ainsi dans son poème "Vésuves et Cie" (Les Amours jaunes), Tristan Corbière écrit ce vers :

« Pompeïa-station – Vésuve, est-ce encor toi ? »

Il met ainsi en tension la licence poétique ("encor"), qui se double d'une apostrophe, figure poétique traditionnelle, et l'apparition omniprésente de la modernité (la station de train à Pompéï).

Les licences poétiques de la versification classique[modifier | modifier le code]

De prononciation[modifier | modifier le code]

Certaines formes de rimes transforment la prononciation usuelle des mots.
Exemple :

  • Ici, le « tous » devrait se prononcer /tus/ et se prononce /tu/ pour rimer avec « genoux » :

Des plafonds d'un seul bloc couvrant de vastes salles,
Où, sans jamais lever leurs têtes colossales,
Veillaient, assis en cercle, et se regardant tous,
Des dieux d'airain, posant leurs mains sur leurs genoux. Victor Hugo

Le Feu du Ciel, in Les Orientales)

D'orthographe[modifier | modifier le code]

Certains mots peuvent être orthographiés de différentes manières en versification classique.

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