Institut des hautes études cinématographiques

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L'Institut des hautes études cinématographiques (généralement désigné par l'acronyme IDHEC) était une école française de cinéma, basée à Paris, devenue La Fémis en 1988. L'IDHEC dispensait un enseignement spécialisé dans les métiers du cinéma (réalisation-production-régie, prise de vues, montage-script, son, architecture-décoration, etc.) qui s'étendait sur un cycle de trois ans (une année de préparation au concours d'entrée dirigée par Henri Agel au Lycée Voltaire, puis deux années à l'Institut). Après Mai 68, l'année préparatoire fut supprimée et remplacée par une première année à l'Institut commune à toutes les sections.

L'IDHEC fut fondé fin 1943 par Marcel L'Herbier assisté du producteur Pierre Gérin et le compositeur Yves Baudrier qui y enseigna de 1945 à 1965. Parmi les enseignants figureront de 1945 à 1967 l'historien du cinéma Georges Sadoul et le théoricien Jean Mitry et de 1969 à 1985 le critique et cinéaste Jean Douchet. Louis Daquin fut directeur des études de 1970 à 1977.

En 1986 l'IDHEC a connu une fusion/absorption avec la Fondation européenne pour les métiers de l'image et du son (Fémis) qui lui a succédé, devenue aujourd'hui l'École nationale supérieure des métiers de l’image et du son.

De 1944 à 1988, l'IDHEC a formé 41 promotions et 1 439 professionnels du cinéma, 873 français et 566 étrangers.

Histoire[modifier | modifier le code]

Création d'une école d'État[modifier | modifier le code]

Le cinéaste Alain Resnais, élève en 1944 de la 1re promotion de l'IDHEC.

L'IDHEC (ancêtre de La FEMIS) est fondé le 4 septembre 1943[1],[2], et ouvre ses portes le 6 janvier 1944[3],[4]. L'école prend la suite du CATJC (Centre artistique et technique des jeunes du cinéma), créé à Nice en 1941 par un groupe de jeunes réalisateurs et techniciens dont Philippe Agostini, Henri Alekan, René Clément, Jean Lods et Claude Renoir[5],[6]. Mais l'école peine à exister en cette époque troublée. En 1942, le réalisateur Marcel L'Herbier définit les missions de deux nouvelles écoles de cinéma : l'École Louis-Lumière et l'IDHEC. La première s'occupera de la formation des techniciens du cinéma, la seconde délivrera un apprentissage plus théorique et artistique, destiné aux métiers de création (réalisateurs et scénaristes). L'IDHEC devient, à son ouverture en 1944, la troisième grande école de cinéma au monde, après le VGIK de Moscou et le Centro Sperimentale di Cinematografia de Rome[7]. Dans son discours d'inauguration, Marcel L'Herbier précise le rôle de l'école : il s'agira pour elle de définir « le Cinématographe envisagé comme un Art »[8]. L'idée — assez répandue de nos jours — n'allait pourtant pas de soi : le cinéma reste encore largement considéré comme un divertissement, en opposition aux autres arts dits « sérieux » comme la peinture ou la musique. La formule préfigure également la notion de politique des auteurs chère à André Bazin et qui n'apparaîtra que dix ans après. L'école — qui permet à certains jeunes gens de se soustraire au S.T.O[9] — s'installe dans un hôtel particulier 6, rue de Penthièvre à Paris et occupe les anciens bureaux exigus d'une société de produits chimiques. Alain Resnais fait partie de la première promotion baptisée promotion Louis Delluc[10], Ghislain Cloquet de la troisième et René Vautier de la quatrième, L'école jouit presque instantanément d'un certain intérêt dans le milieu de l'art et accueille dès les premières années des hôtes d'importance, tels que Maurice Merleau-Ponty, venu y faire une conférence en 1945[11] sur les rapports entre cinéma et « nouvelle psychologie »[12], ou Léon Chancerel qui y enseigne l'histoire du théâtre[13]. Des cinéastes de renom y donnent des cours, mais tous n'y restent pas. Jean Epstein, par exemple, quitte l'école faute de captiver ses étudiants[14]. L'école devient également un des hauts lieux des débats cinématographiques d'après-guerre : le Comité de défense du cinéma français s'y réunit en décembre 1947 pour protester contre l'accord Blum-Byrnes[15].

L'école est alors dirigée par le producteur Pierre Gerin. Léon Moussinac, membre du Parti communiste français depuis 1924 et codirecteur du Comité de défense du cinéma français, lui succède en 1948[16]. L'école, clairement ancrée à gauche sur l'échiquier politique, est dans la ligne de mire des anticommunistes. À l'époque, le cinéma français est en effet accusé d'être aux ordres du Parti communiste français et subit de nombreuses attaques sur ce sujet. En 1948, le journal L'Objectif remet en cause l'école en ces termes : « S'il y a un scandale de l'IDHEC, c'est celui de son existence même[17] ». Deux plus tard, le Cartel des syndicalistes libres des spectacles demande la suppression des subventions accordées à l'IDHEC, présentée comme « une pépinière d'agents staliniens (…) dont l'inutilité n'est plus à démontrer »[18]. En 1949 Léon Moussinac est poussé à la démission et Marcel L'Herbier, président du conseil d'administration, dont la carrière de cinéaste avait considérablement faibli après la guerre, assure pendant deux ans la direction générale[19]. L'autorité de tutelle — à l'époque le ministère de l'Industrie et du Commerce — impose en 1951 un nouveau directeur général, Rémy Tessonneau, qui ne sera délogé que par les événements de Mai 68. Marcel L'Herbier lui survivra un an à la présidence du conseil d'administration[20].

Le cinéaste Andrzej Zulawski, diplômé de l'IDHEC en 1959.

Le rôle de l'école dans le milieu professionnel s'accroît rapidement : il devient presque nécessaire, dans les années 1950, d'avoir fait l'IDHEC pour devenir rapidement décorateur ou monteur de cinéma[21]. Mais cette domination de l'IDHEC sur les grands corps de métier du cinéma ne va pas sans poser problème. L'universitaire américain C. G. Crisp avance l'hypothèse selon laquelle la « qualité française » des années 1950, tant décriée par François Truffaut et ses confrères de la Nouvelle Vague, serait en partie due au corporatisme et à la professionnalisation de l'école, contrecarrant quelque peu la spontanéité ou l'invention de formes nouvelles[22]. Constat partagé par Marin Karmitz qui se définira comme « formé par l'IDHEC au cinéma classique, mais déformé par la Nouvelle Vague », dont il préfèrera prendre le parti[23].

Formation des futurs cinéastes français et étrangers[modifier | modifier le code]

Le cinéaste burkinabé Idrissa Ouedraogo, entré à l'IDHEC en 1982

Comme les autres grandes écoles européennes, l'IDHEC joua un rôle prépondérant dans la formation des futures cinématographies des pays pauvres ou en voie de développement. En 1960, 273 des 617 diplômés de l'école sont étrangers[24]. À leur sortie de l'IDHEC, beaucoup de ces étudiants retourneront dans leur pays pour y exercer leur art. Beaucoup d'étudiants latino-américains, attirés par la tradition cinéphilique française (foisonnement des rétrospectives, des revues) et par la politique des auteurs suivent l'enseignement délivré par l'école[25]. Les cinéastes mexicains Felipe Cazals et Paul Leduc ont étudié à l'IDHEC[26], tout comme le cinéaste Pham Ky Nam, qui tourna en 1959 le premier film de fiction nord-vietnamien[27]. L'école permet également l'émergence de la première génération des cinéastes d'Afrique Noire, comme Paulin Soumanou Vieyra, Georges Caristan, Blaise Senghor, Yves Diagne. Ne pouvant obtenir l'autorisation ou les moyens nécessaires pour tourner dans leurs pays, la plupart d'entre eux choisissent de faire ce que l'on pourrait appeler « des films africains en France ». C'est ainsi que le guinéen Mamadou Touré tourne en 1953 Mouramani et que Vieyra, Jacques Melokane et Mamadou Sarr réalisent ce que les historiens du cinéma ont coutume de présenter comme le premier long-métrage d'Afrique Noire : Afrique-sur-Seine, dans lesquels ils dénoncent la colonisation française et la vie misérable des immigrés africains à Paris[28]. Beaucoup de cinéastes sénégalais préfèrent cependant retourner dans leur pays après leur sortie de l'école. Ils y deviennent fonctionnaires et travaillent au service des Actualités sénégalaises (le seul organisme audiovisuel du pays), avant de se regrouper dans diverses associations, comme « Cinéastes Sénégalais Associés », puis la « Société des réalisateurs sénégalais », aidés par le Bureau du cinéma du Ministère français de la Coopération (un ancien directeur de l'école, Jean-René Debrix, y est d'ailleurs nommé en 1963)[29]. Le premier film camerounais, Aventure en France, a été tourné en 1962 par Jean-Paul Ngassa, diplômé de l'école. Ne trouvant pas dans leurs pays les structures indispensables à la production de films, certains diplômés de l'IDHEC se détournent du cinéma pour la littérature, la poésie et le théâtre. C'est le cas de l'Ivoirien Jean-Marie Adé Adiaffi, de Lotfi Maherzi, d'Ahmed Belhachmi (premier Marocain diplômé de l'IDHEC, en 1951) et d'Ahmed Bouanani. S'ensuivra la promotion de Abderrahmane Tazi, Abdelmajid R'chich et Theo Angelopoulos. La formation de ces étudiants étrangers aura sans doute permis ou suggéré l'éclosion de formes narratives inédites dans le paysage cinématographique de leurs pays. Le film Wechma (1970) d'Hamid Bennani, diplômé trois ans plus tôt comme Merzak Allouache et Moumen Smihi, est ainsi considéré comme un tournant dans le cinéma marocain en raison de ses innovations formelles et dramatiques[30]. L'Algérien Merzak Allouache fera, lui, des allers-retours constants entre son propre pays et la France pour y réaliser ses films. La Tunisienne Moufida Tlatli, diplômée en 1968[31], devient une des monteuses attitrées du cinéma marocain, puis travaille sur des films tunisiens, palestiniens et algériens[32]. Son premier film en tant que réalisatrice, Les Silences du palais (1994), reçoit une mention spéciale de la Caméra d'Or au Festival de Cannes. La cinéaste sera nommée ministre de la culture de son pays en janvier 2011, dans le gouvernement d'union nationale formé lors de la Révolution de jasmin[33].

Le cinéaste Constantin Costa-Gavras, reçu à l'IDHEC en 1956.

Années 1950 et l'essor de la télévision[modifier | modifier le code]

Si la majorité des étudiants de l'IDHEC se destinent au cinéma, certains voient d'un œil curieux l'apparition d'un nouveau médium : la télévision. Celle-ci n'en est qu'à ses débuts et a besoin d'attirer à elle de nombreux professionnels. Marcel L'Herbier l'avait bien compris, lui qui déclarait lors de l'ouverture de l'école : « Ne devons-nous prévoir, si nous ne voulons pas nous faire devancer, l'installation à un rythme accéléré de postes particuliers de télévision ? Et combien de films faudra-t-il pour la consommation de ce nouvel ogre ? Dès lors, combien de créateurs, de techniciens supplémentaires exigera la profession pour préparer cette fabuleuse pâture ? »[34]. L'analyse de L'Herbier s'avérera juste : la télévision n'hésitera pas à puiser dans le vivier de l'école pour constituer ses troupes. Stellio Lorenzi et Maurice Cazeneuve, fréquenteront l'IDHEC à ses débuts. Suivront Jean Prat, Pierre Badel, Ange Casta, Alain Boudet, Jean-Christophe Averty, qui intègreront l'ORTF à leur sortie de l'école[35]. Chacun de ses réalisateurs entraînera ensuite d'autres étudiants pour travailler à leurs côtés. C'est ainsi que Jean-Christophe Averty coptera Pierre Trividic[36]. Les pionniers de la fiction télévisuelle, qui connaît ses premiers succès au milieu des années 1950, ont donc souvent été formé à l'IDHEC[37].

Mai 68[modifier | modifier le code]

Le producteur, distributeur et exploitant Marin Karmitz, diplômé de l'IDHEC en 1957.

Les élèves, proches de l'extrême-gauche et de la Jeunesse communiste révolutionnaire[38], occupent à partir du 16 mai 1968 leur école (installée depuis 1952 dans un ancien studio du cinéma muet 3bis, boulevard d'Aurelle de Paladines aux abords de la Porte Maillot), apportent leur soutien aux étudiants du Quartier Latin et mènent une fronde contre l'enseignement dispensé à l'école, jugé trop académique. Les cours sont suspendus et l'école adopte le 18 mai 1968 le principe de « grève active »[39]. Ce mouvement conduit à la démission d'une grande partie de l'administration[40]. Les animateurs du comité d'occupation, Daniel Edinger et Richard Copans, défendent une organisation de l'école inspirée du modèle des usines autogérées : les élèves se constituent ainsi en association loi de 1901 (l'AGIDHEC) afin que l'appropriation du matériel de tournage de l'IDHEC soit collective pour se protéger contre une répression individuelle. Chaque projet de film sera soumis à l'Assemblée Générale des élèves. Les élèves de l'école participent aux « États généraux du cinéma », dont une tendance défend avec Marin Karmitz, diplômé de l'école dix ans plus tôt, un projet radical de cinéma militant et tentative d'auto-gestion[41]. Le 10 juillet 1968 les élèves sont délogés des locaux qui seront bientôt démolis pour faire place au boulevard périphérique[42].

Les élèves de l'IDHEC ont tenu un rôle important dans la propagation des idées de Mai 68 : nombre d'entre eux ont participé à la réalisation et à la diffusion des films militants produits dans le sillage des manifestations étudiantes et de la grève générale[43],[44]. On peut en voir un exemple dans un film de dix minutes, La Reprise du travail aux usines Wonder, tourné 10 juin 1968 par des élèves de l'école[45]. Le matin même, après trois semaines de grève, les ouvriers de l'usine Wonder de Saint-Ouen viennent de voter la reprise du travail. Devant les portes de l'usine une ouvrière se met à protester contre la décision du matin et refuse de rentrer. Après avoir fait un très bref plan général de l'usine et de la foule, Pierre Bonneau, caméra à l'épaule, filme la jeune femme en plan séquence jusqu'à l'appel du directeur du personnel à reprendre le travail. Jacques Willemont, présent à l'image, la suit avec le micro relié au magnétophone tenu par Liane Estiez. L'équipe n'avait apporté qu'une seule boîte de pellicule de 12 minutes et le plan séquence de Bonneau en fait 11[46]. La bobine son est diffusée le soir même, à l'assemblée des « États généraux du cinéma » qui s'est réunie ce jour-là dans la salle de projection de l'IDHEC. Il est décidé de développer le film et de tirer des copies le plus vite possible, sans lui ajouter d'autres plans. Le film est présenté à l'été au Festival d'Hyères en tant que réalisation de « IDHEC en grève », conformément à la décision prise par les « États généraux du cinéma » le 20 mai de « ne pas signer les films tournés sur les événements »[47]. Dans son numéro d'été, la revue Positif salue la forme « exceptionnellement concise, passionnée et authentique » de ces images. Le film rencontre une audience inattendue, si bien qu'il devient en 1970 le court-métrage d'avant-programme du film Camarades (1970) de Marin Karmitz. Le film continuera d'être vu bien des années après, intégré sous forme d'extraits, dans différents documentaires comme Histoire de mai (1978) de Pierre-André Boutang et André Frossard, Mai 68, quinze ans après (1983) de Jean Labib, Génération (1988) de Daniel Edinger, Hervé Hamon et Patrick Rotman et dans Reprise (1996) d'Hervé Le Roux[48],[49]. Jacques Rivette dira qu'il est le seul film « révolutionnaire », au sens strict, qu'il ait jamais vu « parce que c'est un moment où la réalité se transfigure à un tel point qu'elle se met à condenser toute une situation politique en dix minutes d'intensité dramatique folle »[50]. Pour Serge Daney et Serge Le Péron, il est « la scène primitive du cinéma militant, La Sortie des usines Lumière à l'envers, un moment miraculeux dans l'histoire du cinéma direct »[51].

La cinéaste Claire Denis, diplômée de l'IDHEC en 1969

Le film continue d'être distribué par divers collectifs durant les années 1970 : on le trouve dans le catalogue de « Cinéma Rouge », un groupe trotskiste proche de la Ligue communiste révolutionnaire, dans celui de « Ciné Libre » et celui de « Cinélutte »[52]. Les étudiants de l'IDHEC sont très souvent à l'origine de ces nombreux groupes de cinéma militant, parfois initiés au sein même de l'école. Jean-Michel Carré, entré en 1969[53], fonde en 1974 « Les Films Grain de sable », d'abord sous la forme d'un collectif puis d'une maison de production cinématographique (toujours en activité aujourd'hui). Les films produits, inspirés des idées maoïstes, ont pour sujet le droit des femmes, le nucléaire, l'hôpital, ou encore l'éducation[54] : « À l’époque, explique Jean-Michel Carré, nous appliquions les principes maoïstes du centralisme démocratique et le cheminement dialectique ‘pratique-théorie-pratique’ : aller sur le terrain, tourner, prendre l’avis d’intellectuels et de chercheurs sur notre travail, puis repartir vers le terrain. Le cinéma nous paraissait être l’art le plus adéquat pour l’activisme politique. Nous avions, au sein du groupe, chacun un diplôme de prise de vue, de montage ou de réalisation (obtenu à l’IDHEC), ce qui nous permettait une rotation des tâches, qui désacralisait le rôle du metteur en scène »[55]. Autre exemple de collectif : le collectif Cinélutte créé en 1973 par François Dupeyron, Alain Nahum, Guy-Patrick Sainderichin et Richard Copans, tous étudiants de l'école, avec le concours de Jean-Denis Bonan et de Mireille Abramovici[56]. Cet organisme prend la forme d’une association non subventionnée, né des mouvements lycéens et étudiants contre la « loi Debré » sur la conscription militaire. Celui-ci ne se revendique d'aucun parti ou organisation politique, mais produit durant 8 années des films militants, fortement impregnés de marxisme-léninisme et parfois du maoïsme, sur les luttes sociales et politiques des années 1970[57]. Le collectif continue à diffuser « Wonder » durant toute cette période[52].

Années 1970 : une période faste[modifier | modifier le code]

Le cinéaste Patrice Leconte, entré à l'IDHEC en 1967

Après 1968, l'IDHEC connaît une période faste, où les fondamentaux de l'enseignement ont été remis en cause mais où l'émulation entre les élèves s'est accrue. À la rentrée de 1968 est mis en place, sous la pression des élèves, un Conseil pédagogique provisoire présidé par Louis Daquin. C'est le « bureau » de ce Conseil, où siègent des représentants des élèves, qui gère de fait l'école. Le concours d'entrée du printemps 1968, qui avait été bloqué par les élèves en Mai 68, est repoussé à janvier 1969. Il est entièrement redéfini sur les bases des propositions du Comité d'occupation de Mai 68. Le concours d'entrée à la FEMIS en porte les traces encore aujourd'hui. Les élèves ne veulent plus de professeurs à l'année mais l'intervention de professionnels en activité dans le cinéma ainsi que l'augmentation du travail pratique au détriment de l'enseignement purement théorique. Louis Daquin sera nommé directeur des études en 1970 et le restera jusqu'en 1978. Daquin bouleverse l’enseignement et attire à l'IDHEC comme moniteurs tous ceux qui font le cinéma de l'époque. Sa devise : « Il faut faire des films, c'est comme ça qu'on apprend ». Bien que membre important du P.C.F., il ouvre l'école à tous les courants d’extrême gauche[58]. En 1971, Daquin engage un triumvirat improbable (Richard Copans, Jean-Denis Bonan et Jean-André Fieschi) pour le seconder dans la mise en place de la nouvelle pédagogie de l'école.

Les étudiants, quel que soit le poste qu'ils souhaitent occuper à leur sortie de l'école, doivent choisir entre deux sections généralistes : image et montage. La pratique y est relativement libre et l'accès au matériel facilité. Tout le monde peut, peu ou prou, réaliser ses propres films, dans « une utopie pragmatique où chacun travaillait sur les films des autres », comme l'explique le cinéaste Laurent Cantet[59]. L'école devient ainsi un laboratoire de formes et d'idées, et se veut ouverte à la société qui l'environne.

Le cinéaste Laurent Cantet, diplômé de l'IDHEC en 1986.

Les femmes restent néanmoins largement minoritaires à l'école. Il faudra attendre l'après 68 pour que les femmes y occupent une plus grande place[60]. L'interdiction de les voir intégrer l'ancienne section de mise en scène n'était pas formelle, mais il leur était fortement conseillé de rejoindre des sections considérées comme plus « féminines », comme le montage[61]. Mais les femmes ne sont encore, en 1973, que 4 sur 28 candidatures reçues[62]. L'école aura tout de même permis de former la chef opératrice Nurith Aviv, diplômée en 1967, souvent présentée comme la première femme française à accéder à ce poste[63], suivie de la cinéaste Claire Denis en 1969[64], de Dominique Le Rigoleur en 1971[65], de Caroline Champetier en 1976 ou d'Agnès Godard en 1980[66],[67].

Vers la FEMIS[modifier | modifier le code]

Les années passent et malgré sa réputation, l'IDHEC (installée, depuis janvier 1974 à Bry-sur-Marne, dans les locaux de l'INA) décline peu à peu, faute d'argent. Avec l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, on songe à en redéfinir le rôle et le cadre. Un projet de « Palais de l'image » (qui inclurait l'art photographique) est lancé, suivi d'un autre, plus restrictif, nommé « Palais du cinéma ». Le projet tente d'associer une nouvelle école de cinéma et la Bibliothèque du Film[68]. Le rapport Bredin, en juin 1984, propose les règles de la future FEMIS, fondée sur un enseignement pluridisciplinaire gratuit, un concours à bac+2, une durée des études de trois ans, la création de sept départements et une ouverture sur le monde professionnel. Jack Gajos, alors directeur de l'Agence pour le développement régional du cinéma, est choisi pour diriger l'institution[69]. En 1986, la droite revient au pouvoir : le secrétaire d'état à la Culture, Philippe de Villiers, reprend le dossier et transforme l'Institut national de l'image et du son (INIS), créé par Jack Lang en février, en Fondation européenne des métiers de l'image et du son (FEMIS)[70]. L'école a les statuts d'une association régie par la loi du 1er juillet 1901. En novembre 1986, François Léotard, alors ministre de la culture, inaugure l'école, qui est située au Palais de Tokyo, en face du Musée d'art moderne de la ville de Paris, et présidée par l'écrivain et scénariste Jean-Claude Carrière. En 1988, le personnel de l'IDHEC rejoint la FEMIS, dans une fusion de l'ancienne école avec la nouvelle. L'IDHEC disparaît donc officiellement le 24 mars 1988[71].

De 1944 à 1988, l'IDHEC a vu passer 41 promotions et formé 1 439 professionnels du cinéma, 873 français et 566 étrangers.

Enseignants[modifier | modifier le code]

Anciens élèves notables[modifier | modifier le code]

Parmi les 1 439 diplômés de l'IDHEC (par ordre chronologique)[72].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. The classic French cinema, 1930-1960, par C. G. Crisp, Indiana University Press, 1993, p. 206
  2. French Cinema: from its beginnings to the present, par Rémi Fournier Lanzoni, Continuum International Publishing Group, 2004, p. 49
  3. French national cinema, par Susan Hayward, Routledge, 2005, p. 37
  4. Selling Hollywood to the World : U.S. and European Struggles for Mastery of the Global Film Industry, 1920-1950, par John Trumpbour, Cambridge University Press, 2007, p. 263
  5. Histoire de la politique du cinéma français, Paul Léglise, Librairie générale de droit et de jurisprudence, 1970, p. 226
  6. The Liberation of France: Image and Event, Harry Roderick Kedward, Nancy Wood, Berg Publishers, 1995, p. 105
  7. Histoire du cinéma, Jean Mitry, Éditions universitaires, 1967, p. 31
  8. Clara Laurent, « Colloque Marcel L'Herbier : redécouverte d'une figure majeure du cinéma du XXe siècle », sur Bifi.fr,‎ 2006 (consulté le 14 février 2010)
  9. La Bataille du film : 1933-1945, le cinéma français entre allégeance et résistance, Alain Weber, éditions Ramsay, 2007, p. 179
  10. L'art d'Alain Resnais, Alain Fleischer, Centre Georges Pompidou 1998
  11. Hollywood, l'ellipse et l'infilmé, Jacqueline Nacache, L'Harmattan, 2001, p. 7
  12. Gilles Deleuze : voir, parler, penser au risque du cinéma, Dork Zabunyan, Presses Sorbonne Nouvelle, 2006, p. 61
  13. Léon Chancerel : portrait d'un réformateur du théâtre français, 1886-1965, Maryline Romain, L'Age d'Homme, 2005, p. 377
  14. Jean Epstein, Pierre Leprohon, Paris, Seghers, collection Cinéma d'aujourd'hui, 1964, p. 60
  15. Le Cinéma français dans la guerre froide : 1946-1956, par Patricia Hubert-Lacombe, L'Harmattan, 1996, p. 38
  16. Le Cinéma français dans la guerre froide, Patricia Hubert-Lacombe, L'Harmattan, 1996, (ISBN 2738440428), pp. 97-98
  17. L'Objectif, n°19-20, 22-30 octobre 1948
  18. Le Film français n°307, 22 septembre 1950
  19. « Marcel L'Herbier », sur Premiere.fr,‎ 12 février 2010 (dernière mise à jour) (consulté le 14 février 2010)
  20. L'Âge classique du cinéma français, Pierre Billard, Flammarion, 1995, p. 368
  21. The classic French cinema, 1930-1960, Colin G. Crisp, Indiana University Press, 1993, p. 207
  22. The Classic French Cinema, 1930-1960, C. G. Crisp, Indiana University Press, 1993, p. 209
  23. Bande à part par M.-C. Arbaudie, dans Lire, février 1995
  24. The classic French cinema, 1930-1960, C. G. Crisp, Indiana University Press, 1993, p. 208
  25. Cinéma et littérature au Brésil, p. 7, Sylvie Debs
  26. La France et les cinémas d'Amérique latine, Carla Fernandes, Emmanuel Vincenot, Institut pluridisciplinaire d'études sur l'Amérique latine de Toulouse, Julie Amiot-Guillouet, Monique Roumette, Presses Universitaires du Mirail, 2004, p. 77
  27. La francophonie au Viet Nam, Valérie Daniel, Jean Louis Roy, Editions L'Harmattan, 1992, p. 71
  28. Afriques 50, Catherine Ruelle, Clément Tapsoba, Alessandra Speciale, p. 75
  29. Samba Félix Ndiaye, cinéaste documentariste africain, Henri-François Imbert, p. 141
  30. Postcolonial Images Par Roy Armes, p. 89
  31. Biographie de Moufida Tlatli sur africultures.com
  32. Women making art, Marsha Meskimmon, p. 138
  33. Les 24 membres du nouveau gouvernement tunisien sur leparisien.fr du 17 janvier 2011
  34. Le cinéma : entre l'art et l'argent, Pierre-Jean Benghozi, L'Harmattan, 1989, p. 158
  35. L'art de la télévision : Histoire et esthétique de la dramatique télévisée (1950-1965), Gilles Delavaud, De Boeck Université, 2005, p. 48
  36. Philippe Mangeot et Brigitte Tijou, « À qui appartient la télévision ? Entretien avec Pierre Trividic, travailleur intermittent de la télévision », Vacarme, no 2,‎ 1997 (lire en ligne)
  37. Sociétés et technologies de la communication - France et pays de langue anglaise, vol. 2, Presses Paris Sorbonne, 1992, p. 22
  38. La Fiction éclatée, Volume 1 : Études socioculturelles, Association française des enseignants et chercheurs en cinéma et audio-visuel, Editions L'Harmattan, 2007,ISBN 2-296-03000-9, p. 89
  39. L'Idhec et la politique pp. 18-21, in Le Cinéma s'insurge n° 2, Editions Le Terrain Vague, Paris 1968
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  41. French Cinema in the 1970s : The Echoes of May, Alison Smith, Manchester University Press, 2005, p. 81
  42. La Fiction éclatée, Volume 1 : Études socioculturelles, Association française des enseignants et chercheurs en cinéma et audio-visuel, Éditions L'Harmattan, 2007 (ISBN 2-296-03000-9), p. 87
  43. Caméras en lutte en Mai 68 - Par ailleurs le cinéma est une arme..., Sébastien Layerle, Nouveau monde éditions, 2008 (ISBN 978-2-84736-334-0), p. 49-53, 67-68, 258, 264, 419-422
  44. Le cinéma français contemporain, René Prédal, Henri Agel, Éditions du Cerf, 1984, p. 90
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  59. Pour une méthode d'investigation du cinéma de Laurent Cantet : les déplacés, vertiges de soi, Yannick Lebtahi, Isabelle Roussel, Isabelle Roussel-Gillet, L'Harmattan, 2005, p. 23
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  69. La Politique cinématographique de Jack Lang (1981-1986), Céline Cléris, pp. 39-41 [PDF]
  70. Anita Rind, « Donner une dimension européenne à la formation audiovisuelle : l'INIS transformée en fondation privée », Le Monde,‎ 26 juillet 1986
  71. Magazine Actions n°27, automne 1986, p. 22
  72. Annuaire des anciens élèves de l'IDHEC, Luce Vigo, ed. Femis, 1994, ISBN 2-907114-26-3
  73. Le 7 septembre 1968 Michèle Firk, 31 ans, critique à Positif et Jeune Afrique, s'est suicidée à Ciudad de Guatemala au moment d'être arrêtée par l’armée guatemaltèque. Elle faisait partie du commando des FAR (Forces armées rebelles) qui avait exécuté l'ambassadeur des États-Unis, John Gordon Mein, le 28 août 1968 au cours d'une tentative d'enlèvement. « Ne permettez pas que l'on fasse de moi autre chose que ce que je suis et ce que je veux être : une combattante révolutionnaire. »
  74. prix Goncourt 2005
  75. prix Femina 2003
  76. Il a été ambassadeur délégué permanent du Sénégal auprès de l'UNESCO puis vice-président du Conseil exécutif de l'UNESCO