Guanches

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Les Guanches (berbère ⵉⴳⵡⴰⵏⵛⵉⵢⴻⵏ - Igwanciyen) sont les premiers habitants connus des îles Canaries. Leur culture a disparu en tant que telle, mais a laissé quelques vestiges.

Mise en scène d'un village guanche (Ténérife)

Histoire[modifier | modifier le code]

Le terme espagnol « Guanchos » serait, selon Núñez de la Peña, une déformation par les espagnols de « Guanchinet », terme indigène signifiant homme (Guan) de Ténérife (Chinet). Stricto sensu, les Guanches seraient donc uniquement les aborigènes de l'île de Ténérife. Le terme a ensuite été étendu à l'ensemble des populations indigènes de l'ensemble de l'archipel. Ténérife est un toponyme d'origine amazighe. Dans cette langue berbère, Tin Irifi signifie « endroit de la soif ».

La reddition des rois guanches par Alonso Fernández de Lugo (Ténérife)

Préhistoire et antiquité[modifier | modifier le code]

Les Guanches seraient d'origine paléoberbère. Les Berbères qui peuplèrent une grande partie de l'Afrique du Nord depuis l'époque de l'ancienne Égypte, auraient, depuis les côtes sud du Maroc actuel, traversé cette partie de l'Atlantique, et ce, avant les premiers siècles de notre ère (dates pour lesquelles le peuplement de l'île est reconnu). Mais on ne connaît pas les conditions de ce passage, c'est pourquoi un peuplement d'origine de Cro Magnon est aussi envisageable. Dans l'hypothèse d'une migration, deux époques sont possibles : celle de la culture mégalithique (5° au 3° millénaire), et celle de l'époque des Phéniciens et des Carthaginois[1].

Le premier voyage connu vers l'île est celui du Périple d'Hannon, voyage qui eut lieu entre 630 et 425 avant notre ère. Hannon était un riche carthaginois parti chercher des nouvelles routes commerciales ; par hasard, il trouva une île, vide d'habitants, mais dotée de ruines importantes. Le second voyage eut lieu sous Juba II, roi lettré de Maurétanie qui voulait y recenser la faune et la flore, ce que rapporte Pline l'Ancien au Ier siècle, mais il n'a visité que deux des sept îles de l'archipel[2].

Entre les sources historiographiques et les recherches archéologiques (toujours en cours), il est difficile d'affirmer que les Guanches furent ou non les premiers habitants des îles Canaries.

Moyen Âge et époque moderne[modifier | modifier le code]

L'absence de toute trace d'une pénétration de l'islam parmi les populations qui vivaient là à l'arrivée des Espagnols laisse penser qu'il s'agirait de la plus lointaine migration vers l'ouest de Berbères survenue entre l'époque de Pline l'Ancien et la conquête musulmane du Maghreb du VIIe au IXe siècle. La quasi-totalité des Guanches périrent en résistant à la conquête espagnole, la plupart des survivants furent vendus comme esclaves, beaucoup aussi embrassèrent de force la foi catholique et s'unirent par mariage aux conquérants.

Résumé chronologique
Année Évènement
10 millions d'années avant J.-C. Formation des îles Canaries.
3000 avant J.-C. Premier peuplement des îles Canaries par plusieurs vagues d'immigration venues d'Afrique du Nord.
1100 avant J.-C. Possible reconnaissance des îles Canaries par les Phéniciens au cours d'expéditions à but commercial.
500 - 200 avant J.-C. Nouvelle vague d'immigration venue d'Afrique du Nord : fusion avec les populations aborigènes.
Ier siècle Pline l'Ancien rapporte l'expédition du roi de Mauritanie Juba II vers les îles Canaries.

Le terme "Insula Canaria" est utilisé pour désigner l'île de Grande Canarie. D'autres sources témoignent d'une vraisemblable connaissance de l'existence de l'archipel et de ses habitants, les Guanches (Ovide dans les Métamorphoses).

IIe siècle Sur la carte du monde de Ptolémée le méridien 0 passe par El Hierro
1312 Les îles Canaries sont re-découvertes par Lancelotto Malocello
1402 - 1406 Jean de Béthencourt conquiert les îles de Lanzarote, Fuerteventura et El Hierro pour le compte du roi de Castille. Il laisse un compte-rendu de ses voyages, Le Canarien, qui sert de base à la connaissance moderne des Guanches.
1441 Le franciscain espagnol Didakus (Diego de Alcala), missionnaire à Fuerteventura y évangélise les Guanches.
1478 - 1483 Les Guanches de Grande Canarie sont vaincus et soumis.
1492 Alonso Fernández de Lugo commence la conquête de La Palma.
1493 Les tentatives de paix avec les Guanches de Ténérife échouent. Début de la campagne militaire espagnole contre les royaumes indigènes.
1494 - 1496 Alonso Fernández de Lugo débarque à Ténérife. Il subit le à La Matanza une sévère défaite.

Le , les Guanches sont finalement écrasés par les Espagnols à La Victoria. Ténérife est la dernière île à être soumise. La culture originale des Guanches est presque totalement anéantie.

Origine[modifier | modifier le code]

En 2009, une étude génétique sur le chromosome Y, transmis de père en fils et qui permet de suivre la lignée mâle d'une famille ou d'une ethnie, a été menée sur des restes de momies guanches par des équipes espagnoles (Université de Laguna et l'institut de médecine légale de l'université de Saint-Jacques-de-Compostelle) et une équipe portugaise (Institut de pathologie et d'immunologie de l'université de Porto). Jusqu'ici les recherches avaient plutôt privilégié l'ADN mitochondrial, qui reflète l'évolution des lignées maternelles. Cette analyse génétique a confirmé la théorie de l'origine berbère des autochtones des îles Canaries[3].

D'autre part, les résultats apportent également de nouvelles découvertes, comme le fait que la contribution européenne à la population canarienne actuelle provient essentiellement des hommes, alors que pour les lignées maternelle, il y a une présence plus grande d'origine berbère, indiquant un fort degré d'unions entre hommes européens et femmes guanches. Cette étude sur le chromosome Y dans la population canarienne a révélé l'impact de la colonisation européenne auprès de la population population masculine canarienne . "En estimant la proportion de lignées européennes présentes dans l'actuelle population canarienne, on a trouvé qu'elles représentent plus de 90 %", a déclaré Fregel. Toutefois, les études de l'ADN mitochondrial (ligne maternelle) sur la population actuelle ont montré une survie remarquable de lignages autochtones dans la population actuelle, avec une contribution maternelle dépassant les 40 %. La contribution ibérique et européenne au patrimoine génétique mâle des îles Canaries est passé de 63 % durant le XVIIe et XVIIIe siècles à 83% actuellement. En parallèle, la contribution aborigène est passée de 31 à 17 %, et celle des sub-sahariens de 6 à 1 %. Du coté maternel, l'apport européen est plus constant, car il est passé de 48 à 55 % et pour les aborigènes de 40 à 42 %. Les études montrent une diminution de l'apport sub-saharien de 12 à 3 % au cours des trois derniers siècles[4],[5].

Langue[modifier | modifier le code]

Gravures guanches.

Il subsiste des témoignages de leur langue, quelques expressions, et les noms propres de leurs chefs qui restent portés comme noms de familles : ces témoignages permettent de les relier aux dialectes berbères. Dans la plupart des îles, on a retrouvé des signes rupestres. Domingo Vandewalle, gouverneur militaire de La Palma fut le premier à les reconnaître en 1752. C'est à la persévérance d'un prêtre de La Palma, Don Aquilino Padran, que certains ont été identifiés sur l'île El Hierro. En 1878, René Verneau découvrit des inscriptions de type libyque original dans les ravins de Los Balos. Ces inscriptions rupestres sont toutes, sans exception, d'origine maurétanienne. Dans les deux îles de Ténérife et la Gomera, où les Guanches ont conservé une plus grande homogénéité ethnique que dans les autres îles, aucune de ces inscriptions n'a été découverte. On pense donc que les vrais Guanches ne connaissaient pas l'écriture. Les traces de présence sémite ont été identifiées sur les autres îles, et dans chacune d'entre elles, des inscriptions rupestres. Une hypothèse plausible consiste donc à imaginer que des numides des environs de Carthage, mêlés aux sémites dominants dans la colonie phénicienne, sont venus dans les îles Canaries et qu'ils sont à l'origine des écritures rupestres de Hierro et de Grande Canarie.

Les Guanches sont aussi à l'origine du langage sifflé Silbo qui est encore pratiqué de nos jours, sur l'île de La Gomera surtout.

Toponymes guanches[modifier | modifier le code]

Rois de Tenerife[modifier | modifier le code]

Statue en bronze du roi Beneharo à Candelaria, Ténérife.

Avant la conquête, l'île de Ténérife a été divisée en neuf royaumes appelés menceyatos. Chacun avait un roi :

Avant cette division territoriale n'y avait qu'un seul royaume dont les rois les plus célèbres étaient Tinerfe et Sunta.

Organisation sociale et politique[modifier | modifier le code]

L'organisation sociale et politique des Guanches différait d'une île à l'autre. Certaines étaient soumises à une autocratie héréditaire, dans d'autres, les autorités étaient élues. À Ténérife, toutes les terres appartenaient aux chefs qui les louaient à leurs sujets. Sur la Grande Canarie, le suicide était considéré comme honorable, et lors de l'intronisation d'un nouveau chef, l'un de ses sujets l'honorait de façon volontaire en se jetant dans un ravin. Sur quelques îles, on pratiquait la polyandrie et sur les autres, la monogamie. Mais partout les femmes étaient respectées et tout coup porté à une femme par un homme armé était puni comme crime.

Mode de vie[modifier | modifier le code]

La grotte de Belmaco, à la Palma, jadis occupée par des Guanches

Les Guanches portaient des vêtements en peau de chèvre ou en fibres textiles que l'on a retrouvés dans des tombes sur la Grande Canarie. Ils appréciaient les bijoux, les colliers en bois, en pierre ou de coquillages fabriqués selon divers modèles. Ils utilisaient principalement des perles de céramique de formes variées, lisses ou polies, en général noires et rouges. Ils se peignaient le corps. Les pintaderas, objets en terre cuite évoquant des sceaux, semblaient servir uniquement à la peinture corporelle, dans des couleurs variées. Ils fabriquaient des poteries grossières généralement sans aucun décor, mais parfois ornées à l'aide des ongles. Les armes des Guanches étaient les mêmes que celles des anciens peuples du sud de l'Europe. On utilisait surtout la hache en pierre polie sur Grande Canarie, et plus fréquemment la hache en pierre ou en obsidienne taillée à Ténérife. Ils utilisaient aussi la lance, la massue, parfois garnie de pointes en pierre, ainsi que le javelot. Il semble qu'ils aient connu le bouclier.

Ils vivaient dans des cavernes naturelles ou artificielles, situées dans les parties montagneuses. Dans les zones où le creusement de cavernes n'était pas possible, ils construisaient des cases rondes et, selon ce que rapportent les Espagnols, ils avaient même des fortifications grossières.

L'alimentation de base des Guanches était le gofio, un aliment à base de céréales grillées d'origine berbère et élaboré à partir d'orge, de blé et de rhizome de fougère.

Rites funéraires[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Momies guanches.

À Palma, les vieillards étaient abandonnés seuls pour mourir, s'ils le souhaitaient. Après avoir fait leurs adieux à leurs proches, ils étaient emmenés dans une caverne sépulcrale avec rien d'autre qu'un bol de lait. Les Guanches embaumaient leurs morts, et beaucoup de momies ont été retrouvées dans un état de dessiccation complète, ne pesant guère plus de 3 ou 4 kg. Deux grottes quasiment inaccessibles ouvertes dans une paroi rocheuse verticale près de la côte à 5 km de Santa Cruz (Ténérife) contiendraient encore des ossements [réf. nécessaire]. Plusieurs procédés d'embaumement existaient. À Tenerife et Grande Canarie, le cadavre était simplement enveloppé dans des peaux de chèvre ou de mouton, alors que sur d'autres îles un produit résineux était employé pour conserver le corps qui était ensuite placé dans une caverne difficile d'accès ou enterré sous un tumulus. Le travail d'embaumement était réservé à une certaine classe, de femmes pour les femmes et d'hommes pour les hommes. L'embaumement ne semble pas avoir été systématiquement pratiqué, et des cadavres étaient simplement cachés dans des grottes ou inhumés.

Religion[modifier | modifier le code]

Vénus guanche, Museo Canario, Las Palmas

On ne connaît que peu de choses sur les religions des Guanches, qui leur étaient propres. Ils professaient la croyance généralisée en un Être suprême nommé Acoran à Grande Canarie, Achihuran à Ténériffe, Eraoranhan à Hierro et Abora à La Palma. Les femmes de Hierro adoraient une déesse nommée Moneiba. Traditionnellement, les dieux et déesses vivaient au sommet des montagnes d'où ils descendaient pour écouter les prières des fidèles. Dans les autres îles, les habitants vénéraient le Soleil, la Lune, la Terre et les étoiles. La croyance aux démons était générale. Le démon de Ténériffe s'appelait Guayota et vivait au sommet du volcan Teide, qui était l'enfer nommé Echeyde. En temps de troubles, les Guanches conduisaient leurs troupeaux dans des prairies consacrées où les agneaux étaient séparés de leurs mères dans l'espoir que leurs bêlements plaintifs attireraient la pitié du Grand Esprit. Pendant les fêtes religieuses, toute guerre et même toute dispute personnelle étaient suspendues.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent, Voyage dans les quatre principales îles des mers d'Afrique, 1804.
  • Mike Eddy, Le Grand guide de Tenerife et des Canaries, articles La Civilisation pré-hispanique et Les Batailles de la conquête, Gallimard, 1993 (ISBN 2-07-056961-6)
  • Isabelle Renault, Rites funéraires des Guanches, Archéologia n° 287, p. 60-67 (1993).
  • Alfred W. Crosby, Ecological Imperialism : The Biological Expansion of Europe, 900-1900, 1993
  • John Mercer, The Canary Islanders : Their History, Conquest & Survival, 1980
  • Collectif : Los Guanches desde la arqueologi­a, Organismo autonomo de Museos y Centros, Tenerife (1999).
  • Collectif : Momias, los secretos del pasado, Museo arqueologico y etnografico de Tenerife (1999).
  • José-Luis Conception, Los Guanches que sobrevivieron y su descendencia, 12e edicion, Ediciones Graficolor, Tenerife (1999).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes[modifier | modifier le code]

  1. http://wikistrike.over-blog.com/article-guanc-65827352.html
  2. http://nacerboudjou.over-blog.com/article-35854913.html
  3. "Autochthonous (E-M81) and prominent (E-M78 and J-M267) Berber Y-chromosome lineages were detected in the indigenous remains, confirming a North West African origin for their ancestors which confirms previous mitochondrial DNA results.", Fregel et al. 2009, Demographic history of Canary Islands male gene-pool: replacement of native lineages by European
  4. "The Iberian contribution to the male genetic pool increases from 63% in the 17th–18th centuries to 83% in the present-day population, which is accompanied by a parallel dropping of the male indigenous (31% vs 17%) and sub-Saharan (6% vs 1%) contributions. However, relative proportions in the female pool are strikingly constant for Iberians (48% vs 55%) and aborigines (40% vs 42%), from the 17th–18th centuries to the present, and only the sub-Saharan female contribution shows an important decrease (12% vs 3%). ", Fregel et al. 2009, Demographic history of Canary Islands male gene-pool: replacement of native lineages by European
  5. Maca-Meyer et al. 2003, Ancient mtDNA analysis and the origin of the Guanches