Touareg

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Touareg

alt=Description de l'image Targui.jpg.
Populations significatives par région
Drapeau du Niger Niger 700 000 (1994)[1]
Drapeau du Mali Mali 400 000 (1994)[1]
Drapeau de l'Algérie Algérie 40 000 (1994)[1]
Drapeau du Burkina Faso Burkina Faso
Drapeau de la Libye Libye
160 000 (1994)[1]
Population totale 1 300 000 (1994)[1]
Autres
Régions d’origine

Sahara

Langues

Touareg (Tamasheq, Tamajeq, Tamahaq)

Religions

Islam

Ethnies liées

Berbères

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Carte de répartition

Localisation des variantes berbères en Afrique du Nord.

Les Touaregs (qui se nomment eux-mêmes Kel Tamashaq ou Kel Taguelmust et en arabe Targui/Touareg) sont des habitants du Sahara central et de ses bordures (Algérie, Libye, Niger, Mali, et Burkina Faso). Souvent nomades, leur sédentarisation s'accélère depuis la seconde moitié du XXe siècle.

Ils parlent une langue berbère, le tamajaq, tamasheq ou tamahaq selon les régions. Ils utilisent un alphabet appelé tifinagh (prononcer tifinar).

Ils sont confrontés à des formes d’assimilation culturelle et linguistique (acculturation) et à une marginalisation économique et politique qui les ont conduits à la lutte armée dans les années 1990. Beaucoup ont abandonné le nomadisme pour se fixer dans les grandes villes en bordure du Sahara, comme Tamanrasset en Algérie ou Agadez au Niger, ou les capitales des États sahéliens (Bamako, Niamey).


Étymologie[modifier | modifier le code]

L’origine du mot « touareg » reste inconnue mais il n'est pas attesté avant le XIXe siècle. Pour certains[Qui ?] il provient d’un mot arabe qui signifie « abandonnés », pour d’autres[Qui ?] il dérive du nom de la région d'Oubari, dans le Fezzan en Libye, appelée parfois Targa (« rigole » ou « vallée »). La dénomination d’origine Aw-Targa (fils de Targa), en berbère atargi, pourrait aussi être à l’origine du nom, ou le fait qu'au milieu du XIXe siècle, les chroniqueurs arabes les auraient appelés tawwareq.

À l’époque coloniale, les Français ont utilisé et popularisé la dénomination touareg comme le pluriel de targui (féminin targuia). Cette pratique est aujourd'hui le plus souvent abandonnée et on l'accorde désormais selon les règles du français (touareg/touaregs/touarègue) comme le montre la bibliographie.

Les Touaregs se désignent eux-mêmes par Imajaghan ou Imuhagh (« noble » et « libre ») ou par Kel Tamajaq (« les gens de Tamajaq »). Tamahaq, Tamajaq et Tamachaq sont des variations dialectales du mot Tamazight.

Représentation[modifier | modifier le code]

Souvent appelés les « hommes bleus », d’après la couleur de leur chèche (teinte avec de l’indigo, elle se décolore sur la peau avec le temps), les Touaregs ont été l'objet de nombreuses représentations, en particulier chez les Occidentaux. Le mythe du Touareg apparaît avec l’ouvrage d’Henri Duveyrier Les Touaregs du Nord en 1864 : berbère de race blanche peu islamisé, guerrier farouche avec son bouclier de peau d'antilope qui a macéré dans du lait aigre, appartenant à une société féodale basée sur le matriarcat, dont le nomadisme est assimilé à la liberté, la sagesse et la simplicité, c'est un « seigneur du désert » mystérieux par sa tenue, son voile[2].

Territoires[modifier | modifier le code]

Répartis et divisés en plusieurs confédérations et tribus, un million et demi de Touaregs vivent dans cinq pays africains. À l’intérieur de ce territoire, les Kel Tamasheq se sont longtemps joués des limites des États. Ceux-ci ont pourtant réussi à leur inculquer les normes de la douane et des passeports.

Ce territoire, appelé tinariwen (les déserts), est, comme son nom l’indique, découpé en plusieurs terres. De ces nombreux déserts, il y a le désert proprement dit : le Ténéré. Les autres terres sont plus ou moins arides, plates et montagneuses, parmi lesquels on peut citer celles qui font l’objet d’un article ici : Adrar, Azawagh, Hoggar, Tadmait, Tanezruft, Tassili n'Ajjer, Tawat (Touat), Tadmaït, le Désert Libyque ou encore Tibesti.

Des villes et villages touaregs qui font l’objet d’un article ici sont listés ci-après, avec éventuellement en italique la transcription de l’équivalent en berbère :

Vie sociale[modifier | modifier le code]

Article connexe : Liste de groupes touaregs.
Touareg de Timia enveloppé dans son chèche noir en 2003. Le bijou d'argent contient, enroulé, un feuillet portant quelques versets du Coran. Photographie de J. L. Gonterre.

Si la société touarègue est hiérarchisée, sa structure ne s'apparente pas aux hiérarchies figées occidentales. Chacune des classes sociales, articulées selon leurs fonctions sociales spécifiques, se fréquentent et se mêlent au quotidien, unies dans des relations de plaisanterie codées[réf. nécessaire]. Il est possible de distinguer certaines de ces catégories sociales :

Les Touaregs sont monogames, sauf quelques exceptions. Le futur marié doit apporter une dot composée de terres, de bœufs et de dromadaires. La tente et son ameublement est fournie au couple par la famille de la mariée, cette dernière en garde la propriété en cas de divorce. L'ex-mari sera donc sans toit. Les mariés appartiennent presque toujours à la même caste[réf. nécessaire].

Les Touaregs portent souvent une sorte de long vêtement souvent nommé takakat (en étoffe de coton nommé bazin) et un chèche, appelé aussi taguelmoust (tagelmust en berbère). C'est une sorte de turban d’environ quatre-cinq mètres de long enroulé autour de la tête pour se protéger du soleil, du vent, de la pluie, du sable, du froid… L’homme ne quitte normalement jamais son turban. Il peut être de différentes couleurs, telles que rouge, jaune, vert, mais deux couleurs ont une signification spéciale. Le blanc est porté pour montrer un signe de respect, un jour particulier. Le chèche indigo est fait à partir de lin, souvent avec un tissage complexe. Il est porté les jours de fête (et les jours de froid car il est plus chaud que le chèche en coton). Sa teinture tend à se déposer peu à peu sur la peau, ce qui explique que l'on donne parfois aux Touaregs le surnom d’« hommes bleus ».

Culture[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Tanit.

Les Touareg sont rattachés au groupe berbère, ce sont vraisemblablement des descendants des premiers habitants de l'Afrique du Nord[réf. nécessaire].

Leur culture berbère est confirmée par l'usage de l'alphabet (tifinagh) et la même base linguistique : le tamasheq.

Le cérémonial du thé est une manière de montrer l’hospitalité et un prétexte pour discuter avec le visiteur de passage. Le thé a été introduit au début du XXe siècle au travers de l’influence arabo-musulmane. Refuser un thé ou ne pas boire les trois thés est jugé impoli. En effet les mêmes feuilles de thé vert sont utilisées pour confectionner trois services à la suite ; « Le premier thé est amer comme la mort, le second est doux comme la vie et le dernier est sucré comme l'amour. »

Le plat de base des Touaregs est la Taguella.

L'artisanat traditionnel est très présent chez les Touaregs. Les bijoux de la légende de la Croix du Sud [3] recense 21 modèles de croix. Ils sont en argent et fabriqués par les forgerons. Ces 21 croix sont considérées comme emblèmes de localité ou de région. Onze sont de l'Aïr (Agadez, Iférouane, Aïr, In Abangaret, Timia, Crip-crip, Thimoumoumène, Ingall, Taghmert, Takadenden, Bagzan), 4 sont de l'Azawak (Abalak, Tilya, Tchintabaraden, In Wagar), quatre représentent les autres centres du Niger (Tahoua, Madaoua, Bilma, Zinder). Deux n'ont pas de signification géographique Karagha (lit en bois) et Bartchakea (très décoré).

Les femmes touaregues se couvrent rarement le visage, mais le chèche traditionnel des hommes n'en révèle que les yeux.

Chaque année, en janvier, a lieu le festival du désert à Essakane, près de Tombouctou au Mali, ainsi que celui d’Essouk, près de Kidal. Plusieurs autres festivals ont lieu à travers le pays Touareg, manifestations qui offrent une vraie occasion pour découvrir la culture touarègue : la cure salée à In-Gall, près d’Agadez. Les fêtes traditionnelles de Gani et Bianou à Agadez.

Depuis les années 1990, la musique touarègue s’est enrichie d’un nouveau courant : le blues touareg avec notamment le groupe Tinariwen ou bien Toumast. Les festivals de tourisme de Ghat et Ghadames en Libye. La fête de Sabiba à Djanet en Algérie.

Patrimoine zootechnique[modifier | modifier le code]

Chiot de race Azawakh couché dans le désert

Les conditions désertiques ont conduit à l'apparition d'un patrimoine zootechnique particulièrement adapté à la vie des Touaregs. La vie des Touaregs repose fortement sur le pastoralisme nomade, les animaux d'élevage sont donc l'élément vital de la société touarègue.

  • La race bovine Azawak est une variété de zébu spécifiquement développée au fil des siècles par les Touaregs. C'est une race mixte productive en viande et en lait. Elle est particulièrement adaptée au milieu aride et est très résistante à la chaleur.
  • Le dromadaire de race Azawak est un animal endurant et adapté à la course. C'est une race de couleur claire à l'allure élancée. Ce dromadaire est l'animal mythique de l'Azalaï et des caravanes transsahariennes.
  • L'Azawakh, aussi appelé Lévrier Touareg ou Sloughi Touareg, ce lévrier est utilisé pour la chasse, sa rapidité lui permettant de se lancer aisément à la poursuite des antilopes et à la capture des oiseaux au vol. Il est également utilisé pour la garde. Léger, très fin, grand et élancé, il peut atteindre des vitesses approchant les 70 km/h. Il a été exporté récemment dans les pays occidentaux pour ses performances dans les cynodromes. Il est reconnu par la Fédération cynologique internationale depuis 1981[4].

Histoire[modifier | modifier le code]

Touareg lors de l'exposition coloniale de 1907

Les Touaregs sont issus des habitants nomades du Sahel et des populations sédentaires environnantes, engagés dans des processus d'échanges anciens. En a résulté une communauté se caractérisant en premier lieu par une langue commune, le tamasheq, apparentée aux langues berbères parlées en Algérie et au Maroc.

Jusqu’aux années 1900, le monde touareg était organisé en confédérations ayant chacune son propre ettabel (tambour) symbole de la chefferie et un Amenokal (pluriel Imenokalan), chef traditionnel élu par les sages à l’issue des palabres.

Période coloniale[modifier | modifier le code]

En mai 1902, l'affrontement de l'armée française avec des Touaregs à la Bataille de Tit est une étape majeure de la soumission des Touaregs du Hoggar. Au début du XXe siècle, les Touaregs sont le dernier peuple d'Afrique de l'Ouest soumis par les Français, et leurs terres sont réparties entre le Niger, le Mali, l'Algérie et la Libye. Ces pays ignorèrent en général leurs minorités touarègues récalcitrantes, les laissant vivre dans le désert avec leurs chameaux et leurs chèvres. Mais, lors des dernières décennies, à cause d'épisodes fréquents de sécheresse, les familles touarègues peinent à nourrir des troupeaux importants.[réf. nécessaire] « Les animaux sont tout pour un Touareg, m'a un jour expliqué un vieux nomade. Nous buvons leur lait, nous mangeons leur viande, nous utilisons leur peau, nous les échangeons. Quand les animaux meurent, les Touaregs meurent. »[réf. nécessaire]

Histoire récente (XXIe siècle)[modifier | modifier le code]

Ces dernières années, les Touaregs du Niger et du Mali se sont révoltés, affirmant que le gouvernement délaisse leurs régions.

Les Touaregs qui résident dans la partie la plus aride et la moins peuplée du Mali se révoltent assez souvent, pour protester contre, au mieux, l'oubli ou l'indifférence du pouvoir central. Ces révoltes provoquent à chaque fois un léger ralentissement au développement[5].

La plus récente révolte se produit à partir de 2012[6]. On évoque le Mouvement national pour la libération de l'Azawad et un mouvement islamiste dénommé Ançar Dine.

Économie[modifier | modifier le code]

Leurs troupeaux décimés par les sécheresses, beaucoup de Touaregs nomades ont rejoint les villes. Ils y travaillent comme forgerons, artisans du cuir ou guides.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Philippe Lemarchand, L'Afrique et l'Europe : Atlas du XXe siècle, Complexe,‎ 1994 (lire en ligne), p. 118
  2. Paul Pandolfi, « Les Touaregs et nous : une relation triangulaire ? », Ethnologies comparées, no 2,‎ 2001 (lire en ligne)
  3. http://touaregsmirages.canalblog.com/archives/2012/06/09/24458489.html Légende de la Croix du Sud
  4. [doc] Le standard officiel de la race sur le site de la Fédération cynologique internationale
  5. http://afriquepluriel.ruwenzori.net/ethnisme.htm
  6. http://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/03/20/le-mouvement-islamiste-arme-touareg-affirme-controler-le-nord-est-du-mali_1672558_3212.html

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie en ligne par Anne Saint Girons

  • Gaël Baryin, Dans les mâchoires du chacal. Mes amis Touaregs en guerre au Nord-Mali, Le Passager clandestin, 2013
  • Edmond Bernus, Touaregs du Niger, le regard d'Edmond Bernus, éditions Grandvaux, 2007 (ISBN 978-2-909550-49-7)
  • Pierre Boilley, Les Touaregs Kel Adagh : dépendances et révoltes. Du Soudan français au Mali contemporain, Paris, Karthala, 1999
  • André Bourgeot, Les sociétés touarègues. Nomadisme, identité, résistance, Paris, Karthala, 1995
  • Julien Brachet, Migrations transsahariennes. Vers un désert cosmopolite et morcelé (Niger), Paris, Le Croquant, 2009 (ISBN 978-2-91496865-2)
  • Dominique Casajus, Gens de parole. Langage, poésie et politique en pays touareg, Paris : La Découverte, 2000
  • Hélène Claudot-Hawad, Touaregs. Apprivoiser le désert, Paris, Gallimard, 2002 (collection Découvertes, Cultures et société, no 418)
  • Louis-François Delisse, Choix de poésies amoureuses des Touaregs, Le corridor bleu, 96 p., 2007 (ISBN 978-2-914033-33-6)
  • Henri Duveyrier, L’exploration du Sahara. Les Touaregs du Nord. Paris, 1864
  • Charles Grémont, Les Touaregs Iwellemmedan (1647-1896). Un ensemble politique de la Boucle du Niger, Paris, Karthala, 2010, 557 p.
  • Issouf ag Maha, Touareg du XXIe siècle, photographies Catherine et Bernard Desjeux, Grandvaux, 2006, 200p.(ISBN 2-909550-44-3)
  • Intagrist El Ansari, Écho saharien, l'inconsolable nostalgie, Éditions Langlois Cécile, 2014, 202p. (Préface de Beyrouk)
  • Paul Pandolfi, Les Touaregs de l’Ahaggar. Sahara algérien, Paris, Karthala, 1998
  • Guy Pineau, La guerre de Kaossen, 1916-1917, Paris, L'Afrique littéraire et artistique, 1970 (10), 50-55
  • Jeanne Pottier, Légendes Touareg, Paris, Fernand Sorlot, 1943 (préface de René Pottier)
  • René Pottier & Saad Ben Ali, La tente noire, Éditions les œuvres représentatives, 1933
  • Anne Saint-Girons, Les Rébellions touarègues, Ibis Press, 2008 et Artelittera, 2011

Langue[modifier | modifier le code]

  • René Basset, Grammaire, dialogues et dictionnaire touaregs, A. de Motylinski, revu et complété par le père de Foucauld, 1908
  • René Basset, Dictionnaire abrégé touareg-français (dialecte de l’Ahaggar), Alger, Carbonnel, 1918-1920, 2 tomes
  • Poésies touarègues (dialecte de l’Ahaggar), Paris, Leroux, 1925-1930, 2 tomes
  • André Basset, Dictionnaire abrégé touareg-français des noms propres (dialecte de l’Ahaggar), Paris, Larose, 1940
  • Dictionnaire touareg-français, Paris, Imprimerie nationale, 1951-1952, 4 tomes (réédition L'Harmattan, 2005).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]