Arabe maghrébin

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L'arabe maghrébin (maghribi)[1] est un ensemble de dialectes arabes, plus ou moins homogènes et mutuellement intelligibles, qui sont utilisés au Maghreb et qui se distinguent clairement des autres dialectes du Machrek. Il forme plus précisément la grande famille occidentale de l'arabe dialectal.

Détails[modifier | modifier le code]

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Le mot « darija » est utilisé au Maroc et en Tunisie où il désigne le dialecte utilisé par la population. En Algérie, l’équivalent se dit « dar(d)ja » [2]. L’arabe dialectal algérien diffère en particulier de l’arabe marocain par les sons « dj » et « dz » . Au Moyen-Orient, l’arabe dialectal se dit « arab darij » (exemple : l'adjectif « belle » se dira « zwina » en dialecte marocain, « meziena » en dialecte tunisien et « chaba » en arabe algérien et « gamila » en dialecte égyptien).

exemples :

  • le nom « chameau » se dira « jmell » en dialecte marocain et tunisien, « djmell » en arabe algérien.
  • le mot « chose » se dira « hâja » en dialecte marocain et tunisien alors qu'en dialecte algérien « hâdja ».

Entre les arabes dialectaux algérien et marocain, il existe des mots communs et des différences. Ainsi le mot « bezzaf » qui signifie « beaucoup » existe dans les 2 dialectes mais les mots « beztam » ou « saya » signifiant respectivement « porte-monnaie » et « jupe » n'existent que dans le dialecte marocain ; de même les mots « arweh » et « sahit » signifiant respectivement « viens » et « merci » n'existent que dans le dialecte algérien.[non encyclopédique]. Le mot sahit existe aussi en tunisien et signifie très bien/bien.

En Tunisie « beaucoup » se dit « barcha », le mot «yasser» est employé dans plusieurs parlers de l'est algérien et l'ouest tunisien. En arabe classique, « beaucoup » se dit « kathir »[non encyclopédique]

Les échanges séculaires entre les populations de l'est marocain et de l'ouest algérien ainsi que l’immigration (en particulier en France) ont permis des échanges de mots entre les dialectes algérien et marocain ; ainsi le mot algérien « gawri » signifiant « français » est passé dans le dialecte marocain et le mot marocain « labess » signifiant « ça va ou tout va bien » [3] est passé dans le dialecte algérien.

Les dialectes maghrébins sont faits d'une base arabe sur laquelle se sont greffés[non encyclopédique], selon les spécificités régionales et historiques[réf. nécessaire], des mots d'origine berbère, espagnole, portugaise, française et turque. De plus, la langue arabe classique a également emprunté des mots latins (romains), grecs et persans.

Aussi, on dénote une différence au niveau de la grammaire et de la syntaxe. D'après les travaux de Salem Chaker (INALCO) sur la question, on remarque qu'on conjugue l'arabe dialectal (notamment algérien et tunisien) en berbere, en effet le terme « akhroujou » (sortir) en arabe classique se dit « Nakhraj » en arabe dialectal, le « n » au début du verbe est typiquement berbere, ainsi que la disparition de la vocalise, ex : « kharaja » en arabe classique, donne « khraj » (place prépondérante du soukoun).

L'arabe dialectal sert principalement de langue parlée[non encyclopédique] (hormis les communications officielles comme les journaux télévisés), les échanges par écrit étant principalement réalisés en arabe littéral. Il est l'idiome usuel des habitants arabophones des trois pays majeurs de la région, Maroc, Algérie et Tunisie, auxquels peuvent s'ajouter la Libye, la Mauritanie et le Sahara occidental.

Variantes[modifier | modifier le code]

Classification géographique[modifier | modifier le code]

La classification géographique distingue trois sous-groupes de l'arabe maghrébin, qui relèvent plus d'une séparation politique — algérien, marocain et tunisien — que linguistique, même si des tendances diffuses de différenciation se dessinent en raison du manque en matière d'échanges entre les différents pays, notamment entre l'Algérie et le Maroc.

Classification génétique[modifier | modifier le code]

On distingue deux types de parlers au sein de l'arabe maghrébin: les parlers dits « pré-hilaliens » et les parlers dits « hilaliens ».

Parlers pré-hilaliens[modifier | modifier le code]

Les parlers pré-hilaliens résultent des premières phases d'arabisation, entre le VIIe siècle et le XIIe siècle. Cette arabisation concerne spécifiquement les populations citadines musulmanes, les communautés juives et les populations rurales habitant les aires entre les principales villes du Maghreb d'antan (Kairouan, Constantine, Tlemcen et Fès) et leurs ports respectifs. Ainsi, quatre premiers espaces « triangulaires » d'arabisation pré-hilalienne se forment[4]:

Ce type de parlers s'implante également dans les grandes cités en dehors des premiers espaces d'arabisation, tel Tunis, Alger et Salé.

Au sein du groupe pré-hilalien, on distingue généralement trois types de parlers:

  • les parlers citadins, notamment les parlers anciens de grandes cités historiques tels ceux de Kairouan, Constantine, Tlemcen, Rabat et Fès ;
  • parlers « montagnards » et « villageois », dans les zones rurales, entre les centres urbains et leurs ports respectifs ;
  • les parlers judeo-arabes du Maghreb, en général.

Le maltais, érigé en langue distincte, se rattache également à la branche pré-hilalienne.

Parlers hilaliens[modifier | modifier le code]

Les parlers hilaliens sont ceux de la grande majorité de la population arabophone du Maghreb. Ces parlers sont issus de la vague d'arabisation résultant des invasions hilaliennes au XIIe siècle, ainsi que de l'implantation ultérieure de certaines tribus hilaliennes dans les plaines du Maghreb occidental. Ils ont supplanté dans diverses aires les parlers locaux, berbères ou pré-hilaliens.

De nos jours, les parlers hilaliens sont répartis sur une large aire allant des plaines atlantiques du Maroc (Doukkala, Chaouia, gharb) jusqu'en Libye (Tripolitaine), en passant par l'Oriental marocain, les Hauts-Plateaux et le littoral algériens (hors Kabylie et Aurès) et la Tunisie.

Les parlers hilaliens ont fortement influencé différents parlers citadins tels les parlers de Tripoli et de Marrakech. Le caractère hilalien est également dominant au sein des koinès urbaines des grandes villes maghrébines.

Hypothèse de l'origine punique[modifier | modifier le code]

En tentant de jeter la lumière sur la vie langagière du Maghreb pré-islamique, Abdou Elimam découvre que la langue introduite par les Phéniciens en Afrique du nord, le punique, s'avère langue substrat (à hauteur de 50% en moyenne) dans les parlers contemporains du Maghreb et de Malte (1997). Ce qui conduit Abdou Elimam à oser un regard renouvelé et critique sur la nature supposée « arabe » des parlers du Maghreb. Son étude assoit la conviction que loin d'être une arabisation (spontanée) de toutes ces contrées, les parlers de Malte et du Maghreb sont des évolutions du punique au contact de l'arabe et du berbère. Rejoignant Charles A. Fergusson et bien des linguistes orientaux, Abdou Elimam nomme maghribi cette identité linguistique polynomique et au substrat punique (1997, 2003)[5].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cette langue est désignée par le linguiste Abdou Elimam sous le terme général de maghribi (maghrébin) qui préfère ce nom à l'épithète « dialecte ». Il rejoint en ce sens d'autres linguistes tels que Charles A. Ferguson ou William Marçais. Pour plus d'informations, consulter deux ouvrages de Elimam : Le maghribi, langue trois fois millénaire (éd. ANEP, Alger, 1997) et Le maghribi, alias ed-darija, langue consensuelle du Maghreb (éd. Dar El Gharb, Alger, 2004).
  2. http://books.google.fr/books?id=EXvA85oIvaoC&printsec=frontcover&dq=Les+mots+du+bled:+cr%C3%A9ation+contemporaine+en+langues+maternelles,+les+...++Par+Fellag,Dominique+Caubet&hl=fr&ei=0PQqTp_NJsjX8gOV6P2cDA&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1&ved=0CCoQ6AEwAA#v=onepage&q=darija&f=false page 234
  3. http://www.speakmoroccan.com/fr/lecons/darija-salutations/
  4. D. Caubet, « Questionnaire de dialectologie du Maghreb », EDNA, vol. 5 (2000-2001), p. 73-92 [1]
  5. Pour plus d'informations, consulter deux ouvrages de Elimam : Le maghribi, langue trois fois millénaire (éd. ANEP, Alger, 1997) et Le maghribi, alias ed-darija, langue consensuelle du Maghreb (éd. Dar El Gharb, Alger, 2004).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hans-Rudolf Singer, « Das Westarabische oder Maghribinische », Handbuch der arabischen Dialekte, éd. Otto Harrassowitz, Wiesbaden, 1980, p. 249-276

Voir aussi[modifier | modifier le code]