Arabe maghrébin

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L'arabe maghrébin ou arabe occidental est un ensemble de dialectes arabes, plus ou moins homogènes et mutuellement intelligibles, qui sont utilisés au Maghreb et qui se distinguent clairement des autres dialectes du Machrek. Il forme plus précisément la grande famille occidentale de l'arabe dialectal, caractérisée notamment par un substrat berbère et punique[1] propre à la région.

Classification[modifier | modifier le code]

L'arabe maghrébin est l'un des 5 grands groupes de parlers arabes, aux côtés de l'arabe péninsulaire, l'arabe levantin, l'arabe mésopotamien et l'arabe égyptien[2],[3].

Un nombre considérable de linguistes, tel Charles A. Ferguson, William Marçais et Abdou Elimam, tend à considérer l'arabe maghrébin en tant que langue distincte. Ce dernier lui donne alors l'appellation « maghribi » (maghrébin)[4],[5]

Aire de répartition[modifier | modifier le code]

L'arabe maghrébin inclut l'ensemble des parlers à l'ouest du groupe de « l'arabe du Nil » (comprenant les parlers égyptiens, soudanais et tchadiens), la limite entre les deux ensembles se situant au niveau des oasis de l'ouest égyptien[6].

Les parlers arabes maghrébins sont également parlés au sein d'une partie des populations émigrées d'origine maghrébine, particulièrement en Europe et en Amérique du Nord, ainsi que par une partie de la population israëlienne d'origine maghrébine.

Variantes[modifier | modifier le code]

Classification géographique[modifier | modifier le code]

La classification géographique distingue plusieurs sous-groupes de l'arabe maghrébin, qui relèvent plus d'une séparation politique — algérien, libyen, marocain et tunisien — que linguistique, même si des tendances diffuses de différenciation se dessinent en raison du manque en matière d'échanges entre les différents pays, notamment entre l'Algérie et le Maroc. Le seul parler échappant à cette règle est le Hassaniya.

Classification génétique[modifier | modifier le code]

On distingue deux types de parlers au sein de l'arabe maghrébin: les parlers dits « pré-hilaliens » et les parlers dits « hilaliens ».

Parlers pré-hilaliens[modifier | modifier le code]

Les parlers pré-hilaliens résultent des premières phases d'arabisation, entre le VIIe siècle et le XIIe siècle. Cette arabisation concerne spécifiquement les populations citadines, les communautés juives et les populations rurales berbérophones habitant les aires entre les principales villes du Maghreb d'antan (Kairouan, Constantine, Tlemcen et Fès) et leurs ports respectifs. Ainsi, quatre premiers espaces « triangulaires » d'arabisation pré-hilalienne se forment[7]:

Ce type de parlers s'implante également dans les grandes cités en dehors des premiers espaces d'arabisation, tel Tunis, Alger[8] et Salé.

Au sein du groupe pré-hilalien, on distingue généralement trois types de parlers:

  • les parlers citadins, notamment les parlers anciens de grandes cités historiques tels ceux de Kairouan, Constantine, Tlemcen, Rabat et Fès ;
  • les parlers « montagnards » et « villageois », dans les zones rurales, entre les centres urbains et leurs ports respectifs ;
  • les parlers judeo-arabes du Maghreb, en général.

Géographiquement, on distingue les parlers pré-hilaliens orientaux (Tunisie, Tripolitaine et Constantinois), conservant trois voyelles courtes, des parlers pré-hilaliens occidentaux (Maroc et Oranie), ne conservant que deux voyelles courtes et ayant adopté l'article indéfini depuis l'arabe littéraire « wahed ».

Les parlers arabes éteints d'Al-Andalus et de Sicile étaient également rattachés aux parlers maghrébins pré-hilaliens. De nos jours, seul subsiste le maltais, parler issu du siculo-arabe érigé en langue distincte, tandis que les communautés arabophones –musulmanes et juives– d'Al-Andalus ont renforcé la présence des dialectes pré-hilaliens au sein des régions où elles s'installent à partir du XVe siècle.

Parlers hilaliens[modifier | modifier le code]

Les parlers hilaliens sont ceux de la grande majorité de la population arabophone du Maghreb. Ces parlers sont issus de la vague d'arabisation résultant des invasions hilaliennes au XIIe siècle, ainsi que de l'implantation ultérieure de certaines tribus hilaliennes dans les plaines du Maghreb occidental. Ils ont supplanté dans diverses aires les parlers locaux, berbères ou pré-hilaliens.

De nos jours, les parlers hilaliens sont répartis sur une large aire allant des plaines atlantiques du Maroc (Doukkala, Chaouia, Gharb) et de Mauritanie (parlers Hassaniya) jusqu'en Libye (Cyrénaïque) et les oasis de l'Ouest égyptien, en passant par l'Oriental marocain, les Hauts-Plateaux et le littoral algériens (hors Kabylie, Chenoua et Aurès), la Tunisie et la Tripolitaine.

Les parlers hilaliens modernes sont répartis au sein de quatre familles[2]:

  • parlers Sulaym, en Libye et dans le sud de la Tunisie ;
  • parlers Hilal orientaux, dans le centre de la Tunisie et l'est de l'Algérie ;
  • parlers Hilal centraux, dans le centre et le sud de l'Algérie ;
  • parlers Mâqil, dans l'ouest de l'Algérie et au Maroc.

Le dialecte Hassaniya, résultant de l'arabisation de la région par le clan mâqilien des Doui Hassan, est également à rattacher à la famille des parlers mâqils.

Ces parlers ont fortement influencé certains parlers citadins tels les parlers de Tripoli et de Marrakech. Ils constituent également la base des koinès urbaines des grandes villes maghrébines, où domine le caractère hilalien.

Propriétés[modifier | modifier le code]

Morphologie et phonologie[modifier | modifier le code]

Substrats[modifier | modifier le code]

Substrat berbère[modifier | modifier le code]

La présence irréfutable de l'important substrat berbère est due à l'évolution et au processus d'arabisation du Maghreb. Il est généralement admis que les langues berbères demeurent, au lendemain de la conquête arabo-musulmane, les langues principalement parlées par les populations autochtones. Pendant l'arabisation des aires berbérophones, les populations passent d'abord par une première phase de bilinguisme avant d'abandonner leurs parlers berbères pour l'arabe, conservant néanmoins un substrat berbère dont l'importance décroit de l'ouest vers l'est.

Substrat punique[modifier | modifier le code]

Moins important et moins communément admis par les linguistes que le substrat berbère, le punique constitue, selon Abdou Elimam, une langue substrat au sein des parlers contemporains du Maghreb et de Malte, ce qui le pousse à mettre en doute l'origine arabe des parlers du Maghreb, décrivant alors les parlers de Malte et du Maghreb comme des évolutions du punique au contact de l'arabe et du berbère[4],[5].


Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Du Punique au Maghribi Trajectoires d’une langue sémito-méditerranéenne »
  2. a et b Kees Versteegh, « Dialects of Arabic », TeachMideast.org
  3. S. Nordhoff, H. Hammarström, R. Forkel & M. Haspelmath, « Subfamily: North African Arabic », dans: Glottolog 2.3, Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology (2013)
  4. a et b Abdou Elimam, « Le maghribi, langue trois fois millénaire », éd. ANEP, Alger (1997)
  5. a et b Abdou Elimam, « Le maghribi, alias ed-darija, langue consensuelle du Maghreb », éd. Dar El Gharb, Alger (2004)
  6. Versteegh (1997), p. 137 & 166
  7. D. Caubet, « Questionnaire de dialectologie du Maghreb », EDNA, vol. 5 (2000-2001), p. 73-92 [1]
  8. Aziza Boucherit, L’arabe parlé à Alger, Alger, Editions ANEP, 2004, p.31.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mélissa Barkat, « Les dialectes Maghrébins » (lien), dans: Détermination d'indices acoustiques robustes pour l'identification automatique des parlers arabes, Thèse, Université Lumière Lyon 2 (2000)
  • Hans-Rudolf Singer, « Das Westarabische oder Maghribinische », dans: Handbuch der arabischen Dialekte, Ed. Otto Harrassowitz (1980), p. 249-276
  • Kees Versteegh, « The Dialects of Arabic », dans: The Arabic Language, Columbia University Press (1997), p. 148-172

Voir aussi[modifier | modifier le code]