Histoire de Montréal

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Le Saint-Laurent, à Montréal, William Henry Bartlett (1809-1854), 1841
La rue Saint-Jacques en 1910
La rue Sainte-Catherine en 1930. De l'avenue Stanley, vue vers l'est.

L'histoire de Montréal commence avec la découverte du village d'Hochelaga par les explorateurs français, au XVIe siècle.

Origine du nom[modifier | modifier le code]

La ville de Montréal tient son nom de l'Île de Montréal, qui fut ainsi nommée en raison du mont Royal, la montagne au centre de l'Île. En effet, en 1535, l'explorateur Jacques Cartier avait nommé la montagne Mons realis (mont Royal). En 1556, le géographe Italien Giovanni Battista Ramusio fit la traduction de Mont Royal à Monte Reale sur une carte. En 1575, François de Belleforest devint le premier à écrire Montréal, écrivant :

« [...] au milieu de la compaigne est le village, ou Cité royale iointe à vne montaigne cultivée, laquelle ville les Chrestiens appellèrent Montréal.' »

Au début du XVIIIe siècle, le nom de l'île commence à être utilisé pour désigner la ville elle-même. Deux cartes de 1744 par Jacques-Nicolas Bellin nomment l'île Île de Montréal et la ville, Ville-Marie ; mais une carte de 1726 réfère à la ville comme étant « la ville de Montréal ». Le nom Ville-Marie tombe vite en désuétude pour référer à la ville. Aujourd'hui, Ville-Marie est devenu le nom d'un arrondissement de Montréal qui inclut le Vieux-Montréal et le centre-ville.

Dans la langue moderne des Iroquois, Montréal est appelée Tiohtià:ke. D'autres langues autochtones, telles l'algonquien réfèrent à Montréal comme Moniang.

1535 - Découverte de la bourgade iroquoïenne Hochelaga[modifier | modifier le code]

Un village fortifié, nommé Hochelaga, est déjà présent sur l'île quand Jacques Cartier arrive le 2 octobre 1535. Il est bien accueilli par les Iroquoiens et il nomme la montagne qu'il voit au centre de l'île, mont Royal.

Toutefois, lors du premier passage de Samuel de Champlain dans la région, en 1603, il ne trouve pas de trace du village d’Hochelaga; son emplacement demeure inconnu à ce jour[1]. En 1611, le fondateur de Québec — qui comprend rapidement la position stratégique qu'occupe l'île —, fait défricher un site à la Pointe-à-Callière. À défaut d'un établissement permanent, Montréal servira de lieu de rencontre entre les Algonquiens et Hurons, qui descendent de l'arrière-pays, et des marchands français qui troquent des fourrures et produits de fabrication européenne[1].

Période de transition : 1535-1603[modifier | modifier le code]

En France, tragédie des guerres de religion : papistes contre protestants[modifier | modifier le code]

Suites à ces premiers efforts de colonisation, il s'écoulera un demi-siècle avant que ne s'organisent d'autres entreprises de colonisation du Canada. De 1562 à 1598, la France s'égarera dans les convulsions internes des guerres de religion. Contestant la pratique du culte promu par Rome, la Réforme génèrera une controverse politique qui déchirera la France. En 1589 vient au pouvoir LE ROI DE LA PAIX, Henri IV. La royauté retrouve finalement légitimité et autorité. Protestant converti au catholicisme, le nouveau souverain Henri IV reconnaîtra aux protestants une existence légale et la liberté du culte. Fort tragiquement, il sera assassiné le 14 mai 1610.

La France profite des découvertes de Hochelaga[modifier | modifier le code]

Suite à la découverte de Jacques Cartier, les explorateurs français entreprirent de commercer avec les Amérindiens. De plus, les pêcheurs français et anglais habituellement présents au large des Terres Neuves, territoire de pêche souvent disputé, firent de même. Ils dirigèrent leur activité vers les côtes de la Nouvelle-Écosse et celles du golfe du Saint-Laurent. Par la suite, lorsque les guerres entre l'Angleterre et l'Espagne provoquèrent le déclin des pêcheries espagnoles, un nouveau marché de la morue séchée s'ouvrit aux Français. Les contacts avec les Amérindiens se multiplièrent. Comme on ne pouvait faire sécher la morue que sur terre, les contacts s'accrurent. Ainsi l'archiviste Biggar lors des nombreuses études faites des débuts de la Nouvelle-France, souligna la présence dès 1539 de navires français à l'île du Cap Breton faisant le commerce des fourrures, soit peu de temps après la venue de Cartier au Mont Royal en 1535. Suivirent les Basques français chassant la baleine et le morse aux îles de la Madeleine à la fin du siècle. À partir de 1580, les Européens s'intéressèrent davantage au commerce de la fourrure de castor, à la suite d'une demande accrue par les bourgeois d'Europe occidentale pour les chapeaux de feutre de castor. Les meilleures fourrures étaient celles des animaux piégés en hiver. Il faut savoir que la viande de castor contient un très grand nombre de calories utiles à l'énergie dépensée par les Amérindiens pour le piégeage. La forte demande en peaux de castors profita également aux Amérindiens.

Ainsi, après 1540, un nombre considérable de navires envahissent le golfe et le fleuve Saint-Laurent. Tadoussac devient le premier lieu de traite. Le troc des peaux devient tellement important que vers 1588, de riches commerçants sollicitent un monopole. Pierre de Chauvin dépêche jusqu'à quatre navires dans le golfe. Pont-Gravé se rend jusqu'à Trois-Rivières pour troquer ses marchandises rapportées de France contre des fourrures. Champlain affirme que des navigateurs et commerçants viennent régulièrement au Canada. Il pense que d'autres venaient déjà bien avant 1550 pour commercer avec les Amérindiens. Tout au cours du XVI siècle les pêcheries française s'étendent le long des côtes de la Nouvelle Écosse jusqu'au Maine. Mais ce sont aussi les pirates français, revenant de Floride et des Caraïbes, qui sillonnent les côtes et s'enrichissent..

Les coureurs des bois et les marchands de fourrure entrent en scène[modifier | modifier le code]

Suite à la venue de Jacques Cartier à Hochelaga, les commerçants comprirent très tôt que plutôt d'attendre que les nations indiennes viennent à eux, il était de leur intérêt d'aller à eux, de se faire coureurs des bois et d'aller chercher eux-mêmes la précieuse marchandise chez les Indiens. Le territoire privilégié était ce qu'on appelait « Les pays d'en haut » qui se situaient aux abords des Grands Lacs. Suivirent alors tous ceux pour qui ce nouveau pays représentait un défi à relever et des opportunités d'affaires à cultiver.
Ce nouveau phénomène fut aidé par les grandes distances que ces coureurs des bois pouvaient parcourir en peu de temps : quelque 70 km par jour. Leur nourriture était frugale : une pinte de maïs et une once de gras par jour. Chose prévisible : plusieurs adoptèrent le mode de vie des Amérindiens. Par la suite en 1680, l'intendant Duchesneau estima à 800 le nombre des coureurs des bois. Pour l’exploration des territoires inconnus et les grandes distances, le canot s’avéra le moyen de transport indispensable. Grâce au canot, Des Groseillers, Radisson, Nicollet, Jolliet, Marquette et tous les autres pénétrèrent toujours plus avant à l'intérieur des Indes Occidentales, à la fois pour le bénéfice du commerce des fourrures et la recherche de la mer de l’Ouest sise pas très loin pour plusieurs d'entre-eux.

Compagnie du Saint-Sacrement de l'Autel[modifier | modifier le code]

Créée en 1627 par le duc Henri de Levis-Ventadour, ennemi juré des Huguenots qui se fait ordonner prêtre, la Compagnie, constituée de membres issus de l'aristocratie et de la bourgeoisie parlementaire, est animée par le zèle militant de la Contre-Réforme. Elle vise à la fois des buts charitables et ambitieux, tels que la fondation d'hôpitaux, le secours aux victimes de la guerre, mais aussi l'enfermement des mendiants, la lutte contre les Réformés, les hérétiques, les gens aux mœurs dépravées, le carnaval et les duels. En quelques décennies, elle s'organise pour former une société secrète influente, à la Cour mais aussi dans des familles pénétrées par des directeurs de conscience, ainsi que dans l'armée et la magistrature. Elle devient la Cabale des dévots, qui n'hésite pas, au nom de l'intérêt du Ciel, à dénoncer publiquement les personnes coupables d'adultère, de blasphème, et de libertinage. Protégée par Anne d'Autriche, elle gêne tour à tour, dans l'exercice du pouvoir, Richelieu, Mazarin et Louis XIV, et c'est assurément pour cette raison que ce dernier finit par l'interdire. C'est la Compagnie du Saint-Sacrement qui, prenant la défense des intérêts de l'Église devient l'ennemie jurée de Molière dans « l'affaire du Tartuffe ».

Fondation de Ville-Marie[modifier | modifier le code]

Jérôme Le Royer, sieur de La Dauversière, un père de cinq enfants de La Flèche, dans le Nord-Ouest de la France, affirme avoir reçu, alors qu'il était en prière, un appel à fonder une colonie missionnaire sur l'île de Montréal. Après plusieurs années de déchirements intérieurs, il décide en 1635 de mettre le projet à exécution et monte à Paris pour y trouver des associés. En 1640, Jérôme Le Royer et Jean-Jacques Olier de Verneuil (fondateur des Sulpiciens en 1645) fondent la « Société de Notre-Dame de Montréal pour la conversion des sauvages de la Nouvelle-France ». La Société, constituée de personnes chrétiennes, de nobles mais aussi de bourgeois et de gens de condition plus modeste, se fait concéder l'île de Montréal, située à 1500 kilomètres à l'intérieur des terres. Elle recrute des colons pour aller s'y établir afin de créer une communauté catholique. Le but des associés de cette « folle entreprise » expliquera Jean-Jacques Olier était « d'assembler sur l’île un peuple composé de Français et d'Indiens qui cultiveraient la terre et les arts mécaniques, qui vivraient en frères et sœurs, unit dans la charité fraternelle ».

En 1640, Jérôme Le Royer fait la rencontre de Paul Chomedey de Maisonneuve, un jeune noble de la Champagne qui, après la lecture des Relations des Jésuites, souhaite devenir missionnaire en Nouvelle-France. Jérôme Le Royer s'ouvre à Paul du dessein de la Société Notre-Dame de Montréal à quoi Paul répond : « Monsieur, je suis prêt à aller à Montréal et y faire sacrifice à Dieu de ma vie et de ce que j'ai de plus cher en France ».

Les Français ne s’y installèrent en permanence que le 17 mai 1642[2], quand un groupe de prêtres, religieuses et colons de la Société Notre-Dame de Montréal menés par Paul Chomedey de Maisonneuve fonda le village de Ville-Marie. Parmi ces colonisateurs, on note Jeanne Mance, cofondatrice de Montréal, qui fonda bientôt l’Hôtel-Dieu de Montréal, l'un des premiers hôpitaux d’Amérique du Nord et Marguerite Bourgeoys, qui instaura l'éducation en Nouvelle-France. La fondation de Montréal fait toutefois des sceptiques. Montmagny, le gouverneur de Québec, s'inquiète de la sécurité du groupe de Maisonneuve, compte tenu des attaques des Iroquois, en plus d'être irrité par l'autonomie accordée à la colonie montréalaise. Il propose au groupe de s'installer à l'Île d'Orléans, ce que refuse Maisonneuve. L'historien Paul-André Linteau y voit les premiers signes de la « rivalité proverbiale » qui de tout temps opposera la métropole québécoise à sa capitale[3].

Les débuts de Montréal[modifier | modifier le code]

Aux fondateurs de Montréal

Les débuts de Ville-Marie furent pénibles. Les Iroquois s'opposèrent vivement à l'arrivée des nouveaux occupants. Devant le danger grandissant, M. de Maisonneuve entreprit plusieurs mesures visant la sécurité des habitants. Les propriétaires hors des murs durent abandonner leur habitation. Dans le fort, un puits fut creusé. On bâtit une grange en pierre à l'épreuve du feu. La chapelle et l’hôpital furent transformés en poudrière et en retranchement armé. Tous les habitants sortant du fort durent se pourvoir d'armes.

En 1660 eut lieu l'événement du Long Sault qui ne fit que ralentir les agressions iroquoises. Le 9 mars 1663, M. de Bretonvilliers sulpicien, acquérait de la Compagnie Notre-Dame de Montréal l'île de Montréal. M. de Maisonneuve resta gouverneur de Ville-Marie. Les menaces iroquoises persistant, on constitua un corps militaire régulier. Au jour du premier ralliement de 1663, cent quarante miliciens étaient présents. Le chef : le major Zacharie Dupuis. En 1671, une concession de 8 arpents sur le fleuve par 40 arpents de profondeur était octroyé au major Dupuy. En souvenir de sa ville natale, Saverdun en France, l'officier Dupuis donna le nom de Verdun à son fief. Bientôt la rive longeant le fleuve était appelée Côte de Verdun.

En 1673, la Congrégation Notre-Dame dirigée par Marguerite Bourgeoys, entrait en possession de la concession de Verdun. En 1710, une maison est construite qui passait entre les mains d'Étienne Nivard de Saint-Dizier, marchand-grossiste spécialisé dans la traite des fourrures. Aujourd'hui, cette maison est l’orgueil de Verdun.

En 1680, on dénombrait 493 personnes à Montréal ; 75 Parisiens, 68 Normands, 54 Aunisiens (La Rochelle), 35 Angevins, 34 Poitevins, 28 Manceaux, 23 Saintongeais, 17 Bretons, 16 Percherons, 13 Angoumois, 12 Champenois et 10 Picards[réf. nécessaire].

  • 1642 : Sous la direction de Louis d'Ailleboust de Coulonges, le fort Ville-Marie est érigé sur une pointe qui sera plus tard appelée Pointe-à-Callière, à l'embouchure de la petite rivière Saint-Pierre.
  • 1644 : Paul de Chomedey de Maisonneuve concède à Jeanne Mance, une infirmière laïque, une terre de 200 arpents qui a 4 arpents de front en bordure du fleuve Saint-Laurent.
  • 1645 : Construction de l'Hôpital Saint-Joseph (futur Hôtel-Dieu de Montréal) sur le terrain concédé à Jeanne Mance. C'est le premier hôpital en Amérique du Nord.
  • 1646 : La guerre avec les Iroquois, qui dure jusqu'en 1653, entraîne le dépeuplement du sud de l'Ontario et interrompt la traite de fourrures.
    La Grande Recrue de 1653
  • 1653 : Maisonneuve se rend en France et réussit à recruter 100 nouveaux colons dans une tentative de sauver la colonie de la faillite économique. Cet épisode est connu comme « La Grande Recrue » ou la recrue des cent hommes.
  • 1654 : Des Outaouais viennent faire du commerce à Montréal pour la première fois.
  • 1658 : Marguerite Bourgeoys, arrivée de France en 1653, ouvre une école dans une étable donnée par Maisonneuve. Elle fonde la Congrégation de Notre-Dame de Montréal l'année suivante et fera éventuellement ériger un couvent et la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours.
  • 1660 : La population de l'île de Montréal est estimée à 407 habitants. Pierre-Esprit Radisson et Médard Chouart des Groseilliers escortent 60 canots depuis les Pays d'en-Haut jusqu'à Montréal.
  • 1663 : Le séminaire de Saint-Sulpice de Paris acquiert l'île et reprend l'administration de la colonie endettée de Ville-Marie.
  • 1672 : François Dollier de Casson, le supérieur des Sulpiciens, établit un plan de la ville et commence la construction de la première église en maçonnerie sur la rue Notre-Dame et d'un séminaire adjacent. Il entreprend aussi les premiers travaux pour le canal de Lachine.

L'apogée du Régime français[modifier | modifier le code]

Le village grandissant est devenu un important centre de traite des fourrures, que les Français obtiennent en partie des Amérindiens. C'est aussi le point de départ de l'exploration française de l'intérieur par les explorateurs tels que Louis Jolliet, René Robert Cavelier de La Salle, Pierre Gaultier de Varennes et de la Vérendrye, Daniel Greysolon, sieur du Luth, Pierre-Esprit Radisson et Médard Chouart des Groseilliers.

Quelques années après sa fondation, le hameau a commencé à se déplacer vers le coteau Saint-Louis (l'actuelle rue Notre-Dame). Pour protéger la ville des attaques iroquoises, on la fortifie d'une palissade de pieux de bois à partir de 1685. L'enclave sera agrandie à deux reprises. La présence militaire s'accentue alors que les Iroquois attaquent Lachine en 1689 et La Prairie en 1690.

En août 1701, 1 300 Amérindiens du nord-est de l’Amérique se réunirent à Montréal (qui comptait alors 1 200 habitants) pour établir une paix entre leurs différentes nations ainsi qu’avec les Français. La Grande paix de Montréal, comme fut nommé ce traité, permit la fin des hostilités qui handicapaient le commerce des fourrures en Nouvelle-France. À cette même époque, la ville comptait plus de 2 000 âmes.

Malgré l'arrivée de quelques colons qui développent l'agriculture, le commerce des fourrures reste longtemps la base de l'économie. Il amène les « coureurs des bois » à explorer le continent mais il n'est pas un facteur d'urbanisation important pour Ville-Marie, qui resta une petite ville jusqu'à la conquête de la Nouvelle-France en 1759.

Carte de Montréal, 1749

Après la Grande Paix de Montréal, la menace iroquoise est remplacée par la menace britannique, et dès 1717, les Montréalais entreprennent de remplacer la palissade de bois de la ville par des fortifications de pierre. Elles formeront, à leur achèvement en 1744, une enceinte de 3,5 km mesurant 6 m de hauteur. Le développement agricole de l'île se poursuit et plus rien n'entrave l'exploration du continent dont Montréal profite.

De grands incendies ravagent la ville en 1721 et en 1734. Ils donnent lieu à une nouvelle réglementation obligeant la construction en pierre dans la ville fortifiée, alors que le bois reste permis dans les faubourgs.

Au milieu du XVIIIe siècle, la rue Notre-Dame, en haut du coteau Saint-Louis, est construite de résidences bourgeoises et a accueilli les principales institutions de la ville. La rue Saint-Paul conserve les activités commerciales liées au port. La garnison est peu à peu expulsée de la place du marché alors requise pour le commerce vers l'espace au nord de l'église Notre-Dame qui devient la place d'Armes.

Montréal a alors des allures de petite ville provinciale française, avec, à l'ombre des murailles, ses couvents et chapelles, ses hôtels particuliers, ses jardins dissimulés par les façades de pierre alignées sur la rue. Les fermiers de la région franchissent fréquemment les portes des fortifications, pour venir vendre leurs produits aux citadins et en retour, faire leurs achats en ville ou y rencontrer les administrateurs coloniaux.

Le faubourg qui se développe le plus rapidement est le faubourg Saint-Laurent au nord de la ville, mais les commerces s'installent plutôt vers l'ouest, le long de la route de Lachine empruntée par les voyageurs.

La conquête britannique[modifier | modifier le code]

Le village a ainsi grandi et est devenu un centre important de la traite des fourrures. Ce fut le point de départ de l’exploration française de l’intérieur par des explorateurs tels Louis Jolliet, La Salle, La Vérendrye et Duluth. Des remparts de bois furent construits dès 1725. Malgré le très puissant séisme qui eut lieu le 16 septembre 1732, la ville continua à prospérer et fut par la suite fortifiée vers 1740. Elle resta française jusqu’au 8 septembre 1760 lorsque le Duc de Lévis se rendit à l’armée britannique commandée par Lord Jeffery Amherst[4].

La reddition de Québec aux mains des Britanniques en 1759, au terme d'un long siège de juin à septembre, suivi de la défaite de la Bataille des plaines d'Abraham le 13 septembre 1759 est suivi par la victoire de la Bataille de Sainte Foy où François de Lévis et ses 5 000 Français remportent l'affrontement contre James Murray et ses 3 900 Anglais. Les Anglais se réfugient alors dans la ville de Québec. Les Français et les Anglais attendent chacun des renforts d'outre-mer. Les Anglais arrivant les premiers, Lévis se replie sur Montréal. Ayant vaincu les Anglais, Lévis tente de convaincre le Gouverneur Vaudreuil que tout n'est pas perdu et que les Français peuvent encore remporter une belle victoire à Montréal. Malheureusement Vaudreuil décide de se rendre sans affronter les troupes anglaises ce qui entraîne la capitulation de Montréal sans bombardement ni combat. Lévis, considérant que ses troupes n'ont pas été vaincues par les armes, décide alors de brûler ses drapeaux sur l'île Sainte-Hélène plutôt que de les rendre aux envahisseurs anglais, comme le veut la coutume de l'époque.. La ville, commandée par Pierre de Cavagnal, Marquis de Vaudreuil, se rend à l'armée britannique commandée par Lord Jeffrey Amherst le 8 septembre 1760 soit un an après la défaite des plaines d'Abraham.

Après la conquête, les marchands britanniques prennent le contrôle du commerce de la ville.

Un important incendie détruira une centaine d'habitations d'un quartier de la ville le 18 mai 1765.

Pendant la Guerre d'indépendance américaine, Montréal est prise de force et occupée par les Fils de la liberté américains de novembre 1775 à juin 1776.

Le Capitalisme commercial : 1791-1850[modifier | modifier le code]

Montréal capitale de la fourrure[modifier | modifier le code]

Après la conquête, sous l’impulsion des marchands britanniques, la traite des fourrures connaît une meilleure organisation et s’achemine vers la formation d’un monopole. Comme l’indépendance américaine, en 1783, vient couper tout le sud aux marchands britanniques, ils réorientent leurs activités vers l’ouest du pays. La création, en 1782, de la Compagnie du Nord-Ouest fait de Montréal la capitale de la traite des fourrures, et les années 1791 à 1821 marquent l’apogée de cette activité.

Au début du XIXe siècle, la ville de Montréal est en ébullition sur le plan économique. La ville prenant de l'expansion, la démolition des fortifications débute en 1804 pour enlever la séparation entre le centre de la ville et les faubourgs avoisinants. La population reste majoritairement francophone jusqu'au milieu des années 1830. Mais de cette date jusqu'en 1865, la majorité est anglophone, la population étant gonflée d'un apport constant d'immigrants des îles britanniques et d'autres régions de l'Amérique du Nord Britannique. Ils sont principalement Écossais, Irlandais, Anglais et Américains.

Montréal porte du Haut-Canada[modifier | modifier le code]

La concurrence entre la Compagnie du Nord-Ouest et la Compagnie de la Baie d'Hudson dégénérant en affrontements armés, on fusionne les deux entreprises en 1821. L’important commerce du Royaume-Uni avec l’ouest du pays, fourrures et approvisionnement local, est donc détourné par la route plus courte de la baie d’Hudson. Montréal est de plus affectée par l’ouverture du canal Érié entre Buffalo et New York, en 1825, ce qui détourne de la ville le reste du commerce de la fourrure.

Montréal a cependant amorcé une diversification avec le développement agricole de l’arrière-pays. Au cours du siècle précédent, l’île de Montréal a complété son développement rural, et durant le premier quart du XIX siècle, toute la plaine environnante se couvre de villages. Montréal se découvre donc, au cours de cette période, un nouveau rôle de centre de services pour son hinterland. Sa situation stratégique comme point de transbordement fluvial commence à faire sa fortune et à définir sa vocation. C’est surtout la croissance fulgurante du Haut-Canada qui favorise Montréal qui en est la porte d’entrée obligatoire.

Le commerce du bois, de blé et de la potasse prennent un important essor au début du siècle. Ce commerce entraîne division du travail et mécanisation, et crée des industries secondaires comme la construction navale. La culture du blé, de son côté, amène la construction sur place de moulins à farine.

L’immigration très forte à partir de 1815 pousse vers une diversification de l’économie locale et entraîne le développement à plus grande échelle de diverses productions artisanales dont les immigrants apportent avec eux le savoir-faire. Cette production s'installe tant bien que mal malgré les marchands britanniques qui les voient comme compétitrices.

La croissance rapide de la ville est accélérée par la construction en 1824 du canal de Lachine qui permet aux navires de franchir les rapides de Lachine au sud de l'île. L'industrialisation se concentre dans le secteur du canal. La navigation à vapeur se développe, bientôt supportée par le chemin de fer. La première voie ferrée est construite en 1836 entre La Prairie et Saint-Jean-sur-Richelieu pour sauter le portage de 23 km entre Montréal et le Lac Champlain qui mène à New York. Jusqu'au milieu du siècle, le chemin de fer se développe lentement, comme support aux voies navigables.

Durant les années 1830, Montréal supplante Québec comme métropole de la colonie mais Toronto lui fait de plus en plus concurrence pour le commerce avec l'Ouest. Montréal devient brièvement la capitale de la Province du Canada en 1843. Cependant, le Parlement canadien, qui y a été transféré de Kingston, est mis à feu en 1849 lors d'une émeute dirigée par les Tories pour protester contre une loi dédommageant les victimes bas-canadiennes des troubles de 1837-1838. Les tensions entre francophones et anglophones n'ont cependant que peu d'impact sur le développement de Montréal, fermement contrôlé par la nouvelle majorité anglophone de la province. Après quelques années d'alternance entre Toronto et Québec, le parlement sera finalement déplacé à Ottawa en 1857.

La révolution industrielle : 1850-1915[modifier | modifier le code]

Incendie de la maison Hayes, square Dalhousie, 1852
allure générale du paysage urbain en 1888
Place Jacques-Cartier - 1900

En 1851, après le dragage du lac Saint-Pierre, le port de Montréal ravit à celui de Québec le titre de principal port océanique et l’activité administrative s’y renforce. Les quais de pierre, construits à partir de 1830 sont constamment augmentés. Après le grand incendie de Montréal de 1852 qui détruit 1200 maisons ainsi que la cathédrale catholique, un règlement interdit la construction en bois même dans les faubourgs.

La seconde moitié du XIXe siècle amène le rapide développement du chemin de fer. De 1845 à 1853, on construit la ligne Montréal-Portland pour faire de cette ville le terminus toute saison de Montréal. La compagnie ferroviaire du Grand Tronc installe d'importants ateliers à la Pointe Saint-Charles, faisant de la ville le nœud ferroviaire de la colonie. De 1852 à 1859, le Grand Tronc construit la ligne Sarnia-Rivière-du-Loup pour renforcer le corridor économique du Saint-Laurent. Le vaste effort de construction ferroviaire, surtout dans le Haut-Canada, entraîne la quasi-faillite du Canada-Uni et pousse les marchands à exiger la confédération de toutes les colonies britanniques pour étendre le marché.

D'autre part, l'industrie artisanale du début du siècle cède peu à peu la place à une industrialisation plus poussée. L'immigration massive entre 1830 et 1854 crée en effet un marché en même temps qu'une main-d'œuvre abondante. Entre les épidémies et les grands incendies, Montréal, alors le centre d'un vaste arrière-pays, voit naître une importante bourgeoisie commerciale puis industrielle, principalement anglophone.

De 1861 Jusqu'à la Grande Dépression de 1929, Montréal passe par ce que quelques historiens appellent son âge d'or. Ce qui est aujourd'hui le Vieux-Montréal est alors le centre économique le plus important du Dominion du Canada.

Après la fédération des colonies britannique de l'Amérique du Nord en 1867, la construction de chemins de fer recommence et culmine avec la construction du Transcontinental entre 1875 et 1885. Le Canadien Pacifique, l'importante compagnie ferroviaire qui le construit, installe son siège social à Montréal en 1880. Le Canadien National sera formé en 1919 par l'amalgamation de plusieurs lignes en faillite et sera aussi basé à Montréal.

Le Boom du blé de la fin du siècle profite fortement à Montréal qui est le terminus de cette denrée dans l'est du Canada.

Avec l'annexion des villes voisines, toutes plus ou moins en faillite, Montréal redevient majoritairement francophone à la fin du XIXe siècle, mais aux prix d'importantes difficultés financières. La tradition d'alterner entre un maire francophone et un maire anglophone commence alors et perdure jusqu'en 1914 (voir Maire de Montréal). La bourgeoisie anglophone voit d'un mauvais œil les maires francophones trop dépensiers à leur goût et souvent corrompus. Ils créent leurs propres enclaves politiques comme Westmount en1876 et Mont-Royal en 1911.

L'apogée de Montréal : 1915-1940[modifier | modifier le code]

La Prohibition est en vigueur dans la province de Québec de 1919 à 1920.

Le fort développement des banques et des autres institutions financières à la même époque donnent l'élan permettant à Montréal de devenir le centre financier canadien durant toute la première moitié du XXe siècle. Dès le tournant du siècle, cependant, la grande bourgeoisie montréalaise perd de son esprit d’entreprise et hésite à investir dans l’industrie minière de l’Ontario et l’industrie pétrolière de l’Alberta qui se développent et font bientôt la fortune de Toronto.

Les années de rattrapage[modifier | modifier le code]

Jusque dans les années 1960, Montréal, plus ancienne, était la plus importante ville canadienne. Mais avec la réorientation progressive de l'économie canadienne vers les États-Unis et le déplacement du centre démographique canadien vers l'ouest, Toronto était mieux placée pour un développement rapide. Le fait que Montréal soit une ville avant tout francophone et les perceptions d'insécurité politique associées au nationalisme québécois ont aussi nui au Montréal anglophone qui perd le contrôle économique de la ville au profit d'une nouvelle élite francophone.

Un fait marquant du nationalisme québécois de l'époque est le discours de Charles de Gaulle à Montréal de 1967. Son Vive le Québec libre ! a eu de fortes répercussions dans tout le Canada.

La concurrence entre Montréal et Toronto se renforce au cours des années 1960 et culmine après l'élection du Parti québécois au Québec en 1976. Plusieurs sièges sociaux quittent alors le Québec, parfois avec fracas, comme la compagnie d'assurance Sun Life, mais généralement en sourdine, comme la Banque Royale du Canada. D'autres entreprises, notamment la Banque de Montréal déplacent la plupart des activités de direction à Toronto tout en gardant un semblant de siège social à Montréal.

Le statut international de la ville est cependant renforcé par l'Exposition universelle de 1967, tenue en même temps que les célébrations du 325e anniversaire de la ville. Le maire Jean Drapeau continue de développer l'image de Montréal comme ville internationale avec l'attribution à Montréal d'une équipe des Ligues majeures de baseball et par la tenue des Jeux olympiques d'été de 1976.

La métropole aujourd'hui[modifier | modifier le code]

C'est avec la construction du métro de Montréal en 1966, à temps pour l'Expo '67, que le Montréal souterrain prend un essor. (Voir l'article détaillé : histoire du Montréal souterrain).

Montréal reçoit les Jeux olympiques d'été de 1976 et célèbre son 350e anniversaire en 1992.

Évolution de la population de Montréal
Année Habitants
1801 9 000
1811 13 300
1821 18 767
1831 27 297
1841 40 356
1851 57 715
1861 90 323
1871 107 225
1881 140 747
1891 216 650
1901 267 730
Année Habitants
1911 467 986
1921 618 506
1931 818 577
1941 903 007
1951 1 036 542
1961 1 257 537
1971 1 214 532
1981 1 018 609
1991 1 017 666
2001 1 812 723
2006 1 580 494
Source : Ville de Montréal

En date du 1er janvier 2002, l'ensemble des municipalités situées sur l'île de Montréal, totalisant une population de 1 871 774 personnes, ainsi que sur plusieurs îles périphériques qui composaient jusqu'à présent la Communauté urbaine de Montréal, furent fusionnées pour former la nouvelle ville de Montréal.

Vingt-sept banlieues ont ainsi été intégrées à l'ancienne ville et transformées en arrondissements, contre la volonté de certaines d'entre elles, particulièrement des banlieues anglophones.

Après l'élection d'un gouvernement Libéral à Québec, un référendum sur les défusions municipales eut lieu le 20 juin 2004. Sur les 22 anciennes municipalités fusionnées en 2002 qui ont obtenu d'avoir la tenue d'un référendum sur le démembrement de leur municipalité suite à la signature de registres, 15 d'entre elles ont voté pour la défusion. Ces municipalités sont donc redevenues des municipalités autonomes, bien que, cependant, les pouvoirs leur étant dévolus ne sont pas les pouvoirs des anciennes municipalités. La ville de Montréal et les municipalités défusionnées se retrouvent au sein d'un conseil d'agglomération qui gère les compétences d'agglomération (ex : police, pompiers, eau, développement économique) et les villes défusionnées gèrent les compétences de proximité (loisirs, travaux publics, etc.) depuis le 1er janvier 2006.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Linteau 2007, p. 16
  2. Lacoursière, Provencher et Vaugeois 2001, p. 55
  3. Linteau 2007, p. 21-22
  4. Références historiques : French Fortresses in North America 1535-1763 : « Québec, Montréal, Louisbourg and New Orleans », par René Chartrand, Osprey Publishing.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bibliographie de Montréal.

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Benoît, Michèle et Gratton, Roger. Pignon sur rue : Les quartiers de Montréal, Guérin, 1991, 393 pages
  • Burgess, Johanne et al, (dir.) Clés pour l’histoire de Montréal, Éditions du Boréal, 1992, 247 pages
  • Darsigny, Maryse et al, (dir.) Ces femmes qui ont bâti Montréal, Éditions du Remue-Ménage, 1994, 627 pages
  • Deslandres, Dominique et al, (dir.) Les Sulpiciens de Montréal : Une histoire de pouvoir et de discrétion 1657-2007, Éditions Fides, 2007, 670 pages
  • Lauzon, Gilles et Forget, Madeleine, (dir.) L’histoire du Vieux- Montréal à travers son patrimoine, Les Publications du Québec, 2004, 292 pages
  • Paul-André Linteau, Histoire de Montréal depuis la Confédération. Deuxième édition augmentée, Éditions du Boréal,‎ 2000, 622 p. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Landry, Yves (dir.) Pour le Christ et le Roi : La vie aux temps des premiers montréalais, Libre Expression, 1992, 320 pages
  • Jacques Lacoursière, Jean Provencher et Denis Vaugeois, Canada-Québec : synthèse historique 1534-2000, Sillery, Septentrion,‎ 2001, 591 p. (ISBN 2-89448-186-1) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Paul-André Linteau, Brève histoire de Montréal, Éditions du Boréal,‎ 2007 (1re éd. 1992), 189 p. (présentation en ligne) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Marsolais, Claude-V. et al. Histoire des maires de Montréal, VLB Éditeur, Montréal, 1993, 323 pages
  • Ville de Montréal. Les rues de Montréal : Répertoire historique, Éditions du Méridien, 1995, 547 pages

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Montréal
En général

Liens externes[modifier | modifier le code]