Gorgones

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Une Gorgone sur une amphore à col attique à figures noires, vers 520-510 av. J.-C.

Les Gorgones (en grec ancien Γοργόνες / Gorgónes ou Γοργοῖ / Gorgoĩ), au singulier Gorgone ou Gorgo (Γοργώ / Gorgố) sont, dans la mythologie grecque, des créatures fantastiques malfaisantes et d'une telle laideur que quiconque ose regarder leur visage meurt pétrifié.

Les Gorgones dans l'Antiquité[modifier | modifier le code]

Mythe antique[modifier | modifier le code]

Homère parle des Gorgones dans l’Odyssée comme étant des monstres des Enfers[1]. Selon Hésiode[2], il s'agissait des trois filles des divinités marines Phorcys et Céto : Sthéno (Σθεννώ / Sthennố (« la puissante [3] »), Euryale (Εὐρυάλη / Euryálê, « grand domaine[3] ») et la plus célèbre, Méduse, était mortelle, contrairement à ses deux sœurs qui ne connaissaient ni la mort ni la vieillesse.

Hygin donne une filiation différente : Gorgone serait issue du Géant Typhon et d'Échidna, qui engendra Méduse et ses sœurs. Leur demeure se trouvait de l'autre côté de l'Océan occidental, au mont Hélicon et selon d'autres versions, en Libye.

Plus tard, Euripide ne mentionna qu'une Gorgone, un monstre conçu par Gaïa (la Terre) pour aider ses fils, les Géants, dans leur bataille contre les dieux, et qui fut tué par Athéna. Gorgone est l'une des trois sœurs qui ont gagné la guerre contre les cyclopes.

Méduse, mosaïque de l'ancienne, Hadrumète, au Musée archéologique de Sousse.

On les représentait comme des jeunes femmes, souvent avec des ailes et de grandes dents ; leur chevelure était constituée de serpents. Selon Ovide (Métamorphoses), seule Méduse possédait de tels cheveux. Poséidon, attiré par la couleur dorée des cheveux de cette Gorgone, s'était uni à elle dans le temple d'Athéna et cette dernière lui donna cette apparence en guise de châtiment[4]. Les Gorgones avaient parfois des ailes d'or, des serres de cuivre et des défenses de sangliers.

Eschyle écrit qu'elles n'avaient qu'un seul œil et une seule dent à elles trois, comme leurs sœurs Grées. Leur regard figeait ceux qui voyaient leurs visages tellement elles étaient laides. D'autres auteurs, parmi Ovide, ont décrit les sœurs comme très belles.

Persée, armé d'un bouclier, dont l'intérieur servait de miroir pour éviter d'être pétrifié par le regard du monstre, et d'une épée offerte par Hermès, put trancher la tête de Méduse. Du sang qui jaillit de son cou émergèrent Chrysaor et Pégase, tous deux conçus par Poséidon. Persée offrit la tête de Gorgone, le Gorgonéion (Γοργόνειον / Gorgóneion) à Athéna (Bibliothèque, II, 4, 2-3). Elle en orna son bouclier, l'égide, qui conserva ce redoutable pouvoir.

Selon certaines versions du mythe[réf. nécessaire], du sang pris sur le côté droit d'une Gorgone pouvait ramener un mort à la vie, tandis que celui pris sur son côté gauche devenait un poison fatal et instantané.

On dit aussi[réf. nécessaire] qu'Héraclès reçut d'Athéna une boucle des cheveux de Méduse (qui possédait les mêmes vertus que sa tête) et la donna à Stéropé, la fille de Céphée, pour protéger la ville de Tégée contre les attaques.

Les Gorgones dans les arts visuels antiques[modifier | modifier le code]

Les Gorgones dans la céramique grecque[modifier | modifier le code]

Sur les scènes peintes des vases grecs antiques, les Gorgones ont généralement l'apparence de créatures hybrides à moitié humaines et à moitié monstrueuses. Elles ont un corps humain et portent des vêtements humains, mais possèdent des ailes (deux voire quatre) et un visage monstrueux avec une large bouche, des crocs de fauve et une chevelure de serpents. Chose rarissime sur les vases peints, elles ont le visage tourné non pas de profil mais de face et regardent les spectateurs. Elles tirent la langue. Elles courent, gesticulent et brandissent souvent des serpents dans leurs mains. Sur les scènes représentant le mythe de Persée, on voit souvent deux ou trois Gorgones en train de poursuivre le héros.

Le Gorgonéion[modifier | modifier le code]

Sculpture d'une tête de gorgone dans le Forum sévérien de la cité de Leptis Magna.

La représentation de la tête d'une Gorgone, souvent Méduse (sculptée ou gravée dans la pierre, ou encore dessinée, souvent avec des serpents émergeant du crâne et avec la langue tirée entre les crocs) fut souvent placée sur les portes, les murailles, les pièces de monnaie, les boucliers, les armures et les pierres tombales pour éloigner la malchance et les mauvais esprits ou terrifier les ennemis. Par cette coutume, le Gorgonéion rappelle les visages souvent grotesques apparaissant sur les boucliers des soldats chinois et utilisés aussi généralement comme protections contre le mauvais œil[réf. nécessaire].

Autres usages antiques du terme[modifier | modifier le code]

Le terme « Gorgones » fut utilisé tantôt pour désigner des guerrières de Libye, tantôt pour des animaux fabuleux dont le regard pétrifiait les gens. Pline l'Ancien les décrivait comme des sauvageonnes recouvertes de poils et à la tignasse hirsute, ce qui aurait donné naissance au mythe de la chevelure de serpents[réf. nécessaire].

Postérité du mythe des Gorgones après l'Antiquité[modifier | modifier le code]

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

En 1933, l'auteur américaine Catherine L. Moore publie une nouvelle, Shambleau, qui s'inspire largement du mythe de la gorgone.

L'auteur américain de science-fiction Robert Silverberg a publié en 1954 une nouvelle de science-fiction reprenant le thème des Gorgones : Opération Méduse.

L'écrivain belge Jean Ray a publié en 1943 un roman fantastique, Malpertuis, mettant en scène une maison que l'on découvre peu à peu hantée par des dieux grecs déchus et certaines créatures de la mythologie grecque, dont l'une des Gorgones, Euryale.

L'auteur américain Rick Riordan a publié dans les années 2000 un cycle romanesque de fantasy mettant en scène la vie des dieux, héros et créatures de la mythologie grecque qui continuent d'exister aux États-Unis à l'époque contemporaine. Il met en scène Méduse dans le premier tome, Le Voleur de foudre, puis ses sœurs Sthéno et Euryale dans certains des volumes suivants, Héros de l'Olympe, Le Fils de Neptune.

En France, Fabien Clavel confronte aux Gorgones le héros de deux de ses romans de fantasy pour la jeunesse : La Dernière Odyssée (2007) et Les Gorgonautes (2009), dont le second a obtenu le Prix Imaginales l'année de sa parution.

Dans la peinture et la sculpture[modifier | modifier le code]

La gorgone Méduse par Le Caravage.

Des représentations du Gorgonéion (tête de Gorgone) continuent à être peintes ou sculptées longtemps après leur invention en Grèce : on en trouve après la fin de l'Antiquité dans la peinture classique. En 1597-1598, le peintre italien Le Caravage peint Méduse qui représente la tête coupée de la Gorgone d'une façon proche du Gorgonéion grec antique, en en accentuant encore l'horreur.

Au cinéma et à la télévision[modifier | modifier le code]

Au cinéma, les Gorgones apparaissent dans les péplums relatant l'histoire de Persée, en particulier le film américain Le Choc des Titans de Desmond Davis en 1981 et son remake de 2010 par Louis Leterrier, films où n'apparaît que la plus fameuse des trois Gorgones, Méduse, qui se trouve dotée d'un corps serpentiforme en plus de sa chevelure de serpents.

L'image de la Gorgone apparaît également dans le film La Grande Menace, dont le titre anglais, The Medusa Touch, évoque directement la plus célèbre des trois sœurs.

La Gorgone, film fantastique britannique de Terence Fisher sorti en 1964, élabore une autre version de la légende influencée par les histoires de loups-garous, puisque la Gorgone ne revêt son aspect monstrueux que par intermittences, à la pleine lune, sous l'effet d'une malédiction.

Les Gorgones apparaissent aussi dans les films de fantasy s'inspirant directement de la mythologie grecque. Percy Jackson : Le Voleur de foudre, film américain de Chris Columbus sorti en 2010 et adapté d'un roman de Rick Riordan, met en scène les dieux et créatures de la mythologie continuant à exister aux États-Unis à l'époque contemporaine. Percy Jackson y affronte notamment Méduse, la plus connue des Gorgones.

Sources[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Homère, Odyssée [détail des éditions] [lire en ligne], XI, 633.
  2. Hésiode, Théogonie [détail des éditions] [lire en ligne], 274.
  3. a et b Anthropology of the Indo-European world and material culture, 2006, p. 291.
  4. Ovide, Métamorphoses, IV, 790-802.

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