Yves Bonnefoy

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Yves Bonnefoy
Yves Bonnefoy au collège de France en 2004
Yves Bonnefoy
au collège de France en 2004

Activité(s) Poète
Essayiste
Traducteur
Naissance 24 juin 1923
Tours, France France
Langue d'écriture français

Yves Bonnefoy, né à Tours (Indre-et-Loire) le 24 juin 1923, est un poète, essayiste et traducteur français. Il est l'auteur d'une œuvre importante, poétique aussi bien que théorique, qui interroge sans relâche les rapports qu'entretiennent le monde et la parole.

Sommaire

[modifier] Biographie

Le père d'Yves Bonnefoy est ouvrier-monteur aux ateliers des chemins de fer Paris-Orléans, et sa mère est infirmière, elle deviendra plus tard institutrice. Il a une sœur aînée, prénommée Suzanne. Jeune, Bonnefoy passe à Tours des années mornes, pendant lesquelles il va souvent en vacances à Toirac, dans le Lot, chez ses grands-parents maternels ; lieu qu'il qualifiait de lieu d'exil : « le vrai lieu ». En 1936, la mort de son père bouleverse profondément sa vie. Il a alors 13 ans, et, désormais, il n'ira plus en vacances à Toirac, mais restera chez lui à étudier. Il effectue ses études secondaires au lycée Descartes de Tours, passe un baccalauréat de mathématiques et de philosophie, puis s'inscrit en classes préparatoires à Tours (mathématiques supérieures et mathématiques spéciales). Il commence des études supérieures de mathématiques à l'Université de Poitiers, puis à l'université de Paris, où il s'installe en 1944. Depuis cette date, il effectue de nombreux voyages, en Méditerranée et en Amérique.

De 1943 à 1953, il abandonne l'étude des mathématiques, pour se consacrer à la poésie, la philosophie et l'histoire de l'art. Il se lie tout d'abord au surréalisme, ayant lu la Petite anthologie du surréalisme de Georges Hugnet, et après sa rencontre avec Christian Dotremont[1], avant de s'en détacher en 1947, critiquant la gratuité de l’imaginaire surréaliste. En plus du surréalisme, ses principales influences sont Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud, Stéphane Mallarmé et Gérard de Nerval, qui ont accompli selon lui « la véritable révolution poétique de notre modernité »[2].

Par ailleurs, Yves Bonnefoy est l'auteur de nombreuses traductions (principalement anglaises), notamment de Shakespeare. Depuis 1960, il est invité par de nombreuses universités, françaises et étrangères, et, en 1981, il est nommé à la chaire d'Études comparées de la fonction poétique au Collège de France, où il enseigne jusqu'en 1993. Son recueil Les Planches courbes, paru en 2001, est considéré comme un chef d'œuvre ; trois des sections de ce recueil figurent au programme des cours de littérature des classes de Terminale littéraire pour les années scolaires 2005-2006 et 2006-2007 : Dans le leurre des mots, La Maison Natale et Les Planches courbes, section en prose (que l'auteur qualifie de « récit en rêve ») qui a donné son nom au recueil. Yves Bonnefoy a reçu le Prix Franz Kafka à Prague le 30 octobre 2007[3].

[modifier] Commentaires sur l'œuvre

[modifier] La Présence

Bonnefoy est considéré comme un « poète du lieu et de la présence », aux côtés d'André du Bouchet et Philippe Jaccottet, entre autres. La Présence est, selon lui, l'expérience immédiate, pure et unie du monde, telle celle qu'a l'enfant, qui n'est pas encore corrompu par le langage (infans, en latin, signifie qui ne parle pas). En effet, Yves Bonnefoy combat le concept et l'abstraction qui séparent selon lui les hommes de la réalité et du sensible. Il s'oppose à Platon et à sa théorie du monde des Idées: « les choses d'ici [pèsent] plus lourd dans la tête de l'homme que les parfaites Idées »[4] en posant la théorie que le concept est un obstacle qui nous empêche de voir le vrai visage de l'être. Les mots et le langage utilisant le concept et brisant l'unité de notre perception du monde, ils trahissent ce qu'ils sont censés exprimer : Bonnefoy les considère ainsi comme des « leurres », des « mensonges ». « Le langage est notre chute, et c'est son emploi même qui est la cause de l'angoisse, c'est-à-dire aussi bien de la violence, qui traverse l'histoire humaine »[5].

La poésie permet selon lui de renoncer à notre rationalité habituelle et au concept, elle seule peut donc nous rapprocher et nous faire entrevoir la Présence. L'ambiguïté de la thèse du poète est que la poésie elle-même est bâtie sur les mots. Peut-être s'agit-il ainsi uniquement de « l'illusoire encore / Dont nous redessinons sous d'autres traits / Mais irisés du même éclat trompeur / La forme et les ombres qui se resserrent? »[6], peut-être la poésie ne permet-elle pas de reconquérir la présence. Bonnefoy admet cette hypothèse dans son recueil Les planches courbes, où il apparaît clairement que, s'il doute du pouvoir de sa poésie, il porte en celle-ci une grande espérance. Il écrit en 1959, « Je voudrais réunir, je voudrais identifier presque, la poésie et l'espoir », car écrire de la poésie, c'est « rendre le monde au visage de sa présence ».

[modifier] Le style

Que la poésie se prête au rôle de faire accéder le lecteur au « seuil de la Présence » suppose des conditions. Le nom commun, trop général et conceptuel, est un obstacle à la présence. Pour éviter le leurre des mots, il faut que ceux-ci soient utilisés en poésie à la manière des noms propres ou même comme des prénoms[1].

Le poète utilise soit des vers libres, soit la forme du poème en prose - à différencier de la prose poétique - qu'il désigne sous le nom spécifique de « récit en rêve ». On remarque, entre autres, des alexandrins non classiques et des hendécasyllabes, et une abondance d'enjambements, de rejets et de contre-rejets. Bonnefoy utilise peu la rime et recherche plutôt des assonances, des allitérations, une musicalité des mots. Il porte un grand intérêt au rythme de ses poèmes dont certains peuvent être considérés comme proches de l'iambe[7]. Pour lui, « les relations de sonorités, de rythmes, rapprochent les mots d'une façon qui préserve [...] leur qualité matérielle [et] les rapports qui procédaient du concept s'effacent ». L'influence surréaliste donne aux poèmes de Bonnefoy une syntaxe peu classique, caractérisée par de nombreuses ellipses et inversions. On peut aussi remarquer l'utilisation de la parenthèse, qui encadre parfois plusieurs strophes ou la plus grande partie du poème. La plupart des poèmes sont courts ou assez courts. Tous ces éléments contribuent au sentiment de présence: le poème est « Hic et Nunc », ici et maintenant...

[modifier] Œuvres

[modifier] Poésie, récits

[modifier] Essais


[modifier] Traductions

  • La Quête du Graal, avec Albert Béguin, Le Club du Livre, 1958; rééd. Seuil, (1982).
  • W. B. Yeats, Quarante-cinq poèmes suivi de La Résurrection, Hermann, 1989, Poésie/Gallimard, 1993.
  • Keats et Leopardi, Mercure de France, 2000.
  • William Shakespeare :
    • Henri IV, Jules César, Hamlet, Le Conte d'hiver, Vénus et Adonis, Le Viol de Lucrèce, Club français du Livre, 1957-1960.
    • Jules César, Mercure de France, 1960.
    • Hamlet, suivi d'« Une Idée de la traduction », Mercure de France, 1962.
    • Le Roi Lear, Mercure de France, 1965 ; nouvelle édition précédée de « Comment traduire Shakespeare ? », 1991.
    • Roméo et Juliette, Mercure de France, 1968.
    • Hamlet, Le Roi Lear, précédée de « Readiness, ripeness : Hamlet, Lear », Folio, Gallimard, 1978.
    • Henri IV, Théâtre de Carouge, Genève, 1981.
    • Macbeth, Mercure de France, 1983.
    • Roméo et Juliette, Macbeth, précédé de « L'Inquiétude de Shakespeare », Folio, Gallimard, 1985.
    • Les Poèmes (« Vénus et Adonis », « Le Viol de Lucrèce », « Phénix et Colombes »), précédé de « Traduire en vers ou en prose », Mercure de France, 1993.
    • XXIV Sonnets de Shakespeare, illustré par Zao Wou-Ki, Les Bibliophiles de France, 1994.
    • Le Conte d'hiver, précédé d'« Art et Nature : l'arrière-plan du Conte d'hiver », Mercure de France, 1994 et Folio, Gallimard, 1996.
    • XXIV Sonnets de Shakespeare, précédé de « Traduire les sonnets de Shakespeare », Thierry Bouchard et Yves Prié, 1996.
    • Jules César, précédé de « Brutus, ou le rendez-vous à Philippes », Mercure de France, et Folio Gallimard, 1995.
    • La Tempête, précédé d'« Une journée dans la vie de Prospéro », Folio, Gallimard, 1997.

[modifier] Bibliographie

  • Jean-Pierre Richard, Yves Bonnefoy entre le nombre et la nuit, in Onze études sur la poésie moderne, Seuil, 1964 ;
  • John E. Jackson, Yves Bonnefoy, Seghers, "Poètes d'aujourd'hui", 1976 ;
  • Claude Esteban, L'Immédiat et l'Inaccessible, Galilée, 1978 ;
  • Jean Starobinski, Yves Bonnefoy : la poésie entre deux mondes, in Critique, nº 350, 1979, repris en préface à Poèmes, Poésie/Gallimard, 1982 ;
  • Jérôme Thélot, Poétique d'Yves Bonnefoy, Droz, 1983 ;
  • John T. Naughton, The Poetics of Yves Bonnefoy, Chicago/Londres, University of Chicago Press, 1984 ;
  • Gérard Gasarian, Yves Bonnefoy, la poésie, la présence, Champ Vallon, coll. Champ poétique, 1986 ;
  • Claude Esteban, L'Echo d'une demeure, in Critique de la raison poétique, Flammarion, 1987 ;
  • Michèle Finck, Yves Bonnefoy, le simple et le sens, José Corti, 1989 ;
  • Yves Bonnefoy : écrits sur l'art et livres avec les artistes, catalogue de l'exposition au Château de Tours, 1er oct.-15 nov. 1993, textes de Françoise Ragot et Daniel Lançon, ABM/Flammarion, 1993 ;
  • Patrick Née, Poétique du lieu dans l'œuvre d'Yves Bonnefoy ou Moïse sauvé, P.U.F., 1999 ;
  • Yves Bonnefoy, cahier spécial de la livraison de juin-juillet 2003 de la revue Europe (n° 890-891) (textes de Fabio Scotto, Claude Esteban, Joseph Frank, Jérôme Thélot, Yves Peyré, Roger Munier, Patrick Née, Isabelle de Montmollin, Jacqueline Risset, François Lallier, Michael Edwards, John Naughton, Dominique Combe, John E. Jackson, Marie-Claire Bancquart, Michèle Finck, Marlène Zarader) ;
  • Claude Esteban, Un paysage de pierres, in Ce qui retourne au silence, Farrago/Léo Scheer, 2004 ;
  • Yves Bonnefoy et le livre, numéro spécial de la revue Le Bateau Fantôme n° 4, 2004 ; entretien avec Yves Bonnefoy, articles de Michèle Finck, Caroline Andriot-Saillant, Natacha Lafond, etc.[8] ;
  • Patrick Née, Rhétorique profonde d’Yves Bonnefoy, Hermann, 2004 ;
  • Patrick Née, Yves Bonnefoy penseur de l'image, ou les Travaux de Zeuxis, Gallimard, 2006 ;
  • Yves Bonnefoy. Poésie, recherche et savoir, Actes du colloque de Cerisy (août 2006), Hermann, 2007.

[modifier] Notes et références

  1. ab Ouvrage de l'Association pour la diffusion de la pensée française
  2. Yves Bonnefoy: « Ecrire, c'est une façon de se souvenir de soi-même », article de Vaclav Richter sur Radio.cz
  3. AFP, « Le poète français Yves Bonnefoy couronné par le Prix Kafka 2007 », 30 octobre 2007, fr.news.yahoo.com. Consulté le 6 novembre 2007
  4. Anti Platon (1947)
  5. Article dans la Revue "La Tribune internationale des langues vivantes"
  6. Les Planches courbes, « Dans le leurre des mots »
  7. Les planches courbes, « La Voix lointaine » : le poème III évoque l'« hésitation de l'iambe ». Voir aussi le résumé de la conférence de Patrick Guyon
  8. Entretien avec Mathieu Hilfiger et Natacha Lafond sur la question du Livre

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