Orion (mythologie)

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Orion (en grec ancien Ὠρίων ou Ὠαρίων / Ôríôn) est un chasseur géant de la mythologie grecque réputé pour sa beauté et sa violence. La légende raconte qu'il fut transformé en un amas d'étoiles par Zeus, donnant son nom à la célèbre constellation d'Orion.

Le mythe d'Orion[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs versions de son histoire datant de l'Antiquité. Concernant sa naissance, on en cite généralement deux, les plus importantes. L'épisode de sa mort connaît aussi des variations diverses selon les sources.

Les épisodes les plus mémorables sont sa naissance en Béotie, son arrivée à Chios où il rencontra Mérope, sa brusque cécité ou encore celui de la chasse sur l'île de Crète, accompagné d'Artémis. Enfin sa mort par la flèche de celle-ci[1] est capitale. L'épisode final est celui de son élévation au ciel. La plupart des textes ne citent qu'un épisode, ou en omettent plusieurs. On ne trouve donc pas forcément de lien entre ces passages, beaucoup ont dû être perdus au cours de l'histoire, ce qui est plutôt déconcertant pour les hellénistes.

Dans la littérature grecque il apparaît pour la première fois sous les traits d'un incroyable chasseur dans l’Odyssée de Homère, où Ulysse aperçoit son ombre dans le monde souterrain. Il n'est présent que dans peu de textes et n'est le héros d'aucune grande épopée. Ovide parle de sa naissance dans un poème contenu dans les Fastes, mais ce n'est en réalité qu'une version primaire d'un unique épisode. Les quelques fragments restants de la légende nous ont renseigné sur certains aspects de la Grèce Antique, comme sa préhistoire ou encore sur l'origine de la création d'un mythe grec.

Longtemps délaissée par la littérature depuis l'Antiquité, la figure d'Orion a longtemps dû sa célébrité relative à un tableau de Nicolas Poussin. Depuis le début du XXe siècle elle connaît un regain d'intérêt inattendu auprès des écrivains (Paul Claudel, Blaise Cendrars, René Char, André du Bouchet, Claude Simon), des musiciens (André Boucourechliev, Claude Vivier, Gérard Manset, Kaija Saariaho, Philip Glass, Metallica) et des plasticiens.

Naissance du chasseur géant[modifier | modifier le code]

Hyriée, le fondateur de la cité d'Hyria, en Béotie, n'avait jamais rencontré une femme mais souhaitait néanmoins avoir un héritier. Un jour, Zeus, Hermès et Poséidon lui rendirent visite dans son palais. Pour eux, Hyriée sacrifia le plus beau bœuf de son troupeau.

Plus tard, il leur demanda comment il pouvait faire pour avoir un descendant sans qu'il soit obligé de se marier. Pour cela, Zeus lui fit apporter la peau du bœuf qu'Hyriée leur avait sacrifié et il lui demanda d'uriner dessus. Alors Hyriée s'exécuta. Puis les trois dieux enterrèrent la peau dans le jardin du palais et prirent congé.

Neuf mois plus tard, à l'endroit où la peau avait été enterrée parut un garçon auquel Hyriée donna le nom d'Orion (Alexis Binay, de l'Université de Tours, estime qu'il viendrait d'un mot ancien et signifierait "l'estival")[2]. Lorsqu'il eut atteint l'âge adulte, il était si grand qu'il pouvait marcher au fond de la mer tout en gardant la tête et les épaules hors de l'eau.

Il épousa Sidé (grenade) qui était très belle mais aussi très fière. Elle fut précipitée dans le Tartare par Héra à qui elle avait voulu se comparer. Elle donna auparavant à Orion deux filles : les Coronides, Ménippé et Métioché qui grandirent en Aonia, au pied du Mont Hélicon.

Orion aveuglé recouvre la vue[modifier | modifier le code]

Paysage avec Orion aveugle cherchant le soleil (1658), huile sur toile de Nicolas Poussin. Metropolitan Museum of Art, New York.

C'est ainsi qu'il gagna l'île de Chios. Accueilli à la cour d'Œnopion qui régnait sur Chios, Orion tomba amoureux de Mérope, la fille du roi. Œnopion voulait se débarrasser de ce prétendant encombrant. Il décida donc de promettre la main de sa fille à Orion, à condition que celui-ci débarrassât Chios de tous les fauves qui s'attaquaient aux hommes et aux troupeaux. Le roi était persuadé qu'il n'y parviendrait pas, mais Orion, excellent chasseur, n'eut aucun mal à remplir ladite condition. Lorsqu'il revint demander la main de Mérope, Œnopion renia sa promesse, l'amoureux se fâcha et saccagea le palais. Il fut ligoté tant bien que mal par l'armée lancée par le roi.

Pour le punir, Œnopion l'aveugla et l'abandonna sur le rivage. Orion marcha alors droit devant lui à travers la mer jusqu'à l'île de Lemnos et fut attiré par les forges d'Héphaistos, qui accepta de lui prêter Cédalion, son assistant.

Le géant guidé par l'enfant rentra dans la mer et marcha vers l'est face au Soleil (c'est le sujet d'un tableau de Nicolas Poussin (1658) aussi célèbre qu'énigmatique). Pendant sa marche, Orion recouvra miraculeusement la vue.

Mort d'Orion par la flèche d'Artémis et catastérisme[modifier | modifier le code]

Image d'Orion représenté dans le ciel.

Il retourna à l'île de Chios pour se venger d'Œnopion, mais Artémis lui demanda d'oublier sa vengeance et lui proposa de chasser avec elle. Mais le frère d'Artémis, Apollon, qui avait quelques craintes pour sa sœur, envoya un monstrueux scorpion à sa poursuite. Orion tenta de le combattre mais il n'y parvint pas. Pour échapper au monstre, il s'enfonça dans la mer qui formait une barricade naturelle.

Alors Apollon désigna le géant et dit à Artémis de le tuer, le faisant passer pour un méchant. Comme le géant était trop loin, Artémis ne put le reconnaître et lui lança donc une flèche. Elle alla à la nage récupérer le cadavre, mais lorsqu'elle s'aperçut que c'était Orion, elle plaça son image parmi les étoiles en compagnie de ses chiens, Sirius et Procyon. On donne à cet épisode le nom de catastérisme.

C'est pour cela que les constellations de Orion et du Grand Chien (qui compte l'étoile Sirius, l'astre le plus brillant du ciel en dehors des éléments du système solaire) sont proches l'une de l'autre, et que le Scorpion fut placé de l'autre côté sur la voûte céleste, le héros et le monstre se poursuivant sans cesse sans jamais se rattraper.

Autre version de la mort d'Orion par le scorpion d'Héra[modifier | modifier le code]

Une autre version de la mort d'Orion existe : fort de ses talents exceptionnels de chasseur, Orion ne cessait de se vanter de ses prouesses. Cette arrogance déplut fortement à Héra qui, pour donner une leçon d'humilité à Orion, commanda à un scorpion de s'embusquer en attendant le passage du chasseur. Dissimulé par les feuillages, le scorpion patienta et le moment venu il piqua Orion qui mourut foudroyé par le venin de ce petit animal, lui qui avait terrassé les bêtes les plus féroces.

Il fut transformé en constellation, mais Héra n'oublia pas de porter également au ciel le scorpion qui l'avait si loyalement servie pour que le combat continue. Mais Zeus intervint et fit en sorte qu'Orion et le Scorpion ne puissent jamais s'atteindre ; c'est pour cela que lorsqu'Orion se lève à l'horizon Est, le Scorpion se couche à l'horizon Ouest.

Troisième version de la mort d'Orion par le scorpion d'Artémis[modifier | modifier le code]

Celle-ci dit qu'Orion et Artémis avaient l'habitude de chasser ensemble. Un jour, Orion, qui était amoureux de la déesse, essaya de l'embrasser. Artémis, indignée, fit apparaître un scorpion et lui ordonna de piquer le géant. En le voyant mourir, Artémis, émue, transforma Orion en constellation, et réserva le même sort au scorpion qui l'avait fidèlement servie.

Une autre version de la mort du chasseur par Artémis, moins populaire, dit qu'Orion était l'ennemi mortel d'Artémis. Chose étrange car Artémis, étant une déesse, est dite immortelle. Pour se débarrasser de lui, et ainsi échapper à la mort, Artémis invoqua un scorpion géant qui tua Orion par son venin. Cette version inclut donc un sentiment de "rivalité" entre les deux chasseurs, non exprimé auparavant, et un paradoxe d'"ennemi mortel" d'une déesse (immortelle, rappelons-le), tout en sachant que cet ennemi est, quant à lui, mortel et donc en principe inoffensif pour Artémis. La transformation d'Orion en constellation reste donc mystérieuse pour cette version, peut-être Artémis fût-elle prise de remords. Le scorpion, quant à lui, est ainsi élevé au ciel par Artémis pour l'avoir fidèlement servie.

Orion dans l'antiquité[modifier | modifier le code]

Orion chez les modernes[modifier | modifier le code]

Peinture[modifier | modifier le code]

Diane auprès du cadavre d'Orion, huile sur toile de Daniel Seiter

Littérature, théâtre[modifier | modifier le code]

  • Jean-Christophe Bailly, El Pelele. Paris, Christian Bourgois, 2003.
  • Henry Bauchau, L'Enfant bleu. Arles, Actes Sud, 2004.
  • Francis Berthelot, La Lune noire d'Orion. Paris, Calmann-Lévy, 1980.
  • Yves Bonnefoy, Rome, 1630. Paris, Champs/Flammarion, 2000.
  • Paul Celan
  • Blaise Cendrars :
    • Au cœur du monde (1917), in Du monde entier au cœur du monde, Poésies complètes. Paris, Poésie/Gallimard, 2006.
    • Profond aujourd'hui (1917), in Aujourd'hui (1931). Denoël, coll. "Tout autour d'aujourd'hui", tome 11, 2005.
    • Feuilles de route (1924), in Du monde entier au cœur du monde. Paris, Poésie/Gallimard, 2006.
    • Le Lotissement du ciel (1949). Denoël, coll. Tout autour d'aujourd'hui, tome 12, 2005.
  • René Char, Aromates chasseurs. Paris, Gallimard, 1975.
  • Paul Claudel, Le Soulier de Satin (1929).
  • Tristan Derème, Le Zodiaque ou les étoiles sur Paris. Paris, Émile-Paul, 1927.
  • Christian Doumet, Trois villes dans l'œil d'Orion. Cognac, Le Temps qu'il fait, 1998.
  • André du Bouchet, L'Emportement du muet. Paris, Mercure de France, 2000.
  • Maurice Fombeure, avec Jean-Pierre Grenier, Orion le tueur. Paris, Bordas, 1946.
  • Jean Giono, Un de Baumugnes. Paris, Grasset, 1929.
  • Patrick Grainville:
  • Olivier Py, L'Apocalypse joyeuse. Arles, Actes Sud-Papiers, 2000.
  • Orion Scohy, Volume. Paris, POL, 2005.
  • Claude Simon :
    • Orion aveugle. Skira, coll. Les sentiers de la création, 1970.
    • Les Corps conducteurs. Paris, Éditions de Minuit, 1971.

Musique[modifier | modifier le code]

Sur le mythe d'Orion[modifier | modifier le code]

Traités de mythologie antique[modifier | modifier le code]

  • Paola Capponi, (it) I nomi di Orione, in Le parole dell'astronimia tra scienza e tradizione. Venezia, Marsilio, Crisis, 2005.
  • Jeannie Carlier, Orion, in Dictionnaire des mythologies, dir. Yves Bonnefoy. Paris, Flammarion, 1981.
  • Camille Flammarion, Astronomie populaire, 1880.
  • Robert Graves, Les Mythes grecs. Le Livre de Poche, coll. Pluriel, 1958.
  • Pierre Grimal, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine. Paris, Presses Universitaires de France, 1951.
  • Marie Miguet, Le Mythe d'Orion, in Dictionnaire des mythes littéraires, dir. Pierre Brunel. Monaco, Éditions du Rocher, 1988.
  • Jean-Michel Renaud, Le Mythe d'Orion : sa signification, sa place parmi les autres mythes grecs et son apport à la connaissance de la mentalité antique. Liège, CIPL, 2004.

Sujet d'inspiration artistique sur le thème mythique[modifier | modifier le code]

  • Jacques Derrida, Mémoires d'aveugle. L'autoportrait et autres ruines. Paris, Réunion des musées nationaux, Louvre, 1990.
  • Danièle Leclair, Lecture de René Char : Aromates chasseurs et Chants de la Balandrane. Minard, coll. Archives des lettres modernes, no 233, 1988.
  • Claude Leroy :
    • Orion manchot. Paris, La Nouvelle Revue Française, no 421, février 1988.
    • La Main de Cendrars. Villeneuve-d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 1996.
    • Morionvagine, in Sous le signe de Moravagine. Caen, Minard, coll. Lettres modernes, série Blaise Cendrars, no 6, 2006.
  • Marie Miguet-Ollagnier, Le Mythe d'Orion dans le théâtre de Claudel, in Mythes claudéliens. Paris-Caen, Minard, coll. Lettres modernes, série Paul Claudel, no 14, 1985, p. 93-120
  • Edmond Nogacki, René Char, Orion pigmenté d'infini ou de l'écriture à la peinture. Presses universitaires de Valenciennes, 1992.

Sur la peinture de Nicolas Poussin (et dérivés)[modifier | modifier le code]

  • Martine Créac'h, Poussin pour mémoire. Bonnefoy, du Bouchet, Char, Jaccottet, Simon. Presses universitaires de Vincennes, 2004.
  • Jean Duffy, Inscription et description, image et écriture : Poussin vu à travers les romans de Simon, in Lectures de « Histoire ». Minard-Lettres modernes, série Claude Simon, no 3, Paris-Caen, 2000.
  • Ernst Gombrich, Le Sujet de l'Orion de Poussin, 1944.
  • Clélia Nau, Le Temps du sublime. Longin et le paysage poussinien. Presses Universitaires de Rennes, coll. Æsthetica, 2005.
  • Pierre Rosenberg et Renaud Temperini, Poussin. Je n'ai rien négligé. Paris, Gallimard, coll. Découvertes / Réunion des musées nationaux, 1994.
  • Jacques Thuillier, Poussin. Paris, Flammarion, 1994.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. une autre version le dit tué par un scorpion géant
  2. kubaba

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]