Égide

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Athéna portant l'égide frangée de serpents, hydrie attique à figures noires, v. 540 av. J.-C., Cabinet des médailles de la BNF

Dans la mythologie grecque, l’égide (en grec ancien αἰγίς / aigís) est une arme merveilleuse détenue par Zeus, offensive autant que défensive, symbole de la puissance souveraine.

Mythe[modifier | modifier le code]

Selon certaine tradition, à la mort d'Amalthée, Zeus aurait pris sa peau pour en revêtir son égide : le terme grec αἰγίς / aigís signifie en effet également « peau de chèvre ».

Description[modifier | modifier le code]

Il n'est pas facile de comprendre en quoi elle consiste exactement chez les poètes épiques. Son étymologie naturelle (aigís signifie également « peau de chèvre »[1]) incline à faire penser qu'il s'agit d'un bouclier recouvert d'une peau de chèvre[2]. Elle est évoquée à plusieurs reprises dans l’Iliade, où l'épithète principale de Zeus est αἰγίοχος / aigíokhos, qui signifie littéralement « monté sur une chèvre », mais que les Grecs interprètent comme « Porte-Égide »[3]. On a suggéré qu’aigi- désignait à l'origine plutôt un oiseau, qui dans certaines traditions allemandes ou lituaniennes accompagne le dieu de la foudre[4].

L'égide est l'œuvre d'Héphaïstos[5] — ou, chez Hésiode, de Métis, pour sa fille Athéna[6]. Au chant II (v. 446-449), Homère la décrit ainsi :

« la précieuse égide, inaltérable et pure,
D'où pendillaient cent franges merveilleusement tressées,
Tout en or fin, et dont chacune valait bien cent bœufs[7]. »

Au chant V (v. 738-742), la représentation diffère sensiblement :

« [Athéna] jeta sur ses épaules l'effrayante égide
Aux poils mouvants, où s'étalaient, en un grand rond, Déroute,
Et Discorde et Vaillance et Poursuite glaçant les cœurs,
Elle porte en son centre la tête de Gorgo, ce monstre épouvantable,
Terrible, grimaçant, signe de Zeus le Porte-Égide. »

Les commentateurs tardifs y voient la peau de la chèvre Amalthée, nourrice de Zeus[8]. Euripide propose une étymologie curieuse : selon lui, l'égide est une cuirasse revêtue de la peau de la Gorgone tuée par Athéna pendant la Gigantomachie[9]. L'égide porterait ce nom parce qu'Athéna se serait « ruée » (ᾖξεν, du verbe ἀΐσσειν / aíssein) au combat. Il semble cependant qu'il s'agisse davantage d'un jeu de mots que d'une véritable étymologie. Des traditions lient plus étroitement l'égide à Athéna : dans l'une, il s'agit de la peau du géant Pallas, vaincu lors de la Gigantomachie et écorché par Athéna[10] ; dans l'autre, il s'agit de la peau d'un Pallas, qui serait le père d'Athéna, et que celle-ci aurait tué et écorché[11].

Bien qu'il s'agisse dans les épopées du principal attribut de Zeus, celui-ci n'est que rarement représenté avec l'égide dans les œuvres d'art. À partir de l'époque classique, l'égide est considérée comme une sorte de cuirasse ornée d'une peau de chèvre et jetée sur les épaules d'Athéna, également appelée gorgonéion. Chez Eschyle[12], l'égide semble consister seulement en une peau de chèvre, puisqu'Athéna peut la tendre devant elle comme une voile, pour être portée par les vents.

Fonction[modifier | modifier le code]

Athéna du type Hope-Farnèse portant le gorgonéion, copie romaine d'un original du Ve siècle av. J.-C., musée du Louvre

En secouant l'égide, Zeus déclenche le tonnerre et les éclairs, semant ainsi la terreur parmi les mortels :

« De son côté, le fils de Cronos saisit son égide
Aux mille franges d'or : il couvrit l'Ida de nuages,
Lançant l'éclair à grands fracas et secoua le mont,
Donnant la victoire aux Troyens et faisant fuir les autres[13]. »

De même, l'égide présidera à la destruction de Troie :

« Un jour viendra où périront et la sainte Ilion
Et Priam et le peuple de Priam, le bon lancier,
Et où Zeus, le Cronide, ce grand prince de l'éther,
Outré de cette félonie, agitera sur tous
Sa sombre égide[14]. »

Il la prête occasionnellement à Athéna[15] mais aussi à Apollon. Lorsqu'elle est armée de l'égide, Athéna s'emploie plutôt à encourager qu'à terrifier : ainsi, c'est l'égide à la main qu'elle incite au combat les Achéens rassemblés près des nefs[16], ou qu'elle donne courage à Héraclès alors qu'il va combattre Cycnos[17]. Elle en couvre également Achille alors que celui-ci s'en va effrayer les Troyens et permettra aux Grecs de récupérer le corps de Patrocle[18]. Apollon s'en sert pour mettre en déroute les Achéens[19] et pour protéger le corps d'Hector[20].

Le pseudo-Apollodore associe l'égide à la légende du Palladium. Alors que la jeune Athéna s'entraîne avec la naïade Pallas, Zeus interpose son égide pour protéger sa fille. Effrayée, Pallas ne peut détourner le coup d'Athéna, qui la tue. La déesse sculpte alors une statue de bois à sa ressemblance et y fixe l'égide : c'est le Palladium[21].

Origine[modifier | modifier le code]

Calvert Watkins[22] soutient que l'égide grecque est un emprunt à la littérature hittite, dans laquelle il est souvent fait allusion à un sac en peau de mouton ou de chèvre qui contient des allégories du bien-être (voir Mythe de Télipinu).

« Hérodote (IV, 189) qui, au sujet des Auses et des Machlyes décrit une fête en l’honneur de l’Athéna* libyque voisine du lac Triton, précise que l’égide dont est revêtue la déesse fut confectionnée pour la première fois en Afrique. A l’appui de cette curieuse assertion on notera que la racine pan-berbère Γ ϒ Δ (chèvre) a de forte chance d’être effectivement à l’origine du nom grec de l’égide qui est lui-même issu du nom de la chèvre (αιξ, αιγοσ). La ressemblance avec la réalisation touarègue : éγeyd (chevreau) est particulièrement troublante. Sur le plan linguistique on peut émettre deux hypothèses explicatives : emprunt entre le berbère et le grec (dans quel sens ?), ou plus probablement, emprunt à un même substrat, plus ancien.»[23]

Symbole[modifier | modifier le code]

L'égide est restée, dans l’Antiquité, le symbole de l’invulnérabilité garantie par la protection des dieux. Les empereurs romains sont ainsi souvent représentés avec une amulette placée sur la poitrine, miniature du bouclier orné de la tête de Méduse.

De nos jours, dans le langage courant, l'égide désigne un soutien, une protection voire un rempart :

« Ma fierté est une trompeuse égide, je suis sans défense contre la douleur. »
Honoré de Balzac, Béatrix

En histoire de l'art, on appelle « égide » un emblème composé de la tête et du collier d'une divinité, très courant en Égypte antique.

Dans l'US Navy, les croiseurs de la classe Ticonderoga et les destroyers de la classe Arleigh Burke sont équipés d'un radar appelé Aegis (« Égide » en anglais).

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, Paris, Klincksieck,‎ 1999 (édition mise à jour) (ISBN 2-252-03277-4), s.v. αἰγίς, p. 30b.
  2. G. S. Kirk, The Iliad: a Commentary, Cambridge University Press, vol. 1, p. 162, note aux vers II, 446-451.
  3. Ken Dowden, Zeus, Routledge, 2006, p. 21-22.
  4. M.L. West, The East Face of Helicon: West Asiatic Elements in Greek Poetry and Myth, Clarendon Press, 1997, p. 112.
  5. Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne] (V, 308-310).
  6. Fragment 343 MW, cité par (en) Timothy Gantz, Early Greek Myth, Johns Hopkins University Press,‎ 1993 [détail de l’édition], p. 84.
  7. Les extraits de L'Iliade sont issus de la traduction de Frédéric Mugler pour Actes Sud, 1995.
  8. L'idée est d'abord suggérée dans l'épitomé des Katasterismoi (13), puis mentionnée explicitement chez Hygin, Astronomie [détail des éditions] [(la) lire en ligne] (II, 13, 4).
  9. Euripide, Ion [détail des éditions] [lire en ligne] (986-996).
  10. Apollodore, Bibliothèque [détail des éditions] [lire en ligne] (I, 6, 1-2) et Cicéron, De la nature des Dieux [détail des éditions] [lire en ligne] (III, 23).
  11. Clément d'Alexandrie, Exhortation aux Grecs (Protreptique) [lire en ligne] (II, 28, 2).
  12. Euménides [détail des éditions] [lire en ligne] (403-404).
  13. Iliade (XVII, 593-596).
  14. Iliade (IV, 164-168).
  15. Iliade (II, 446-449 ; XVIII, 204-208 ; XXI, 400-401) et Odyssée [détail des éditions] [lire en ligne] (XXII, 297).
  16. Iliade (II, 446-454).
  17. Pseudo-Hésiode, Bouclier d'Héraclès [détail des éditions] [lire en ligne] (343-344).
  18. Iliade (XVIII, 203-204).
  19. Iliade (XV, 229-230 et 318-322).
  20. Iliade (XXIV, 20).
  21. Apollodore, Bibliothèque [détail des éditions] [lire en ligne] (III, 12, 3).
  22. (en) Calvert Watkins, « A Distant Anatolian Echo in Pindar: The Origine of the Aegis Again », Harvard Studies in Classical Philology, vol. 100,‎ 2000, p. 1-14.
  23. (voir, Encyclopédie berbère, Athéna, VII A309 ; Chèvre, XIII, C5 ; Cyclope, XIV, C114) G. Camps et S. Chaker

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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