Carlos Schwabe

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Émile Martin Charles Schwabe dit Carlos Schwabe, né à Altona près Hambourg en 1866 et mort à Avon en 1926, est un artiste-peintre allemand naturalisé suisse, qui vécut en France de 1884 jusqu'à sa mort.

Parcours[modifier | modifier le code]

Autodidacte doué d'une sensibilité névrotique, il ne connaît aucune formation académique à l'exception de l’École des arts industriels de Genève où il apprend à dessiner les plantes et à aiguiser son sens du décor. Visionnaire, mystique et éminemment solitaire, il est rapidement mêlé aux cercles parisiens les plus actifs et devient l'un des plus brillants auxiliaires du Sar Péladan. Il réalise la première affiche du Salon de la Rose-Croix, reproduite dans Les maîtres de l'affiche (1895-1900). Son art du dessin et son idéalisme lui valent de devenir un illustrateur renommé : Stéphane Mallarmé, Albert Samain, Charles Baudelaire, Émile Zola dont il orne le Rêve, Maurice Maeterlinck, José-Maria de Heredia, Pierre Louÿs, Catulle Mendès, Félicité de Lamennais, Edmond Haraucourt, Olive Schreiner, Charles Desfontaines (i.e. le baron Henri de Rothschild) etc. Sa conception originale de l'art de l'illustration est considérée comme une étape majeure dans l'évolution de cette discipline.

La Mort et le Fossoyeur

Il expose à partir de 1891 au Salon de la Société nationale des beaux-arts, au Salon de la Rose Croix en 1892, au Salon d'automne. Il expose également à la Sécession de Munich en 1893 et dans divers Salons en Belgique ainsi qu'à Genève et à Zurich, et chez le marchand Siegfried Bing. Il a diverses expositions personnelles : à la Galerie des artistes modernes en 1903, la Galerie Moos à Genève en 1920 et, posthume, à la Galerie Georges Petit en 1927.

Membre de l’Union pour l'action morale, proche du philosophe Gabriel Séailles et de Mathias Morhardt (fondateur de la Ligue des Droits de l'homme), il est un dreyfusard engagé bien que n'étant pas juif. Il fréquente aussi les milieux occultistes et des personnalités comme Jules Bois et Edouard Schuré.

Carlos Schwabe est aussi un mélomane et proche des milieux musicaux (Vincent d'Indy, Camille Erlanger) ; il est le meilleur ami du compositeur Guillaume Lekeu auquel il rend hommage après sa mort précoce à l'âge de 24 ans en 1894.

La perfection de son graphisme le situe comme un précurseur de l'Art nouveau, et comme l'un des symbolistes les plus personnels, ayant des préoccupations religieuses et sociales mais aussi un certain panthéisme dû à ses origines germaniques qui complètent le portrait d'un artiste possédé par son idéal. On a comparé la pureté de son dessin, en particulier durant les années 1890, à Dürer ou à Schongauer. Avant 1900, son art, empreint d'un certain primitivisme, se caractérise par un trait anguleux et des visions symboliques compliquées, d'une grande perfection de facture. Après 1900, son art gagne en souplesse et devient plus charnel. Bien qu'évoluant vers un style moins marqué par le symbolisme, l'œuvre de Schwabe livre encore des images fortes comme "La Vague" (Genève, Musée d'Art et d'Histoire) et ses études préparatoires qui allient vision hystérique, références à l'opéra et sentiment de révolte sociale : La Vague fait partie des œuvres choisies par l'historien de l'art Jean Clair pour figurer à l'exposition Crime et Châtiment à Paris, au Musée d'Orsay (2010). Il faut encore citer Le Faune (1923), dans lequel l'artiste produit un autoportrait symbolique non exempt de mélancolie.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Lieux de conservation[modifier | modifier le code]

  • Paris, Musée d'Orsay (œuvres graphiques conservées au Cabinet des dessins du Musée du Louvre, fonds d'Orsay).
  • Rio de Janeiro, Museu nacional de belas artes.
  • Amsterdam, Van Gogh Museum.
  • Genève, Musée d'art et d'histoire (important fonds légué par la famille du peintre en 1927, mais malheureusement invisible dans le nouvel accrochage de la section XIXe siècle du Musée).

Œuvres[modifier | modifier le code]

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  • Spleen et Idéal (1896), collection particulière.
  • La Mort et le Fossoyeur (1895-1900)
  • La Vague (1907)
  • La Vierge aux lys (1912)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Jullian, L'évangile symboliste, Carlos Schwabe 1892, catalogue d'exposition Paris, Galerie J.C. Gaubert, 1974
  • Jean-David Jumeau-Lafond, « Carlos Schwabe, illustrateur symboliste du Rêve de Zola » dans la Revue du Louvre et des Musées de France, 1987.
  • Jean-David Jumeau-Lafond, Carlos Schwabe, illustrateur symboliste", Bulletin du bibliophile, 1986.
  • Jean-David Jumeau-Lafond, « Guillaume Lekeu et Carlos Schwabe : une haute confraternité artistique », Revue de musicologie, CNRS, t. 74, n°1, 1988, p. 53-68.
  • Jean-David Jumeau-Lafond, Carlos Schwabe, symboliste et visionnaire, (Courbevoie) Paris, ACR, 1994.
  • Jean-David Jumeau-Lafond, Peinture, hystérie et opéra : les révoltées tragiques de Carlos Schwabe, Genève, revue du Musée d'Art et d'Histoire de Genève, décembre 1996, p. 111-125.
  • Jean-David Jumeau-Lafond, Les Peintres de l'âme, le symbolisme idéaliste en France, Catalogue d'exposition, Bruxelles, Musée d'Ixelles, 1999.
  • Jean-David Jumeau-Lafond, Painters of the soul, Tampere, 2006.
  • Jean-David Jumeau-Lafond, Le Châtiment de l'artiste. Images symbolistes du sacrifice, dans Crime et châtiment, catalogue d'exposition Paris, Musée d'Orsay, 2010.
  • « Séailles mécène : Schwabe, la conscience et l'exemple », introduction à : « Gabriel Séailles, Carlos Schwabe (1914) » in Le Génie dans l'art, anthologie des écrits esthétiques et critiques de Gabriel Séailles, Paris, Kimé 2011, p. 161-187.